"L'Indomptée" : tensions à la villa Médicis

ECRANS | de Caroline Deruas (Fr, 1h38) avec Clotilde Hesme, Jenna Thiam, Tchéky Karyo…

Julien Homère | Mardi 14 février 2017

Photo : Les Films du Losange


Coscénariste de Philippe Garrel sur Un été brûlant et La Jalousie, Caroline Deruas signe avec L'Indomptée son premier long-métrage. Rome, la Villa Médicis : les destins de Camille et son mari Marc Landré, tous deux écrivains, et d'Axèle, une photographe, s'entrechoquent. Dans le couple comme dans la résidence, les tensions vont monter jusqu'à l'explosion finale.

Volontairement elliptique, cet essai tient plus du cinéma abstrait de Lynch que du film de chambre d'Eustache. Sans compromis dans son traitement expérimental, L'Indomptée est un beau brouillon, un exercice de style prometteur plus qu'un travail accompli. Si la réalisatrice reste encore prisonnière de ses influences, le trio d'acteurs (Hesme, Thiam, Karyo) donne corps et vie à ce qui aurait pu ressembler à un étalage de références un peu guindé.


L'Indomptée

De Caroline Deruas (Fr, 1h38) avec Clotilde Hesme, Jenna Thiam...

De Caroline Deruas (Fr, 1h38) avec Clotilde Hesme, Jenna Thiam...

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Axèle est photographe, Camille, écrivain. Elles partent pour un an en résidence à la Villa Médicis à Rome. Camille est accompagnée de son mari, l’écrivain réputé, Marc Landré. Alors qu’une étrange rivalité s’installe entre eux, Camille se lie à Axèle. Mais qui est vraiment Axèle ? Une artiste complète, sans concession, qui se confond avec son œuvre ? Ou le fantôme des lieux ? De cette année à la Villa Médicis, où les corps et les esprits se libéreront, personne ne sortira indemne...


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Clovis Cornillac : « Dans "Belle et Sébastien", la nature est un personnage »

ECRANS | Après Nicolas Vanier et Christian Duguay, Clovis Cornillac signe le troisième et dernier épisode de "Belle et Sébastien", adaptation grand écran de la série de Cécile Aubry. Le réalisateur y joue aussi le rôle du méchant. On l'a rencontré.

Aliénor Vinçotte | Mercredi 14 février 2018

Clovis Cornillac : « Dans

Pourquoi autant de temps entre vos deux longs-métrages comme réalisateur – Un peu, beaucoup, aveuglément en 2015 et Belle et Sébastien en 2018 ? Clovis Cornillac : Entre les deux, j’ai aussi réalisé quatre épisodes de la saison 2 de Chefs, la série télévisée de France 2. Même si c’est passionnant, la réalisation demande beaucoup de temps. Belle et Sébastien 3 m’a pris un an et demi, tous les jours jusqu’à aujourd’hui. Mais quel bonheur de faire des films – c’est dément ! Qu’est-ce qui vous a amené à réaliser Belle et Sébastien 3 ? Son producteur Clément Miserez. La proposition en elle-même m’a un peu déstabilisé au début – je ne voyais pas le lien avec moi. C’est à la lecture du scénario que je me suis fait avoir, car l’histoire m’a plongé dans la littérature d’aventures, type nord-américaine comme Conrad, Steinbeck… J’ai alors réalisé que ce genre de f

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"Belle et Sébastien 3" : freudien ce dernier chapitre (et tant mieux)

ECRANS | de et avec Clovis Cornillac (Fr., 1h37) avec également Félix Bossuet, Tchéky Karyo…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Comme si la montagne lui tombait sur la tête ! Sébastien, qui a désormais 12 ans, apprend que son père veut l’emmener au Canada, loin de ses alpages chéris. Pire que tout, Joseph, un odieux bonhomme débarqué de nulle part, revendique la propriété de Belle et de ses trois chiots… Après deux opus touristiques sentant le foin, le vieux poêle et les années cinquante, on n’attendait plus grand-chose de Belle et Sébastien, si ce n’est une nouvelle collection de chandails qui grattent et de guêtres en flanelle. Pur objet de producteurs, confié de surcroît à un réalisateur différent, chaque épisode de ce "reboot" du feuilleton de l’ORTF a déjà l’air d’être la rediffusion de Heidi contre Totoro. Alors, quelle heureuse surprise que ce volet qui, en plus d’annoncer clairement la fin de la série, le propulse dans une direction inattendue. Comme dans Harry Potter, gagnant en noirceur au fur et à mesure que le héros-titre prend de l’âge, Sébastien s’approche de l’adolescence en se confrontant à l’arrachement et à la perte de ses référents d’enfant. Ici, la privation de son maousse objet transitionnel, en l’occurrence la chienne p

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"Lucky" : il était une fois Harry Dean Stanton

ECRANS | de John Carroll Lynch (E.-U., 1h28) avec Harry Dean Stanton, David Lynch, Ron Livingston…

Vincent Raymond | Mardi 12 décembre 2017

Tous les jours, le vieux Lucky suit la même routine : un verre de lait, de la gym, ses mots croisés au "diner" du coin et pas mal de cigarettes pour rythmer ses déambulations dans les rues de sa ville. Un jour, le nonagénaire a un étourdissement. Pour son toubib, rien de grave : il vieillit… C’est peu dire qu’il y a des convergences entre Une histoire vraie (1999) de David Lynch et ce Lucky de John Carroll Lynch (aucun lien de parenté entre les deux réalisateurs). Outre la présence au générique de Harry Dean Stanton et de David Lynch (ce dernier, homonyme du réalisateur, se révélant un excellent interprète dans le costume d’un type presque normal), les films sont deux portraits tendres de vieilles personnes, à travers lesquels on devine toute l’admiration qu’un réalisateur peut porter à son comédien. Rarement tête d’affiche (il ne l’avait plus guère été depuis Paris, Texas en 1984), Harry Dean Stanton trouve dans Lucky outre un piédestal, un film synthèse chargé jusqu’à la gueule de cette culture américaine ayant inspiré

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"Diane a les épaules" : voici une comédie sentimentale moderne sur la GPA

ECRANS | de Fabien Gorgeart (Fr., 1h27) avec Clotilde Hesme, Fabrizio Rongione, Thomas Suire…

Vincent Raymond | Lundi 13 novembre 2017

Diane est du style à se replacer seule l’épaule lorsqu’elle se la déboite. Ce qui lui arrive souvent en ce moment : elle rénove une maison pour occuper sa grossesse. Diana, qui est enceinte pour un couple d’amis, a tout prévu. Sauf son coup de foudre pour Fabrizio, l’artisan qui l’aide… La présence de Clotilde Hesme au générique d’une comédie sentimentale va devenir un indice de modernité amoureuse : après le ménage à trois des Chansons d’amour (2007) de Christophe Honoré, la voici engagée dans une GPA. Cette inscription dans une réalité sociale n’a rien d’anecdotique : elle témoigne d’une volonté de rebattre les cartes d’un genre épuisé, qui d’ordinaire réchauffe des sauces éventées quand elles ne sont pas rancies (nul besoin de citer les coprolithes polluant les écrans). Diane a les épaules renverse les perspectives en donnant au caractère féminin la place centrale et décisionnaire (tout en jouant avec ses atermoiements), sans faire l’impasse ni sur sa féminité ni ses sentiments. Au-delà du fait qu’il aborde la GPA, le propos est ainsi politique, et n’empêche pas le film d’abriter des instants de tendresse

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Lettre de Cannes #5

Festival de Cannes 2017 | Ou comment on prend un aller simple de la Black Lodge à l'Hôpital du Vinatier

Christophe Chabert | Vendredi 26 mai 2017

Lettre de Cannes #5

Cher PB, Laisse-moi te raconter une scène vue sur la Croisette, qui illustre à mon sens la folie qui gagne le festival, et peut-être plus que ça, le pays tout entier – à moins que ce ne soit le micro-climat du sud, mais je ne mange pas de ce pain-là. En plein carrefour, un type se fait renverser en scooter par une voiture. Rien de bien grave a priori, car le propriétaire du deux roues, assez vénér’, est déjà en train de tambouriner contre la vitre de l’automobiliste en le traitant de… Bon, pas besoin de te faire un dessin ou d’aligner des grossièretés. Un des mille policiers aux abords du Palais vient alors se mêler à l’affaire pour calmer le différend. Et là, sidération totale, l’homme au scooter s’adresse au représentant des forces de l’ordre – note l’expression – et lui demande s’il a le droit de « frapper » le mec dans la voiture. Sérieusement. Même pas pour rire. Gloups ! De folie, il fût question ces derniers jours dans les films de Cannes, alors que la compétition touchait à sa fin avec les films de François Ozon – rires – de Fatih Akin – argh – et de Lynne Ramsay – tout à l’heure. D’abord avec ce qui restera comme le choc ultime du festival

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"David Lynch : The Art Life" : il était une icône

ECRANS | De Jon Nguyen, Olivia Neergaard-Holm et Rick Barnes (E-U, 1h30) documentaire

Julien Homère | Mardi 14 février 2017

Inutile de présenter le cinéaste David Lynch, auteur de films cultes et de chefs-d’œuvre célébrés. Pourtant, c’est bien de cet homme que Jon Nguyen (qui avait déjà coproduit un documentaire en 2007 à propos d’Inland Empire), Olivia Neergaard-Holm et Rick Barnes ont décidé de peindre le portrait. La qualité de ce long monologue du créateur iconoclaste réside dans le témoignage. The Art Life raconte Lynch, de son enfance à Washington, D.C jusqu’à la conception d’Eraserhead en Californie. On ne peut pas dire que le film présente un point de vue neuf. Si la réflexion sur l’homme est inexistante, le projet se justifie par des vidéos prises sur le vif où l’artiste peint, sculpte, scie et modèle. Vrai cadeau aux fans, Lynch se raconte dans la plus grande intimité, avec le spectateur pour seul confident. À voir pour tous ceux qui veulent comprendre la construction d’une icône.

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Chocolat

ECRANS | Avec quatre réalisations en 10 ans (dont trois depuis juin 2011), on va finir par oublier que Roschdy Zem a commencé comme comédien. Il aurait pourtant intérêt à ralentir la cadence : son parcours de cinéaste ressemble à une course forcenée vers une forme de reconnaissance faisant défaut à l’acteur… La preuve avec cette histoire du clown Chocolat, premier artiste noir de la scène française.

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Chocolat

Rien de tel, pour un réalisateur désireux de s’assurer un consensus tranquille, qu’un bon vieux film-dossier des familles ou la biographie d’une victime de l’Histoire. Qu’importe le résultat artistique : il sera toujours considéré comme une entreprise morale nécessaire visant à rétablir une injustice, et réduit à sa (bonne) intention de départ, aussi naïve qu’elle soit – on l’a vu il y a peu avec le documentaire mou du genou Demain de Cyril Dion & Mélanie Laurent, encensé pour les vérités premières qu’il énonce, malgré sa médiocrité formelle et sa construction scolaire. Chocolat est de ces hyper téléfilms néo-qualité française qui embaument la reconstitution académique et s’appuient sur une distribution comptant le ban et l’arrière-ban du cinéma figée dans un jeu “concerné“, dans l’attente de séquences tire-larmes. La bande originale de Gabriel Yared, étonnamment proche des mélodies de Georges Delerue (mais ce doit être un hasard, Yared étant plutôt connu pour ses “hommages”

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Le Dernier coup de marteau

ECRANS | D’Alix Delaporte (Fr, 1h23) avec Clotilde Hesme, Grégory Gadebois, Romain Paul…

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2015

Le Dernier coup de marteau

Avec Angèle et Tony, Alix Delaporte s’aventurait dans la fable sociale, en quête de justesse et de finesse dans la peinture de ses personnages ébréchés par la vie. Pour son deuxième film, elle reconduit la formule, qui plus est avec les deux mêmes comédiens (Clotilde Hesme et un extraordinaire Grégory Gadebois, qui bouffe l’écran à chacune de ses apparitions), en en modifiant à peine l’équation : la grise Normandie est remplacée par un Montpellier solaire, et l’enfant, au second plan précédemment, devient ici le pivot de la narration. Tandis que sa mère souffre d’un cancer, son père, chef d’orchestre perfectionniste qu’il n’a jamais connu, vient diriger à l’opéra la sixième symphonie de Mahler. Commence alors un jeu d’approche feutrée, fidèle au goût de la demi-teinte de la réalisatrice, mais qui s’apparente à un programme déjà vu ailleurs, en mieux : chez les frères Dardenne, évidemment, dont Delaporte ne possède ni le sens de la mise en scène physique, ni la hauteur de vue morale. Aussi noble soit-il dans ses intentions, Le Dernier coup de marteau

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La Jalousie

ECRANS | De Philippe Garrel (Fr, 1h17) avec Louis Garrel, Anna Mouglalis…

Christophe Chabert | Vendredi 29 novembre 2013

La Jalousie

Depuis ce film somme qu’était Les Amants réguliers, le cinéma de Philippe Garrel est entré dans son crépuscule, ne conduisant qu’à des caricatures sans inspiration. La Jalousie, aussi bref qu’interminable, ressemble ainsi à un territoire desséché où les fantômes garreliens, dont son propre fils Louis, le seul avec la petite Olga Milshtein à insuffler un tant soit peu de vie dans l’encéphalogramme plat de la dramaturgie, errent dans des décors vidés de tout, se parlant en aphorismes qu’on a du mal à tenir pour des dialogues. Le noir et blanc n’est qu’un effet de style, le film fuit son titre comme son ombre et sombre dans un psychodrame autarcique et épuisant, que les petites musiques composées par l’incunable Jean-Louis Aubert ne font que renforcer dans sa banalité. Christophe Chabert

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Trois mondes

ECRANS | De Catherine Corsini (France, 1h40) avec Clotilde Esme, Raphaël Personnaz…

Jerôme Dittmar | Lundi 3 décembre 2012

Trois mondes

L'influence récurrente du cinéma d'Iñárritu serait-elle le signe que la fin du monde approche ? Récit choral autour d'un sans-papiers tué par un chauffard en fuite, Trois mondes commence à la façon d'un 21 grammes, par un enchevêtrement de destins croisés où tout bascule. Autant dire qu'on commence à en avoir assez de cette partition saoulante voulant réduire les choses à un découpage tragique et providentiel. Après une heure de calvaire cosmique, le film relève pourtant timidement la tête, et cette histoire de dilemme bifurque pour questionner les limites de la compassion (une femme témoin de l'accident se lie avec l'épouse du sans-papiers et celui qui l'a tué, rongé par les remords). Catherine Corsini donne alors un peu d'ambiguïté à son raisonnement binaire (chacun sa classe, chacun ses raisons d'agir), et trouve en Clotilde Esme un alter ego à ses conflits intérieurs. Le film sort hébété de son humanisme torturé, et nous pas plus avancés devant un constat moral sans issue. Jérôme Dittmar

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Bell de nuit

MUSIQUES | Créature lynchienne à placer quelque part entre Lana Del Rey et Julee Cruise, Chrysta Bell est « belle comme un rêve et chante comme dans un rêve » dixit son mentor et producteur. Un certain... David Lynch bien sûr, qui ne jure plus que par elle. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 30 novembre 2012

Bell de nuit

Alors qu'une certaine Lana Del Rey se tortille dans tous les sens pour ramasser son héritage ou un peu d'attention de sa part – si sa reprise du Blue Velvet de Bobby Vinton, mise en lumière par une célèbre marque suédoise de prêt-à-porter, n'est pas un appel du pied, il faudra nous dire ce que c'est –, il y a déjà quelques temps que « M. Inquiétante Etrangeté » s'est entiché d'une autre créature. Elle s'appelle Chrystha Bell et comme Lana Del Rey est rousse comme une banquette de dinner ou une tarte aux cerises. Son album est clairement labellisé « produit par David Lynch » et ses concerts flottent sous la bannière « David Lynch présente ». Voilà donc le moment où l'on rappelle l'auditeur potentiel parti en courant : que celui-ci se rassure, tout cela n'a rien à voir avec les albums commis par le réalisateur – sous son nom ou celui de Blue Bob –, cette musique qu'il prenait pour du blues bizarre quand le commun des mortels y voyait plus volontiers de la bouillie. Angel Star C'est pourtant lui qui a écrit et composé l'album de la Bell, qu'on entendait déjà sur la BO d'

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Lynch de fond en combles

ECRANS | Rétro / À tous ceux qui aimeraient s'aventurer dans le monde d'INLAND EMPIRE sans avoir auparavant visité toutes les pièces de l'œuvre de Lynch (une démarche (...)

| Mercredi 14 février 2007

Lynch de fond en combles

Rétro / À tous ceux qui aimeraient s'aventurer dans le monde d'INLAND EMPIRE sans avoir auparavant visité toutes les pièces de l'œuvre de Lynch (une démarche que l'on ne conseille pas !), l'Institut Lumière propose l'intégrale de ses 9 longs-métrages. Il n'y a pour ainsi dire rien à jeter, à part ce truc grandiose et mutilé qu'est Dune, qui ne s'est en plus pas forcément bonifié avec le temps. Mais pour le reste, pas d'hésitation ! À commencer par cette trilogie de la dislocation narrative que représentent Eraserhead, Lost Highway et Mulholland drive. Une trilogie qui trouve aussi son unité si on en regarde les sujets (car derrière les boucles de récit, les mondes parallèles et l'abolition des frontières entre rêve et réalité, les films de Lynch ont toujours des sujets très concrets) : paternité difficile dans Eraserhead, drame de la jalousie et de la fin d'un couple dans Lost Highway, aléas de la célébrité et douleur de l'amour absolu et pourtant déçu dans Mulholland drive. À côté de ces monuments, Lynch a développé une veine plus «classique» (tout est relatif...) où l'étrange s'inscrit souvent dans un strict réalisme : petite bourgade provinciale soudain aspirée par un fait-di

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Lynch en et sans paroles

ECRANS | Récit / Jeu du questions-réponses entre des spectateurs et David Lynch après la projection de INLAND EMPIRE à l’institut lumière de Lyon dimanche dernier. CC

Christophe Chabert | Mercredi 14 février 2007

Lynch en et sans paroles

Surprise : les lumières rallumées après le générique de fin, Lynch accepte de se prêter au jeu des questions-réponses avec le public. On connaît sa réticence, sinon son aversion, à commenter le sens de ses films et à en livrer des explications. Les quelques spectateurs qui tenteront tout de même de lui soutirer une analyse en seront pour leurs frais : ils n’auront droit qu’à des réponses laconiques, dont celle-ci : «C’est ainsi que le monde tourne.» Aux fans déçus qui regrettent son passage à la vidéo, il répond qu’il «ne retournera JAMAIS avec de la pellicule» ; et à ceux qui trouvent INLAND EMPIRE trop expérimental ? «C’est ainsi que le monde tourne !» (bis). Une jeune Américaine le félicite pour le cours de «méditation transcendantale» qu’il a donné à l’Université de l’Oregon - le côté obscur de David Lynch, que la traduction de Thierry Frémaux passera mystérieusement sous silence... Le silence : c’est finalement à cela que l’on retournera quand Lynch fera taire définitivement ceux qui veulent encore livrer des exégèses à ses œuvres : «Le cinéma est un langage qui cherche à s’affranchir des mots pour créer des sensations. Pourquoi voulez-vous absolument remettre des mots sur

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Bienvenue au Lynch-land !

ECRANS | Critique / Film-monstre, abscons, dément, INLAND EMPIRE représente une forme de suicide commercial de la part de David Lynch, mais aussi une expérience cinématographique qui encourage autant qu'il décourage le commentaire. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 14 février 2007

Bienvenue au Lynch-land !

Arrivé à une forme ultime de reconnaissance critique et même publique - du moins en Europe, quoique le DVD de Mulholland drive ait fait son beurre aux États-Unis... David Lynch a choisi non pas de capitaliser sur son nouveau statut, mais de casser définitivement son jouet. C'est le sentiment premier après les trois heures hallucinées d'INLAND EMPIRE. À côté, Lost Highway, Mulholland drive et même Eraserhead ont quelque chose de gentils films narratifs ; c'est dire si l'objet est déroutant. Et osons l'avouer, clairement moins plaisant à regarder, pour une raison simple : Lynch, ce grand maître du scope et de la pellicule, cet artiste du cadre et des textures, l'a tourné avec une DV qu'il utilise comme votre pépé son camescope : sans ajout de lumière artificielle et la plupart du temps à la main ! Il n'est pas impossible de faire quelque chose d'intéressant visuellement avec un tel parti-pris - et la toute première séquence d'INLAND EMPIRE le prouve d'ailleurs ! mais ce n'est visiblement pas le souci de Lynch. Idem pour la musique, d'ordinaire en complète adéquation avec les images, mais ici souvent à contretemps, sinon franchement décalée (la chanson de Beck sur la fin en est le

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