"Chacun sa vie" : Lelouch est toujours lelouchien

ECRANS | Entièrement récoltée à Beaune, la 46e cuvée de Claude Lelouch a un goût de déjà-bu. Pas étonnant, venant d'un réalisateur ayant autant de bouteille…

Vincent Raymond | Lundi 13 mars 2017

Photo : Metropolitan Filmexport


Attendre de Lelouch qu'il fasse autre chose que du Lelouch reviendrait à espérer d'un chat et d'une souris un concert d'aboiements. Si le cinéaste s'est jadis montré capable de détonner, pour répondre à un violent désamour du public (en témoigne le singulier Roman de gare), il ferait plutôt en règle générale sien l'aphorisme de Cocteau : « Ce qu'on te reproche, cultive-le : c'est toi ».

Chacun sa vie est, à cette enseigne, un parfait exemple de monoculture lelouchienne – certes "hors-sol", puisque totalement tourné à Beaune, où le virevoltant réalisateur a installé son école de cinéma. Il troque donc ses plans de Tour Eiffel ou de Champs-Élysées contre de larges vues de la place Carnot, microcosme valant ici pour le monde entier.

La Beaune année

Autour de cette esplanade noyée sous le piano-jazz ininterrompu d'un assommant festival estival gravitent donc des êtres divers, soumis aux petits ou grands tracas de la vie, qui auront pour point commun de se retrouver tous témoins, jurés, juges, défenseur ou public dans une salle d'audience lors d'un procès final…

Faut-il s'étonner que les meilleurs comédiens du film soient ceux qui pratiquent la comédie en dilettante de leur activité principale, tel l'avocat Me Dupond-Moretti (en juge amoureux transi d'une prostipute) ou le chanteur Johnny Hallyday (en sosie de lui-même) ? Pas forcément. Privés de repères et d'habitudes, ils se conforment sans problèmes aux règles de Lelouch, qui contreviennent à tous les lois du cinéma. Quant aux pros (Jean Dujardin, Christopher Lambert...), ils surjouent un naturel qui, de fait, apparaît contrefait.

Rien de neuf donc sous le soleil lelouchien, exception faite de ces quelques séquences d'humour graveleux décomplexées, façon sortie de route beauf et misogyne, semblant arrachées au pire des années soixante-dix. Un reflet de notre époque ? En tout cas "treize" éloigné du Lelouch dabada-badin…

Chacun sa vie
de Claude Lelouch (Fr., 1h53) avec Éric Dupond-Moretti, Johnny Hallyday, Nadia Farès…


Chacun sa vie

D'Ali Ghanem (Fr-Alg, 1h30) avec Ahmed Taybi, Yves Prion... Rachid, ouvrier algérien à la retraite souhaite finir ses jours en Algérie. Sa femme et ses enfants refusent de le suivre... Il décide de s’y rendre seul et découvre une réalité à laquelle il ne s’attendait pas.
UGC Astoria 31 cours Vitton Lyon 6e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Le Daim" : peau d’âme

ECRANS | Revenant de quelques infortunes artistiques, Jean Dujardin se prend une belle veste (au sens propre) taillée sur mesure par Quentin Dupieux en campant un monomaniaque du cuir suédé. Un conte étrange et intrigant totalement à sa place lors de la dernière Quinzaine des réalisateurs cannoise.

Vincent Raymond | Lundi 17 juin 2019

Ça a tout l’air d’une tocade, et pourtant… Georges, 44 ans, a tout quitté pour acheter une fortune la veste en daim de ses rêves, au fin fond d’une région montagneuse. Ainsi vêtu, il se sent habité par une force nouvelle et se lance dans un projet fou, aidé par Denise, la barmaid du coin… Propice aux films de zombies (plus nombreux que des doigts sur un moignon de mort-vivant), l’année serait-elle aussi favorable aux récits de fringues maudites ? Après In Fabric de Peter Strickland (la déclinaison sur-diabolique de La Robe d'Alex van Warmerdam en salle prochainement), Le Daim renoue avec cette vieille tradition héritée de la mythologie où l’habit influe sur l’humeur ou la santé de celui qui le porte. À l’instar de la tunique de Nessus fatale à Hercule ou de la tiare d’Oribal pour les lecteurs d’Alix, le blouson ocre va conditionner Georges, le menant à supprimer ses semblables – comprenez ceux du porteur de daim ainsi que tous les autres blousons du monde. Vaste programme aurait pu dire dit de Gaulle. Aux franges du réel Ce n’est certes pas la première fois que Quentin Dupieux dote un objet inan

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"I Feel Good" : faible fable

ECRANS | de Benoît Delépine & Gustave Kervern (Fr, 1h43) avec Jean Dujardin, Yolande Moreau, Jean-Benoît Ugeux…

Vincent Raymond | Lundi 24 septembre 2018

Partisan du libéralisme et du moindre effort depuis sa naissance, Jacques (Jean Dujardin) est convaincu qu’il aura un jour l’idée qui le fera milliardaire. C’est pourtant en peignoir qu’il débarque chez sa sœur Monique (Yolande Moreau), à la tête d’une communauté Emmaüs. Fauché comme les blés, mais avec une idée… Les Grolandais ont fait suffisamment de bien au cinéma ces dernières années pour qu’on ne leur tienne pas rigueur de cet écart, que l’on mettra sous le compte de l’émotion suscitée par la disparition prématurée de leur président Salengro le 30 mars dernier. Le fait est que la greffe Dujardin ne prend pas chez eux, même si son personnage est censé porter des valeurs totalement étrangères à leur cosmos habituel. Sans doute s’agit-il de deux formes d’humour non miscibles, faites pour trinquer hors plateau, pas forcément pour s’entendre devant la caméra. I Feel Good se trouve aussi asphyxié par son manque d’espace(s). Baroque et hétéroclite, le décor de la communauté est certes inspirant, avec ses trognes explicites et son potentiel architectural (hélas sous-exploité), mais Delépine

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Claude Lelouch : « Je crois à l’incroyable fertilité du chaos »

ECRANS | Claude Lelouch, qui vient de sortir son nouveau film "Chacun sa vie", n’en a pas fini avec l’envie de filmer. Et ce n’est pas parce qu’il tourne autour des Hospices qu’il songe à l’hospice : son truc à lui, ce serait plutôt les bons auspices…

Vincent Raymond | Jeudi 16 mars 2017

Claude Lelouch : « Je crois à l’incroyable fertilité du chaos »

Comment avez-vous repéré les talents d’acteur de Me Dupond-Moretti ? Claude Lelouch : C’est mon métier, je ne sais rien faire d’autre (sourire). C’est quelqu’un que j’ai admiré. J’avais l’impression de voir Lino Ventura : ce type a une force incroyable ! Je l’ai rencontré par un copain, on a sympathisé et il m’a invité à une audience. Sa plaidoirie a duré 1h30, le temps d’un long-métrage. Pendant cette durée, j’ai regardé tous les gens qui jugeaient l’accusé et je me suis dit c’était eux qu’il fallait juger : l’avocat général qui réclame la perpétuité, le président qui se prend pour Dieu, les gens dans la salle qui viennent pour déguster le malheur des autres, les jurés… J’ai imaginé que tous avaient des casseroles : on a tous les qualités de nos défauts, on a tous des jardins secrets. Est-ce la vie qui vous donne l’envie de faire du cinéma, ou bien le cinéma qui vous donne le plaisir de la vie ? Je vie une double histoire d’amour avec le cinéma et la vie. L’un renforce l’autre, ils sont complémentaires pour moi. La vie est le plus grand scénariste du monde ; je lui dois tout. J

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Un + une

ECRANS | De Claude Lelouch (Fr, 1h53) avec Jean Dujardin, Elsa Zylberstein, Christopher Lambert…

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2015

Un + une

Le vétéran à la caméra virevoltante puise ici dans sa pire veine : l’auto-caricature ravie. Choix délibéré et paresseux pour celui qui se félicite de ne savoir faire que de « des films de Lelouch » (c’est-à-dire mettant en scène un homme et une femme succombant à une passion réciproque alors que rien ne laissait présager la naissance d’une idylle entre eux), oubliant sa capacité à se réinventer lorsqu’il s’en donne la peine – voir son Roman de gare (2007). Cherchant à insuffler de l’exotisme à son scénario, à défaut d’originalité, l’auteur l’a donc tourné en Inde. Mais cette délocalisation se révèle inopérante : elle semble avoir l’unique vocation d’offrir un cadre bariolé et folklorique aux interminables palabres du duo Zylberstein-Dujardin, enchaînant les aphorismes philosophico-romantiques, et aux chevrotements du pauvre Christophe Lambert, tandis que Francis Lai déverse son piano-bar. À se demander qui, du compositeur en roue libre ou des comédiens se regardant jouer à faire de l’impro dirigée, est le plus embarrassant.

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Awards 2014 cinéma

ECRANS | L’award du meilleur film : Nymphomaniac Avant même sa sortie, le (double) film de Lars von Trier a créé la polémique, qui ne s’est pas calmée lorsque (...)

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

Awards 2014 cinéma

L’award du meilleur film : Nymphomaniac Avant même sa sortie, le (double) film de Lars von Trier a créé la polémique, qui ne s’est pas calmée lorsque le premier volume est arrivé sur les écrans. De fait, on ne peut pas dire que Nymphomaniac ait fait l’unanimité, loin de là… Mais de tous les films de 2014, il paraît avec le recul (et l’arrivée, imminente, de sa version intégrale en DVD, celle souhaitée par l’auteur et qui lui donne sa pleine puissance opératique) le plus synchrone avec une certaine idée d’un cinéma authentiquement contemporain. Relecture très libre des Mille et une nuits, Nymphomaniac déploie pour raconter l’histoire de Joe, nymphomane autoproclamée, un dispositif où chaque chapitre est un nouveau mode de récit, et chaque récit une petite machine à produire de la figuration et de l’émotion. Drôle, cruel, violent et, bien sûr, pornographique, il s’affirme aussi comme une synthèse remarquable de tout le cinéma de Lars von Trier, mais dans une humeur moins dépressive qu’

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Salaud, on t’aime

ECRANS | De Claude Lelouch (Fr, 2h04) avec Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Sandrine Bonnaire…

Christophe Chabert | Mardi 1 avril 2014

Salaud, on t’aime

En hommage à son ami Georges Moustaki (« qui vient de nous quitter », est-il dit deux fois dans le dialogue au cas où on ne serait pas au courant), Claude Lelouch fait entendre sur la bande-son de Salaud, on t’aime Les Eaux de mars. Jolie chanson qui dit le bonheur du temps qui s’écoule, de la nature et des plaisirs fugaces. Soit tout ce que le film n’est pas, torture ultime où en lieu et place de cascade, on a surtout droit à un grand robinet d’eau froide déversant les pires clichés lelouchiens sur la vie, les hommes, les femmes, l’amitié, le tout en version "vacances à la montagne". La vraie star du film, ce n’est pas Johnny, marmoréen au possible, mais un aigle que Lelouch filme sous toutes les coutures. Se serait-il découvert un caractère malickien sur le tard ? Pas du tout ! Cette fixette sur l’animal est une des nombreuses stratégies pour remplir cette interminable histoire de retrouvailles entre un mauvais père et ses quatre filles – qu’il a appelées Printemps, Été, Automne, Hiver ; Claude, arrête la drogue ! Son meilleur ami et médecin (Eddy Mitchell, tout content de faire du playback sur la scène chantée de Rio Bravo, et c’est

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"Le Loup de Wall Street" : voyage au bout de l'enfer (du capitalisme)

ECRANS | La vie de Jordan Belfort, courtier en bourse obsédé par les putes, la coke et surtout l’argent, permet à Martin Scorsese de plonger le spectateur trois heures durant en apnée dans l’enfer du capitalisme, pour une fresque verhovenienne hallucinée et résolument burlesque, qui permet à Di Caprio de se transcender.

Christophe Chabert | Vendredi 27 décembre 2013

« Greed is good. » C’était la maxime de Gordon Gecko / Michael Douglas dans le Wall Street d’Oliver Stone. Un film de dénonce balourd qui a eu pour incidence contre-productive de transformer Gecko en héros d’une meute d’abrutis cocaïnés et irresponsables, trop heureux de se trouver un modèle ou un miroir selon le degré d’avancement de leur ambition. Jordan Belfort, auquel Martin Scorsese consacre cette bio filmée de trois heures et à qui Leonardo Di Caprio prête ses traits, est de cette génération-là, celle qui a eu Gecko pour modèle et son slogan comme obsession. Le film, passé son prologue provocateur (grosse bagnole et coke à même l’anus d’une prostituée) attrape d’ailleurs son héros dans un instant paradoxal : le lundi noir de 1989 où, alors qu’il s’apprête à concrétiser son rêve et devenir courtier à Wall Street, la bourse plonge et avec elle une partie de l’économie mondiale. Faux départ, retour à zéro : l’itinéraire de Jordan Belfort s’édifie sur un moment de purge financière supposée assainir le système et qui ne fait que préparer l’avènement d’une corruption plus grande encore, par de jeunes loups ayant tiré

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Möbius

ECRANS | D’Éric Rochant (Fr, 1h43) avec Jean Dujardin, Cécile De France, Tim Roth…

Christophe Chabert | Mercredi 20 février 2013

Möbius

La carrière d’Éric Rochant restera comme un énorme crash ; ce Möbius, qui devait sonner son grand retour après un exil télévisuel du côté de Canal +, ressemble au contraire à un terrible chant du cygne. Revenant au film d’espionnage (qui lui avait permis d’être à son meilleur au moment des Patriotes), Rochant se contente d’en offrir une lecture approximative et purement illustrative. Qu’a-t-il à dire sur la mondialisation des échanges financiers et sur son corollaire, la nécessaire coopération des services secrets pour en endiguer les fraudes ? Rien. Se concentre-t-il alors sur un divertissement ludique où les frontières de la manipulation resteront floues jusqu’à la conclusion ? Même pas, Möbius étant plus confus que virtuose dans son écriture, et se contentant souvent d’aligner mollement les plans plutôt que de mettre en scène les séquences. Que reste-t-il ? Une histoire d’amour entre Cécile De France (très moyenne) et Jean Dujardin (qui s’en tire déjà mieux) aux dialogues impossibles (ah, les « bras concrets »…), à l’érotisme grotesque et à la crédibilité très limite (la fin, notamment, est dure à avaler). Le gâchis est total et l’espoir de

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Les Infidèles

ECRANS | De Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Michel Hazanavicius, Emmanuelle Bercot, Éric Lartigau, Alexandre Courtès, Fred Cavayé (Fr, 1h48) avec Jean Dujardin, Gilles Lellouche…

François Cau | Lundi 27 février 2012

Les Infidèles

Film à sketches dans la tradition des comédies italiennes (Les Monstres, surtout), Les Infidèles s’apprécie en dehors de ce qui en forme la colonne vertébrale : son prologue et son épilogue, qui labourent un humour beauf dont on ne sait trop si Dujardin et Lellouche se moquent ou s’ils le célèbrent. Sans parler des saynètes trash signées Alexandre Courtès, pas très drôles et surtout prétexte à inviter les copains (Canet, Payet…). C’est bel et bien quand de vrais cinéastes s’emparent de certains épisodes que le film s’avère étonnant (et franchement grinçant, dans la lignée du Houllebecq des débuts). Michel Hazanavicius dans La Conscience réussit le segment le plus étrange et dépressif, remarquablement mis en scène avec un Dujardin que le réalisateur utilise comme un stradivarius, développant un comique de l’embarras proche des OSS 117. Emmanuelle Bercot s’offre son Eyes wide shut avec le même Dujardin et sa compagne Alexandra Lamy, un peu appuyé mais là encore très dérangeant. Le meilleur, c’est l’épisode d’Éric Lartigau, Lolita, où Lellouche doit as

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"The Artist" : bof

ECRANS | Hommage déférent et fétichiste au cinéma muet hollywoodien, le nouveau film de Michel Hazanavicius échoue à dépasser son maniérisme pour raconter une histoire forte et attachante, et la fantaisie de départ se transforme en cours de route en ennui.

Christophe Chabert | Vendredi 7 octobre 2011

The Artist commence par un tour de force très impressionnant : nous regardons un film muet avec dans le rôle de la star George Valentin. C’est une comédie un peu inepte, mais le pastiche est réussi. Le rideau se ferme, le cadre s’élargit et l’on découvre les spectateurs du film. Et là, stupeur, leurs applaudissements ne produisent aucun son. Astucieuse mise en abyme qui permet à Michel Hazanavicius de justifier instantanément le postulat arbitraire de The Artist : faire en 2011 un film à la manière des muets hollywoodiens des années 1930. La période n’est pas innocente, car il s’agit du moment où le parlant va faire son apparition, balayant ainsi toute une génération de comédiens incapables de s’adapter à cette révolution dans leurs codes de jeu. Si Chantons sous la pluie de Stanley Donen envisageait la chose du point de vue des metteurs en scène, si Sunset boulevard en inspectait les conséquences tardives et névrotiques chez une star persuadée qu’elle pouvait encore faire son come back, The Artist saisit le désarroi de son acteur vedette en pleine descente aux enfers. Belle idée, qui ouvre

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D’un film à l’autre

ECRANS | De Claude Lelouch (Fr, 1h45) documentaire

François Cau | Vendredi 8 avril 2011

D’un film à l’autre

Voir Claude Lelouch revisiter l’intégralité de son œuvre alors qu’il est, à nos yeux, un des plus redoutables cinéastes français, n’était pas forcément un cadeau. Surprise : D’un film à l’autre se laisse regarder, ne serait-ce que d’un point de vue cinéphile et historique. Passé ce plaisir-là, il y a beaucoup à redire sur la vision que Lelouch donne de ses films : s’il avoue volontiers ses faux-pas initiaux, s’il ne peut passer outre ses ratages les plus spectaculaires (Un homme et une femme vingt ans déjà, Une pour toutes…), il fait diversion lorsqu’il évoque des navets genre Viva la vie ou Hommes-femmes mode d’emploi. Plus ennuyeux, le cinéaste continue à penser que le public a le dernier mot, rappelant ainsi qu’il est autant producteur qu’auteur de ses films. Confirmation quand il parle de politique : pour lui, les années 70 étaient une époque où les idéologies servaient à masquer les plus grandes escroqueries. Il n’a pas complètement tort : aujourd’hui, leur soi-disant faillite révèle au grand jour les cinéastes escrocs. Christophe Chabert

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Un balcon sur la mer

ECRANS | De Nicole Garcia (Fr, 1h45) avec Jean Dujardin, Marie-Josée Croze…

François Cau | Lundi 13 décembre 2010

Un balcon sur la mer

Marc, agent immobilier à Aix, voit ressurgir dans sa vie la fille qu’il a aimée enfant dans les rus d’Oran, et avec elle le souvenir de la guerre d’Algérie. Un balcon sur la mer, c’est un canevas parfait pour que Nicole Garcia déploie son habituel cinéma psychologique à la mise en scène guindée et surdramatisée. Cette fois, elle est allée chercher Vertigo à la rescousse, dont elle réagence tous les éléments (la brune / la blonde, le fantôme du souvenir et même le complot, la part la plus faible du film) sans faire surgir aucun mystère, aucun trouble, aucune passion. Seule satisfaction : dans ce cinéma où la légèreté est absolument interdite, Dujardin arrive toutefois à rapatrier un peu de sa sympathie naturelle, et à faire exister un personnage juste et touchant. CC

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"OSS 117, Rio ne répond plus" : l’espion con aimait

ECRANS | "Rio ne répond plus", deuxième volet des aventures d’OSS 117 revues et pastichées par Michel Hazanavicius et Jean Dujardin est une réussite étonnante, politiquement féroce et plastiquement remarquable : un pavé dans la mare de la comédie française.

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2009

Il y a trois ans, OSS 117, Le Caire nid d’espions avait provoqué un mini-séisme. En France, on pouvait donc faire de la comédie avec une réelle ambition, un humour qui n’est pas qu’un recyclage poussif de recettes usées en one-man-show mais véhiculant des idées politiques et critiques gonflées. On attendait, logiquement, la suite des aventures d’Hubert Bonisseur de la Bath, espion des services secrets français et incarnation des pires travers de son pays. Rio ne répond plus est à la hauteur, et même plus, des attentes. Premier coup de génie : l’action s’est transportée douze ans plus tard, en 1967. Les temps ont donc changé, notamment la République Française, la IVe et son emblème René Coty ayant été balayée par la Ve du Général de Gaulle. Mais OSS 117, lui, n’a pas bougé d’un iota. Du point de vue de ses idées, rances et conservatrices, source principale des irruptions comiques du film ; mais physiquement surtout, l’incroyable Jean Dujardin paraît toujours plus lisse, figé dans ses mimiques grotesques et ses sourires factices. La clé du dispositif inventé par Michel Hazanavicius et le scénariste Jean-François Halin est là : OSS 117 est une

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