Un "Conformiste" oublié jeudi à la Cinémathèque

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Histoire d'un suiviste épris de normalité, d'un type désaxé à la suite d'un traumatisme et qui en vient à accepter d'obéir aveuglément à l'idéologie fasciste, dont la rectiligne brutalité le rassure, Le Conformiste (1970) est l'un des premiers films de Bertolucci et l'un des nombreux grands rôles de l'impassible Jean-Louis Trintignant, aussi marmoréen que le samouraï Delon.

Inscrite dans le cycle "France-Italie : 10 films oubliés ou méconnus" des cours de cinéma de Jean Serroy, cette adaptation glaçante de Moravia mérite votre attention. Elle est à découvrir jeudi 26 janvier à 20h au Méliès.

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"Happy End" : du Michael Haneke en quitte

ECRANS | de Michael Haneke (Fr.-Aut.-All., 1h48) avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz…

Vincent Raymond | Lundi 2 octobre 2017

Après avoir causé la mort de sa mère dépressive par surdose d’anxiolytique, une pré-adolescente débarque chez son chirurgien de père, qui partage la demeure familiale calaisienne avec un patriarche réclamant l’euthanasie, une sœur entrepreneuse en plein tracas professionnels… Toujours aussi jovial, Michael Haneke convoque ici des figures et motifs bien connus pour une mise en pièce classique d’une caste déclinante, résonnant vaguement avec l’actualité grâce à l’irruption un tantinet artificielle de malheureux migrants. Dans le rôle du patriarche appelant la mort, Jean-Louis Trintignant joue une extension de son personnage de Amour – il y fait explicitement allusion. Quant à Isabelle Huppert, elle fronce le museau, écarquille les sourcils et incarne un bloc de béton congelé – quelle surprise ! Happy End ressemble hélas à du Haneke en kit : si

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Trouble normalité

ECRANS | « La jeunesse est doublement conformiste » disait Pasolini dans un de ses essais politiques. En 1951, Alberto Moravia signait un roman qui intitulé Le (...)

Christophe Chabert | Lundi 18 novembre 2013

Trouble normalité

« La jeunesse est doublement conformiste » disait Pasolini dans un de ses essais politiques. En 1951, Alberto Moravia signait un roman qui intitulé Le Conformiste où il montrait comment un jeune bourgeois des années 30 décidait de rejoindre la cause fasciste en acceptant d’aller éliminer en France un professeur de philosophie appelant à la résistance contre Mussolini. Le roman de Moravia soufflait sur des braises encore chaudes de l’histoire italienne ; son adaptation vingt ans plus tard par Bernardo Bertolucci introduit une distance à la fois esthétique et morale par rapport aux événements. Le récit, totalement déconstruit, semble prélever à même la mémoire du protagoniste : un Trintignant fascinant de froideur, écartelé entre sa décision – se conformer au schéma et à l’idéologie petit-bourgeois dominante – et sa complexité intérieure. La mise en scène de Bertolucci achève de créer cette confusion, utilisant l’époque pour en faire un vaste espace mental proche de l’abstraction, perdant ses personnages dans une architecture art déco à la fois magnifique et écrasante.

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L'amour à mort

ECRANS | Avec "Amour", palme d'or du dernier festival de Cannes, Michael Haneke filme le crépuscule d’un couple face à la maladie et l’approche de la mort. Mais son titre n’est pas trompeur : sans perdre ni sa lucidité, ni sa mise en scène au cordeau, Haneke a réalisé son film le plus simple, émouvant et humain, grâce notamment à ses deux acteurs, Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 18 octobre 2012

L'amour à mort

Au milieu du Ruban blanc, on voyait un des enfants de cette communauté rigide et protestante offrir à son pasteur de père un oiseau pour remplacer celui qui venait de mourir. C’était un acte d’amour, un instant sentimental dans une œuvre où, justement, le mal qui rongeait les personnages était alimenté par la répression de leurs émotions. C’est d’ailleurs ce qui se passait à l’écran : le père retenait des larmes que la caméra de Michael Haneke, à la bonne distance, ne manquait pas de laisser deviner. Le cinéaste est trop lucide et pessimiste sur la nature humaine pour faire croire au spectateur que ces larmes-là auraient changé la face du monde ; mais il n’y a aujourd’hui plus de doute à la vision d’Amour : cette pointe de pathos, aussi discrète soit-elle, a changé la face de son cinéma. L’inéluctable, ces ténèbres qui viennent engloutir les vies humaines, est ici atténué par quelque chose de plus grand et de plus fort qui va même, lors de la sidérante scène finale du film, résister à la mort : l’amour donc, regardé comme une réalité empirique, un fa

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