"Corniche Kennedy" : plouf !

ECRANS | de Dominique Cabrera (Fr., 1h34) avec Lola Creton, Aïssa Maïga, Moussa Maaskri, Alain De Maria …

Vincent Raymond | Lundi 16 janvier 2017

Lycéenne rangée rongée par l'ennui, Suzanne s'abîme dans la contemplation des jeunes de son âge qui, sous ses fenêtres, défient le vide en plongeant du haut de la Corniche Kennedy. Sa fascination et son désir l'emportant sur sa timidité, elle force l'entrée de ce groupe flirtant avec le risque. À plus d'un titre…

Comédienne dont les cinéastes ont compris qu'ils n'avaient aucun intérêt à se priver, Aïssa Maïga se trouve cette semaine par les semi-hasards de la programmation en compétition avec elle-même sur les écrans (voir Il a déjà tes yeux). De cet absurde combat, elle sort forcément victorieuse. On ne peut pas en dire autant de cette adaptation de Maylis de Kerangal (quelques semaines après l'escroquerie aux sentiments Réparer les vivants, cela commence à peser) reposant sur du pur cliché.

Cette fable de la jouvencelle bourgeoise en pinçant pour les petits cadors de banlieue (ou des quartiers nord, histoire de napper le tout d'une bonne sauce marseillaise ; ne manquent que les "Oh, té ! peuchère !") consternante de prévisibilité n'est pas rattrapée par "l'intrigue" policière, pour le coup pas vraiment intrigante. Et il ne faut guère compter sur l'improbable dénouement pour lui donner un coup de fouet.

Dommage pour le personnage secondaire de Mehdi, riche de son histoire personnelle et de son potentiel ; dommage aussi pour celui de la policière campée par Aïssa Maïga, spectatrice et sous-exploitée.


Corniche Kennedy

De Dominique Cabrera (Fr, 1h34) avec Lola Creton, Aïssa Maïga...

De Dominique Cabrera (Fr, 1h34) avec Lola Creton, Aïssa Maïga...

voir la fiche du film


Corniche Kennedy. Dans le bleu de la Méditerranée, au pied des luxueuses villas, les minots de Marseille défient les lois de la gravité. Marco, Mehdi, Franck, Mélissa, Hamza, Mamaa, Julie : filles et garçons plongent, s'envolent, prennent des risques pour vivre plus fort. Suzanne les dévore des yeux depuis sa villa chic. Leurs corps libres, leurs excès. Elle veut en être. Elle va en être.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Un Printemps du livre, six coups de cœur

Festival | Qui pourra-t-on rencontrer à Grenoble et aux alentours entre le mercredi 20 et le dimanche 24 mars ? Réponses subjectives.

Stéphane Duchêne | Lundi 18 mars 2019

Un Printemps du livre, six coups de cœur

Maylis de Kerangal Un monde à portée de main Le monde à portée de main de Paula Karst, c'est celui qui s'offre à elle autant que celui qu'elle apprend à reconstituer à l'Institut supérieur de peinture de Bruxelles où elle étudie le trompe-l'œil. Un art de reproduire la matière qui la conduit jusqu'à Moscou mais aussi au studio de Cinecittà en Italie, avant qu’elle ne se voie confier le chantier du fac-similé de la Grotte de Lascaux. Mais derrière ce récit d'apprentissage, comme toujours, Maylis de Kerangal (photo) nous parle d'elle, et de cet art de faussaire virtuose qu'est l'exercice de la fiction, dans une réflexion vertigineuse sur la création. À la salle Olivier Messiaen vendredi à 16h30 (rencontre) Au musée samedi à 10h30 (rencontre) et 17h (lecture en correspondance) Thomas B. Reverdy L'Hiver du mécontentement Derrière ce titre shakespearien, Thomas B. Reverdy, qu'on peut aisément classer dans la catégorie fantôme des écrivains rock, niche une étude de cette Angleterre de 1979 au bord de basculer dans le thatchérisme et la crise (sujet très reverdyen). Mais une Angleterre d

Continuer à lire

"Wardi" : carnet d’un impossible retour au pays natal

ECRANS | de Mats Grorud (Nor-Fr-Suè, 1h20) animation

Vincent Raymond | Lundi 25 février 2019

Jeune Palestinienne vivant dans le camp libanais de Bourj el-Barajneh, Wardi reçoit de son arrière-grand-père la clé de la maison que celui-ci avait dû quitter en 1948, lors de la création de l’État d’Israël. Interrogeant ses proches, Wardi recompose l’histoire de sa famille, et son exil… C’est à un exercice peu banal que le cinéaste norvégien Mats Grorud s’est ici livré : évoquer la "Nakba" (c’est-à-dire, du point de vue des Palestiniens, la "Catastrophe") sous forme d’une semi-fiction animée alternant de minutieuses séquences avec des marionnettes en stop motion et d’autres au dessin volontairement naïf. Son récit raconte comment chaque génération, au fil des chaos de l’Histoire (1967, 1982…), s’est heurtée à l’impossibilité de retourner vivre en Galilée, transformant la solution provisoire de Bourj el-Barajneh en une cité en dur ; une sorte de Babel de bric et de broc où s’entassent enfants et parents, survolée par une soldatesque à la gâchette légère. Et où, fatalement, fermente le ressentiment. Que l’idéal des accords d’Oslo ou du Pays-à-deux-États semble plombé lorsque l’on découvre ce film ! Éclairant sur le passé, ouvert sur l’avenir

Continuer à lire

Le monde selon Maylis de Kerangal

Littérature / rencontre | C'est désormais une incontournable des rentrées littéraires depuis au moins Corniche Kennedy (2008), et plus encore depuis Naissance d'un (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 6 novembre 2018

Le monde selon Maylis de Kerangal

C'est désormais une incontournable des rentrées littéraires depuis au moins Corniche Kennedy (2008), et plus encore depuis Naissance d'un pont, qui lui valut entre autre le Prix Médicis 2010, et Réparer les vivants (2013), également couvert de prix. Trois romans tous trois adaptés au cinéma. C'est donc peu dire qu'Un monde à portée de main était pour le moins attendu par les fidèles du style très particulier de la romancière. Où la description des gestes investit au plus profond celui de l'écriture jusqu'à l'infuser, jusqu'à faire jaillir la fiction du réel en creusant celui-ci à coups de phrases en colimaçons ou en mille-feuilles. Avec cette histoire d'une jeune femme, Paula, qui apprend l'art du trompe-l'œil et de la reproduction des matières, Maylis de Kerangal poursuit ce travail de fascination et d'exploration de ce réel à portée de fiction et inversement, de transcendance des faux-semblants. Un nouveau récit qu’elle prése

Continuer à lire

Avec "Il a déjà tes yeux", Lucien Jean-Baptiste élève la comédie française

ECRANS | de et avec Lucien Jean-Baptiste (Fr., 1h35) avec également Aïssa Maïga, Zabou Breitman, Vincent Elbaz…

Vincent Raymond | Lundi 16 janvier 2017

Avec

Paul et Sali s’aiment, viennent d’ouvrir leur magasin, d’acheter leur maison et rêvent de parachever leur bonheur en étant parents. La nature étant contrariante, ils recourent aux services sociaux leur proposant d’adopter Benjamin, un blondinet, alors qu’eux sont noirs. C’est la joie pour Paul et Sali ; pas pour leur entourage… Lucien Jean-Baptiste a trouvé là un excellent sujet, sans doute le meilleur depuis 30° Couleur : un thème de conte philosophique adapté en comédie de situation. N’étaient quelques invraisemblances grossières (un couple de commerçants débutants et, en théorie, sans fortune disposant d’un emploi du temps aussi souple qu’une gymnaste olympique, voilà qui défie le bon sens), le regard se révèle extrêmement pertinent sur les présupposés sociétaux : la norme n’est, bien souvent, qu’une question d’habitude (voir l’hilarante séquence dans la salle d’attente de la pédiatre), et la plupart des évolutions sont freinées par la peur de l’inconnu. Croquant avec gourmandise tous les travers, le comédien-cinéaste joue adroitement avec les particularismes culturels africains (convivialité d’immeuble, tchipage

Continuer à lire

Rentrée cinéma 2017 : face (à face) à la nouvelle année

Panorama 2017 | Les distributeurs ont l’esprit joueur. Ou plutôt jouteur : à la manière des programmateurs des chaînes de télé, ils ont composé un mois de janvier truffé de petits duels et de combats singuliers. Une manière très… confraternelle de (se) souhaiter la bonne année…

Vincent Raymond | Lundi 2 janvier 2017

Rentrée cinéma 2017 : face (à face) à la nouvelle année

Comme si les vraies rivalités et les confrontations sérieuses du monde réel ne suffisaient pas, voilà qu’on invente des escarmouches pour les files d’attente des cinémas ! Et qu’on ne brandisse pas, pour les justifier, le prétexte d’une fréquentation à stimuler par "l’émulation" : revendiquant plus de 210 millions d’entrées réalisées en 2016, le secteur s’est rarement aussi bien porté. De telles chicaneries, ça a tout de même un petit air de cour de récré, non ? À hauteur d'ados Rayons enfantillages, Hélène Angel ouvre le bal avec Primaire (ce mercredi 4 janvier) qui fait de Sara Forestier une instit’ surinvestie prête à beaucoup pour sauver un gamin manifestant de graves signes d’abandon… au grand dam de son propre fils. On retrouve, actualisé, l’un des thèmes de L’Argent de poche (1975) de Truffaut, centré ici sur l’enseignant et amendé d’une inutile fable sentimentale avec un Vincent Elbaz peu crédible en livreur fruste. Plus convaincant est Jamais contente de Émilie Deleuze (11 janvier), adaptation de Marie Desplechin sur les désarrois d’une ado redoublante, mal dans sa peau en fami

Continuer à lire

"Réparer les vivants" de Maylis de Kerangal : cœur de l’univers

CONNAITRE | Il y a la mer, le van, puis l’hôpital. Une succession de lieux décrits avec une précision presque clinique, dont l’apparente froideur est rattrapée par le (...)

Charline Corubolo | Mardi 4 février 2014

Il y a la mer, le van, puis l’hôpital. Une succession de lieux décrits avec une précision presque clinique, dont l’apparente froideur est rattrapée par le souci d’une beauté détaillée : celle des êtres et de leurs affects. Le cinquième roman de Maylis de Kerangal, Réparer les vivants, dépeint les actions qui vont s’enchaîner durant vingt-quatre heures à la suite d’un accident de la route dont la victime Simon Limbres, et plus particulièrement son cœur, deviennent le centre d’une attention particulière. Les descriptions aux longueurs frénétiques rendent le style de l’auteure tortueux mais permettent de créer une rythmique dense, au sein de laquelle se nichent les tensions. Dans cette histoire de transplantation cardiaque, les sauts temporels étirent le récit alors étriqué dans un espace réduit et pesant. Les différentes étapes de cette journée sont décortiquées telle une autopsie dévoilant le talent de l’écrivaine et permettant une respiration, malgré l’extrême électricité des situations, entre les moments empreints d’une émotion débordante, sans pour autant tomber dans le pathos. Le dialogue avalé dans les phrases rend l’écriture cinématograph

Continuer à lire

Mes amis, mes amours, mes emmerdes

SCENES | "J’ai 20 ans qu’est-ce qui m’attend ?": un titre programmatique pour un spectacle inégal néanmoins enthousiasmant dans ses meilleurs moments. Merci François Bégaudeau et Joy Sorman ! Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 12 octobre 2012

Mes amis, mes amours, mes emmerdes

On reproche souvent au théâtre contemporain français de ne pas s’intéresser au monde qui l’entoure. Un reproche en partie avéré, si l’on compare notamment avec ce qu’il se passe hors de France (les Anglais, par exemple, ne se privent pas d’interroger sur scène l’actualité brulante). Bien sûr, certains artistes français refusent ce constat, et c’est d’ailleurs souvent ceux qui nous passionnent le plus. J’ai 20 ans qu’est-ce qui m’attend ?, le projet de Cécile Backès, avait donc tout pour attirer notre attention. À savoir porter sur le plateau les doutes et les aspirations d’une génération dont on peine à définir les contours. La metteuse en scène, après avoir mené son enquête sur le terrain, a laissé le soin à cinq auteurs quadragénaires de livrer chacun un texte sur le sujet. À elle ensuite d’en faire un spectacle. On stage Des textes qui, s’ils évoquent des questions pratiques (trouver un appartement, une colocation, un boulot), ont une plus grande ambition. Et c’est justement là que le bât blesse : quand les auteurs sont dans la simple démonstration. La partie de Maylis de Kerangal, sur un jeune couple contraint de falsifier son dossier pour espérer

Continuer à lire