"L'Enfer" : il était une fois un film maudit

ECRANS | "L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot" sera projeté samedi 14 janvier au Club. On vous en dit donc plus sur "L'Enfer", œuvre légendaire à plus d’un titre et sujet de ce documentaire de 2009.

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Photo : ©Lobster


Non, on ne va pas parler du festival Les Maudits Films dans cet article. Et pourtant, c'est l'un de ses plus éminents représentants que Le Club programme en séance exceptionnelle. Une œuvre légendaire à plus d'un titre, autant adulée que redoutée, offerte à la patiente convoitise de ses admirateurs bien qu'elle persiste à se refuser à eux puisqu'elle demeure à jamais inachevée. Haïe, même, pour avoir failli causer la mort de son auteur, brisant l'élan et raccourcissant la carrière de l'un des plus illustres cinéastes de l'après-guerre. Longtemps frappée d'anathème, on la crut définitivement perdue. Il aura fallu la patience d'archivistes de Serge Bromberg et de Ruxandra Medrea pour exhumer de son purgatoire les rushes survivants et les agencer en un long-métrage chimérique, un documentaire aussi édifiant que frustrant nommé L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot.

Tout entier consacré à la jalousie térébrante ressentie par un homme pour sa trop splendide épouse, L'Enfer (1964) voulait matérialiser ses effets à travers les distorsions de la perception, et donc en multipliant les innovations visuelles. Clouzot fit d'infinies expérimentations optiques, bénéficiant de crédits insolents de sa production, et de la disponibilité absolue de son interprète, Romy Schneider. Alors au summum de sa beauté (davantage encore que dans La Piscine en 1968 où elle tutoiera l'acmé de l'érotisme brut), la comédienne se prêta avec docilité et lascivité à l'ensemble des insensés caprices sensuels suscités par Clouzot – impossible de rester de glace face à ses lèvres humides et ses hypnotiques moues de chatte. Ni d'être fasciné par les tournoiements lumineux balayant ses traits d'ombres et de couleurs : Gondry s'en inspirera pour le clip de Daho, Les Voyages immobiles.

Plongez-donc dans cet Enfer, et prolongez même le bain avec le débat qui suivra !

L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot
Au Club samedi 14 janvier à 18h


L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot

De Serge Bromberg et Ruxandra Medrea (Fr, 1h34) documentaire

De Serge Bromberg et Ruxandra Medrea (Fr, 1h34) documentaire

voir la fiche du film


En 1964, Henri-Georges Clouzot choisit Romy Schneider, 26 ans, et Serge Reggiani, 42 ans, pour être les vedettes de L'Enfer. Le projet est interrompu, et les images que l'on disait "incroyables" ne seront jamais dévoilées. Ces images, oubliées depuis un demi-siècle, ont été retrouvées...


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"3 jours à Quiberon" : ceci n'est pas un biopic sur Romy Schneider (et tant mieux)

ECRANS | La réalisatrice Emily Atef et la comédienne Marie Bäumer ressuscitent la mythique Romy Schneider au cours d’un bref épisode de sa vie. Mais davantage qu’un "biopic à performance", ce film tient de l’essai cinématographique, du huis clos théâtral et du portrait de femme, d’actrice, de mère.

Vincent Raymond | Lundi 11 juin 2018

1981. En plein doute sentimental et professionnel, Romy Schneider part en cure de repos sur la presqu'île de Quiberon, en Bretagne. Bien qu’en froid depuis des lustres avec la presse allemande, elle accepte, au nom de son amitié avec le photographe Robert Lebeck, une interview pour le Stern. L’occasion de faire le point… Cénotaphe froidement révérencieux, hagiographie méthodique, recueil d’images dorées autorisées… Le biopic est sans nul doute le genre cinématographique le plus prévisible et le moins passionnant. Si l’on y songe, il procède d’ailleurs trop souvent d’un dialogue d’initiés entre un fétichiste – le cinéaste – et une foule de fans autour de l’objet de leur fascination commune ; fascination quasi-morbide puisque l’idole en question a la plupart du temps trépassé. Alors que le cinéma est un art (collectif) de la fabrication, de la reconstitution, rares sont les films osant s’affranchir du cadre illusoire de l’histoire officielle pour construire une évocation : ils préfèrent s’engager dans l’impossible réplique du modèle… S’employer à le cerner plutôt que de le contrefaçon permet de se débarrasser du leurre du m

Continuer à lire

Marie Bäumer : « Romy Schneider est l’actrice la plus physique que je connaisse »

ECRANS | Prêtant sa voix et sa silhouette à Romy Schneider, la comédienne Marie Bäumer compose dans le "3 jours à Quiberon" d'Emily Atef un portrait de troublant de sa compatriote. Interview.

Vincent Raymond | Mardi 12 juin 2018

Marie Bäumer : « Romy Schneider est l’actrice la plus physique que je connaisse »

Qu’avez-vous reconnu de Romy Schneider en vous qui vous a convaincue d’accepter ce personnage – au-delà d’une évidente similitude physique ? Marie Bäumer : Depuis que j’ai 16 ans, les gens m’ont comparée à Romy Schneider. À l’époque, je ne savais pas qui c’était : j’ai grandi sans téléviseur et j’allais rarement au cinéma, et quand j’étais petite, je ne regardais pas ses films. Je me suis un peu plus confrontée à elle et ses films durant ma formation de comédienne. Depuis que je travaille, on m’a proposé plusieurs fois des biopics que j’ai toujours refusés. D’abord parce que je trouve les biopics rarement réussis : ce qui m’intéresse au cinéma, c’est de rendre les personnages dans les détails ; et quand on veut raconter beaucoup de chose en peu de temps, c’est très exigeant. Ensuite, l’interprétation de l’artiste Romy Schneider c’est quelque chose que j’ai toujours trouvé très risqué : on reste avec l’envie de voir la vraie Romy Schneider. Un ami producteur m’a alors demandé si le chapitre Romy Schneider était clos pour moi. Je lui ai dit oui, sauf si on fait un zoom sur la fin de

Continuer à lire

"Le Procès" à la Cinémathèque

ECRANS | La Cinémathèque poursuit son cycle sur l'Américain Gordon Matta-Clark avec un nouveau double-programme de choix. D’abord, Substrait de Matta-Clark (...)

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

La Cinémathèque poursuit son cycle sur l'Américain Gordon Matta-Clark avec un nouveau double-programme de choix. D’abord, Substrait de Matta-Clark lui-même s’intéresse au travail à travers la dichotomie ontologique entre prolétaires et bourgeois. Puis Le Procès (1962), de Welles d’après Kafka, où un pauvre persécuté se débat dans l’enfer de l’absurde et de l’injustice. Une distribution de prestige sert cet fable tragique : Welles, Anthony Perkins, la gare d’Orsay et… Romy Schneider. Rendez-vous jeudi 12 janvier à 20h, au cinéma Juliet-Berto.

Continuer à lire