"La La Land" : vintage d'or hollywoodien

ECRANS | À Los Angeles, cité de tous les possibles et des destins brisés, Damien Chazelle déroule l’histoire en cinq saisons de Mia (Emma Stone), aspirante actrice, et Seb (Ryan Gosling), qui ambitionne d’ouvrir son club de jazz. Un pas de deux acidulé vers la gloire, voire l’amour réglé à l’ancienne, par l’auteur du pourtant très contemporain "Whiplash". Un aspirateur à Oscars ?

Vincent Raymond | Lundi 23 janvier 2017

N'est-il est agréable, parfois, de se rencogner dans de vieux vêtements assouplis par le temps, de déguster un mets régressif ou de revoir un film jadis adoré ? Ces doux instants où l'on semble s'installer au-dedans de soi procurent un réconfort magique… à condition qu'ils demeurent brefs. Plaisant à visiter, la nostalgie est ce territoire paradoxal où il est déconseillé de s'attarder, au risque de se trouver prisonnier de ses charmes trop bien connus.

Lorsqu'un artiste succombe à la tentation de ressusciter le passé par le simulacre, il s'attire de bien faciles sympathies : celles des résidents à plein temps dans le "c'était-mieux-avant", auxquels se joignent les fervents amateurs des univers qu'il cite ou reproduit – ici, un canevas digne de Stanley Donen / Gene Kelly, habillé de tonalités musicales et colorées à la Jacques Demy / Michel Legrand, émaillé de jolis tableaux façon Leonard Bernstein / Jerome Robbins ou Vincente Minnelli.

Je m'voyais déjà…

Attention, il ne s'agit pas de minorer ni les mérites ni le talent de Damien Chazelle : La La Land s'avère un très honorable hommage au genre comédie musicale comme à la légende dorée des studios, même si l'histoire se déroule de nos jours. La mise en abyme hollywoodienne légitime son recours à des codes désuets : les Coen n'avaient pas fait différemment pour leurs séquences chantées dans Ave César (2015).

La La Land dispose de deux thèmes imparables : celui de l'ouverture, Another Day of Sun, swing et rythmé, de nature à ne plus vous quitter l'esprit ; et puis Late for the Date, mélodie mélancolique s'enroulant autour de l'âme de la belle. Deux partitions ad hoc, déclinées à merveille durant le film, rappelant combien fructueuse et bénéfique pour une œuvre peut être l'entente entre un compositeur (Justin Hurwitz en l'occurrence) et un auteur. Cette synergie transcende le film et porte les comédiens, davantage que le scénario, dont le seul grand mérite est de caresser une structure de mélo.

Hurler au miracle ou au chef-d'œuvre serait donc un peu exagéré. On peut quand même s'amuser de la réactivité pavlovienne d'Hollywood, si prompt à l'autocélébration, s'emballant au-delà du raisonnable lorsqu'un film au classicisme rassurant brosse sa légende dans le sens des lauriers – un engouement comparable avait été observé à l'époque de The Artist (2012), film certes sympathique, mais sans doute le plus conventionnel de Michel Hazanavicius. On eût préféré voir cette vague soutenir davantage le nerveux et audacieux Whiplash.

La La Land
de Damien Chazelle (E.-U., 2h08) avec Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend…


La La Land

De Damien Chazelle (ÉU, 2h08) avec Ryan Gosling, Emma Stone...

De Damien Chazelle (ÉU, 2h08) avec Ryan Gosling, Emma Stone...

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Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance. Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent… Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?


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"La Favorite" : dames de cœur, à qui l’honneur ?

ECRANS | Deux intrigantes se disputent les faveurs de la cyclothymique Anne d’Angleterre afin d’avoir la mainmise sur le royaume… Une fable historique perverse dans laquelle l'actrice Olivia Colman donne à cette reine sous influence un terrible pathétique et le réalisateur Yórgos Lánthimos le meilleur de lui-même.

Vincent Raymond | Lundi 4 février 2019

À l’aube du XVIIIe siècle. La Couronne d’Angleterre repose sur la tête d’Anne (Olivia Colman). Sans héritier malgré dix-sept grossesses, maniaco-dépressive, la souveraine se trouve sous la coupe de Sarah (Rachel Weisz), sa dame de compagnie et amante (par ailleurs épouse de Lord Marlborough, le chef des armées), laquelle en profite pour diriger le royaume par procuration. Lorsque Abigail (Emma Stone), cousine désargentée de Sarah, arrive à la cour, une lutte pour obtenir les faveurs de la Reine s’engage… Demandez à Shakespeare, Marlowe, Welles, Frears, Hooper… La royauté britannique constitue, plus que tout autre monarchie, une source inépuisable d’inspiration pour la scène et l’écran. Au-delà de la fascination désuète qu’elle exerce sur son peuple et ceux du monde, elle forme en dépit des heurts dynastiques une continuité obvie dans l’Histoire anglaise, lui permettant de s’incarner à chaque époque dans l’une des ses figures, fût-elle fantoche. Telle celle d’Anne (1665-1714). Son humeur fragile la fit ductile, favorisant un jeu d’influences féminin inédit que La Favorite raconte san

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"First Man - le premier homme sur la Lune" : (presque) bon comme la Lune

ECRANS | de Damien Chazelle (ÉU, 2h20) avec Ryan Gosling, Claire Foy, Jason Clarke…

Vincent Raymond | Lundi 15 octobre 2018

De son entrée à la Nasa comme pilote d’essai à son retour victorieux de la Lune, la trajectoire professionnelle et intime de Neil Armstrong dit "Mister Cool", un ingénieur doté d’une intelligence, d’une chance et d’un sang-froid peu communs qui fut le premier terrien à fouler le sol lunaire… L’engouement exagéré pour ce film d’élève appliqué qu’était La La Land aura eu la vertu de propulser Damien Chazelle vers un sujet plus ambitieux : l’aventure exploratoire la plus stupéfiante de l’Histoire. Le cinéaste la raconte en la restreignant à un individu réduit à son absence apparente d’affects – n’est-il pas paradoxal de posséder des qualités surhumaines, voire inhumaines, pour devenir le "Premier Homme" ? La désormais légendaire impassibilité (inexpressivité, version bienveillante) de Ryan Gosling sied à merveille pour figurer le non moins fameux flegme de l’astronaute, et le montrer dans ce qui fait sa banalité : sa dévotion mécanique à sa mission. Chazelle suggè

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Une toile sous les étoiles : notre sélection de films en plein air pour cet été

Sélection | Des amis et/ou de la famille, le soleil qui se couche, une petite couverture pour s’asseoir, un écran géant et des bons films : comme chaque été, les communes de l’agglomération grenobloise proposent plusieurs séances de cinéma en plein air à celles et ceux qui ne passent pas les deux mois d’été au bord de la mer (ou ailleurs). Sélection du meilleur, en toute subjectivité bien sûr.

La rédaction | Mardi 3 juillet 2018

Une toile sous les étoiles : notre sélection de films en plein air pour cet été

L’Ascension Lundi 9 juillet à Échirolles (Village Sud, placette Pôle Jacques-Prévert) Lundi 30 juillet à Saint-Martin-d’Hères (terrain sportif Henri Maurice) Vendredi 17 août à Saint-Égrève (parc de l'Hôtel de Ville) Jeudi 30 août à Eybens (devant le CLC) L’an passé sortait en salle ce feel-good movie multipliant les plans plein cadre sur des personnages aux mines réjouies et bienveillantes, respirant l’air pur des montagnes et le bonheur de vivre. Soit l’histoire d’un jeune gars de Saint-Denis parti sans préparation aucune à l’assaut de l’Everest afin de conquérir la fille dont il est épris. Pas révolutionnaire, mais sympathique… Ma vie de courgette Mercredi 11 juillet à Fontaine (parc de la Poya) Jeudi 12 juillet à Grenoble (jardin du Musée de l’Ancien Évêché) Jeudi 19 juillet à Grenoble (parc Soulage) Jeudi 2 août à Crolles Là, on est sur l’un des meilleurs films de 2016 grâce à sa délicatesse, sa sensibilité dépourvue de sensiblerie et son

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"Battle of the sexes" : no zob in lob

ECRANS | de Jonathan Dayton & Valerie Faris (G.-B.-E.-U., 2h02) avec Emma Stone, Steve Carell, Andrea Riseborough…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Auteur·e·s d’un redoutable hold up aux bons sentiments et au box office il y a une décennie avec sa grossière contrefaçon de petit film indépendant (Little Miss Sunshine), la paire mixte Jonathan Dayton & Valerie Faris reprend les raquettes. Pour un biopic se doublant d’un sujet de société pile dans l’air du temps : l’inégalité de traitement salarial entre les hommes et les femmes, spectacularisée lors du match de tennis mixte opposant l’ancien champion Bobby Riggs (rien à voir avec L’Arme fatale) à la n°1 mondiale Billie Jean King. Joueur compulsif et macho invétéré, le premier fanfaronnait qu’aucune athlète féminine n’était apte à défaire un porteur de testicules. Jusqu’à ce qu’il se retrouve la queue entre les jambes (6-4, 6-3, 6-3). Les boules pour lui ! Ruisselant d’une musique "contexte temporel" omniprésente, ce catalogue de grimaces attendues s’intéresse moins au sport, à la politique ou au cinéma qu’à la potentielle quantité de citations au Golden Globe et à l’Oscar qu’il peut ravir en surfant sur du consensuel lisse et joliment photographié. Ah sinon, ça fait plaisir de revoir Elisabeth Shue,

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"Blade Runner 2049" : l’avenir, c’était moins pire avant

ECRANS | Denis Villeneuve livre avec "Blade Runner 2049" une postérité plus pessimiste encore que le chef-d’œuvre de l'écrivain de science-fiction Philip K. Dick et du cinéaste Ridley Scott. Tombeau de l’humanité, son opéra de bruine crasseuse et de poussière survit à sa longueur (2h43) ainsi qu’à l’expressivité réduite de Ryan "Ford Escort" Gosling.

Vincent Raymond | Lundi 2 octobre 2017

2049, sur une Terre à la biocénose ravagée. Blade Runner (du nom d'unités policières spéciales), K. (Ryan Gosling) est un réplicant d’un modèle évolué chargé d’éliminer ses congénères réfractaires à l’autorité humaine. K. découvre lors d’une mission qu’une réplicante, en théorie stérile, a jadis accouché. L’enfant-miracle est très convoité… C’est peu dire que monde a les yeux braqués sur Denis Villeneuve, "celui qui s’est risqué" à prolonger le cauchemar de Philip K. Dick modifié par Ridley Scott en 1982. Demi-suite en forme de résonance (y compris musicale, même si Vangelis n’a pas été reconduit à la bande originale, supplanté par l’incontournable Hans Zimmer), ce nouvel opus permet au cinéaste de travailler en profondeur ses obsessions : l’identité brutalement perturbée (Incendies, Maelström, Un 32 août sur terre…) et la contamination de la réalité par les songes ou les souvenirs (Enemy, Premier Contact)

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"Song To Song" : Terrence Malick, toujours une note au-dessus

ECRANS | Retour à une forme plus narrative pour le désormais prolifique Terrence Malick, qui revisite ici, avec des grands noms (Natalie Portman, Ryan Gosling, Michael Fassbender, Rooney Mara...), le chassé-croisé amoureux dans une forme forcément personnelle et inédite.

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Deux hommes, deux femmes : leurs histoires d’amour et professionnelles, croisées ou réciproques dans l’univers musical rock d’Austin… Après le sphérique et autoréférenciel Voyage of Time (amplification des séquences tellurico-shamaniques de Tree of Life façon poème mystique à liturgie restreinte), le réalisateur Terrence Malick renoue avec un fil narratif plus conventionnel. Avec ce que cela suppose d’écart à la moyenne venant du réalisateur de À la Merveille. Song To Song prouve, si besoin en était encore, que ce n’est pas un argument qui confère à un film son intérêt ou son originalité, mais bien la manière dont un cinéaste s’en empare. Le même script aurait ainsi pu échoir à Woody Allen ou Claude Lelouch (amours-désamours chez les heureux du monde et dans de beaux intérieurs, avec les mêmes caméos de Val Kilmer, Iggy Pop, Patti Smith), on eût récolté trois films autant dissemblables entre eux que ressemblants et identifiables à leur auteur. Persistance de la mémoire En deux heures bien tassées, Malick nous offre ici un foisonnement visuel rare : un enchaînement vertigineux d

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Soirées pré-Oscars avec "La La Land" et "Jackie"

Avant-premières | Deux gros événements cinéma à venir : samedi 21 janvier, "La La Land" sera en avant-première dans plusieurs cinémas de la ville. Et le mardi 24 janvier, c'est "Jackie" que les spectateurs du Club pourront découvrir avant sa sortie officielle. De quoi se préparer en beauté pour la cérémonie du 26 février.

Vincent Raymond | Mardi 17 janvier 2017

Soirées pré-Oscars avec

À présent que les Golden Globes ont été remis, couronnant d'un septuor inédit de statuettes la comédie musicale La La Land de Damien Chazelle (réalisateur du fameux Whiplash), la cote du film pour les Oscars monte plus haut que le contre-ut de la Reine de la Nuit. Et le désir pour nous public de le voir avant sa sortie prévue la semaine prochaine, le mercredi 25 janvier, également. Le distributeur SND l'a bien compris ; aussi a-t-il consenti à programmer une batterie d'avant-premières un peu partout en France, histoire d'étancher les impatiences et d'alimenter davantage le bouche à oreille. Détail amusant : elles ont toutes lieu au même moment, samedi à 19h30. Quant à Jackie de Pablo Larrain, biopic de Mme Bouvier-Kennedy-Onassis, il a déjà fait forte impression à Venise, et pourrait valoir selon les échotiers un second trophée à Natalie Portman après celui remporté pour The Black Swan. Quoi qu’il en soit, le public hexagonal pourra se faire sa propre opinion avant la cérémonie prévue le 26 février,

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Rentrée cinéma 2017 : face (à face) à la nouvelle année

Panorama 2017 | Les distributeurs ont l’esprit joueur. Ou plutôt jouteur : à la manière des programmateurs des chaînes de télé, ils ont composé un mois de janvier truffé de petits duels et de combats singuliers. Une manière très… confraternelle de (se) souhaiter la bonne année…

Vincent Raymond | Lundi 2 janvier 2017

Rentrée cinéma 2017 : face (à face) à la nouvelle année

Comme si les vraies rivalités et les confrontations sérieuses du monde réel ne suffisaient pas, voilà qu’on invente des escarmouches pour les files d’attente des cinémas ! Et qu’on ne brandisse pas, pour les justifier, le prétexte d’une fréquentation à stimuler par "l’émulation" : revendiquant plus de 210 millions d’entrées réalisées en 2016, le secteur s’est rarement aussi bien porté. De telles chicaneries, ça a tout de même un petit air de cour de récré, non ? À hauteur d'ados Rayons enfantillages, Hélène Angel ouvre le bal avec Primaire (ce mercredi 4 janvier) qui fait de Sara Forestier une instit’ surinvestie prête à beaucoup pour sauver un gamin manifestant de graves signes d’abandon… au grand dam de son propre fils. On retrouve, actualisé, l’un des thèmes de L’Argent de poche (1975) de Truffaut, centré ici sur l’enseignant et amendé d’une inutile fable sentimentale avec un Vincent Elbaz peu crédible en livreur fruste. Plus convaincant est Jamais contente de Émilie Deleuze (11 janvier), adaptation de Marie Desplechin sur les désarrois d’une ado redoublante, mal dans sa peau en fami

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"The Nice Guys" : Russell Crowe et Ryan Gosling chien et chat

ECRANS | de Shane Black (E.-U., 1h56) avec Ryan Gosling, Russell Crowe, Kim Basinger…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

On ne s’étonnera pas de voir derrière The Nice Guys le producteur Joel Silver, qui a bâti une partie de sa fortune grâce au "buddy movie" avec 48 heures et les quatre volets de L’Arme fatale – parler de tétralogie en l’occurrence risquerait de froisser Wagner. Il avait déjà accompagné Shane Black, scénariste de L’Arme fatale, pour Kiss Kiss Bang Bang (2005), précédent réussi narrant l'association entre une carpe et un lapin sur fond d’investigation privée ; il remet donc le couvert avec un nouveau duo chien et chat. Pourquoi diable changer des recettes qui fonctionnent et qui, justement, en rapportent ? Une fois que l’on a admis que le tonneau sur pattes à la carrure depardieutesque est Russell Crowe, on embarque pour un plaisant voyage carrossé jusqu’au bout du col pelle-à-tarte vintage années 1970. Plutôt que d’enchaîner les refrains connus à tour de platines, la B.O. procède en finesse en distillant des intros funky, groovy et disco. Shane Black met aussi la pédale douce du côté des répliques, abandonnant l’épuisante distribution de vannes surécrites. Du coup, on s’attache davantage à ses personnages pou

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10 Cloverfield Lane

ECRANS | Dan Trachtenberg s’inscrit dans les pas du fameux film catastrophe apocalyptique "Cloverfield", sans pour autant en présenter une suite. Et défend plutôt un minimalisme bienvenu.

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

10 Cloverfield Lane

En 2008, Matt Reeves électrochoquait le principe du film catastrophe apocalyptique en hybridant faux "found footage" et monstres exterminateurs dans Cloverfield : une expérience de cinéma aussi accomplie du point de vue théorique que spectaculaire. Ni suite, ni spin-off classique, 10 Cloverfield Lane s’inscrit dans sa lignée en combinant atmosphère de fin du monde, huis clos sartrien avec potentiel(s) psychopathe(s)… et monstres exterminateurs. Producteur des deux volets, J.J. Abrams pourrait lancer une franchise en s’attaquant ensuite au mélo, à la comédie musicale, au polar : tout peut convenir, du moment qu’on ajoute “Cloverfield” dans le titre et intègre des monstres en codicille ! Si Cloverfield montrait une fiesta virant au massacre, puis au survival, 10 Cloverfield Lane démarre privé de toute insouciance par une rupture pour se précipiter, très vite, dans le confinement subi d’un bunker et sa promiscuité. C’est que les temps ont changé : l’inquiétude et la paranoïa règnent. Plus pressante, la menace n’est plus le seul fait d’entités étrangères ; elle émane aussi de bon gros "rednecks" se révélant immédiatement plus dangereux m

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Lost River

ECRANS | Après un petit tour en salle de montage, le premier long de Ryan Gosling arrive en salles dans une version sensiblement plus digeste que celle vue à Cannes. Et s’avère un objet singulier, dont la poésie noire se distille au gré de ses fulgurances visuelles. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Lost River

À Cannes, ce premier long métrage de Ryan Gosling nous était tombé des yeux. Le hiatus entre une narration bordélique et l’envie flagrante de copier ses modèles tel un étudiant d’art passant sa journée au Louvre donnait à Lost River une dimension à la fois prétentieuse et vaine. À peine pouvait-on décerner à son chef opérateur, le brillant Benoît Debie, un satisfecit pour avoir créé une matière visuelle parfois fulgurante. Probablement refroidi par l’accueil glacial réservé au film, Gosling est donc retourné en salle de montage pour mettre un peu d’ordre dans ce foutoir et enlever dix-sept minutes qui ne manquent pas, loin de là, à la version définitive. On cerne donc enfin son propos qui, à défaut d’être particulièrement novateur, a maintenant le mérite de la clarté : un adolescent, Bones (référence sans doute au bouquin de Russell Banks), traîne dans les ruines industrielles de Détroit à la recherche de tuyaux en cuivre qu’il revend pour se faire un peu d’argent de poche. Sa mère (la rousse Christina Hendricks, échappée de Mad Men) se voit proposer par un patron de club lubrique de devenir danseuse dans un cabaret macabre et gore – l’occas

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Birdman

ECRANS | Changement de registre pour Alejandro Gonzalez Iñarritu : le cinéaste mexicain tout juste oscarisé laisse son désespoir misérabiliste de côté pour tourner une fable sur les aléas de la célébrité et le métier d’acteur portée par un casting exceptionnel et une mise en scène folle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 24 février 2015

Birdman

Partons du titre complet de Birdman : la surprenante vertu de l’ignorance. De la part d’un cinéaste aussi peu modeste qu’Alejandro Gonzalez Iñarritu, ce sous-titre a de quoi faire peur, tant il nous a habitués dans ses films précédents (Babel, Biutiful, ...) à donner des leçons sur la misère du monde sous toutes ses formes. Or, Birdman séduit par sa volonté de ne pas généraliser sa fable, circonscrite entre les murs d’un théâtre à Broadway : ici va se jouer à la fois une pièce adaptée de Raymond Carver et la tragi-comédie d’un homme ridicule, Riggan Thompson. Des années avant, il était la star d’une série de blockbusters où il jouait un super héros ; aujourd’hui, il tente de relancer sa carrière et gagner l’estime de ses contemporains en jouant et mettant en scène du théâtre "sérieux". Le naufrage de son existence ne se résume pas seulement à ses habits de "has been" : sa fille sort d’une cure de désintox, son mariage a sombré et il se fait écraser par une star mégalomane et égocentrique, Mike Shiner, plus roué et cynique que lui pour conquérir les

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Whiplash

ECRANS | Pour son premier film, Damien Chazelle raconte une initiation artistique muée en rapport de domination, et filme la pratique de la musique comme on mettrait en scène un film de guerre. Une affaire de rythme, de tempo et de ruptures parfaitement maîtrisée d’un bout à l’autre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

Whiplash

La répétition d’un coup de baguette sur une caisse claire, de plus en plus rapide, comme des coups de feu ou, selon le titre, des coups de lasso – whiplash. Le rythme, rien que le rythme. Une demi-seconde en trop ou une demi-seconde trop tôt et vous êtes mort. En face, l’homme censé vous guider dans votre apprentissage, votre mentor, est aussi votre pire ennemi, celui que vous craignez le plus car ses jugements font autorité. Lui, le rythme, il le fracasse sèchement afin de vous mettre à terre, plus bas que terre même, pour que vous vous releviez ensuite le mors aux dents et que vous repartiez au combat, plus déterminé que jamais. Ce qui ne tue pas rend plus fort, dit l’adage nietzschéen. Le succès est la meilleure des revanches, complète un dicton américain. Whiplash, premier film impressionnant de Damien Chazelle, raconte tout cela, et beaucoup plus encore. Un élève doué Voici donc Andrew (Miles Teller, échappé des romances pour ados comme The Spectacular now et Divergente) qui intègre une prestigieuse école de musique pour deve

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Cannes 2014, jours 9 et 10 : La fin - enfin !

ECRANS | "Jimmy’s hall" de Ken Loach (sortie le 2 juillet). "Alleluia" de Fabrice Du Welz (date de sortie non communiquée). "Whiplash" de Damien Chazelle (sortie le 24 décembre). "Sils Maria" d’Olivier Assayas (sortie le 20 août). "Leviathan" d’Andrei Zviaguintsev (sortie le 24 septembre).

Christophe Chabert | Dimanche 25 mai 2014

Cannes 2014, jours 9 et 10 : La fin - enfin !

Il faut savoir arrêter une guerre, dit-on. Un festival de cinéma aussi, avec comme bilan chiffré 32 films vus (plus trois vus avant d’y aller), et quelques blessés légers — après une telle foire, on se dit chaque année qu’on ne nous y reprendra plus. Et, quand on relit ce qu’on a écrit à chaud, on se lamente de notre propre médiocrité en se répétant obstinément que ce métier est aussi vain que stupide — peut-être la conséquence de cette arrogance insupportable qui règne à Cannes, où personne ne salue les gens qui travaillent à faire vivre le festival, mais où tout le monde saute au cou du premier imbécile friqué venu. Film de combat Il faut savoir arrêter une guerre. Oui, mais après, comment fait-on pour réconcilier les combattants ? C’est la question posée par Ken Loach dans son dernier film, Jimmy’s Hall — son dernier, disait-il avant de le présenter, mais ça avait l’air moins clair lors de la conférence de presse. Ce n’est pas une suite au Vent se lève, mais un prolongement, ce moment où, la guerre terminée, la nation irlandaise, divisée par des crimes fratricides, doit réapprendre à vivre ensemble et reformer une communaut

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Only god forgives

ECRANS | Nicolas Winding Refn rate le virage post-"Drive" avec ce film vaniteux qui ressemble à l’œuvre d’un chef décorateur surdoué cherchant sans y parvenir quelque chose à raconter. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 mai 2013

Only god forgives

Quant on avait découvert Drive, Nicolas Winding Refn n’était plus un inconnu : la trilogie Pusher et le génial Bronson avaient déjà montré l’étendue de son talent et de ses ambitions. Si surprise il y avait, c’était celle d’un cinéaste qui synthétisait dans une forme pop et romantique un creuset d’influences et de codes qu’il arrivait à régénérer. Avec Only god forgives, Winding Refn tombe dans son propre maniérisme et ce qui hier relevait du plaisir se transforme ici en effort désespéré pour faire autre chose que de l’imagerie pure et simple. L’argument, en soi, n’est pas plus original que celui de Drive : en Thaïlande, deux frères vivotent entre matchs de boxe et trafics de drogue. Le plus âgé, dans un coup de folie, tue une prostituée, avant d’être à son tour massacré par le père éploré, poussé dans son geste par un flic sadi

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The Place beyond the pines

ECRANS | Après "Blue valentine", Derek Cianfrance retrouve Ryan Gosling pour un ambitieux triptyque cherchant à ranimer la flamme d’un certain cinéma américain des années 70 tout en en pistant l’héritage dans l’indépendance contemporaine. Pas toujours à la hauteur, mais toutefois passionnant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 13 mars 2013

The Place beyond the pines

The Place beyond the pines est un geste inattendu de la part de Derek Cianfrance. Un peu plus de deux ans après Blue Valentine qu’il avait, rappelons-le, mis près d’une décennie à accoucher, le voilà qui passe un sacré braquet et propose une œuvre éminemment romanesque, à la construction extrêmement ambitieuse et, de fait, très éloignée de son film précédent. Car quelle que soit l’affection que l’on ressentait pour Blue Valentine, celui-ci valait surtout pour la complicité entre ses deux comédiens, Michelle Williams et Ryan Gosling, et par le petit parfum arty qui se dégageait de ce mélodrame dans le fond très calibré Sundance. Gosling est à nouveau le "héros" de The Place beyond the pines, Luke, et son arrivée à l’écran rappelle celle de Mickey Rourke dans The Wrestler : un long plan séquence en caméra portée qui l’escorte de dos d’une caravane vers un chapiteau où ce motard casse-cou effectue une cascade d

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Gangster squad

ECRANS | De Ruben Fleischer (ÉU, 1h52) avec Josh Brolin, Ryan Gossling, Sean Penn…

Christophe Chabert | Mercredi 30 janvier 2013

Gangster squad

Le ratage de ce Gangster squad est plutôt surprenant : un casting en or, une relecture du film de gangsters par un cinéaste habile à revigorer les codes des genres (son Zombieland était grandiose à ce niveau)… Assez vite, il faut se rendre à l’évidence : le script n’est qu’un laborieux décalque de celui des Incorruptibles, sans les dialogues admirables de David Mamet, mais avec beaucoup de grandes phrases toutes plus ridicules les unes que les autres. Du coup, les acteurs sortent les rames : Sean Penn a beau en faire des caisses dans le rôle de Mickey Cohen, on ne voit que son maquillage qui lui donne des allures de freak grotesque. Très mauvais aussi, Josh Brolin, mâchoire serrée et front plissé tout du long. On aimerait sauver le duo archi-glamour Emma Stone-Ryan Gossling du naufrage, mais ils ressemblent plutôt à des icônes lisses sorties d’un poster d’époque. Quant à la mise en scène, desservie par une photo numérique d’une absolue laideur, elle tente de noyer le poisson en en rajoutant dans la violence (et mê

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The Amazing Spider-Man

ECRANS | Après un ravalement de casting, Spider-Man revient pour raconter à nouveau ses origines. Entre faiblesse des enjeux, mise en scène approximative et acteurs sous-employés, était-ce vraiment nécessaire ? Jérôme Dittmar

Aurélien Martinez | Lundi 2 juillet 2012

The Amazing Spider-Man

Hollywood a toujours pratiqué l'amnésie forcée. Suites, remakes et désormais reboot, recycler ou faire table rase est une pratique courante. Dix ans après le premier film de Sam Raimi, Sony remet donc les compteurs à zéro de Spider-Man pour relancer sa licence. Mais comment tout recommencer avec si peu d'intervalle entre les films ? En ne changeant rien. The Amazing Spider-Man n'a pas la prétention de raconter autre chose que l'histoire de son héros adolescent, et tant pis si elle est connue. Tout ou presque ce qui fait la mythologie du personnage est donc rapatrié ici : la figure du geek transformé en justicier, la découverte des pouvoirs et la jouissance qui en découle, la perte de l'oncle Ben et la fabrication d'une icône héroïque populaire. Si le film se veut malgré tout une variation (le Lézard remplace le Bouffon vert ; Gwen Stacy devient la première amoureuse de Peter Parker), il suit les mêmes traces que son aîné, sauf que le casting a changé, et ce n'est qu'une partie du problème. Aucun motif ni regard La différence entre

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Crazy, stupid, love

ECRANS | Les deux réalisateurs d’I love you Philip Morris s’essayent à la comédie romantique chorale mais ne confectionnent qu’une mécanique théâtrale boulevardière et ennuyeuse, dont seul s’extirpe le couple formé (trop tardivement) par Ryan Gosling et Emma Stone. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 9 septembre 2011

Crazy, stupid, love

Emily (Julianne Moore) demande en plein dîner le divorce à son mari Cal (Steve Carell). Dévasté, il ne voit pas que la toute jeune baby-sitter de ses enfants n’a d’yeux que pour lui, et préfère s’en remettre à Jacob (Ryan Gosling), playboy aux mille conquêtes croisé dans un bar, qui va lui donner des cours de séduction et faire de lui un vrai tombeur. D’abord tenté par l’envie de rendre jalouse son ex, Cal finit par prendre goût à cette nouvelle vie, renonçant à l’amour éternel pour les plaisirs d’un soir. Après I love you Philip Morris, John Requa et Glenn Ficarra s’inscrivent dans un genre américain par excellence, la comédie du remariage, dont les rebondissements forment l’échine de Crazy, stupid, love. Ils tentent cependant d’en renouveler le principe en la mariant avec une comédie de mœurs entre Robert Altman (en moins cruel) et James L. Brooks (en moins arthritique), créant autour de l’intrigue principale des micro-intrigues qui se croisent furtivement avant d’entrer en collision dans le dernier acte. Le monde est Stone Ce final dit d’ailleurs la vérité sur le film tout entier : il est sans arrêt écrasé par sa mécanique scénaristique, une

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Blue valentine

ECRANS | De Derek Cianfrance (ÉU, 1h54) avec Ryan Gosling, Michelle Williams…

François Cau | Mercredi 8 juin 2011

Blue valentine

Présenté à Cannes dans la section Un certain regard en 2010, Blue valentine aura attendu 13 mois pour sortir en France. En même temps, cela paraît presque court pour un film dont l’auteur, Derek Cianfrance, a mis douze ans à accoucher. Est-ce ce long délai de réflexion qui confère à l’œuvre son parfum de maturité ? Ou bien est-ce l’osmose qui unit le couple du film, Ryan Gosling et Michelle Williams, dont on peine à distinguer ce qui les sépare des personnages qu’ils interprètent ? Toujours est-il que Blue valentine raconte avec une grande honnêteté et une franche cruauté le crépuscule d’un amour. Au présent, Cianfrance capte des instants flottants, des silences et des regards inquiets, presque endeuillés, avec une caméra qui stylise nature et visages. Au passé, il laisse la complicité naître entre les deux amoureux, optant pour un réalisme partiellement improvisé, comme lors de la grande scène de séduction où chacun montre son petit talent (lui au ukulélé, elle avec une danse charmante de gaucherie). Mais Blue valentine est plus subtil que cette simple opposition entre l’éclosion des sentiments et leur mort. Car Cianfrance va montrer que ce couple était voué à

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