"Aurore" : elle est libre Agnès Jaoui !

ECRANS | Portrait d’une femme à la croisée des émotions et de la vie, cette comédie culottée de Blandine Lenoir sur la ménopause brise réellement les règles. Interprète du rôle-titre, Agnès Jaoui donne émotion et fantaisie à ce grand-huit émotionnel, usant de son superbe naturel. Tendre et drôle.

Vincent Raymond | Dimanche 23 avril 2017

Photo : Karé Productions


Aurore a la cinquantaine et les hormones en panique. Et quand son aînée lui annonce qu'elle est enceinte, sa cadette son désir d'arrêter ses études, son nouveau patron ses délires jeunistes, la coupe déborde. Au milieu de ce chaos surgit alors un fantôme de son passé : son premier amour.

Heureusement que des actrices comme Agnès Jaoui existent dans la galaxie souvent monochrome du cinéma français pour épouser la figure de la normalité à l'écran. Pour donner une silhouette, un corps et un visage à un personnage féminin irréductible à une seule caractéristique physique ou psychologique ; pour accepter d'être ce qu'elles sont, et non entretenir un paraître pathétique.

À ces comédiennes qui s'offrent "nues" à la caméra, non sans vêtement mais dans la vérité de leur âge et la pureté d'un jeu dépourvu d'afféterie, il convient de manifester avant toute chose un maximum de gratitude. Car on peut parier que sans la conjonction du talent et de la notoriété d'Agnès Jaoui, Aurore n'aurait pas vu le jour

Du genre tout public

Film funambule, Aurore se joue de la gravité de son sujet avec une remarquable adresse. Loin de n'interpeller qu'une moitié du public, il parle de la féminité, de ses petits et grands tracas et de ses mystères évolutifs à chacun… et à chacune. La réalisatrice Blandine Lenoir dédramatise en effet cette puberté à l'envers, montrant à quel point certaines femmes en connaissent mal les mécanismes et les effets – c'est le propre d'un tabou.

Et si elle s'/nous amuse avec les clichés sur les bouffées de chaleur ou les variations d'humeur de son héroïne, elles les met en parallèle avec les réactions sinusoïdales de la fille d'Aurore attendant son premier enfant : la ménopause n'est pas une fin, mais le commencement d'une nouvelle étape. Quel contraste avec cette époque pas si lointaine (rappelée par Françoise Héritier dans un document édifiant intégré dans le film) où la femme était au mieux considérée comme supplétif de son "seigneur et maître" !

Tournant autant en dérision les comportements machistes rétrogrades que les paradoxales lois de l'attraction, cette comédie légère et profonde réussit enfin haut la main le test de Bechdel – qui dénonce le sexisme dans les fictions en regardant si, dans un film, deux femmes identifiables parlent ensemble d'autre chose que d'un personnage masculin. C'est si peu fréquent que l'on s'en rend compte en voyant la scène qui le valide. Il y a encore du boulot, les gars… et les filles.

Aurore
de Blandine Lenoir (Fr., 1h 29) avec Agnès Jaoui, Thibault de Montalembert, Pascale Arbillot…


Aurore

De Blandine Lenoir (Fr, 1h29) avec Agnès Jaoui, Thibault de Montalembert...

De Blandine Lenoir (Fr, 1h29) avec Agnès Jaoui, Thibault de Montalembert...

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Aurore est séparée, elle vient de perdre son emploi et apprend qu’elle va être grand-mère. La société la pousse doucement vers la sortie, mais quand Aurore retrouve par hasard son amour de jeunesse, elle entre en résistance, refusant la casse à laquelle elle semble être destinée. Et si c’était maintenant qu’une nouvelle vie pouvait commencer ?


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"Présidents" : vieilles choses publiques

ECRANS | Enchaînant films et sujets opposés, Anne Fontaine s’attaque après Police à l’étage supérieur : le pouvoir suprême et ceux qui l’ont exercé… lorsqu’ils en sont dépossédés. Entre fable et farce, une relecture des institutions et de l’actualité politique bien plus intéressant que ce que les teasers-sketches laissaient supposer…

Vincent Raymond | Mardi 29 juin 2021

Reconverti en homme d’intérieur dépressif, l’ex-président Nicolas S. prend pour prétexte la popularité grandissante de la candidate d’extrême-droite pour partir en Corrèze afin de convaincre son ancien adversaire et successeur François H. de monter un nouveau parti avec lui. La cohabitation sera d’autant plus rude qu’ils sont opposés en tout, et que leurs compagnes s’invitent dans la campagne… Une évidence en préambule : sur les arcanes de la Ve République (et ses bruits de cabinet, diront les mauvaises langues), il sera difficile de parvenir un jour à se montrer plus complet que le magistral L’Exercice de l’État de Pierre Schoeller. Rien n’empêche toutefois d’attaquer le sujet par la bande, en se focalisant sur des espèces s’ébattant dans cet écosystème. Tels les présidents du film homonyme d’Anne Fontaine construit comme une fable dont les protagonistes ne seraient pas de grands fauves, mais deux ex éconduits par leur bien-aimée, trompant ensemble leur déni dans l’illusoire espoir d’une reconquête. Sauf que la belle, de plus en plus versatile et capricieuse, ne veut plus d’eux.

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"Miss" : pas celle que vous croyez

ECRANS | ★★☆☆☆ De Ruben Alves (Fr., 1h47) avec Alexandre Wetter, Pascale Arbillot, Isabelle Nanty…

Vincent Raymond | Mercredi 28 octobre 2020

Passer de l’exception à l’acceptation : telle est la situation d’Alex dans Miss, où un jeune homme à demi-marginalisé recherche un épanouissement libérateur en mentant sur son identité et en participant au concours Miss France… Signée Ruben Alves, cette comédie grand public aux accents de feel good movie devrait contribuer à déghettoïser la situation des personnes transgenres. C'est d’autant plus vrai qu’elle est tournée avec la transparente complicité du Comité Miss France (qui s’achète ici une image de modernité, alors même que ses statuts poussiéreux prouvent régulièrement leur inadéquation avec la société contemporaine) et de comédiens hyper-populaires, comme Isabelle Nanty ou Thibaut de Montalembert en trav’…ailleuse du sexe au Bois. Mais ce film, qui tient beaucoup du conte d’Andersen, ne tiendrait pas sans la personne ni la personnalité d’Alexandre Wetter, qui fait exister le personna

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"Mon chien Stupide" : chienne de vie !

ECRANS | De et avec Yvan Attal (Fr., 1h45) avec également Charlotte Gainsbourg, Pascale Arbillot, Éric Ruf…

Vincent Raymond | Jeudi 24 octobre 2019

Jadis écrivain prometteur, Henri (Yvan Attal) n’a rien produit de potable depuis des années. La faute en incombe, selon lui, à sa femme et ses enfants qu’il accuse de tous ses maux. Lorsqu’un énorme molosse puant et priapique débarque ex nihilo dans sa vie, il y voit un signe bénéfique du destin. Les personnages perdant toute inhibition pour cracher une misanthropie sans filtre au monde entier emportent facilement la sympathie du public, qui aimerait bien souvent se comporter comme eux. Incorrect au plus haut degré, l’égotique Henri est de cette race d’anars domestiques en ayant soupé des convenances et du masque social ; peu lui chaut de dire ses quatre vérités à son épouse ou à sa progéniture. En cela, il évoque beaucoup le narrateur d'American Beauty (1999) – dont on se demande par ricochet s’il n’a pas été inspiré par le roman posthume de John Fante que Yvan Attal adapte ici. Mais aussi cet autre écrivain obsessionnel et râleur héros de Kennedy et moi (1999), campé par Jean-Pierre Bacri. D’ailleurs, cela peut-être l’enseignement principal de Mon chien stupide, Yv

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"Guy" : Guy (Alex) Lutz

ECRANS | de et avec Alex Lutz (Fr, 1h41) avec également Tom Dingler, Pascale Arbillot…

Vincent Raymond | Mardi 21 août 2018

Pour approcher Guy Jamet (Alex Lutz), vieille gloire de la musique depuis l’époque yéyé dont sa mère lui a révélé qu’il était son père, Gauthier (Tom Dingler) a entrepris de tourner un documentaire dans l’intimité du chanteur. Mais plus il filme, plus il repousse le moment de révéler son secret à la star déclinante… Pour sa deuxième réalisation, Alex Lutz s’est essayé au format toujours plaisant du documenteur, empruntant l’apparence du documentaire pour servir un propos totalement imaginaire. Filmé en caméra subjective (et à la manière de ces séries télé s’accrochant aux basques d’une célébrité pour en divulguer les jardins secrets), Guy est entrelardé de séquences "d’archives" forcément bidons retraçant un demi-siècle de sa carrière fictive. C’est sur ce point que Lutz se montre le plus efficace (sans doute sa pratique de la pastille-pastiche n’y est-elle pas étrangère) : ses contrefaçons de tubes années 1960, 1970 et 1980 avec mises en images à l’appui s’avèrent crédibles et drôles au premier degré. Nul besoin d’en rajouter quand les costumes ou les play-backs sont à la base approximatifs. Mais les prises de vues

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Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri : « Les rapports de pouvoir entre les gens nous passionnent »

ECRANS | Entre cuisine, dépendance et grand jardin, Place publique, nouveau ballet orchestré par Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, tient de la comédie de caractère, s’inscrivant dans la lignée du théâtre de Molière – au point de tendre à respecter la triple unité classique (d’action, de temps et de lieu). Une féroce et mélancolique vanité dont on a parlé avec eux deux.

Vincent Raymond | Lundi 16 avril 2018

Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri : « Les rapports de pouvoir entre les gens nous passionnent »

Quel a été le point de départ de l’écriture de Place publique ? Agnès Jaoui : C’est très difficile pour nous de dire quand et par quoi cela a commencé : plusieurs thèmes à la fois, des idées, des personnages… Et comme souvent, quand on commence l’écriture, on se dit : tiens, peut-être que ce sera une pièce… L’unité de temps et de lieu faisait partie de notre cahier des charges personnel, au contraire du film précédent, Au bout du conte, qui avait cinquante-trois décors ! Jean-Pierre Bacri : On a des thèmes préférés, comme les rapports de pouvoir entre les gens – parce qu’il y en a forcément entre deux personnes, c’est comme ça, c’est la nature humaine et ça nous passionne de jouer ça. Avec le désir d’égratigner certains personnage

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"Place publique" : le sens de la garden party

ECRANS | de et avec Agnès Jaoui (Fr, 1h38) avec également Jean-Pierre Bacri, Léa Drucker, Kévis Azaïs…

Vincent Raymond | Lundi 16 avril 2018

Pendaison de crémaillère chez Nathalie (Léa Drucker), productrice télé über-parisienne qui s’est trouvé un château à la campagne. S’y croisent Castro (Jean-Pierre Bacri), star du petit écran en perte de vitesse, son ex Hélène (Agnès Jaoui), leur fille (Nina Meurisse), ainsi qu'une foule de convives plus ou moins célèbres. Ça promet une bonne soirée… D’un côté, de petits maîtres cyniques torpillés par leur acrimonie, des jaloux vieillissants renvoyés à leur verte bile, des prétentieux décatis punis par où ils ont péché ; de l’autre, une valetaille issue du bas peuple qui finit par s’affranchir de cette caste prétentieuse en s’acoquinant au passage avec sa progéniture… Que d’êtres factices aux egos majuscules ; que d’individus attachants portant leur misère pathétique en sautoir. Avec Place publique, Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri (elle à la réalisation, eux deux au scénario et à l'écran) b

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Nikodem : « Mettre de la couleur dans les rues »

ACTUS | Depuis le mois de septembre, une grande fresque en trompe-l’œil orne l’un des murs des anciennes usines Cémoi, dans le quartier en refondation de Bouchayer-Viallet. On est allés à la rencontre du collectif qui se cache derrière cette création.

Alice Colmart | Mardi 21 novembre 2017

Nikodem : « Mettre de la couleur dans les rues »

À Grenoble, quartier Bouchayer-Viallet, une fresque attire le regard par ses éléments picturaux forts, ses couleurs vives mais aussi par son texte rendant hommage aux graffeurs grenoblois. C’est le collectif MursMurs, associé à la Maison des habitants Chorier-Berriat, aux Barbarins fourchus et au collectif d'associations culturelles et artistiques Mann’art(e), qui l'a réalisée sur les façades rouges et grises des anciennes usines Cémoi, au niveau de la petite rue qui les traverse. « En faisant apparaître une œuvre d’art dans ce quartier en plein renouveau, on souhaitait rendre visible une énergie artistique et pas seulement industrielle » explique Aurore Cyrille de MursMurs : un collectif grenoblois né en 2015 d’une envie commune d'obtenir de la Ville des murs d'expression libre pour promouvoir « l’art contemporain urbain » et encourager, via l’organisation d’événements et de rassemblements, la rencontre entre les passants et les artistes. « Étonner et émerveiller les spectateurs » À l'origine de la fresque, les artistes du voisinage Nikodem, Votour, Srek, Nesta et Juin, figures du graff

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"Jalouse" : Karin Viard, tout simplement

ECRANS | de David & Stéphane Foenkinos (Fr., 1h42) avec Karin Viard, Anne Dorval, Thibault de Montalembert…

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

Nathalie est bizarre en ce moment : elle éprouve le besoin de tancer en public sa charmante fille à peine majeure ; elle dénigre une jeune collègue et ne loupe pas une occasion de causer du tort à ses proches qu’elle envie pour tout et rien. Sa névrose serait-elle due à la pré-ménopause ? Pour leur premier long, les frères Foenkinos s’étaient rassurés en adaptant un roman de David, La Délicatesse, pour un résultat mitigé – malgré François Damiens. Partant ici d’un scénario original, ils semblent avoir davantage pensé leur narration et leurs personnages pour le cinéma, c’est-à-dire en laissant aux comédiens la possibilité de les investir. Karin Viard excellant dans les emplois de râleuse-déprimée-déboussolée (revoyez La Nouvelle Ève ou Reines d’un jour), sa présence prédatrice s’imposait au centre de cette toile d’araignée. Bien contrebalancée par un aréopage de partenaires solides (même si certain·e·s, comme Anaïs Demoustier, auraient mérité plus d’espace), l’actrice oscill

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Agnès Jaoui : « Plus on montrera des femmes normales, plus on les acceptera »

Interview | Agnès Jaoui campe le premier rôle dans "Aurore", une comédie insolite de Blandine Lenoir sur la ménopause et contre la tyrannie des apparences. On l'a rencontrée.

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Agnès Jaoui : « Plus on montrera des femmes normales, plus on les acceptera »

Aurore aborde un sujet concernant les femmes de plus de cinquante ans, et sort justement au moment où l’on parle de la difficulté des actrices de cet âge de se voir confier des rôles… Agnès Jaoui : Le cinéma reflète peu ou prou la société civile, où les femmes ont moins de postes importants. Si on écrit un rôle de chirurgien, de commissaire, de personnalité politique, on ne va pas forcément penser à une femme, alors que ça pourrait être simplement le cas. Souvent, on va se sentir obligé de faire en sorte que ça devienne un sujet en soi. Ce que je trouve aussi très énervant, c’est que les acteurs masculins de 40 à 70 ans ont souvent des épouses ayant 20 ou 30 ans de moins qu’eux, et que plein de femmes se battent pour eux alors qu’ils sont vieux et bedonnants. Ça m’irrite profondément parce que dans la vie, Dieu merci, beaucoup d’hommes de 50 ans et plus sont avec des femmes de leur âge parce qu’ils les aiment. Bizarrement, quand on passe au cinéma, elles perdent 20 ans – et 20 kg en gén

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"Juillet Août" : été adolescent

ECRANS | de Diastème (Fr., 1h40) avec Patrick Chesnais, Luna Lou, Pascale Arbillot…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Chaque été, au milieu du lot de films de vacances, il en est toujours un qui prend la tangente en allant au-delà du périmètre étriqué des premiers émois d’adolescent(e)s. L’an dernier, c’était Microbe et Gasoil de Gondry ; Juillet Août assure peut-être la relève. La saison chaude semble favorable à Diastème (en 2008, son premier long Le Bruit des gens autour était déjà une évocation drôle et pleine de vie de l’intérieur du Festival d’Avignon) ; elle l’inspire pour ce portrait de deux sœurs (dont une au tournant de la puberté), ainsi que de leurs parents, lesquels ont refait leur vie chacun de leur côté. Juillet avec la mère sur la Côte d’Azur, août avec le père en Bretagne… L’existence des frangines est décousue, mais elle se suit dans ses péripéties estivales, et se raccommode dans cette succession de villégiatures. Comme si la famille éclatée se reformait par-delà la distance et le protocole calendaire afin de résoudre toutes les crises – qui ne sont pas propres au jeune âge. Chacun ment ou dissimule un petit secret à ses proches,

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Les fragments du temps d'Aurore de Sousa

ARTS | Si la variation est un état de changement, les variations photographiques d’Aurore de Sousa sont surtout un champ d’exploration de la mémoire et de la lumière par une approche esthétique réinventée à chaque série. "Variations choisies 2002-2015" dévoile une sélection de clichés interprétant le temps, à découvrir au Hang’Art. Charline Corubolo

Charline Corubolo | Mardi 19 janvier 2016

Les fragments du temps d'Aurore de Sousa

En presque deux siècles d'existence, la photographie n'a eu de cesse d'évoluer et de développer de nouvelles approches du regard. Aux prémices de ce médium aux grandes potentialités, le critique d'art Walter Benjamin évoquait une perte d'aura de l’œuvre du fait de sa reproductibilité, quand plusieurs décennies après le sémiologue Roland Barthes qualifiait cette technique de « ça a été ». Aurore de Sousa, artiste portugaise et Grenobloise d'adoption, prend le contre-pied de ces deux thèses en déroulant le temps à travers la photographie et en jouant sur sa duplicité pour explorer les différentes facettes d'un même sujet. Avec Variations choisies 2002-2015, actuellement au Hang'Art, la photographe invite le spectateur au cœur d'une œuvre intimiste où les questions de la mémoire, de l'identité et de l'apparition de l'image sont déterminantes. À chaque série, son thème et son dispositif spécifiques, Aurore de Sousa envisageant la photographie comme une mise en scène de l'image. Mise en abyme Dans sa quête identitaire, elle use du portrait afin de capter toutes les nuances d'un être. Présentant une multitude de variante, les portraits

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Comme un avion

ECRANS | Bruno Podalydès retrouve le génie comique de "Dieu seul me voit" dans cette ode à la liberté où, à bord d’un kayak, le réalisateur et acteur principal s’offre une partie de campagne renoirienne et s’assume enfin comme le grand cinéaste populaire qu’il est. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 juin 2015

Comme un avion

Qu’est-ce qu’un avion sans aile ? Un kayak… Drôle d’idée, qui surgit par paliers dans la tête de Michel (Bruno Podalydès lui-même, endossant pour la première fois le rôle principal d’un de ses films). À l’aube de ses cinquante ans, il s’ennuie dans l’open space de son boulot et dans sa relation d’amour / complicité avec sa femme Rachelle (Sandrine Kiberlain, dont il sera dit dans un dialogue magnifique qu’elle est « lumineuse », ce qui se vérifie à chaque instant à l’écran). Michel a toujours rêvé d’être pilote pour l’aéropostale, mais ce rêve-là est désormais caduque. C’est un rêve aux ailes brisées, et c’est une part de l’équation qui le conduira à s’obséder pour ce fameux kayak avec lequel il espère descendre une rivière pour rejoindre la mer. Une part, car Bruno Podalydès fait un détour avant d’en parvenir à cette conclusion : son patron (Denis Podalydès), lors d’un énième brainstorming face à ses employés, leur explique ce qu’est un palindrome. Pour se faire bien voir, tous se ruent sur leurs smartphones afin de trouver des exemples de mots se lisant à l’endroit et à l’envers. Plus lent à la détente, Michel finira in extremis par tomber sur le mot "kayak"

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L’Art de la fugue

ECRANS | De Brice Cauvin (Fr, 1h40) avec Laurent Lafitte, Agnès Jaoui, Benjamin Biolay, Nicolas Bedos…

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

L’Art de la fugue

Tiré d’un best-seller de Stephen McCauley, L’Art de la fugue se présente en film choral autour de trois frères tous au bord de la rupture : Antoine se demande s’il doit s’engager plus avant avec son boyfriend psychologue ; Gérard est en instance de divorce avec sa femme ; et Louis entame une relation adultère alors qu’il est sur le point de se marier. Le tout sous la férule de parents envahissants et capricieux – savoureux duo Guy Marchand / Marie-Christine Barrault. On sent que Brice Cauvin aimerait se glisser dans les traces d’une Agnès Jaoui (ici actrice et conseillère au scénario) à travers cette comédie douce-amère à fort relents socio-psychologiques. Il en est toutefois assez loin, notamment dans des dialogues qui sentent beaucoup trop la télévision – les personnages passent par exemple leur temps à s’appeler par leurs prénoms, alors qu’ils sont à dix centimètres et qu’ils entretiennent tous des liens familiaux ou professionnels… C’est un peu pareil pour la mise en scène, plus effacée que transparente, tétanisée à l’idée de faire une fausse note. Malgré tout cela, le film se laisse voir, il arrive même à être parfois touchant (notamment le beau

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« Rendre la réalité poétique et la poésie réaliste »

ECRANS | Entretien avec Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui. Propos recueillis par Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Lundi 4 mars 2013

« Rendre la réalité poétique et la poésie réaliste »

Comment passez-vous d’un film à l’autre ? Est-ce que par exemple ici, l’envie était de travailler avec de jeunes acteurs ?Agnès Jaoui : Oui et non.Jean-Pierre Bacri : Non et oui. On a voulu écrire pour de jeunes acteurs au début.Agnès Jaoui : Oui, on vieillit ! On commence toujours par établir ce que l’on veut faire, c’est déjà une grande partie du travail. Et ça fait très longtemps qu’on a envie de trouver des formes différentes, puisque le fond, les thèmes sont sensiblement les mêmes. Il y a des archétypes qui se retrouvent…JPB : On a une aire d’exploration et on privilégiera telle ou telle région de cette aire.AJ : En général, on n’arrive pas à trouver cette forme différente. Cette fois, on y est mieux arrivé.JPB : On jubile à l’idée de trouver une forme ludique, comme on aime en voir en tant que spectateur. Je cite toujours Un jour sans fin, mais ça peut être autre chose. On avait imaginé une structure à la Rashomon, ou partir de la fin comme chez Pinter. On n’a pas grand chose à dire au début, donc il fa

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Avec "Au bout du conte", Jaoui et Bacri osent la fantaisie filmique

ECRANS | Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri font entrer une fantaisie nouvelle dans leur cinéma en laissant à une génération de jeunes comédiens pris à l’âge des contes de fées le soin de se heurter à leur réalité d’adultes rattrapés par l’amertume et les renoncements.

Christophe Chabert | Mercredi 27 février 2013

Avec

Il était une fois une petite révolution dans le cinéma de Bacri et Jaoui, qui ronronnait gentiment dans sa formule (comme dans leur dernier Parlez-moi de la pluie). Voilà que ces maîtres du dialogue et du scénario, ces deux acteurs virtuoses, se décident à oser la fantaisie filmique là où jusqu’ici, leur caméra se devait d’être transparente. Cure de jouvence effectuée à une double source : celle des contes de fée, dont Au bout du conte transpose dans un contexte contemporain les figures les plus identifiées – le chaperon rouge et son grand méchant loup, la reine cruelle obsédée par sa beauté et par une Blanche Neige trop jeune, la pantoufle de Cendrillon et son prince charmant –, et ceux qui y croient, des jeunes gens qui sont aussi, réalisme oblige, de jeunes comédiens, tous très bons, même Agathe Bonitzer. Cela change beaucoup à l’écran, mais rien sur le regard que posent Bacri et Jaoui sur le monde ; au contraire, en opposant à ce sang neuf la bile noire et amère coulant dans les veines d’un

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Du vent dans mes mollets

ECRANS | De Carine Tardieu (Fr, 1h29) avec Agnès Jaoui, Denis Podalydès, Isabelle Carré…

Aurélien Martinez | Mardi 17 juillet 2012

Du vent dans mes mollets

Depuis ses courts-métrages, Carine Tardieu s’applique à regarder le monde avec les yeux des enfants, en général confrontés à des drames qui bouleversent leur naïveté. Avec Du vent dans mes mollets, l’affaire vire au procédé, et on ne voit plus que les gimmicks et les formules à l’écran. Le ripolinage général, la brocante vintage 80 qui sert de direction artistique ou le jeu sur les différents régimes d’image, tout cela distrait sans cesse de l’histoire racontée, il est vrai pas palpitante en soi. Non seulement le film est surproduit, mais il est aussi surécrit, de la voix-off singe savant de sa jeune héroïne au jeu lassant sur les dialogues en franglais entre les parents Jaoui et Podalydès, ou encore une galerie de seconds rôles stéréotypés à souhait. Même quand le film aborde des rivages plus troubles, notamment sexuels, il s’avère d’un grand puritanisme, sur la forme comme sur le fond. Et en devient, du coup, assez irritant. Christophe Chabert

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Parlez-moi de la pluie

ECRANS | De et avec Agnès Jaoui (Fr, 1h38) avec Jean-Pierre Bacri, Jamel Debbouze…

François Cau | Jeudi 11 septembre 2008

Parlez-moi de la pluie

Il arrive à Agnès Jaoui ce qui est arrivé, au mitan des années 80, à Woody Allen : une sensation de redite brillante, de trop grande maîtrise dans l’écriture et de sécurité tranquille dans la mise en scène, invisible plutôt que transparente. Certes, les dialogues sont brillants, les situations justes, parfois hilarantes, et l’envie d’élaborer un discours en conservant une subtile dialectique est louable. Mais l’atout majeur de Parlez-moi de la pluie, sa singularité, est ailleurs. Le désir, évident, de Jaoui avec ce troisième film a été d’écrire et de confier à Jamel Debbouze un vrai beau rôle, du sur mesure qui serait aussi un joli contre-emploi. Il est donc Karim, réceptionniste dans un hôtel de Province cherchant à réaliser une série documentaire sur les femmes qui réussissent et dont le premier sujet est Agathe Villanova, grande bourgeoise qui, ce n’est pas un hasard, est aussi l’employeur de sa mère, bonne à tout faire au dos voûté par des années de service. Ces restes de colonialisme, d’autant plus ambigus qu’ils s’accompagnent de réels actes de générosité, ont développé chez Karim une envie de revanche et une suspicion naturelle envers ceux qui détiennent le pouvoi

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Cassant les vagues

SCENES | Son nom, Blanche Aurore Céleste, est beau. Son histoire, sise dans une France d’antan qui n’oubliait pas de traiter les femmes avec cruauté, l’est (...)

| Mercredi 31 janvier 2007

Cassant les vagues

Son nom, Blanche Aurore Céleste, est beau. Son histoire, sise dans une France d’antan qui n’oubliait pas de traiter les femmes avec cruauté, l’est beaucoup moins. Du texte de la dramaturge Noëlle Renaude, la compagnie Made in Théâtre propose une relecture ludique et épurée, où l’inversion des genres joue un rôle prépondérant. Le travail n’en est qu’à sa première étape, mais vous pouvez d’ores et déjà aller y jeter un œil au Théâtre de Création les 25 (à 18h) et 26 janvier (à 20h30), sur réservation.

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