"3 000 Nuits" : femmes au bord de la prise de guerre

ECRANS | de Mai Masri (Pal.-Fr.-Lib.-Jord.-É.A.U.-Qat., 1h43) avec Maisa Abd Elhadi, Nadira Omran, Raida Adon…

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

Photo : JHR Films


Israël, 1980. Soupçonnée de connaître un terroriste, l'institutrice palestinienne Layal est emprisonnée et condamnée à 8 ans de réclusion. Une peine d'autant plus lourde qu'elle est enceinte, et mêlée à des détenues israéliennes de droit commun…

Menace d'attentats, état d'urgence, situation d'exception… Sinistre suite logique, poursuivie par la rétention abusive ou dans des conditions dégradantes au fond d'une cellule. Voilà qui catalyse de plus vives insurrections, et fabrique les ripostes du lendemain avec ces victimes collatérales en second que sont les enfants. Collé à des faits bien précis, ce film aurait pu il y a peu nous sembler très éloigné dans l'espace et le temps ; il trouve désormais une violente actualité. Au-delà de la dénonciation des exactions scandaleuses de Tel-Aviv et de l'arbitraire pratiqués sur des femmes (pour certaines innocentes de faits reprochés), il nous fait entendre cette double antienne : aucun camp n'aura jamais le monopole de l'inhumanité ; ceux qui tiennent la matraque imposent leurs lois.

À la fois drame historique et thriller carcéral, 3 000 Nuits aurait pu, par la vertu du huis clos, être une pièce de théâtre. Les comédiennes portent la tension à un très haut degré d'intensité, et notamment Maisa Abd Elhadi (aperçue dans Dégradé des frères Nasser), l'interprète de Layal, dont la métamorphose est impressionnante.


3000 Nuits

De Mai Masri (Paslestine, 1h43) avec Maisa Abd Elhadi, Raida Adon...

De Mai Masri (Paslestine, 1h43) avec Maisa Abd Elhadi, Raida Adon...

voir la fiche du film


Layal, une jeune palestinienne se fait arrêter et incarcérer dans une prison israélienne hautement sécurisée où elle donne naissance à un bébé garçon. Luttant pour survivre et élever son nouveau-né derrière les barreaux, elle est tiraillée entre son instinct de mère et les décisions difficiles qu’elle doit prendre. Elle trouve dans sa relation avec les autres prisonnières, palestiniennes et israéliennes, l'espace et le temps nécessaires pour réfléchir, s'assumer et devenir une jeune femme.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"Tel Aviv on Fire" : soap qui peut !

ECRANS | Un apprenti scénariste palestinien peu imaginatif se fait dicter les rebondissements de la série politico-sentimentale sur laquelle il trime par un gradé israélien. Le réalisateur Sameh Zoabi répond à l’absurdité ambiante par une comédie qui ne l’est pas moins… À hurler de réalisme et rire.

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Trentenaire velléitaire, Salam vient de trouver un job sur la série de propagande Tel Aviv on Fire que produit son oncle. Comme il réside à Jérusalem et que le tournage s’effectue à Ramallah, il doit chaque jour passer par un check-point dirigé par Assi, un officier israélien qui devient conseiller occulte de la série, avant de tenter d’en infléchir la direction… Quand les larmes sont inopérantes et la colère inaudible, alors il reste l’humour. La dérision s’avère sans doute l’arme la plus efficace lorsqu’il s’agit d’aborder une situation politique verrouillée depuis des lustres, voire des siècles. À condition, évidemment, de la manier avec intelligence et sans esprit partisan ; c’est-à-dire en pointant les comportements irréfléchis de chacun afin de renvoyer tous les protagonistes dos à dos plutôt que face à face, en les faisant rire ensemble de leurs travers mutuels et non les uns contre les autres – comme dans Les Aventures de Rabbi Jacob. Sameh Zoabi montre que la bêtise ne peut se prévaloir d’aucun passeport : elle adopte seulement des modulations différentes en fonction des caractères – orgueil, naïveté, vanité, jalousie... Rires en s

Continuer à lire

Rentrée cinéma 2017 : face (à face) à la nouvelle année

Panorama 2017 | Les distributeurs ont l’esprit joueur. Ou plutôt jouteur : à la manière des programmateurs des chaînes de télé, ils ont composé un mois de janvier truffé de petits duels et de combats singuliers. Une manière très… confraternelle de (se) souhaiter la bonne année…

Vincent Raymond | Lundi 2 janvier 2017

Rentrée cinéma 2017 : face (à face) à la nouvelle année

Comme si les vraies rivalités et les confrontations sérieuses du monde réel ne suffisaient pas, voilà qu’on invente des escarmouches pour les files d’attente des cinémas ! Et qu’on ne brandisse pas, pour les justifier, le prétexte d’une fréquentation à stimuler par "l’émulation" : revendiquant plus de 210 millions d’entrées réalisées en 2016, le secteur s’est rarement aussi bien porté. De telles chicaneries, ça a tout de même un petit air de cour de récré, non ? À hauteur d'ados Rayons enfantillages, Hélène Angel ouvre le bal avec Primaire (ce mercredi 4 janvier) qui fait de Sara Forestier une instit’ surinvestie prête à beaucoup pour sauver un gamin manifestant de graves signes d’abandon… au grand dam de son propre fils. On retrouve, actualisé, l’un des thèmes de L’Argent de poche (1975) de Truffaut, centré ici sur l’enseignant et amendé d’une inutile fable sentimentale avec un Vincent Elbaz peu crédible en livreur fruste. Plus convaincant est Jamais contente de Émilie Deleuze (11 janvier), adaptation de Marie Desplechin sur les désarrois d’une ado redoublante, mal dans sa peau en fami

Continuer à lire

"Dégradé" : film brillant sur Gaza

ECRANS | de Arab & Tarzan Abu Nasser (Pal./Fr./Qat., 1h23) avec Hiam Abbass, Maisa Abd Elhadi, Manal Awad…

Vincent Raymond | Mardi 26 avril 2016

À quoi reconnaît-on un “bon” film de guerre ? Certainement pas au volume de ses reconstitutions méthodiques de combats, ni au réalisme hurlant de ses scènes d’étripages ; plutôt à la manière dont il donne à partager l’atmosphère pesante d’un conflit – cette oppression qui s’exerce par contamination directe sur les civils, et pollue leur existence comme une maladie collective en s’insinuant dans tous les interstices de leur quotidien. Dégradé est un “bon” film de guerre parce qu’il se joue dans le huis clos d’un salon de coiffure, autrement dit un lieu anodin cultivant une image de frivolité, de superficialité, où les clientes incarnent une forme de résistance face à l’absurdité du contexte gazaoui. Parce qu’il nous montre comment chacune tente de surmonter la menace chronique, de s’accommoder des privations, de répondre de manière pragmatique à la logique de mort ambiante. Dégradé ne rend pas extraordinaires des situations qui le sont pourtant toutes (y compris la présence d’un lion domestique dans la rue !), parvient à représenter la proximité menaçante du front de manière ultra-réaliste… tout en s’abstenant de le filmer. Il y a autant d’in

Continuer à lire