Lettre de Cannes #5

Festival de Cannes 2017 | Ou comment on prend un aller simple de la Black Lodge à l'Hôpital du Vinatier

Christophe Chabert | Vendredi 26 mai 2017

Cher PB,

Laisse-moi te raconter une scène vue sur la Croisette, qui illustre à mon sens la folie qui gagne le festival, et peut-être plus que ça, le pays tout entier – à moins que ce ne soit le micro-climat du sud, mais je ne mange pas de ce pain-là. En plein carrefour, un type se fait renverser en scooter par une voiture. Rien de bien grave a priori, car le propriétaire du deux roues, assez vénér', est déjà en train de tambouriner contre la vitre de l'automobiliste en le traitant de… Bon, pas besoin de te faire un dessin ou d'aligner des grossièretés. Un des mille policiers aux abords du Palais vient alors se mêler à l'affaire pour calmer le différend. Et là, sidération totale, l'homme au scooter s'adresse au représentant des forces de l'ordre – note l'expression – et lui demande s'il a le droit de « frapper » le mec dans la voiture. Sérieusement. Même pas pour rire. Gloups !

De folie, il fût question ces derniers jours dans les films de Cannes, alors que la compétition touchait à sa fin avec les films de François Ozon – rires – de Fatih Akin – argh – et de Lynne Ramsay – tout à l'heure. D'abord avec ce qui restera comme le choc ultime du festival : les deux premiers épisodes de Twin Peaks, retour inespéré d'un David Lynch qui a mis sa race à tout le monde, profitant d'une fenêtre créative (la réactivation d'une série culte vingt-cinq ans après) pour faire modestement tout péter. Alors que Netflix singe maladroitement le format long-métrage de fiction pour en faire des capsules Nespresso à usage unique ; tandis que Jane Campion s'embourbe dans les pires travers des séries télé contemporaines avec une inutile deuxième saison de Top of the lake, Lynch choisit simplement de faire son métier d'artiste, et d'innover, encore et toujours, à 71 ans passés.

Après l'ouragan hirsute et radical d'Inland Empire, il retrouve ici ses réflexes de Mulholland drive – qui, au départ, était aussi une série télé : chaque scène est un puissant moteur d'excitation, d'interrogations et de fascination ; leur addition finit par former un dessin qui, loin d'être achevé – il reste près de 16 heures à découvrir – renvoie à une forme encore plus excitante, intrigante et fascinante. Le tout avec une série de tours de force dont le plus hallucinant reste ces dix minutes où Lynch crée une tension extrême en montrant un type en train de regarder du vide. Bien entendu, ce vide finira par se remplir, et donnera lieu au premier moment de terreur intense de la série – il y en aura d'autres.

Ainsi va Twin Peaks : des visions immédiatement indélébiles, infernales, choquantes, démentes, arrachées brutes de l'imaginaire de son créateur et reproduites, inaltérées, sur l'écran. Un spectateur de cinéma qui, sans forcément tomber dans la cinéphilie hystérique mais se refusant à consommer les films et les images, c'est quelqu'un qui cherche un Graal : il attend patiemment qu'une œuvre vienne répondre à ses fantasmes enfouis, à ses désirs informulés. Il y a vingt deux ans, Lost Highway avait produit sur moi cet effet-là. D'autres films sont passés par là, d'autres Graals sont arrivés – le Malick de Tree of life ou les Coen de No country for old men ; mais aujourd'hui, en 2017, c'est de nouveau Lynch qui tient ce rôle-là. Miracle !

À peine le temps de se remettre de ce monument (en construction), et boum ! Voilà qu'un autre maître du cinéma m'a mis un uppercut auquel je ne m'attendais pas : Raymond Depardon et son nouveau documentaire, 12 jours, son film le plus important à mes yeux depuis 10e chambre. Présenté en séance spéciale (pourquoi pas en compétition à la place du thriller érotique pour mémés qu'est le Ozon, par exemple ?), il décrit, entre les murs de l'hôpital psychiatrique du Vinatier à Bron, à côté de Lyon, les audiences qui confrontent des patients internés contre leur volonté et des juges qui doivent statuer sur la prolongation de leur hospitalisation. Depardon a filmé douze audiences et trente-huit cas ; il en a gardé dix dans le montage final, qu'il « aère » par des travellings impressionnants dans les couloirs du Vinatier, filmant le quotidien des patients comme il le faisait déjà, il y a bien longtemps, dans San Clemente.

En ouverture, le cinéaste place en exergue une citation de Michel Foucault : « De l'homme à l'homme vrai, le chemin passe par l'homme fou. » Autrement dit : en filmant la folie, Depardon filme ce moment critique où l'homme contemporain livre sa vérité, où les pathologies mentales de l'individu recoupent les névroses de toute une société. Un des passages les plus saisissants montre un jeune type de 21 ans (il en paraît dix de plus) schizophrène et paranoïaque, miné par la consommation intensive de cannabis et de cocaïne, raconter comment il en est venu à soupçonner ses voisins d'être des terroristes musulmans, au point d'aller leur confisquer leur kalashnikov et de la cacher chez lui. Impossible de savoir ce qui est vrai ou faux dans cette histoire rocambolesque – ce n'est d'ailleurs pas la question ; l'important, c'est de regarder ce type comme un buvard absorbant l'air médiatique du temps et le recrachant en version monstrueuse, déformée, presque farcesque – on a même le droit d'en rire, si l'on considère qu'ici se joue sans masque la comédie d'une existence absurde et tragique, sans outre-monde rassurant – à la gueule d'un peuple qui fait tout pour s'en préserver.

Dans un festival où la mauvaise conscience était partout, Depardon choisit non pas de la réfléchir mais de l'incarner : ce qu'il nous montre (une femme victime de harcèlement sur son lieu de travail, une autre qui prend toutes ses relations sexuelles pour des viols, une dernière qui ne pense qu'à rentrer chez elle pour mettre fin à ses jours et en terminer avec la solitude dans laquelle elle vit depuis quinze ans, un Angolais qui veut s'insérer par le travail dans la société, comme si ce qui l'attendait à l'extérieur n'était surtout la perspective d'une reconduite à la frontière), c'est ce qui se passe au-delà du fait divers, par-delà les dossiers de fonds des journaux et des émissions télé, à savoir les lignes de fracture de la société française vues comme autant de douleurs intimes qui risquent fort de ne jamais cicatriser.

En fait, quand Depardon filme les institutions françaises et leurs mécanismes, c'est comme s'il pénétrait dans la black lodge de Twin Peaks : ici, pas de manchot, de géant ou d'arbre surmonté d'une masse de chair parlante, mais la réalité la plus sombre, la plus nue et la plus crue. La même folie, mais cette fois, il n'y a pas d'artiste démiurge pour l'orchestrer ; juste le chaos ordinaire.

À très vite.

C

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"In the Fade" : Diane Kruger, tout simplement

ECRANS | de Fatih Akın (All.-Fr., 1h46) avec Diane Kruger, Denis Moschitto, Numan Acar…

Vincent Raymond | Lundi 15 janvier 2018

Allemagne, de nos jours. Katja a épousé Nuri, un commerçant d’origine turque, jadis petit délinquant mais rangé des voitures depuis qu’ils ont eu leur fils Rocco. Leur bonheur familial est brusquement réduit à néant quand un attentat perpétré par des nazis tue Nuri et Rocco… Depuis Head On (2004), on sait qu’il faut compter avec Fatih Akin, sur les épaules de qui pèsent la plupart des espoirs placés dans le renouveau du cinéma allemand, après le malheureux feu paille Florian Henckel von Donnersmarck (réalisateur du fameux La Vie des autres). Avec ce film complexe à l’indiscutable maîtrise (successivement une tragédie, un film de procès et un "revenge movie"), Akin embrasse sans barguigner la somme des réalités contemporaines d’outre-Rhin – notamment la résurgence d’activistes nazis décomplexés. Il signe en sus un bouleversant portrait de femme dans toutes les acceptions organiques du terme, offrant à Diane Kruger son premier réel grand rôle dans sa langue maternelle. Le fort signifiant politique de ce retour aux sources artistique – dûment distingué à Cannes par un Prix d'interprétation féminine – l

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"Lucky" : il était une fois Harry Dean Stanton

ECRANS | de John Carroll Lynch (E.-U., 1h28) avec Harry Dean Stanton, David Lynch, Ron Livingston…

Vincent Raymond | Mardi 12 décembre 2017

Tous les jours, le vieux Lucky suit la même routine : un verre de lait, de la gym, ses mots croisés au "diner" du coin et pas mal de cigarettes pour rythmer ses déambulations dans les rues de sa ville. Un jour, le nonagénaire a un étourdissement. Pour son toubib, rien de grave : il vieillit… C’est peu dire qu’il y a des convergences entre Une histoire vraie (1999) de David Lynch et ce Lucky de John Carroll Lynch (aucun lien de parenté entre les deux réalisateurs). Outre la présence au générique de Harry Dean Stanton et de David Lynch (ce dernier, homonyme du réalisateur, se révélant un excellent interprète dans le costume d’un type presque normal), les films sont deux portraits tendres de vieilles personnes, à travers lesquels on devine toute l’admiration qu’un réalisateur peut porter à son comédien. Rarement tête d’affiche (il ne l’avait plus guère été depuis Paris, Texas en 1984), Harry Dean Stanton trouve dans Lucky outre un piédestal, un film synthèse chargé jusqu’à la gueule de cette culture américaine ayant inspiré

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"12 jours" : Raymond Depardon épuise son filon

ECRANS | de Raymond Depardon (Fr., 1h27) documentaire

Vincent Raymond | Lundi 27 novembre 2017

Film de demande plus que de commande, 12 jours de Raymond Depardon répond à une invitation de tourner dans un établissement psychiatrique (en l’occurence, le Vinatier à Bron, près de Lyon) avec des patients hospitalisés sans consentement lors de leur présentations devant un juge des libertés et de la détention – celle-ci devant se dérouler au plus tard 12 jours après leur première admission. S’ensuivent donc dix auditions, à la queue leu-leu. Dix portraits entre détresse et absurde de la "folie" ordinaire, et surtout un épuisant sentiment de déjà-vu. Car malgré tout le respect et toute l’estime que l’on porte au réalisateur français, force est de constater qu’il éprouve de moins en moins l’envie de sortir du cadre et des repères qu’il a jadis balisés. 12 jours transpose en effet de manière manière mécanique son dispositif de Délits flagrants ou de 10e chambre, instants d’audience dans un décor lui aussi familier pour le cinéaste, qui avait déjà arpenté avec San Clemente

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"La Lune de Jupiter" : on lévite ou on l’évite

ECRANS | de Kornél Mundruczó (Hon.-All., 2h03) avec Merab Ninidze, Zsombor Jéger, György Cserhalmi…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

La Hongrie, aux portes de l’Europe. Un migrant abattu alors qu’il franchissait la frontière développe un étrange pouvoir de lévitation qu’un médecin véreux et au bout du rouleau va tenter d’exploiter à son profit. Seulement, le "miraculé" suscite d’autres appétits… Comme Yórgos Lánthimos (Mise à mort du cerf sacré), Kornél Mundruczó se veut moraliste ou prophète 2.0 : il malaxe de vieilles lunes, les amalgame à de l’actualité sensible sérieuse et les nappe de fantastique pour leur donner une aura métaphorique (et capter les amateurs de genre). Sauf que ça sonne creux. On sent le réalisateur bien fier de son effet ascensionnel/sensationnel – un "quickening" (une puissante énergie libérée par un immortel lorsqu'il est décapité, comme dans les films Highlander) façon transe lente, plutôt réussi la première fois ! L’ennui est qu’il ne manque pas une occasion de le resservir, chaque occurrence le vidant davantage de son caractère exceptionnel. Le soin minutieux apporté à cet effet, à une course-poursuite en voiture ou à tout ce qui a trait à la question technique, tranche violemment avec son apparent désinvestissement pour ce qui concerne

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Rencontres autour du film ethnographique : filmer l’autre pour (mieux) le comprendre

Festival | Zoom sur la 21e édition du célèbre festival grenoblois prévue du lundi 13 au dimanche 19 novembre.

Alice Colmart | Mardi 7 novembre 2017

Rencontres autour du film ethnographique : filmer l’autre pour (mieux) le comprendre

Le cinéma et l’anthropologie sont nés avec une ambition commune : appréhender et affiner notre connaissance du monde dans toute sa diversité. Depuis 1996, l’association grenobloise Oasis (Œuvres artistiques et scientifiques / individus et sociétés), qui travaille à la promotion de projets mêlant ces deux domaines d’activité, propose ses Rencontres autour du film ethnographique dans différents cinémas (le Méliès, Mon Ciné, la Cinémathèque...) et lieux (le campus, le 102...) de l'agglo. Une semaine de projections durant laquelle les spectateurs sont poussés à s’interroger grâce à divers films récents comme Appunti del passaggio, évoquant le parcours des migrants du sud vers le nord de l'Europe ; Go Back sur l’accueil des réfugiés ; ou encore La couleur du caméléon racontant le parcours d’une migrante homosexuelle. « Cette année, on parle des "corps en passage" » nous explique Nina Moro, coordinatrice du projet. « On souhaitait s’attaquer à l’actualité en évoquant la migration via le corps et ce que l’on a à l’intérieur de soi. »

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"Jeune Femme" : sans toit, ni loi, mais avec un chat

ECRANS | de Léonor Serraille (Fr.-Bel., 1h37) avec Laetitia Dosch, Grégoire Monsaingeon, Souleymane Seye Ndiaye…

Vincent Raymond | Lundi 30 octobre 2017

Paula vivait avec Joachim, un photographe, mais là c’est fini. Alors elle est à la rue, avec son chat et ses pauv’ affaires. Elle tente de se débrouiller en squattant ici ou là, accumulant solutions transitoires et abris de fortune. C’est drôlement chaud, parce que dehors, il fait sacrément froid… Léonor Serraille a eu une chance inouïe que son film concoure à la Caméra d’Or l’année où son jury se trouve présidé par Sandrine Kiberlain. Celle-ci ne pouvait qu’être sensible au charme décousu de sa réalisation, comme au parcours cabossé de son personnage, évoquant fantomatiquement ces silhouettes errantes que la comédienne endossait dans les premiers longs-métrages de Lætitia Masson. Mais ce côté "truc d’il y a vingt ans" (voire de soixante, si l’on se réfère au Signe du Lion de Rohmer), c’est un peu le problème global de ce journal aigre-doux de la déchéance de Paula. Enchaînement un peu monotone d’épisodes, vaguement drolatique et social par fulgurances, Jeune Femme est sauvé par la grâce de quelques seconds rôles attachants (la gamine dont Paula "s’occupe", Yuki sa fausse amie d’enfance, Ousmane le vigile…)

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"Happy End" : du Michael Haneke en quitte

ECRANS | de Michael Haneke (Fr.-Aut.-All., 1h48) avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz…

Vincent Raymond | Lundi 2 octobre 2017

Après avoir causé la mort de sa mère dépressive par surdose d’anxiolytique, une pré-adolescente débarque chez son chirurgien de père, qui partage la demeure familiale calaisienne avec un patriarche réclamant l’euthanasie, une sœur entrepreneuse en plein tracas professionnels… Toujours aussi jovial, Michael Haneke convoque ici des figures et motifs bien connus pour une mise en pièce classique d’une caste déclinante, résonnant vaguement avec l’actualité grâce à l’irruption un tantinet artificielle de malheureux migrants. Dans le rôle du patriarche appelant la mort, Jean-Louis Trintignant joue une extension de son personnage de Amour – il y fait explicitement allusion. Quant à Isabelle Huppert, elle fronce le museau, écarquille les sourcils et incarne un bloc de béton congelé – quelle surprise ! Happy End ressemble hélas à du Haneke en kit : si

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"Faute d’amour" : attention, immense film

Cinéma | « Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ». Deux parents obnubilés par leurs égoïstes bisbilles vont méditer sur Lamartine après que leur fils a disparu. Un (trop modeste) Prix du Jury à Cannes a salué ce film immense et implacable du puissant cinéaste russe Andrey Zvyagintsev.

Vincent Raymond | Lundi 18 septembre 2017

Moscou, de nos jours. Un couple se déchire dans la séparation, se querellant sur la vente de son appartement et se désintéressant du fruit de son union, Alyocha. Lorsque ce fils de 12 ans disparaît subitement, ils prennent conscience de leur faute d’amour. Mais n’est-ce pas trop tard ? « Une bête, il faudrait être une bête pour ne pas être ému par la dernière scène de "Paris, Texas". » C’est par ces mots que le fameux Serge Daney débutait sa critique du film de Wim Wenders (1984) dans Libération, trahissant l’urgence de se délivrer (et de partager) l’absolue incandescence d’une séquence rejaillissant sur un film tout entier. Gageons que Daney aurait éprouvé un bouleversement jumeau devant Faute d’amour, et ce plan aussi admirable qu’atroce sur le visage défiguré par la douleur d’un garçon hurlant un cri muet, et dont le silence va résonner longtemps dans le crâne des spectateurs. Ce masque de désespoir flottant dans la pénombre, c’est l’effondrement en temps réel d’un enfant qui, témoin invisible d’une dispute entre ses parents, a compris qu’il était de trop. Un ange passe Un film ne saurait se

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"Good Time" : lose poursuite pour le (finalement) expressif Robert Pattinson

ECRANS | de Ben & Joshua Safdie (ÉU-Lux, 1h40) avec Robert Pattinson, Ben Safdie, Jennifer Jason Leigh…

Vincent Raymond | Lundi 11 septembre 2017

Connie Nikas et son frère handicapé mental Nick braquent une banque. Dans la fuite, Nick est capturé. Alors Connie fait l’impossible au cours d’une nuit riche en rebondissements pour le libérer. Par les voies légales d’abord. Et puis les autres… Incroyable : Robert Pattinson peut afficher une gueule expressive et des nuances de jeu ! Merci aux frères Safdie pour cette révélation, ainsi que pour ce thriller nocturne haletant rappelant ces polars signés Hill, Carpenter, Scorsese et consorts qui éraflaient le New York crasseux des années 1970. L’effet vintage et déréalisant se trouve conforté par la B.O. synthétique de Daniel Lopatin, alias Oneohtrix Point Never, ainsi que par le matraquage de visages hallucinés, cabossés, arrachés à la pénombre, systématiquement cadrés en gros – voire très gros – plan. Dans leur quête formelle, les Safdie n’empruntent pas le chemin de l’esthétique pure, à la différence de Nicolas Winding Refn. Et s’ils partagent sa soif d’urgence ou son aptitude à fabriquer des sensations organiques, ils le font sans recourir aux sempiternelles armes à feu. Encore une sacrée transgression à mettre à leur crédit

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"Le Redoutable" : JLG, passionnant portrait chinois

ECRANS | Une année à part dans la vie du cinéaste Jean-Luc Godard (Louis Garrel à l'écran), quand les sentiments et la politique plongent ce fer de lance de la Nouvelle Vague dans le vague à l’âme. Une évocation fidèle au personnage, à son style, à son esprit potache ou mesquin. Pas du cinéma juste ; juste du cinéma, par Michel Hazanavicius.

Vincent Raymond | Lundi 11 septembre 2017

1967. Au sommet de sa gloire, Jean-Luc n’est pas à une contradiction près : s’il provoque en public en professant des slogans marxistes ou égalitaristes, il aspire en privé à une union conformiste de petit-bourgeois jaloux avec la jeune Anne. Tiraillé entre son Mao et son Moi, le cinéaste passe de l’idéologie au hideux au logis. L’insuccès de La Chinoise ne va rien arranger… Toutes proportions gardées, la vision du Redoutable rappelle celle du film AI, cette étonnante symbiose entre les univers et manière de deux cinéastes (l’un inspirateur, l’autre réalisateur), où Spielberg n’était jamais étouffé par le spectre de Kubrick. L’enjeu est différent pour Michel Hazanavicius, à qui il a fallu de la témérité pour se frotter à un Commandeur bien vivant – certes reclus et discret, mais toujours prompt à la sentence lapidaire ou la vacherie définitive. Hommage et dessert En savant théoricien-praticien de l’art du détournement, Hazanavicius a extrait du récit autobiographique d’Anne Wiazemsky Un an après une substance purement cinématographique et godardienne (faite de références intellectuelles, de cale

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Hubert Charuel : « L’élevage est un métier de dévotion »

ECRANS | "Petit Paysan" deviendra-t-il grand cinéaste ? C’est bien parti pour Hubert Charuel, qui signe à 32 ans un premier long-métrage troublant. Entretien cartes sur étable.

Vincent Raymond | Lundi 28 août 2017

Hubert Charuel : « L’élevage est un métier de dévotion »

De quelle(s) épidémie(s) vous êtes-vous inspiré pour votre premier film Petit Paysan ? Hubert Charuel : La maladie du film est fictive : elle présente plusieurs symptômes de maladies réelles, mais qui se soignent. J’ai grandi pendant la période de vaches folles et de fièvre aphteuse. On était dans cet esprit de paranoïa : l’angoisse de mes parents, de ma famille, des amis aux alentours était totale, personne ne comprenait ce qui se passait. Les vétérinaires ne savaient pas ce qu’était Creutzfeldt-Jakob, n’avaient pas les résultats… Ça a vraiment choqué beaucoup de monde. Les abattages, c’est horrible : les gens arrivaient, on tuait tous les animaux, on creusait une fosse au milieu de la ferme, on brûlait les animaux sur place. Un traumatisme pour les éleveurs et les vétérinaires. Certains ne s’en sont pas remis de faire des abattages totaux à la chaîne. D’autres ne s’en pas remis financièrement. Quand on dit à l’éleveur qu’il va toucher des indemnités, c’est plus compl

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"Petit Paysan" : de mal en pis

ECRANS | Un petit éleveur bovin tente de dissimuler l’épidémie qui a gagné son cheptel. Ce faisant, il s’enferre dans des combines et glisse peu à peu dans une autarcie paranoïaque et délirante. Une vacherie de bon premier film signée Hubert Charuel, à voir d’une traite.

Vincent Raymond | Lundi 28 août 2017

Difficile d’être plus en phase avec l’actualité qu’Hubert Charuel. Au moment où l’on s’interroge sur la pérennité des aides à l’agriculture biologique et où l’on peine à mesurer les première conséquences du énième scandale agro-industriel, son film nous met le nez dans la bouse d’une réalité alternative : celle des petits paysans. Ceux qui n’ont pas encore succombé, rongés par l’ingratitude de leur métier et les marges arrière de la grande distribution, ni été aspirés par leurs voisins, gros propriétaires fonciers ou de fermes automatisées – on en voit ici. Pierre est un petit paysan à la tête d’un domaine raisonnable – c’est-à-dire qu’il le gère tout seul, mais en lui consacrant tout son temps. Lorsqu'il détecte dans son troupeau des animaux malades d’une mystérieuse fièvre hémorragique, il redoute le pire : l’abattage de la totalité de ses bêtes. La dissimulation lui offre une illusion de répit, mais les conséquences ne font qu’aggraver le problème... Sans foin ni loi Le jeune réa

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Robin Campillo : « J'ai un point de vue de militant de base »

ECRANS | Auréolé du Grand prix du jury au dernier Festival de Cannes, le scénariste et réalisateur de "120 battements par minute", en salle le 23 août, revient sur la genèse de ce film qui fouille dans sa mémoire de militant.

Vincent Raymond | Vendredi 21 juillet 2017

Robin Campillo : « J'ai un point de vue de militant de base »

Comment, avec un tel sujet (« Début des années 1990 ; alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d'Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l'indifférence générale »), évite-t-on de tomber dans le piège du didactisme ? Robin Campillo : Ça fait longtemps que se pose pour moi le problème des scénarios qui prennent trop le spectateur par la main comme un enfant et qui expliquent absolument tout ce que vivent les personnages. La meilleure façon que j’aie trouvée, c’est de reprendre ce truc à Act Up-Paris : il y avait un type qui, à l’accueil, expliquait très bien comment fonctionnait la prise de parole. Mais ensuite, quand on était dans le le groupe, on ne comprenait absolument plus rien à la manière dont fonctionnaient les gens : il y avait trop d’informations ! On s’apercevait que le sujet sida était éclaté en plein d’autre sujets, et on était perdus. J’ai donc voulu jeter le spectateur dans cette arène, comme dans une piscine pour qu’il apprenne à nager tout seul. Je voulais qu’il n’ait pas le temps de réagir à ce qui se produisait, aux discours ni aux actions, lui donner l’impression q

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"120 battements par minute" : charge virale

ECRANS | de Robin Campillo (Fr., 2h20) avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Histoires de révoltes et de combats. Celles des militants d’Act Up Paris à l’orée des années 1990 pour sensibiliser à coups d’actions spectaculaires l’opinion publique sur les dangers du sida et l’immobilisme de l’État. Et puis la romance entre Nathan et Sean, brisée par la maladie… Grand Prix à Cannes, ce mixte d’une chronique politique et d’une histoire sentimentale est aussi une autobiographie divergée de son réalisateur Robin Campillo. Ancien membre d’Act Up, il a toute légitimité pour évoquer le sujet de l’intérieur, en assumant sa subjectivité, et tenant compte du temps écoulé. Le portrait collectif qu’il signe n’est ainsi ni un mausolée aux victimes, ni un panégyrique aux survivants, ni un documentaire de propagande : il s’inscrit dans un contexte historique, à l’instar d’un conflit armé. Campillo emprunte d’ailleurs sa construction aux films de guerre, chaque génération ayant les siennes – les AG étant les réunions d’état-major avant les actions et manifs ; le champ de bataille les lieux d’intervention. Sauf qu’il y a ici deux guerres à mener : l’une, visible, contre les institutions et les labos pharmaceutiques ; l’autre, intime, contre le vir

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"Ava" : et Noée Abita creva l’écran

ECRANS | Dernier été pour les yeux d’Ava, ado condamnée à la cécité s’affranchissant des interdits ; et premiers regards sur le cinéma de Léa Mysius (coscénariste des "Fantômes d’Ismaël" d'Arnaud Desplechin) avec ce film troublant et troublé, ivre de la séduction solaire de la jeune Noée Abita.

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

Ava a treize ans, une mère célibataire fantasque, une petite sœur au biberon et une maladie qui va la rendre aveugle à la fin des grandes vacances. Loin de s’apitoyer sur son sort, l’ado profite de ce qui lui reste de vue pour longer les marges avec un jeune gitan qui la fascine… Bonne pioche pour la Semaine de la Critique du dernier Festival de Cannes que ce premier long-métrage de Léa Mysius, tout à la fois empli de la vitalité rebelle de la jeunesse et confronté à l’inéluctable d’une disparition précoce. Un poème sensoriel débarrassé d’un ancrage forcené au réalisme : Ava s’octroie ainsi des parenthèses de folie douce lorsqu’il s’agit d’évoquer le ressenti de la liberté, le frisson de l’incertain. Une révolte métaphorique dans une fuite à la poursuite de la beauté, où la suggestion discrète l’emporte sur la pataude monstration. Garde à vue On sait combien un film peut se trouver transfiguré par son acteur·trice grâce à l’accord intime entre l’interprète et son personnage. Ce que livre ici la débutante Noée Abita tient de la vibration : à l’âge des métamorphoses, avec son regard fixe et

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Lettre de Cannes #6

Festival de Cannes 2017 | Ou comment un dernier film vient relancer la compétition, et où il faut apprendre à finir.

Christophe Chabert | Lundi 29 mai 2017

Lettre de Cannes #6

Cher PB, Je t’envoie cette dernière lettre à quelques heures d’un palmarès que, comme à son habitude, la presse s’empressera de mettre en pièces. Habitude étrange, à vrai dire : qui, du cinéaste et des acteurs qui font des films et composent un jury collectif ou du critique qui se contente de les voir, est le plus apte à en juger la valeur ? Qui est le meilleur spectateur de cinéma ? Vaste question que je ne trancherai pas ici, car bon, j’ai autre chose à faire. Mais l’an dernier, quand l’agora critique hurlait à la mort après la Palme remise à Moi, Daniel Blake, estimant qu’il s’agissait d’une « mauvaise Palme », on pouvait légitimement lui rétorquer que le film ne la DÉMÉRITAIT pas, quand bien même d’autres films la méritaient tout autant, sinon plus. The Last face, le film de Sean Penn, eût été d’évidence une mauvaise palme, car personne – à part Luc Besson, c’est dire – n’a défendu la chose, la jugeant unanimement nulle et nocive pour le cinéma. De toute façon, l’envie de réécrire l’histoire d’un palmarès à l’aune de ses choix personnels tient tout autant de l’égocentrisme que de l’illusion rétrospective, ce fléau qui empêche d’accepter

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Lettre de Cannes #4

Festival de Cannes 2017 | Ou comment on fête un anniversaire, et comment Nicole Kidman est devenue notre copine de festival.

Christophe Chabert | Jeudi 25 mai 2017

Lettre de Cannes #4

Cher PB, Mardi 23 mai, le festival de Cannes fêtait son soixante-dixième anniversaire, dans une cérémonie qui faisait des ponts entre passé, présent et je ne sais pas quoi, avec des palmés passés (dont David Lynch, prêt à présenter les premiers épisodes de la nouvelle saison de Twin Peaks que tu as déjà dû voir, petit coquinou, en streaming sur je ne sais quelle plateforme de mauvaise vie), des palmés futurs (Sorrentino et Park Chan-wook, cette année préposés à la remise de palme au sein du jury) et des presque palmés – Pedro Almodóvar, dans le rôle du cinéaste cocu mais bon joueur au milieu des ex-vainqueurs. On notait quelques absences de poids : Terrence Malick, qui pourtant n’a plus peur de montrer sa trogne en public ; les frères Dardenne, pourtant grands potes de Therry Frémaux ; Steven Soderbergh, sans doute un peu vexé que son dernier Logan Lucky est atterri piteusement au Marché du film cette année ; les frères Coen, Nuri Bilge Ceylan ou encore Lars Von Trier, dont on ne sait trop s’il est encore persona non grata au festival, ou simplement retenu par le montage de son dernier film, ou si son camping car est au garage pour

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Lettre de Cannes #3

Festival de Cannes 2017 | Ou comment la courtoisie est une valeur qui se perd, un grand cinéaste se suicide à Cannes, et Netflix invente le vidéo-film.

Christophe Chabert | Mardi 23 mai 2017

Lettre de Cannes #3

Cher PB, Au son d’un hélicoptère tournoyant dans le ciel, loin au-dessus de la croisette, je t’écris à nouveau pour te parler de cinéma. Mais avant, j’aimerais te raconter un petit jeu que je pratique avec quelques amis depuis que je me rends au festival. Ce jeu, qui est plutôt une forme de compétition honorifique, s’appelle le Prix de la courtoisie. Rien à voir avec la radio d’extrême droite éponyme — cela me rappelle qu’autrefois, quand moi-même je faisais de la radio, un des animateurs ne cessait de présenter les titres musicaux en parlant d’albums « éponymes », sans trop savoir ce qu’il racontait puisqu’il allait jusqu’à dire de certains qu’ils étaient « parfaitement éponymes », laissant penser que d’autres étaient « un peu éponymes » et d’autres encore « moyennement éponymes »… Le Prix de la courtoisie consiste à saluer chaleureusement TOUS les agents d’accueil que l’on croise avant d’accéder aux projections, de les remercier chaque fois qu’ils font quelque chose pour nous (biper nos badges, nous indiquer nos places…) et, plus globalement, de leur sourire et de ne pas les traiter comme des paillassons. La base, quoi… Sauf au festival de Cannes

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Lettre de Cannes #2

Festival de Cannes 2017 | Ou comment une projection vire à la farce, des militants bouleversent la Croisette et un cinéaste parle à un autre cinéaste.

Christophe Chabert | Lundi 22 mai 2017

Lettre de Cannes #2

Cher PB, Il faut que je te raconte ce qui s’est passé l’autre matin à la projection d’Okja, le film Netflix de Bong Joon-ho. Depuis l’annonce par Thierry Frémaux de l’entrée en compétition de deux films coproduits mais surtout distribués par l’opérateur de vidéo à la demande par abonnement à 10 boules par mois, plus en version HD, les exploitants français ne cessent de faire les scrogneugneus, et de réclamer peu ou prou qu’on chasse ces malotrus yankees qui viennent sur le territoire français bousiller notre sacro-sainte exception culturelle. On ne leur fera pas l’injure, à certains du moins, de leur rappeler qu’ils ont tous très bien sortis les précédents films de Bong Joon-ho ou de Noah Baumbach, l’autre social-traître à avoir signé chez Netflix. C’est vrai, merde, Mistress America, quoi, au moins 800 salles l’ont programmé ! Et Mother, j’en parle même pas… Et pendant des mois en plus ! Toujours est-il qu’ils avaient prévu leur coup : à peine le logo Netflix apparu sur l’écran, la bronca s’est levée dans le Grand Théâtre Lumière, et s’ils avaient pu passer les portiques de sécurité avec des piques et des

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Lettre de Cannes #1

Festival de Cannes 2017 | Où j'ai vu des portiques de sécurité, un film très noir et très fort de Zviaguintsev, et un beau film premier degré de Todd Haynes.

Christophe Chabert | Vendredi 19 mai 2017

Lettre de Cannes #1

Cher Petit Bulletin, M'y voici de nouveau, au soleil de Cannes, pour y humer l'air du temps cinématographique et y humer l'air tout court d'une Côte d'Azur désormais meurtrie par trop de jardinières géantes décourageant badauds et camions de se rencontrer en une étreinte assassine. Le Festival de Cannes fête son 70e anniversaire en étalant à son générique les noms de ses chers cinéastes disparus et en transformant chaque avant-projection en une vaste zone de sécurité pour aéroport : déposons donc quatre fois par jour nos clés, portefeuilles et téléphones avant de franchir de peu esthétiques portiques magnétiques ; ouvrons nos sacs pour en supprimer tout élément dangereux, à commencer par la crême solaire en tube, nous laissant ainsi plus de chances de mourir d'un mélanome que d'un attentat terroriste — pléonasme assumé. Ainsi, l'honneur est sauf car, comme disait Claudette Colbert dans La Huitième femme de Barbe-Bleue, avec l'accent français s'il vous plait : "Don't blame it on the Riviera". De plus, entre le moment où j'ai récupéré mon accréditation et celui où le festival a été officiellement déclaré ouvert, s'est produit un élément d'amp

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"L’Indomptée" : tensions à la villa Médicis

ECRANS | de Caroline Deruas (Fr, 1h38) avec Clotilde Hesme, Jenna Thiam, Tchéky Karyo…

Julien Homère | Mardi 14 février 2017

Coscénariste de Philippe Garrel sur Un été brûlant et La Jalousie, Caroline Deruas signe avec L’Indomptée son premier long-métrage. Rome, la Villa Médicis : les destins de Camille et son mari Marc Landré, tous deux écrivains, et d’Axèle, une photographe, s’entrechoquent. Dans le couple comme dans la résidence, les tensions vont monter jusqu’à l’explosion finale. Volontairement elliptique, cet essai tient plus du cinéma abstrait de Lynch que du film de chambre d’Eustache. Sans compromis dans son traitement expérimental, L’Indomptée est un beau brouillon, un exercice de style prometteur plus qu’un travail accompli. Si la réalisatrice reste encore prisonnière de ses influences, le trio d’acteurs (Hesme, Thiam, Karyo) donne corps et vie à ce qui aurait pu ressembler à un étalage de références un peu guindé.

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"David Lynch : The Art Life" : il était une icône

ECRANS | De Jon Nguyen, Olivia Neergaard-Holm et Rick Barnes (E-U, 1h30) documentaire

Julien Homère | Mardi 14 février 2017

Inutile de présenter le cinéaste David Lynch, auteur de films cultes et de chefs-d’œuvre célébrés. Pourtant, c’est bien de cet homme que Jon Nguyen (qui avait déjà coproduit un documentaire en 2007 à propos d’Inland Empire), Olivia Neergaard-Holm et Rick Barnes ont décidé de peindre le portrait. La qualité de ce long monologue du créateur iconoclaste réside dans le témoignage. The Art Life raconte Lynch, de son enfance à Washington, D.C jusqu’à la conception d’Eraserhead en Californie. On ne peut pas dire que le film présente un point de vue neuf. Si la réflexion sur l’homme est inexistante, le projet se justifie par des vidéos prises sur le vif où l’artiste peint, sculpte, scie et modèle. Vrai cadeau aux fans, Lynch se raconte dans la plus grande intimité, avec le spectateur pour seul confident. À voir pour tous ceux qui veulent comprendre la construction d’une icône.

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Les Habitants : un Depardon décevant

ECRANS | de Raymond Depardon (Fr., 1h24) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 26 avril 2016

Les Habitants : un Depardon décevant

Raymond Depardon déplace un studio-caravane sur les routes de France, invitant les badauds à poursuivre devant sa caméra la discussion qu’ils tenaient sur le trottoir. Le cadre, fixe, est partout identique, mais les propos (re)tenus très inégaux : on passe ainsi de la philosophie de comptoir à quelques (trop rares) considérations constructives. Comme si Depardon avait manqué de matière utile dans ses rushes, et s’était cru obligé de conserver des séquences d’habitants mal à l’aise devant l’objectif, ressassant artificiellement leur conversation, ou meublant le vide par des rires gênés (voir le joli couple évoquant sa prochaine union). Le dispositif rappelle Délits flagrants, mais en moins intense du fait de son montage plus lâche. Il ressemble surtout à une sorte de face B (ou de bonus DVD grand format) du remarquable Journal de France (2012), portrait itinérant de l’Hexagone à travers ses paysages et quelques témoignages saisis sur le motif. La déception se situe donc à la mesure de l’attente. Doit-on la tempérer en affirmant que

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Bell de nuit

MUSIQUES | Créature lynchienne à placer quelque part entre Lana Del Rey et Julee Cruise, Chrysta Bell est « belle comme un rêve et chante comme dans un rêve » dixit son mentor et producteur. Un certain... David Lynch bien sûr, qui ne jure plus que par elle. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 30 novembre 2012

Bell de nuit

Alors qu'une certaine Lana Del Rey se tortille dans tous les sens pour ramasser son héritage ou un peu d'attention de sa part – si sa reprise du Blue Velvet de Bobby Vinton, mise en lumière par une célèbre marque suédoise de prêt-à-porter, n'est pas un appel du pied, il faudra nous dire ce que c'est –, il y a déjà quelques temps que « M. Inquiétante Etrangeté » s'est entiché d'une autre créature. Elle s'appelle Chrystha Bell et comme Lana Del Rey est rousse comme une banquette de dinner ou une tarte aux cerises. Son album est clairement labellisé « produit par David Lynch » et ses concerts flottent sous la bannière « David Lynch présente ». Voilà donc le moment où l'on rappelle l'auditeur potentiel parti en courant : que celui-ci se rassure, tout cela n'a rien à voir avec les albums commis par le réalisateur – sous son nom ou celui de Blue Bob –, cette musique qu'il prenait pour du blues bizarre quand le commun des mortels y voyait plus volontiers de la bouillie. Angel Star C'est pourtant lui qui a écrit et composé l'album de la Bell, qu'on entendait déjà sur la BO d'

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Journal de France

ECRANS | De Claudine Nougaret et Raymond Depardon (Fr, 1h45) documentaire

Aurélien Martinez | Vendredi 8 juin 2012

Journal de France

Les cinéastes français semblent se plaire à se retourner sur leur carrière pour en faire à la fois le discours de leur méthode et un récit biographique (Varda et Lelouch s’y sont collés récemment). Dans le cas de Raymond Depardon, l’originalité consiste à avoir confié à sa compagne et collaboratrice Claudine Nougaret le soin de retracer ce parcours il est vrai fascinant : un jeune homme hésitant entre la photographie et le cinéma, révolutionnant le photo-reportage au sein de l’agence Gamma, puis se lançant dans un monumental projet documentaire visant à montrer les « citoyens face à leurs institutions ». Journal de France alterne donc archives inédites (ou pas) et séquences contemporaines où Depardon parcourt la France profonde avec une caméra à chambre pour immortaliser paysages emblématiques et simples Français. La visite à l’intérieur de l’œuvre est évidemment passionnante, mais le voyage n’est pas en reste. On peut même, en voyant le cinéaste seul dans son van allant de places du village en places du village, pendant que sa com

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Lynch de fond en combles

ECRANS | Rétro / À tous ceux qui aimeraient s'aventurer dans le monde d'INLAND EMPIRE sans avoir auparavant visité toutes les pièces de l'œuvre de Lynch (une démarche (...)

| Mercredi 14 février 2007

Lynch de fond en combles

Rétro / À tous ceux qui aimeraient s'aventurer dans le monde d'INLAND EMPIRE sans avoir auparavant visité toutes les pièces de l'œuvre de Lynch (une démarche que l'on ne conseille pas !), l'Institut Lumière propose l'intégrale de ses 9 longs-métrages. Il n'y a pour ainsi dire rien à jeter, à part ce truc grandiose et mutilé qu'est Dune, qui ne s'est en plus pas forcément bonifié avec le temps. Mais pour le reste, pas d'hésitation ! À commencer par cette trilogie de la dislocation narrative que représentent Eraserhead, Lost Highway et Mulholland drive. Une trilogie qui trouve aussi son unité si on en regarde les sujets (car derrière les boucles de récit, les mondes parallèles et l'abolition des frontières entre rêve et réalité, les films de Lynch ont toujours des sujets très concrets) : paternité difficile dans Eraserhead, drame de la jalousie et de la fin d'un couple dans Lost Highway, aléas de la célébrité et douleur de l'amour absolu et pourtant déçu dans Mulholland drive. À côté de ces monuments, Lynch a développé une veine plus «classique» (tout est relatif...) où l'étrange s'inscrit souvent dans un strict réalisme : petite bourgade provinciale soudain aspirée par un fait-di

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Lynch en et sans paroles

ECRANS | Récit / Jeu du questions-réponses entre des spectateurs et David Lynch après la projection de INLAND EMPIRE à l’institut lumière de Lyon dimanche dernier. CC

Christophe Chabert | Mercredi 14 février 2007

Lynch en et sans paroles

Surprise : les lumières rallumées après le générique de fin, Lynch accepte de se prêter au jeu des questions-réponses avec le public. On connaît sa réticence, sinon son aversion, à commenter le sens de ses films et à en livrer des explications. Les quelques spectateurs qui tenteront tout de même de lui soutirer une analyse en seront pour leurs frais : ils n’auront droit qu’à des réponses laconiques, dont celle-ci : «C’est ainsi que le monde tourne.» Aux fans déçus qui regrettent son passage à la vidéo, il répond qu’il «ne retournera JAMAIS avec de la pellicule» ; et à ceux qui trouvent INLAND EMPIRE trop expérimental ? «C’est ainsi que le monde tourne !» (bis). Une jeune Américaine le félicite pour le cours de «méditation transcendantale» qu’il a donné à l’Université de l’Oregon - le côté obscur de David Lynch, que la traduction de Thierry Frémaux passera mystérieusement sous silence... Le silence : c’est finalement à cela que l’on retournera quand Lynch fera taire définitivement ceux qui veulent encore livrer des exégèses à ses œuvres : «Le cinéma est un langage qui cherche à s’affranchir des mots pour créer des sensations. Pourquoi voulez-vous absolument remettre des mots sur

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Bienvenue au Lynch-land !

ECRANS | Critique / Film-monstre, abscons, dément, INLAND EMPIRE représente une forme de suicide commercial de la part de David Lynch, mais aussi une expérience cinématographique qui encourage autant qu'il décourage le commentaire. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 14 février 2007

Bienvenue au Lynch-land !

Arrivé à une forme ultime de reconnaissance critique et même publique - du moins en Europe, quoique le DVD de Mulholland drive ait fait son beurre aux États-Unis... David Lynch a choisi non pas de capitaliser sur son nouveau statut, mais de casser définitivement son jouet. C'est le sentiment premier après les trois heures hallucinées d'INLAND EMPIRE. À côté, Lost Highway, Mulholland drive et même Eraserhead ont quelque chose de gentils films narratifs ; c'est dire si l'objet est déroutant. Et osons l'avouer, clairement moins plaisant à regarder, pour une raison simple : Lynch, ce grand maître du scope et de la pellicule, cet artiste du cadre et des textures, l'a tourné avec une DV qu'il utilise comme votre pépé son camescope : sans ajout de lumière artificielle et la plupart du temps à la main ! Il n'est pas impossible de faire quelque chose d'intéressant visuellement avec un tel parti-pris - et la toute première séquence d'INLAND EMPIRE le prouve d'ailleurs ! mais ce n'est visiblement pas le souci de Lynch. Idem pour la musique, d'ordinaire en complète adéquation avec les images, mais ici souvent à contretemps, sinon franchement décalée (la chanson de Beck sur la fin en est le

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