Valérie Lemercier : « Patrick Timsit, c'est l'homme idéal »

ECRANS | Cinquième long-métrage de Valérie Lemercier, "Marie-Francine" est sans doute le plus réussi. Et n’est pas (uniquement) une comédie. Rencontre avec la coscénariste/réalisatrice/interprète.

Vincent Raymond | Lundi 29 mai 2017

Photo : Jean-Marie Leroy / Rectangle Productions - Gaumont


Est-il facile de signer une comédie romantique ?

Valérie Lemercier : C'est ma première histoire d'amour au cinéma, et elle est venue malgré moi. À l'écriture avec Sabine Haudepin, je redoutais que ce soit "uc-uc". Le sujet était la résurrection de Marie-Francine, je ne voulais pas qu'elle soit trop victime : les victimes, on a envie de leur en remettre un coup, c'est humain. Alors j'ai beaucoup raccourci au montage.

Il y a une évidence entre Patrick Timsit​ et vous à l'écran. Comment est né ce couple ?

Cette évidence était évidente pour moi ! Elle ne l'était probablement pas sur le papier, mais je savais que le choix de Patrick serait bon, car il me plaisait dans la vie – ce n'est pas plus compliqué que cela. Il a du charme, c'est l'homme idéal, il a l'âge du rôle, il pouvait faire portugais… Et je voulais qu'on voie ce que moi j'avais vu – même si je ne l'avais jamais vu sur scène avant de lui proposer le rôle.

Je voyais bien qu'il pouvait être Miguel et que ce serait bien, c'était différent. Mais j'ai l'impression que tout le monde le sait qu'il est comme ça. Il a eu l'humilité de ne pas se formaliser d'arriver page 40 ; sans que je lui demande, il est allé tout seul faire des tests dans des cuisines pour avoir les gestes pour être crédible en cuistot, alors qu'il n'est pas très manuel (rires). Quand j'entends les filles sortir du cinéma et le vouloir pour mari, je me dis que c'est réussi.

Marie-Francine vous ressemble-t-elle ?

Elle n'a jamais été confrontée à la sévérité de la vie, elle est un peu plus dans la lune et naïve que je ne le suis. Personnellement, je devance plus les choses : j'aurais vu mon mari s'éloigner, mes filles grandir… Mais je ne suis pas pour autant sa jumelle, Marie-Noëlle [la bourgeoise – NDLR] !

Votre personnage porte des lunettes. Vous ont-elles aidée à composer le rôle ?

Elles ont été très importantes ! Pour moi, Marie-Francine a des lunettes : ça maquille sans maquiller ; c'est un accessoire de beauté. Et puis, les gens bigleux sont plus dans leur monde. Je n'étais pas Marie-Francine quand je ne les mettais pas. J'ai mis du temps à les trouver. Pourtant, ce sont des lunettes de rien, de pharmacie à 12€. Mais c'était le bon modèle qu'il ne fallait surtout pas perdre : il n'y en avait qu'une paire.

Ce type de détail est-il prévu dès l'écriture ?

Tout, mêmes les décors, est pensé et écrit dans les didascalies. Ce sont des détails, mais les gens les voient. Cela fait que l'on peut regarder deux fois le film, c'est important. Moi, je veux qu'on y croit. L'appartement est faux, tout est faux, c'est en studio. La boutique aussi. Mais sur le tournage, je pensais tellement qu'on était dans un vrai appartement avec des magazines qui traînent, un bouquet du monnaie du pape dans l'entrée, de la toile de Jouy dans la chambre des jumelles… que j'allais prendre l'air sur un balcon, face à un pauvre mur.

Je m'intéresse aussi beaucoup aux costumes. Il y a les musiques que j'écoutais enfant. Je mets beaucoup de moi-même. C'est très intime, un film, même si ça fait travailler 200 personnes. Ça n'est que le fantasme et l'obsession de quelqu'un. Et heureusement : je trouve parfois dommage que les metteurs en scène ne soient pas obsessionnels.

Parvenez-vous à avoir un regard sur vos films précédent ?

J'ai revu Quadrille il y a peu : j'ai voulu montrer un costume. Je n'ai pas trop crié. En fait, il n'y a quasiment que le jeu qui m'intéresse. Un travelling, un plan de grue, de drone ou des prouesses techniques, ça ne m'intéresse pas du tout. Je suis très heureuse d'avoir eu un chef-op' qui a très bien éclairé tout le monde !

Parfois, je choure des trucs dans des films que je vois : les parents qui se parlent de chambre en chambre, j'ai vu ça dans Madame de… d'Ophüls, un de mes films préféré, ça m'a amusé. Et la crise de Marie-Francine est un peu copié sur L'Effrontée de Claude Miller. Les petites boutiques, avec la musique de Michel Legrand, ça fait un peu Jacques Demy je ne l'ai vu qu'après. Ce sont des choses qui me parlent et me nourrissent, c'est un peu inconscient. Les personnages et l'intimité des gens m'intéressent davantage. D'ailleurs, je remarque que beaucoup de mes films se passent dans les chambre et les cuisines.


Marie-Francine

De Valérie Lemercier (Fr, 1h35) avec Valérie Lemercier, Patrick Timsit...

De Valérie Lemercier (Fr, 1h35) avec Valérie Lemercier, Patrick Timsit...

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Trop vieille pour son mari, de trop dans son boulot, Marie-Francine doit retourner vivre chez ses parents...... à 50 ans ! Infantilisée par eux, c'est pourtant dans la petite boutique de cigarettes électroniques qu'ils vont lui faire tenir, qu'elle va enfin rencontrer Miguel. Miguel, sans oser le lui avouer, est exactement dans la même situation qu'elle. Comment vont faire ces deux-là pour abriter leur nouvel amour sans maison, là est la question...


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"Marie-Francine" : retour en grâce pour Valérie Lemercier

ECRANS | Valérie Lemercier célèbre la rencontre de deux quinquas bouillis par la vie dans une comédie sentimentale touchante ranimant les braises d’une délicatesse désuète. Un beau couple de personnages qu’épouse un duo d’acteurs idéal : la cinéaste et l’extraordinaire Patrick Timsit.

Vincent Raymond | Lundi 29 mai 2017

Tuiles en cascades pour la quinquagénaire Marie-Francine : son mari la quitte pour une jeunette, elle perd son boulot de chercheuse puis doit retourner vivre chez ses parents (et supporter leurs manies hors d’âge). Une éclaircie tempère ce chaos : sa rencontre avec Miguel, un cuisinier attentionné traversant peu ou prou les mêmes galères qu’elle. Et si le bonheur était à venir ? On avait laissé, pour ne pas dire abandonné, Valérie Lemercier seule face à la Bérézina que constituait 100% Cachemire (2013), film trahissant un essoufflement ultime dans sa mécanique de comédie. Comme une fin de cycle en triste capilotade. Changement de ton et de registre ici avec ce qui pourrait bien être la plus belle réussite de la cinéaste : sous l’impulsion de sa coscénariste Sabine Haudepin, Valérie Lemercier sort en effet de sa zone de confiance, au-delà de l’aimable charge contre les bourgeois – plus prévisible que corrosive chez elle. Certes, elle s’octroie également le (petit) rôle de la jumelle snobinarde de Marie-Francine, clone des emplois qu’elle

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Valérie Lemercier : le rire dans la peau

Humour | L'une des femmes les plus drôles de France (oui, oui) sera vendredi soir au Grand Angle de Voiron pour son grand retour sur scène après sept ans d'absence. On sera dans la salle.

Aurélien Martinez | Lundi 10 octobre 2016

Valérie Lemercier : le rire dans la peau

Humoriste, comédienne (parfaite dans Fauteuils d'orchestre), réalisatrice (Palais Royal notamment), chanteuse (génial Goûte mes frites), présentatrice des César (ah, son entrée en 2007 sur le Maldòn de Zouk machine devant un Almodóvar interloqué)… À 52 ans, Valérie Lemercier a (presque) tout fait. Et (presque) toujours avec un talent fou qui lui confère un statut à part dans le monde artistique français. Son grand retour sur scène, sept ans après son dernier one-woman-show (qui, à l’époque, avait fait la une du PB), était donc forcément très attendu. Surtout que c’est sur les planches, seule face à la foule et avec une économie de moyens manifeste, que la force Lemercier s’exprime le plus librement à travers ses personnages cultes – notamment et évidemment la grande bourgeoise qu’elle campe depuis plus de 25 ans, d

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Humour : nos quatre temps forts de la saison

Saison 2016 / 2017 | Une sélection à base de têtes d'affiche et de (plus ou moins) découvertes.

Aurélien Martinez | Mardi 13 septembre 2016

Humour : nos quatre temps forts de la saison

Max Bird Les spectacles d’humour tournent souvent autour des mêmes thèmes – le sexe, les relations hommes-femmes, les iPhone… Alors quand un comique vient avec son Encyclo-spectacle nous parler de son amour des dinosaures ou encore des effets de l’alcool sur notre corps, on l’écoute avec attention. Et on rit grandement, tant il le fait magistralement (Max Bird est un excellent comédien, façon Jim Carrey) et avec pertinence (on apprend en plus plein de trucs). À la Basse cour du jeudi 29 septembre au samedi 8 octobre Valérie Lemercier Celle qui aime tant camper les grandes bourgeoises est de retour sur scène sept ans après son dernier one-woman-show. Un nouveau spectacle dans lequel on croisera visiblement certains de ses personnages fétiches – la grande bourgeoise bien sûr ou encore la coach en diététique. Car la polyvalente Lemercier, tour à tour comédienne, réalisatrice, humoriste voire chanteuse, a un talent certain pour croquer ses semblables ; et surtout pour livrer des textes intellige

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100% Cachemire

ECRANS | De et avec Valérie Lemercier (Fr, 1h38) avec Gilles Lellouche, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Vendredi 6 décembre 2013

100% Cachemire

Un drôle de désir semble avoir guidé Valérie Lemercier pour son quatrième film en tant qu’actrice-réalisatrice… S’approprier un fait-divers glauque où une mère adoptive décide de rendre son fils après quelques mois "d’essai" ; faire le portrait acide d’une bourgeoisie étranglée entre bonne et mauvaise conscience ; mais aussi s’écrire un personnage détestable dont la caméra, toutefois, ne se détache jamais, exercice narcissique très curieux et, à l’image du film tout entier, plutôt déplaisant. Car si Lemercier a un vrai talent pour écrire des dialogues de comédie qui claquent, et si elle sait les mettre dans la bouche de comédiens ravis de s’amuser avec cette musique virtuose, le scénario de 100% Cachemire n’a pas de centre, sinon une misanthropie qui s’exerce aveuglément sur les riches et les pauvres, les premiers très cons, les seconds très cons et très moches. Il y avait pourtant une idée magnifique, hélas laissée en jachère : cet enfant russe muet et impavide, mur indéchiffrable sur lequel les émotions des adultes alentour ricochent ou se fracassent. Mais la mise en scène semble fuir ce trou noir émotionnel, préférant se réfugier dans la peinture sarc

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Main dans la main

ECRANS | De et avec Valérie Donzelli (Fr, 1h25) avec Jérémie Elkaïm, Valérie Lemercier…

Christophe Chabert | Mercredi 12 décembre 2012

Main dans la main

Ceux qui ont sacralisé le tandem Donzelli / Elkaïm sur la foi de leur il est vrai correcte La Guerre est déclarée vont en être pour leur frais. Avec Main dans la main, c’est retour à la case départ, celle de leur premier film, ce navet indescriptible qu’était La Reine des pommes. L’argument (un danseur du dimanche tombe en "synchronicité" avec une prof de danse de l’Opéra Garnier) s’épuise en trente minutes et ne donne même pas lieu à une quelconque virtuosité physique ou gestuelle : tout est approximatif et ruiné par un surdécoupage qui traduit une réelle absence de point de vue. On assiste alors à un film entre potes (Lemercier, pièce rapportée, semble paumée au milieu de la bande) où l’amateurisme est presque une condition pour faire partie du club (pourquoi avoir donné un tel rôle à Béatrice De Staël, absolument nulle d’un bout à l’autre ?). L’artisanat du film, son côté lo-fi, a bon dos : c’est surtout une m

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Passant après le calamiteux épisode Langmann, Laurent Tirard redonne un peu de lustre à une franchise inégale en misant sur un scénario solide et un casting soigné. Mais la direction artistique (affreuse) et la mise en scène (bancale) prouvent que le blockbuster à la française se cherche encore un modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir été écrit sur mesure. Il y a dans Au service de sa Majesté un petit charme très français du second rôle savoureux, plus digeste que la pr

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Adieu Berthe !

ECRANS | De et avec Bruno Podalydès (Fr, 1h40) avec Denis Podalydès, Isabelle Candelier, Valérie Lemercier…

Aurélien Martinez | Jeudi 14 juin 2012

Adieu Berthe !

Berthe est morte, mémé n’est plus. C’est ce qu’apprend Armand Lebrec (Denis Podalydès), la tête dans une boîte transpercée de sabres factices. Son affliction à l’annonce du décès est, elle aussi, purement factice : cette grand-mère était si discrète que tout le monde l’avait oubliée dans la famille (son père en particulier, atteint d’une forme de démence burlesque ; un numéro aussi bref que grandiose pour Pierre Arditi). De toute façon, Armand a d’autres chats à fouetter : une femme qu’il tente vainement de quitter, une autre avec qui il essaie de trouver un modus vivendi, une pharmacie appartenant à une belle-mère intrusive… Après l’inégal Bancs publics, Bruno Podalydès revient à des territoires plus familiers de son cinéma : la comédie de l’indécision sentimentale, sur un mode plus grave et plus mature, âge des protagonistes oblige. La première moitié est effectivement hilarante, notamment la peinture d

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Valérie Lemercier : « Écouter l’intimité »

SCENES | Rapide échange avec Valérie Lemercier à propos de son spectacle.

François Cau | Samedi 14 mars 2009

Valérie Lemercier : « Écouter l’intimité »

Petit Bulletin : Etes-vous déjà en mesure de dire si la scène vous avait manqué ? Valérie Lemercier : Oh, ça je le savais dès le début. J’ai eu peur tous les soirs de représentations, mais j’ai quand même été apte à apprécier le plaisir d’être sur scène. Le spectacle a été écrit dans l’urgence… Oui, mais pas plus qu’un autre, pour le deuxième, j’avais remplacé Belmondo au dernier moment au Théâtre de Paris et j’avais dû l’écrire en encore moins de temps… Je fonctionne comme ça, je ne répète pas, je ne rôde pas en Province, il faut que ça sorte. Je ne me projette jamais un an à l’avance, je ne serais pas capable de tenir un rythme d’écriture quotidien. Qu’est-ce qui vous a poussée à reprendre certains de vos personnages plus que d’autres ? Il y a des personnages que j’aime jouer, dont je souhaitais adapter les textes, garder les voix d’avant mais en évoquant ce qui me parle aujourd’hui. Par exemple, je fais des petites filles depuis toujours, mais là j’aborde des sujets plus graves que d’habitude. À la grande différence de la majorité des comique

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Valérie Lemercier, arme de distraction massive

SCENES | Le nouveau spectacle de Valérie Lemercier nous rappelle, si besoin en était, à quel point cette dernière est une interprète hors pair, capable de s’approprier n’importe quel univers pour en explorer le potentiel humoristique avec talent. François Cau

François Cau | Jeudi 12 mars 2009

Valérie Lemercier, arme de distraction massive

Allez, on est entre nous, on peut tout se dire. Les one-(wo)man-shows français, ça n’a jamais été notre tasse de thé. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, mais les mêmes travers revenaient, envahissants à en hurler à la lune, le poing rageusement levé vers le ciel : manque de rythme, d’écriture convaincante ou même d’humour, incapacité chronique à se mettre au niveau des sempiternelles mêmes références (Pierre Desproges, Eddie Murphy et Jerry Seinfeld), de la vulgarité crasse et mal digérée en guise de provocation ultime… On s’assied donc l’air fat, peu sensible aux charmes de la rénovation gentiment tape-à-l’œil de la salle parisienne du Palace, on essaie de ne pas trop penser au très frais accueil du spectacle dans ses premières critiques, on se prépare à compter les sketchs pour patienter jusqu’à la fin. Mais quand le show démarre, on est happés : les premières notes du P.I.M.P. de 50 cent (version non censurée, of course !) résonnent, Valérie Lemercier fait son entrée, traverse la scène au gré d’une chorégraphie délicieusement décalée. Alors OK, ça ne vaut peut-être pas sa mémorable danse aux César sur Zouk Machine, mais il ne nous en fallait pas plus pour ê

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