"Voyage of Time : Au fil de la vie" : Malick en séance unique

ECRANS | Jeudi 4 mai, trois cinémas grenoblois proposeront une projection unique du nouveau documentaire du fameux Terrence Malick. Un événement donc.

Vincent Raymond | Lundi 1 mai 2017

Jusqu'à présent, seuls les amateurs de space opera vénéraient le 4 mai, et ne manquaient pas une occasion de se souhaiter mutuellement un retentissant « May the 4th be you » – en référence au fameux mantra de Star Wars. Ils devront cette année partager leur date fétiche avec d'autres férus d'explorations cosmiques tirant sur le mystique : le fidèle public des œuvres de Terrence Malick.

Habitué aux propositions singulières, le non moins atypique cinéaste ne faillit pas à sa farouche réputation en proposant ce jeudi 4 mai au soir la projection exclusive d'un nouveau film, Voyage of Time : Au fil de la vie. Qu'un film s'affranchisse des règles en sortant du calendrier traditionnel (le mercredi) n'a rien d'exceptionnel en mai – moult dérogations sont consenties du fait des ponts et du festival de Cannes. Qu'il soit en revanche projeté en séance unique l'est davantage. Reformulons pour être bien clair : en manquant ce rendez-vous, vous n'aurez aucune autre possibilité de découvrir cet opus sur grand écran ; il vous faudra donc attendre son éventuelle sortie en DVD ou VOD pour le rattraper.

Au fait, de quoi s'agit-il ? Au vu de la bande annonce et de quelques rares informations glanées, d'un documentaire de création semi abstrait et über-esthétique (on n'attendait pas moins) interrogeant le sens de la vie à l'échelle de l'univers. Malick aurait pioché dans le vaste corpus de ses stock-shots pour le composer et demandé à Cate Blanchett d'assurer le commentaire – Brad Pitt étant le récitant de la version IMax, plus courte. Toutes les hypothèques seront levées le 4 ; ensuite, il faudra attendre le 12 juillet pour découvrir Song To Song, son film suivant avec Ryan Gosling, Rooney Mara et Michael Fassbender. Décidément, il ne fait rien comme les autres…

Voyage of Time : Au fil de la vie
Au Méliès, à la Nef et au Pathé Chavant jeudi 4 mai au soir


Voyage of Time : Au fil de la vie

De Terrence Malick (EU, 1h30) documentaire

De Terrence Malick (EU, 1h30) documentaire

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Hymne à la nature et à l’univers, Voyage of Time s’interroge sur le rôle de l’homme dans le futur. Après ces temps infinis, quel est le sens de notre passage sur Terre ?


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"Une vie cachée" : celui qui croyait au Ciel et à la terre

Cinema | L’inéluctable destin d’un paysan autrichien objecteur de conscience pendant la Seconde Guerre Mondiale, résistant passif au nazisme. Ode à la terre, à l’amour, à l’élévation spirituelle, ce biopic conjugue l’idéalisme éthéré avec la sensualité de la nature. Un absolu de Malick, en compétition à Cannes en 2019.

Vincent Raymond | Mardi 10 décembre 2019

Sankt Radegund, Autriche, à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. Fermier de son état, Franz Jägerstätter refuse par conviction d’aller au combat pour tuer des gens et surtout de prêter serment à Hitler. Soutenu par son épouse, honni par son village, il sera arrêté et torturé… Il convient d’emblée de dissiper tout malentendu. Cette "vie cachée" à laquelle le titre se réfère n’évoque pas une hypothétique clandestinité du protagoniste, fuyant la conscription en se dissimulant dans ses montagnes de Haute-Autriche pour demeurer en paix avec sa conscience. Elle renvoie en fait à la citation de la romancière George Eliot que Terrence Malick a placée en conclusion de son film : « Car le bien croissant du monde dépend en partie d’actes non historiques ; et le fait que les choses n’aillent pas aussi mal pour vous et moi qu’il eût été possible est à moitié dû à ceux qui vécurent fidèlement une vie cachée et reposent dans des tombes que l'on ne visite plus. » Un esprit saint Créé bienheureux par l’Église en 2007, Jägerstätter est de ces forces tranquilles dont Malick ne pouvait que raffoler : un mixe entre la haute élévation spirituelle d’un homme c

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"La Balade sauvage" : balade culte signée Terrence Malick

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Galvaudée par force d'emplois inappropriés, l’expression a perdu de sa substance. Mais en toute objectivité, La Balade sauvage (1973) – Badlands de son titre original – mérite son qualificatif de film fondateur. Mettant en vedette Sissy Spacek et Martin Sheen autant qu’il valorise leur jeunesse, ce premier long-métrage d’un cinéaste au caractère déjà bien trempé, Terrence Malick, est emblématique d’un cinéma volontiers divergent pratiqué par le Nouvel Hollywood : cassant les codes et les "bonnes pratiques" héritées des années Hays (du nom de ce code américain de censure appliqué à partir des années 1930). Comme dans Bonnie and Clyde (1968), on y suit un couple d’amants s’engageant dans un road-movie meurtrier ; comme dans Macadam Cowboy (1969), un duo d’anti-héros aux rêves trop grands est voué à une fin pathétique – le "happy ending" n’est plus de rigueur dans une Amérique aux espoirs fanés, glissant dans le désenchantement social et payant la facture de la guerre du Vietnam. Demeure dans cette histoire d’amours adolescentes contrariées la

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Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Deux hommes, deux femmes : leurs histoires d’amour et professionnelles, croisées ou réciproques dans l’univers musical rock d’Austin… Après le sphérique et autoréférenciel Voyage of Time (amplification des séquences tellurico-shamaniques de Tree of Life façon poème mystique à liturgie restreinte), le réalisateur Terrence Malick renoue avec un fil narratif plus conventionnel. Avec ce que cela suppose d’écart à la moyenne venant du réalisateur de À la Merveille. Song To Song prouve, si besoin en était encore, que ce n’est pas un argument qui confère à un film son intérêt ou son originalité, mais bien la manière dont un cinéaste s’en empare. Le même script aurait ainsi pu échoir à Woody Allen ou Claude Lelouch (amours-désamours chez les heureux du monde et dans de beaux intérieurs, avec les mêmes caméos de Val Kilmer, Iggy Pop, Patti Smith), on eût récolté trois films autant dissemblables entre eux que ressemblants et identifiables à leur auteur. Persistance de la mémoire En deux heures bien tassées, Malick nous offre ici un foisonnement visuel rare : un enchaînement vertigineux d

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Vincent Raymond | Lundi 31 octobre 2016

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Marquant la réapparition – quasi résurrection – de l’ermite Terrence Malick après deux décennies de silence, La Ligne rouge (1999) est l’un des films de guerre les plus singuliers jamais tournés. Parce qu’il restitue une vision à la fois collective et ultra-intimiste d’un conflit, sans pour autant sombrer dans les excès de la reconstitution pyrotechnique. Ici, l’attente, le rapport à la solitude et à la nature priment sur les enjeux géopolitiques de la bataille de Guadalcanal. Une œuvre à admirer vendredi 4 novembre à 19h30 au cinéma Art et Plaisirs de Voreppe, avec une présentation de Laurent Huyard dans le cadre du cycle Regards croisés.

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Christophe Chabert | Mercredi 27 février 2013

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Avant, l’année d’un cinéphile était simple à organiser : de janvier à février, reprise des hostilités après les agapes familiales avec flopée de films à oscars ; en mars et avril, petit coup de mou avant Cannes, qui occupe ensuite les esprits jusqu’à fin juin ; en été, c’est la saison des blockbusters puis les auteurs reviennent faire l’événement à la rentrée de septembre. Mais en 2013, il y a comme un dérèglement climatique qui fait ressembler le calendrier cinéma à un continuum ininterrompu de films qui font saliver et de cinéastes dont on ne raterait pour rien au monde le nouvel opus. Juste pour le mois de janvier : les nouveaux Paul Thomas Anderson, Quentin Tarantino, Kathryn Bigelow (Zero dark thirty, sur la traque de Ben Laden) et Steven Spielberg, tous à une semaine d’intervalle ; en février, ce sera au tour de Zemeckis, De Palma (Passion, remake du Crime d’amour de Corneau) et Walter Hill (Du plomb dans la tête, avec Stallone !) ; et pour le seul 6 mars, Terrence Malick, Bryan Singer, Harmony Korine et le fabuleux No de Pablo Larraín, outside

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François Cau | Mardi 17 mai 2011

Cannes, jours 5 et 6 : La pesanteur et la grâce

La compétition cannoise a passé une vitesse entre dimanche et lundi, grâce notamment au magnifique nouveau film des frères Dardenne Le Gamin au vélo, dont on vous parle ici dès sa sortie mercredi, faisant oublier quelques ratés au démarrage (Sleeping beauty ou Polisse, même si ce dernier a été bien accueilli par la très chauvine presse française). Certes, cette montée en puissance ne fut pas sans déception. La plus notable, c’est celle de The Artist de Michel Hazanavicius. Film muet à la manière des pionniers américains qui met en abyme son principe dans son intrigue (Georges Valentin, comédien star du muet, est balayé par l’apparition du parlant), The Artist commence fort. Le pastiche de muet devient un film dans le film, mais quand l’écran s’élargit et révèle la salle de cinéma dans laquelle les spectateurs découvrent la dernière comédie de Valentin, il n’y a toujours pas de sons ou de dialogues, juste de la musique et des cartons en anglais. Hazanavicius réussit par l’humour et la distanciation à justifier ce qui est avant tout un exercice de style et un caprice de cinéphile fétichiste. Plus tard, une autre b

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