"La Colère d'un homme patient" : vengeance glacée

ECRANS | de Raúl Arévalo (Esp., int.- 12 ans, 1h32) avec Antonio de la Torre, Luis Callejo, Ruth Diaz…

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Huit ans après un braquage musclé qui s'est mal terminé pour les victimes comme pour les malfaiteurs, un étrange bonhomme taiseux se rapproche du gang à l'origine des faits. Son but : la vengeance.

L'Espagnol Raúl Arévalo ouvre son premier film sur une prometteuse séquence, au spectaculaire duquel il est difficile d'être insensible. Las ! La suite ne sera pas du même tonneau, marquée par un rythme un tantinet poussif, malgré les efforts ou effets pour le muscler (inserts de cartons-chapitres durant la première demi-heure, violence stridulante…) afin de maintenir une tension en accord avec le sujet.

Un sujet qui constitue un problème majeur pour ce thriller moralement discutable : il s'agit tout de même d'une "charlesbronsonnerie" contemporaine vantant froidement, sans la moindre distance, le principe de l'auto-justice. Ajoutons que l'intrigue, par trop rectiligne, ne réserve aucune surprise dans son dénouement.

Malgré cette brutalité générale, La Colère… a bénéficié en Espagne d'un accueil des plus favorables, conquérant les Goya des meilleurs film, acteur et jeune réalisateur. Va falloir se calmer.


La Colère d'un homme patient

De Raúl Arévalo (Esp, 1h32) avec Antonio de la Torre, Luis Callejo...

De Raúl Arévalo (Esp, 1h32) avec Antonio de la Torre, Luis Callejo...

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Un homme attend huit ans pour se venger d'un crime que tout le monde a oublié.


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"El Reino" : carnets de campagne

ECRANS | De Rodrigo Sorogoyen (Esp-Fr, 2h11) avec Antonio de la Torre, Monica Lopez, Nacho Fresneda…

Vincent Raymond | Vendredi 12 avril 2019

2007. Cadre politique régional en pleine ascension nationale, Manuel est brutalement écarté à la suite de la mise au jour d’affaires de corruption au sein de son parti. Traité en fusible alors que l’exécutif entier était au courant, Manuel refuse de se laisser abattre. Au figuré comme au propre… Après le choc Que Dios Nos Perdone (2017), moite thriller virtuose combinant (entre autres) sexe, sang, brutalité et religion, le réalisateur espagnol Rodrigo Sorogoyen et son comédien Antonio de la Torre se retrouvent comme promis pour cette "fiction susceptible de refléter certaines facettes de la vie politique espagnole". Une fois encore, il s’agit d’un mélange des genres : avec leurs costumes bien coupés, leurs évocations de "dividendes" et de vacances autour d’une belle table, les protagonistes ressemblent davantage à des hommes d’affaires (ou des mafieux) qu’à des politiciens ; ils tiennent en réalité un peu des trois, se repaissant de magouilles et de collusions avec un appétit décuplé par leur

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"Un coup de maître" : vieilles canailles !

ECRANS | de Gastón Duprat (Esp- Arg, 1h41) avec Guillermo Francella, Luis Brandoni, Raúl Arévalo…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Galeriste à Buenos Aires, Arturo est las de soutenir Renzo, un ami peintre jadis à la mode, mais aujourd’hui dépassé et aigri. Alors qu’il vient de saborder une magnifique chance de se refaire, Renzo est victime d’un accident qui le laisse amnésique. Pour Arturo, c’est une occasion en or… Coréalisateur de l’excellent Citoyen d’honneur (2017), Gastón Duprat continue d’explorer les saumâtres coulisses de la création artistique, jetant ici son dévolu sur un plasticien et son nécessaire double, conjointement homme-lige et parasite, le galeriste. Car dans ce duo complexe (l’un s’acquitte de l’art, l’autre des chiffres), bien malin qui saurait les départager en terme de filouterie : le peintre se vante d’être ontologiquement ambitieux et égoïste (il prétend que c’est une condition sine qua non pour exercer son métier), le marchand ne fait pas mystère de sa passion pour les dollars. À partir de ces deux personnages en apparence peu fréquentables, Duprat compose pourtant une touchante

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Rodrigo Sorogoyen : « Faire un film de personnages plus qu’un un polar »

ECRANS | Avec "Que Dios Nos Perdone", en salle le 9 août, le jeune et affable Rodrigo Sorogoyen a signé l’un des thrillers les plus enthousiasmants de l’année. Rencontre avec un cinéaste qui compte déjà en Espagne.

Vincent Raymond | Mercredi 19 juillet 2017

Rodrigo Sorogoyen : « Faire un film de personnages plus qu’un un polar »

Au vu de votre film, une question s'impose : avez-vous eu des problèmes avec votre mère ?! Rodrigo Sorogoyen : Pas jusqu'à ce que je la tue (rires) ! Non, je l’adore. Mais c’est vrai qu’on a une relation particulière. Elle était séparée de mon père, je suis fils unique, donc on a une relation très étroite. C'est curieux parce qu'après ce film, j’ai fait un court-métrage qui s’appelle Madre (rires). Je devrais aller en psychanalyse (rires) ! Évidemment, il y a des références inconscientes et conscientes. Chaque fois qu’on parle d’un psychopathe qui l’est devenu en raison d’un traumatisme lié à sa relation avec sa mère, on pense à Psychose. Avec ma coscénariste Isabel Peña, on a essayé de ne pas copier… Elle est votre partenaire d’écriture depuis toujours ? Notre premier scénario a été pour un film avec seulement deux personnages, qui a été important dans notre histoire personnelle. Isabel me donne des choses qu’on n’obtiendrait pas avec d

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"Que Dios Nos Perdone" : ainsi saigne-t-il !

ECRANS | Polar moite au scénario malsain, à l’interprétation nerveuse et à la réalisation précise, le troisième opus de Rodrigo Sorogoyen a tout pour devenir un classique du genre. En attendant, c’est LE grand film à voir dans les salles cet été 2017.

Vincent Raymond | Lundi 17 juillet 2017

Été 2001. Alors que la canicule assomme Madrid, que les Indignés manifestent, que Benoît XVI est annoncé, des vieilles dames sont violées et massacrées par un tueur en série. Alfaro (une brute épaisse expansive) et Velarde (un cravaté introverti et bègue) sont chargés de l’enquête… On va bien vite oublier la petite déception de La Colère d’un homme patient, accident de parcours dérisoire dans la récente contribution espagnole au genre polar : ce qu’accomplit ici le jeune Rodrigo Sorogoyen pourrait en remontrer à bien des cinéastes chevronnés – au fait, comment se fait-il que ses deux précédents longs-métrages soient encore inédits en France ? Judicieusement placée dans un contexte historique particulier lui offrant d’intéressants rebonds politiques ou religieux, son intrigue sombre et retorse est peuplée de personnages à plusieurs dimensions : il n’y a pas de simple silhouette, mais de la complexité dans le moindre caractère, de l’ambiguïté à tous les étages, y compris chez les héros. D’ailleurs, la définition de la causalité première du mal se transforme en casse-tête, surtout lorsque l’on constate que le bien n’est pas son symétrique exact.

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La Isla minima

ECRANS | Deux flics enquêtent sur des assassinats de femme dans une région marécageuse et isolée, loin des soubresauts d’un pays en pleine transition démocratique. En mélangeant thriller prenant et réflexion historique, Alberto Rodríguez réalise avec maestria un "True Detective" espagnol. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 juillet 2015

La Isla minima

Au tout début des années 1980, l’Espagne continue sa transition entre la dictature franquiste et la monarchie républicaine. Les échos de cette mutation ne parviennent que lentement vers une région reculée de l’Andalousie cernée par les marais, où les habitants ont définitivement renoncé à mettre leurs pendules à l’heure. Pourtant, l’assassinat de deux jeunes filles lors des fêtes annuelles va conduire deux flics venus de Madrid à débarquer dans cette communauté fermée et discrète pour faire surgir la vérité et lever les hypocrisies morales. Alberto Rodríguez, cinéaste jusqu’ici plutôt mineur au sein de la nouvelle génération espagnole, parvient très vite à lier ensemble son thriller et le contexte politique dans lequel il l’inscrit. Et ce grâce à la personnalité de ses deux enquêteurs : l’un, Juan, obsédé par la résolution de l’affaire, représente la nouvelle Espagne qui se met en place lentement et tente de remplacer les méthodes expéditives des milices franquistes ; l’autre, Pedro, a plus de mal à oublier ses vieux réflexes et y voit surtout une forme d’efficacité non entravée par les droits des suspects. Mais cette tension se retrouve aussi dans l’intrigue elle-même

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Amours cannibales

ECRANS | De Manuel Martín Cuenca (Esp-Roum-Russie-Fr, 1h56) avec Antonio de la Torre, Olimpia Melinte…

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

Amours cannibales

Carlos, tailleur discret de Grenade, aime les femmes. Mais attention, il les aime bien préparées. Aussi habile avec un fil et des aiguilles qu’avec un couteau de boucher, il déguste ses victimes selon un rituel presque monotone, sans en tirer de plaisir apparent. On a présenté les choses avec un poil d’ironie, mais Amours cannibales en est résolument dépourvu. Au contraire, la froideur de la mise en scène renvoie plutôt à la "glaciation émotionnelle" tant vantée par Michael Haneke. Même lorsqu’une histoire d’amour, une vraie, se profile entre Carlos et la sœur d’une des femmes qu’il a tuées, Cuenca ne déroge pas à sa grammaire : plans tirés au cordeau, absence de musique, quête de distance et d’atonie dans l’approche des événements. Cette forme-là, respectable dans son principe mais devenue très académique à force d’être mise à toutes les sauces, est assez contre-productive dans le cas d’Amours cannibales. On n’est jamais loin du pléonasme tant la grisaille et l’absence de passion semblent envahir en permanence et l’action, et les personnages, et l’approche visuelle de Cuenca. Même les scènes gore ne créent pas vraiment de malaise, fondues dans l’apathi

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