"Les Figures de l'ombre" : et encore un biopic gros sabots

ECRANS | de Theodore Melfi (É-U., 2h06) avec Taraji P. Henson, Octavia Spencer, Janelle Monáe, Kevin Costner…

Vincent Raymond | Mardi 7 mars 2017

Photo : 2016 Twentieth Century Fox


Les Figures de l'ombre, c'est la trajectoire de Katherine Johnson, Dorothy Vaughan et Mary Jackson, brillantes mathématiciennes à la NASA durant les années 1960, dont les contributions permirent à l'aérospatiale d'effectuer des avancées décisives. Tout en combattant la ségrégation au quotidien, car elles étaient noires…

Alors que la société étasunienne semble n'avoir jamais été autant proche de succomber à ses pulsions rétrogrades, Hollywood continue de produire des biopics édifiants et formatés, idéalisant (héroïsant parfois) des personnalités issues de la société civile.

Quand Jeff Nichols ose le drame réaliste et pudique avec Loving, Theodore Melfi chausse les gros sabots d'une hagiographie convenue, farcie de répliques sur-écrites pour donner une apparence de comédie, de retournements moralisateurs ainsi que de personnages secondaires tellement archétypiques et manichéens qu'on n'imagine même plus les trouver dans des scripts d'apprentis scénaristes.

Ces gugusseries semblent, heureusement, avoir fait leur temps : le public comme les votants de l'Académie des Oscars plébiscitent désormais des approches plus crues des choses. Peut-être ont-ils compris, avant les studios, que certains sujets historiques ne souffraient guère le badinage naïf, ni les grosses ficelles. Prochaine étape, la fin de la mode du biopic ?


Les figures de l'ombre

De Theodore Melfi (ÉU, 2h06) avec Taraji P. Henson, Octavia Spencer...

De Theodore Melfi (ÉU, 2h06) avec Taraji P. Henson, Octavia Spencer...

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Le destin extraordinaire des trois scientifiques afro-américaines qui ont permis aux États-Unis de prendre la tête de la conquête spatiale, grâce à la mise en orbite de l’astronaute John Glenn. Maintenues dans l’ombre de leurs collègues masculins et dans celle d’un pays en proie à de profondes inégalités, leur histoire longtemps restée méconnue est enfin portée à l’écran.


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"Sacrées sorcières" : sourissez !

ECRANS | ★★★☆☆ De Robert Zemeckis (É.-U., 1h45) avec Anne Hathaway, Octavia Spencer, Stanley Tucci… En salles le 23 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2020

Orphelin recueilli par sa grand-mère, le jeune Bruno commence juste à s’acclimater qu’il doit déjà affronter l’arrivée d’horribles sorcières. Pensant les fuir en se rendant dans un hôtel, le garçon et sa grand-mère plongent en fait entre leurs griffes. Bruno sera même changé en souris… En dépit de sa faculté à traiter des syncrétismes historico-culturels américains et des icônes ou à en forger par son cinéma, Robert Zemeckis demeure un des réalisateurs étasuniens contemporains parmi les plus sous-estimés ; son principal tort étant d’appartenir à la génération du totem Spielberg. S’emparant ici d'un conte du non moins iconique auteur Roald Dahl, il signe une transposition logique, imprégnée de folklore sudiste, où la dimension horrifique et le burlesque fusionnent aussi logiquement que dans des cauchemars d’enfant (le fait que Cuarón et Del Toro figurent à la coproduction n’y est sans doute pas étranger). Poussant parfois l’extravagance vers la frénésie ou le grotesque, Zemeckis renoue avec l’esprit délicieusement amoral de La Mort vous va si bien, mâtiné d’éclats gothiques à la Tim Burton.

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