"Ava" : et Noée Abita creva l'écran

ECRANS | Dernier été pour les yeux d’Ava, ado condamnée à la cécité s’affranchissant des interdits ; et premiers regards sur le cinéma de Léa Mysius (coscénariste des "Fantômes d’Ismaël" d'Arnaud Desplechin) avec ce film troublant et troublé, ivre de la séduction solaire de la jeune Noée Abita.

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

Ava a treize ans, une mère célibataire fantasque, une petite sœur au biberon et une maladie qui va la rendre aveugle à la fin des grandes vacances. Loin de s'apitoyer sur son sort, l'ado profite de ce qui lui reste de vue pour longer les marges avec un jeune gitan qui la fascine…

Bonne pioche pour la Semaine de la Critique du dernier Festival de Cannes que ce premier long-métrage de Léa Mysius, tout à la fois empli de la vitalité rebelle de la jeunesse et confronté à l'inéluctable d'une disparition précoce. Un poème sensoriel débarrassé d'un ancrage forcené au réalisme : Ava s'octroie ainsi des parenthèses de folie douce lorsqu'il s'agit d'évoquer le ressenti de la liberté, le frisson de l'incertain. Une révolte métaphorique dans une fuite à la poursuite de la beauté, où la suggestion discrète l'emporte sur la pataude monstration.

Garde à vue

On sait combien un film peut se trouver transfiguré par son acteur·trice grâce à l'accord intime entre l'interprète et son personnage. Ce que livre ici la débutante Noée Abita tient de la vibration : à l'âge des métamorphoses, avec son regard fixe et sa moue évoquant Adèle Exarchopoulos ou L'Effrontée ayant intériorisé tous ses désirs pour mieux les saisir, elle offre simultanément un visage d'innocence enfantine et une stupéfiante gravité. C'est dans l'absence d'effet de performances ou d'outrances en skaï guimauve qu'elle révèle sa puissance. "Less is always more".

À sa nature bouleversante répond la présence familière de Laure Calamy, idéale ici dans un de ces emplois de cyclothymiques extraverties qu'on lui connaît – celui de la mère. Longtemps silhouette, devenue visage, puis second rôle régulier et sympathique (notamment dans la série Dix pour cent), la comédienne va se trouver simultanément à l'affiche de nombreux films par le hasard de sorties concomitantes. Pour un·e interprète, la tentation est immense de répondre à toutes les sollicitations, qui sont autant de déclarations d'amour émanant des cinéastes ; grand est alors le risque de se "berléaniser". Souhaitons-lui, pour maintenir ce désir intact, de préserver sa part de mystère en se montrant plus rare. Ou sélective.

Ava
de Léa Mysius (Fr., 1h45) avec Noée Abita, Laure Calamy, Juan Cano…


Ava

De Léa Mysius (Fr, 1h45) avec Noée Abita, Laure Calamy...

De Léa Mysius (Fr, 1h45) avec Noée Abita, Laure Calamy...

voir la fiche du film


Ava, 13 ans, est en vacances au bord de l'océan quand elle apprend qu'elle va perdre la vue plus vite que prévu. Sa mère décide de faire comme si de rien n’était pour passer le plus bel été de leur vie. Ava affronte le problème à sa manière. Elle vole un grand chien noir qui appartient à un jeune homme en fuite…


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

La BD, reine d’un jour

Festival | La très jeune association grenobloise BD Partage ne désarme pas : même si elle a dû réduire la voilure par rapport à ses ambitions premières, elle organise un événement consacré à la bande dessinée, samedi 19 juin. Plusieurs auteurs seront présents dans les locaux de l’ancienne chocolaterie Cémoi, au 12A de la rue Ampère.

Martin de Kerimel | Vendredi 18 juin 2021

La BD, reine d’un jour

Vous vous en souvenez peut-être : nous vous avions parlé d’eux en janvier l’année dernière, alors qu’ils venaient tout juste de lancer leur association. Les membres de BD Partage ont de la suite dans les idées et toujours l’intention de créer des événements autour de leur passion commune pour les bandes dessinées, comics et autres mangas. C’est vrai qu’au cœur de la crise sanitaire, on les avait un peu perdus de vue, mais samedi 19 juin pourrait enfin marquer l’heure des retrouvailles tant attendues. C’est en effet le jour retenu par l’asso pour organiser son festival annuel, le temps d’une journée. Une bonne occasion de mieux se faire connaître. « Neuf auteurs seront parmi nous, pour la plupart venus de Grenoble ou de l’agglomération, indique Christian Huberson, président de BD partage. Notre association est parrainée par Jean-Marc Rochette, mais il ne se déplace pas sur les festivals. Nous avons donc choisi Morgan Navarro comme invité d’honneur. Une rencontre est prévue pour permettre au public d'échanger avec lui ». Dédic

Continuer à lire

"Slalom" : sortie de piste

Drame | ★★★☆☆ Un film de Charlène Favier (Fr-Bel, 1h30) avec Noée Abita, Jérémie Renier, Marie Denarnaud… Sortie le 19 mai

Vincent Raymond | Jeudi 13 mai 2021

Lyz, 15 ans, intègre une classe de ski-études. Délaissée par ses parents, l’adolescente douée va rapidement passer sous la coupe d’un entraîneur abusif… À l’instar de la pratique du ski, le traitement de certains sujets sensibles réclame du tact et de l’équilibre ; le moindre faux-pas entraînant une chute fatale. Celui dont la réalisatrice Charlène Favier s’empare à beau croiser une double actualité (la mise au jour de scandales dans l’univers des sports de glace en particulier et l’avénement du mouvement #MeToo en général), il n’était pas exempt d’un risque de manichéisme, en (sur)chargeant facilement le coupable, ou en édulcorant ce qu’elle représente. Au contraire a-t-elle choisi de montrer la construction d’une mécanique d’emprise dans son détail, dans la complexité de son irrésistible déploiement, ne cachant pas l’existence d’une responsabilité collective – un "terreau favorable" pour un prédateur. En découle l’apparente acceptation de la victime, son mutisme malgré les appels à l’aide. Admirablement servi par Noée Abita et Jérémie Renier, duo qui ne s’épargne rien dans l’épreuve, ce film va au-delà du "

Continuer à lire

Teddy Beat, troisième sexe

Bande dessinée | Troisième volet des aventures de l’ourson lubrique imaginé en 2011 par l’auteur grenoblois Morgan Navarro, Teddy Beat : Sex Change voit notre protagoniste changer de sexe dans le seul but d’expérimenter la jouissance féminine. Tout un programme… qu’on vous détaille avant la séance de dédicace de l’auteur ce jeudi 8 avril à la librairie Les Modernes.

Damien Grimbert | Mercredi 7 avril 2021

Teddy Beat, troisième sexe

C’est une période chargée pour Morgan Navarro : après les deux tomes de Ma vie de réac en 2016 et 2018, il sortait au printemps 2020 Stop Work (éditions Dargaud) en collaboration avec Jacky Schwartzmann qui posait un regard acerbe sur les mutations du monde de l’entreprise moderne, et Le Président (éditions Les Arènes) en collaboration avec Philippe Moreau-Chevrolet, dystopie politique qui imaginait l’accession à la Présidence de la République de Cyril Hanouna en 2022. Avec la sortie de Teddy Beat : Sex Change, on peut littéralement parler d’un triple retour : à son éditeur historique, Les Requins Marteaux, maison d’édition bordelaise spécialisée en bande dessinée alternative au sein de laquelle il avait fait ses premiers pas, à la géniale collection "érotico-comico-expérimentale

Continuer à lire

Du neuf au Ciel

MUSIQUES | Concerts / Dire que l’horizon se dégage pour le Ciel est une boutade facile… que nous avons déjà faite. N’empêche : on recommencerait bien, tant on a été ravi d’apprendre que, sans attendre 2021, la salle de la rue Général-Marchand prévoyait d’accueillir le public pour de nouveaux concerts.

Martin de Kerimel | Mardi 8 décembre 2020

Du neuf au Ciel

C’est dès mercredi 16 décembre prochain, à 19h, que l’on pourra entendre Selen Peacock. Venu de Paris, « l’un des tous meilleurs groupes français de jazz prog légèrement avant-garde », nous promet-on. Vendredi 18, à la même heure, le Ciel verra débarquer la Lyonnaise Kcidy. « Prod onctueuse, mélodies entêtantes et besoin d’en découdre avec les frontières de la pop, ce projet peut être à rapprocher des ambitions d’un Beck, machine à tubes caméléon. » Dimanche 20, à 18h30, ce sera enfin au tour des Stéphanois de Magrava (photo) de se produire : un duo composé de Cyril Meysson aux guitares et Rodolphe Loubatière à la batterie, pour « une musique free noise, improvisée et démentielle, noire et lumineuse, tellurique et spectrale ». Pour être explicite sur ses intentions, le Ciel indique que ces concerts se tiendront dans le strict respect des mesures sanitaires en vigueur, avec une billetterie uniquement en prévente et une jauge limitée. David Nicolay, programmateur de ces soirées, précise : « On est dans l’impossibilité de construire une programmation comme on l’aimerait, incluant des artistes et groupes locaux, nationaux, européens et inter

Continuer à lire

"Slalom" : sortie de piste

ECRANS | ★★★☆☆ De Charlène Favier (Fr.-Bel., 1h30) avec Noée Abita, Jérémie Renier, Marie Denarnaud… En salles le 16 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2020

Lyz, 15 ans, intègre une classe de ski-études. Délaissée par ses parents, l’adolescente douée va rapidement passer sous la coupe d’un entraîneur abusif… À l’instar de la pratique du ski, le traitement de certains sujets sensibles réclame du tact et de l’équilibre ; le moindre faux-pas entraînant une chute fatale. Celui dont Charlène Favier s’empare a beau croiser une double actualité (la mise au jour de scandales dans l’univers des sports de glace en particulier et l’avènement du mouvement #MeToo en général), il n’était pas exempt d’un risque de manichéisme, en (sur)chargeant facilement le coupable, ou en édulcorant ce qu’il représente. Au contraire a-t-elle choisi de montrer la construction d’une mécanique d’emprise dans son détail, dans la complexité de son irrésistible déploiement, ne cachant pas l’existence d’une responsabilité collective, d'un "terreau favorable" pour un prédateur. En découle l’apparente acceptation de la victime, son mutisme malgré les appels à l’aide. Admirablement servi par le duo Noée Abita-Jérémie Renier, duo qui ne s’épargne rien dans l’épreuve, ce film va au-delà du "dossier" en offrant

Continuer à lire

Slalom

Avant-première | La très riche sélection du Festival de Cannes 2020, qui a déjà (dé)livré de bonnes surprises sur les écrans, compte quelques productions tournées en région Auvergne (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2020

Slalom

La très riche sélection du Festival de Cannes 2020, qui a déjà (dé)livré de bonnes surprises sur les écrans, compte quelques productions tournées en région Auvergne Rhône-Alpes. Et notamment le premier long métrage de Charlène Favier, Slalom, se situant dans les hauteurs enneigées de Bourg-Saint-Maurice et racontant l’empire d’un entraîneur de ski sur une jeune sportive, interprétée par une comédienne non moins jeune mais dont on a eu l’heur de souligner les prometteurs débuts dans Ava (2017), Noée Abita. Déjà auréolé du Prix d'Ornano-Valenti décroché au festival d’Angoulême, le film sortira début novembre mais sera présenté en avant-première au public du Club le samedi 17 octobre, à 20h15. Allez-y tout schuss !

Continuer à lire

Voici 23 spectacles pour une saison théâtrale grenobloise variée

Panorama de rentrée culturelle 2020/2021 | Les théâtres de Grenoble et de l'agglomération ont de nouveau dégainé des programmations bourrées de propositions qu'on avait envie de défendre. Suivez-nous ! Par Aurélien Martinez et Nadja Pobel

La rédaction | Mercredi 14 octobre 2020

Voici 23 spectacles pour une saison théâtrale grenobloise variée

Western ! À Grenoble et aux alentours (ce que l’on appelle de par chez nous le Dauphiné), Serge Papagalli est une légende qui foule les scènes de la région depuis maintenant 50 ans. Pour célébrer cet anniversaire comme il se doit, et avant de le croiser fin novembre sur grand écran dans le film Kaamelott (le fameux Guethenoc le paysan, c’est lui) d’Alexandre Astier, notre homme se lance dans le western-spaghetti et théâtral, lui qui revendique fièrement ses origines italiennes. Avec une douzaine de comédiennes et comédiens à ses côtés (dont pas mal de fidèles de chez fidèles toutes générations confondues), son Western ! était forcément très attendu par un paquet de monde. Dont nous. AM À la MC2 du mardi 13 au jeudi 22 octobre Au Théâtre Jean-Vilar (Bourgoin-Jallieu) vendredi 6 et samedi 7 novembre Au

Continuer à lire

Caroline à Grenoble

Avant-première | Si le festival de Cannes avait eu lieu en mai comme il se doit, on aurait vu Patrick, l’un des protagonistes du nouveau film de Caroline Vignal (...)

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2020

Caroline à Grenoble

Si le festival de Cannes avait eu lieu en mai comme il se doit, on aurait vu Patrick, l’un des protagonistes du nouveau film de Caroline Vignal Antoinette dans les Cévennes, gravir les marches rouges du Palais des Festivals. Jusque là, rien d’étonnant. Sauf que si : Patrick est un âne. Certes, beaucoup d’ânes ont déjà arpenté la Croisette, mais celui-ci est un pur baudet à poil gris qui donne du fil à retordre à sa partenaire, interprétée par Laure Calamy, institutrice à la poursuite de son amant (une sorte de maîtresse au carré, si vous voulez). Caroline Vignal vous en dira davantage à l’occasion de l’avant-première qu’elle accompagne de sa présence. Mais sans âne. Ce sera jeudi 10 septembre, à 20h15, au cinéma Le Club.

Continuer à lire

« Une bonne métaphore de la société entière »

Rencontre - Morgan Navarro | C'est à l’occasion de la sortie de "Stop Work", sa première collaboration avec l’écrivain Jacky Schwartzmann, que l'on a rencontré l’auteur de bande dessinée grenoblois Morgan Navarro pour en savoir plus sur le processus qui avait donné naissance au projet.

Damien Grimbert | Mardi 7 juillet 2020

« Une bonne métaphore de la société entière »

Déjà riche d’une longue carrière et auteur d’un nombre de bandes dessinées pour le moins important (Flipper le flippé, Skateboard et vahinés, Cow-boy Moustache, Malcolm Foot, Teddy Beat, L’Endormeur, ou plus récemment les deux tomes de Ma vie de réac, pour ne citer que les principales), Morgan Navarro n’avait en revanche jamais travaillé avec un scénariste jusqu’à présent. C’est l’édition 2017 du Printemps du Livre de Grenoble qui va jouer le rôle de déclencheur en le réunissant à l’occasion d’une rencontre en public avec François Bégaudeau et… Jacky Schwartzmann : « En fait, j’ai lu son bouquin Mauvais coûts avant la rencontre, lui avait lu ma BD Ma vie de réac, et quand on s’est rencontrés, on s’est entendus instantanément parce qu’on avait le même humour un peu corrosif, à contrepied par rapport à l’époque… Après ça, on s’est dit qu’il fallait absolument qu’on fasse une bande dessinée ensemble, et je crois qu’environ un an après, on a attaqué le scénario. » Rapidement, le duo nouvellement formé décide de prendre pour base de départ l’univers de Mauvais coûts : «J’aimais

Continuer à lire

"La Cravate" : auto-psy d’un frontiste

ECRANS | De l’espoir à la désillusion, le parcours d’un jeune militant FN lors de la campagne pour l’élection présidentielle 2017. Un portrait documentaire mâtiné d’auto-analyse, reposant sur dispositif ingénieux signé par les auteurs du remarqué "La Sociologue et l’Ourson".

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

2017, dans le Nord de la France. Bastien, vingt ans à peine, est déjà un militant chevronné du FN. Auprès de son délégué départemental, guère plus âgé que lui, il prépare la campagne de Marine Le Pen et rêve d’intégrer les hautes sphères du parti. Une caméra le suit durant quelques mois… Déjà auteurs d’un très réussi documentaire conjuguant un dispositif original et une thématique sociétale on ne peut plus clivante (La Sociologue et l’Ourson, consacré au projet de loi du Mariage pour tous), Mathias Théry et Étienne Chaillou n’ont pas choisi la facilité avec ce sujet qu’on devine à mille lieues de leurs affinités politiques. Mais c’est sans ironie ni dédain, avec la sincère curiosité de sociologues, pour ne pas dire d’anthropologues, qu’ils s’attachent aux pas de leur "personnage", histoire de comprendre la logique son embrigadement, la dialectique du parti qu’il a rejoint et ses aspirations personnelles. Le terme de "personnage", renvoyant ordinairement à un corpus de fiction, n’a ici rien d’usurpé puisque La Cravate

Continuer à lire

"Deux mètres et davantage de liberté" : Réda Seddiki, grand homme

Humour | Voilà un spectacle d’humour atypique que l’on a découvert l’été dernier au Festival d’Avignon, et qui nous a presque reposés. Car ici, pas de vannes débitées à la (...)

Aurélien Martinez | Mardi 11 février 2020

Voilà un spectacle d’humour atypique que l’on a découvert l’été dernier au Festival d’Avignon, et qui nous a presque reposés. Car ici, pas de vannes débitées à la chaîne pour laisser croire au public qu’il en a pour son argent (et lui faire mettre la plus haute note sur les sites de billetterie), mais un amuseur qui prend son temps. Et surtout le temps d’installer son monde. Avec son Deux mètres et davantage de liberté (deux mètres pour sa taille) qu’il tourne depuis trois ans, Réda Seddiki parle ainsi de notre société avec un regard aux entournures poétiques, notamment lorsqu’il évoque l’amour contemporain facilement jetable – « Clemenceau disait : "Le plus beau moment de l'amour, c'est quand on monte l'escalier". Qui a inventé l’ascenseur ? » Un univers défendu avec un sens du jeu presque nonchalant mais paradoxalement solidement maîtrisé qui permet à cet Algérien installé en France (il est venu à la base pour étudier les mathématiques) d’aborder également des thèmes plus politiques (l’immigration, le vivre-ensemble…), là aussi sans chercher l’acidité à tout prix mais simplement en faisant rire avec situati

Continuer à lire

"Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part" : Gavalda remix

ECRANS | De Arnaud Viard (Fr., 1h29) avec Jean-Paul Rouve, Alice Taglioni, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Jean-Pierre, qui s’est jadis rêvé comédien, a depuis rejoint avec succès le négoce des vins. Aîné d’une fratrie comptant Juliette, prof démangée par l’écriture et tout juste enceinte, Mathieu, employé timide, et Margaux, photographe en galère, il traverse une phase difficile… En transposant à l’écran l’ouvrage homonyme d’Anna Gavalda, Arnaud Viard s’est attelé à un double défi. D’abord, d’unifier les nouvelles du recueil en une seule trame narrative sur le modèle de ce qu’avait accompli Robert Altman à partir de Neuf histoires et un poème de Carver pour bâtir son Short Cuts. Ensuite, de prendre le risque de décevoir les millions de lecteurs (voire adulateurs) de l’autrice qui avaient pu se forger du recueil leurs propres images. On ne contestera pas l’option choisie, évitant le morcellement du film à sketches, ni le choix de la distribution (les comédiennes et comédiens sont globalement bien trouvés, en particulier Rouve et Taglioni, quand la douleur les traverse comme un fantôme puis les habite). Mais quelle plaie de devoir, encore et toujours, subir ces destins de familles parisiennes pseudo normales, c’est-à-dire forcémen

Continuer à lire

Rayons de soleil et mise en rayon

ARTS | La galerie Tracanelli surprend en programmant deux artistes pour une exposition commune : Alp Peker et Lavandersteen y sont invités jusqu'au 28 décembre.

Benjamin Bardinet | Mardi 17 décembre 2019

Rayons de soleil et mise en rayon

« Mais qu’est-ce que c’est que cette horreur ! » : c’est texto la réaction de votre serviteur lorsque la galeriste lui a dévoilé (en avant-première) une image du travail de Lavandersteen. En effet, alors que cette galerie, depuis son ouverture récente, avait su séduire le visiteur curieux avec des pratiques certes contemporaines, mais relativement séduisantes (de la peinture figurative et stylisée pour faire simple), elle ouvre ce coup-ci sa porte à des pratiques un poil plus dérangeantes, influencées par le Body Art. Si, chez l’artiste turc Alp Peker, cela donne lieu à des mises en scène chatoyantes à base de tout un tas d’accessoires colorés que la lumière du soleil vient réchauffer de ses rayons, c’est vers un univers plus froid et artificiel que nous embarque Lavandersteen. Par la mise en scène photographique d’un personnage au corps accessoirisé, l’artiste brouille et questionne les notions d’identités – quel est cet être étrange à la bouche en cul de poule que l’on voit entreprendre le stockage de boîte à œufs ? L’univers fictionnel de Lavandersteen se concrétise plus loin par une vitrine qui propose une série de produits dérivés (stickers, badges, affic

Continuer à lire

Slava's Snowshow : une clownerie universelle

Cirque | Le célèbre spectacle russe arrive au Grand Angle de Voiron à partir du 18 décembre. Il s'annonce particulièrement poétique et drôle.

Martin de Kerimel | Mardi 10 décembre 2019

Slava's Snowshow : une clownerie universelle

Chaplin, Fellini ou le mime Marceau l’ont démontré bien avant Joaquin Phoenix : les clowns ont mille visages. Loin de l’image effrayante du Joker, ceux qui vont s’installer au Grand Angle de Voiron dans quelques jours sont russes. Preuve de leur succès, ils tournent depuis un bon quart de siècle et ont visité des dizaines de pays. Comme coincés dans l’une de ces boules à neige que l’on vend aux touristes, ils attirent des foules nombreuses avec leur Slava’s Snowshow. Robert Saralp, l’un d’eux, se présente comme un comédien dramatique et est ravi de faire passer le public par toutes les émotions. Qu’est-ce que les clowns russes ont de spécial ? Faute d’avoir vu le spectacle en entier, le mieux est de lui poser la question. Il hésite un peu. « C’est compliqué. Pour moi, les clowns sont le miroir de la culture, des traditions et des espoirs d’un peuple, mais le rire et les larmes sont universels. Nous avons tourné dans le monde entier. Les gens nous comprennent partout, sans que nous ayons rien changé. » Désormais, Slava Polunin, le créateur du show, a 69 ans. Il vit en France et dit avoir banni le mot travail de son vocabulaire. Son souhait : «

Continuer à lire

"Seules Les Bêtes" : col de la Croix mourant

Cinema | De Dominik Moll (Fr.-All., 1h57) avec Denis Ménochet, Laure Calamy, Valeria Bruni Tedeschi…

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Une petite communauté montagnarde gelée par l’hiver. La disparition d’une femme provoque des réactions contrastées : indifférence du rude Michel, suspicion de son épouse Alice qui pense que son amant, le solitaire Joseph, n’est pas étranger à l’affaire. Elle n’a pas forcément tort… Retour gagnant pour l’efficace Dominik Moll, toujours à l’aise dans les ambiances psychologiquement glaçantes : le polar de Colin Niel semblait écrit pour qu’il s’empare de ses personnages tourmentés, emmitouflés sous plusieurs couches de peaux et de vêtements, et qu’il compose autour de chacun d’entre eux un chapitre (autant dire un fragment) de l’histoire globale, en variant les points de vue. Comme dans Rashōmon de Kurosawa, chaque protagoniste fabrique sa vérité à partir de faits objectifs, de conjectures et de sa propre part de ténèbres. Une situation donnée pour suspecte dans une séquence se révèlera ainsi totalement anodine dans l’autre… mais l’inverse se vérifiera encore plus souvent. Portrait d’une région rurale d’altitude standard (en proie à ses difficultés économiques ordinaires, à la saisonnalité touristique, à

Continuer à lire

"Les Éblouis" : il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir

Cinema | De Sarah Suco (Fr., 1h39) avec Camille Cottin, Jean-Pierre Darroussin, Eric Caravaca…

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Depuis que sa famille a rejoint la communauté chrétienne de Luc-Marie, Camille a vu sa mère sortir de son apathie dépressive. Mais les règles et les rites qui lui sont imposés, ainsi qu’à ses frères, l’étouffent. Camille sent bien l’anormalité de cette aliénation souriante, au nom de la foi… Dans une semaine faste en films d’épouvante, Les Éblouis ne dépare pas. S’inspirant de ses souvenirs personnels, la comédienne Sarah Suco signe un premier long-métrage d’autant plus effrayant qu’il se passe d’effets en décrivant au jour le jour et à travers les yeux d’une adolescente, les conséquences du mécanisme d’embrigadement sectaire. Comment un loup aux allures débonnaires se déguise en berger pour attirer à lui les proies qu’il a flairées fragiles, en l’occurence, la mère de Camille, dépressive et flétrie dans son existence. Et parvient à tout obtenir d’elles grâce à un conditionnement culpabilisateur. Se revendiquant du christianisme et pratiquant une lecture très personnelle des Écritures, la communauté déviante de Luc-Marie est l’un de ces trop nombreux cercles de fêlés prétendant détenir la vérité en droite l

Continuer à lire

"Espèces en voie d'apparition" : Voiron, salon des jeunes artistes

Exposition | Nous sommes allés visiter la biennale organisée par le centre d’art la Théorie des Espaces Courbes. Suivez-nous.

Benjamin Bardinet | Mardi 15 octobre 2019

Avec sa biennale intitulée Espèces en voie d’apparition, le centre d’art la Théorie des Espaces Courbes à Voiron confirme son goût pour un sens certain de la formule. Au programme de cette biennale au nom bien trouvé, une sélection de jeunes artistes (moins de 30 ans) qui donne lieu à un accrochage un peu fourre-tout dans lequel on a dégotté quelques jeunes pousses prometteuses. Baptiste Loprieno réalise du mobilier à partir de bois et de plastiques recyclés : la lampe de chevet présentée est plutôt assez réussie, fonctionnelle et esthétique. Dommage que ce soit son seul projet exposé. Plus loin, les œuvres de Virginie Cavalier concilient avec justesse humour absurde et sensibilité pour la cause animale. On retiendra particulièrement la série intitulée Oiseaux abstraits dans laquelle des plumes de volatiles de toutes sortes servent des compositions sculpturales abstraites à deux doigts d’une possible incarnation animale. Enfin, concluons en beauté avec l

Continuer à lire

"Ceux qui travaillent" : la gueule de l’emploi

ECRANS | De Antoine Russbach (Sui.-Bel, 1h42) avec Olivier Gourmet, Adèle Bochatay, Delphine Bibet…

Vincent Raymond | Mardi 24 septembre 2019

Premier arrivé, dernier parti ; costume cravate, droit comme un i… Frank a tout du cadre modèle dans la société de fret maritime où il a gravi tous les échelons. Mais une décision coupable lui vaut d’être licencié. Lui qui se pensait pour toujours dans le camp des vainqueurs va vaciller… Précipité d’économie, de chronique sociale et d’éthique cristallisé en une fiction tragiquement réelle, ce premier long-métrage aussi cuisant qu’une gifle fait d’un Olivier Gourmet marmoréen (et magistral, comme à l’accoutumée) le bras armé du capitalisme sans état d’âme – pléonasme. Le réalisateur Antoine Russbach ayant de surcroît l’adresse de ne pas tomber dans le piège du manichéisme, le personnage de Frank gagne en épaisseur humaine au fur et à mesure de sa déchéance et de ses rechutes, puisqu’il comprend être aussi la victime du système dont il se croyait seulement bénéficiaire – "profiteur" serait plus exact. On le hait en le plaignant à la fois, en particulier lorsqu’il constate la fragilité de sa "réussite" reposant sur le fait qu’il est un tiroir-caisse pour toute sa famille. Exception faite de sa plus jeune fille, encore épargnée par la fièv

Continuer à lire

La rentrée ciné 2019, au(x) fil(ms) des semaines…

ECRANS | Sortie triomphalement au printemps, "Parasite" de Bong Joon-ho, la Palme d’or du dernier Festival de Cannes, laisse un boulevard aux films de l’automne, qui se bousculent au portillon. À vous de les départager ; ex aequo autorisés.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

La rentrée ciné 2019, au(x) fil(ms) des semaines…

18 septembre Avec Portrait de la jeune fille en feu, Céline Sciamma (Bande de filles, Tomboy, Naissance des pieuvres...) filme, sur fond de dissimulation artistique, le rapprochement intime et intellectuel de deux femmes à l’époque des Lumières. Une œuvre marquée par la présence invisible des hommes, le poids indélébile des amours perdues et le duo Noémie Merlant / Adèle Haenel. Prix du scénario à Cannes. À la même date, venu de Venise et des étoiles, Ad Astra, dans lequel James Gray embarque Brad Pitt pour un voyage galactique – après le Tarantino, Brad place ses billes pour l’Oscar. 25 septembre Dans un futur proche, un petit village aid

Continuer à lire

La Fête du Travailleur alpin : demandez le programme de la 90e édition !

Festival | Rendez-vous du vendredi 28 au dimanche 30 juin au parc de la Poya de Fontaine.

Damien Grimbert | Mardi 18 juin 2019

La Fête du Travailleur alpin : demandez le programme de la 90e édition !

« Je rappe tellement bien qu’on dit que je rappe mal. » Si cette réflexion pourrait en soi s’appliquer à bon nombre de rappeurs, il fallait en revanche toute la science d’écriture de Kery James (photo) pour la formuler de manière aussi condensée et éclatante (sur Le Combat Continue Part 3 en 2008). Il faut dire aussi que l’artiste, qui sortait en novembre dernier son septième album solo J’rap encore, est tout sauf un perdreau de l’année. De ses débuts en 1991 sur le premier album de MC Solaar aux virulentes années du groupe Idéal J aux côtés de DJ Mehdi en passant par le début de sa carrière solo en 2001 (avec le très remarqué Si c’était à refaire), le rappeur du Val-de-Marne affilié au collectif Mafia K’1 Fry a en effet eu tout le temps d’affûter son flow et sa plume. Autant dire que c’est une véritable légende du rap français qui foulera la scène de la Fête du Travailleur alpin samedi 29 juin. Le même soir, on retrouvera également une autre figure de proue du rap engagé en la personne de Médi

Continuer à lire

La Fête du Travailleur alpin : « Célébrer 90 ans d’existence est exceptionnel »

Festival | Faut-il encore présenter la Fête du Travailleur alpin ? Du 28 au 30 juin, cette véritable institution iséroise organisée par des militants communistes célèbrera à Fontaine son 90e anniversaire. Comme à son habitude, cette petite Fête de l’Huma fera la part belle aux concerts (Flavia Coelho, Kery James, Médine…), débats politiques et animations diverses, le tout placé sous le signe de « l’engagement, la solidarité et la fraternité » – tout un programme ! L’occasion aussi de se pencher sur l’histoire et les coulisses du festival avec Simone Torres, sa nouvelle directrice.

Nathalie Gresset | Mardi 18 juin 2019

La Fête du Travailleur alpin : « Célébrer 90 ans d’existence est exceptionnel »

Quelle est l’histoire derrière la Fête du Travailleur alpin ? Simone Torres : L’histoire de la fête est indissociable de celle du journal du même nom. L’événement est né en 1929, soit un an après la création de la revue par Paul Billat, son premier rédacteur en chef, et François Campiglia, secrétaire régional du Parti communiste français (PCF) de l’époque. Avec l’interdiction du PCF pendant la Seconde Guerre mondiale, la fête tout comme le journal ont été suspendus, même si ce dernier continuait de paraître clandestinement. Il faudra attendre 1945 pour la reprise officielle des festivités. La fête a pas mal voyagé dans l’agglo depuis sa création, en s’installant d’abord à Saint-Martin-d’Hères, puis Sassenage, Grenoble, Uriage et aujourd’hui Fontaine. Et le nombre de participants a lui aussi bien évolué : on est passé de 40 personnes lors de la première édition à plus de 5 000 ces dernières années. Célébrer 90 ans d’existence est aujourd’hui quelque chose d’exceptionnel pour une fête associative car entre les coupes budgétaires, le manque de relève et l’instauration de nouvelles normes (comme la sécurité), il est parfois diffi

Continuer à lire

"Silent Scream" : l'Amérique sacrée d'Holy Bones

Concert | Porté par des mélodies habitées et une production somptueuse qui fleure bon l'americana, le trio folk-rock grenoblois Holy Bones mené par François Magnol livre enfin un premier album, "Silent Scream", qui ne devrait pas passer inaperçu. À découvrir sur la scène de la Bobine.

Stéphane Duchêne | Lundi 13 mai 2019

C'est un fait, en dépit des montagnes qui l'entourent, Grenoble n'évoque pas immédiatement les sommets enneigés du Colorado, les reliefs du Montana et du Wyoming ou les Badlands accidentés du Dakota du Sud. Pourtant, la capitale de l'Isère renferme sa part d'americana, fut-elle fantasmée. Sans doute H-Burns est-il le chef de file (si tant est qu'elle existe en tant que telle) d'une école musicale qui abriterait également, chacun dans leur genre, Quintana, Jose & the Wastemen et Picky Banshees. Mais il conviendra d'ajouter un groupe qui, depuis sept ans, fait ses griffes folk-rock, s'affirmant comme l'un des plus solides éléments de cette esthétique qui n'a d'yeux que pour le rêve américain, ses mythes, ses clichés, sa culture. Ce groupe, qui a connu diverses configurations avant de se fixer en trio, c'est Holy Bones

Continuer à lire

"Les Grands squelettes" : vies, modes d’emploi

ECRANS | De Philippe Ramos (Fr, 1h10) avec Melvil Poupaud, Denis Lavant, Anne Azoulay…

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Une heure dans la vie de passants ; une heure parmi leurs pensées, leurs désirs, leurs amours, leurs douleurs... Une heure empruntée à chacune et chacun, figée dans le grand manège de la journée et du monde… Impossible de ne pas penser d’entrée à La Jetée (1962) de Chris Marker, référence obligée lorsqu’un cinéaste s’aventure dans un film à narration photographique. Au-delà de la performance ou du gadget, la forme doit servir le fond et c’est bien entendu le cas ici – au reste, Philippe Ramos avait déjà montré son appétence pour les tableaux fixes dans l’excellent Fou d’amour (2015). En saisissant au vol des individus lambda, en s’immisçant dans leur course ordinaire, il réalise des instantanés de leur vie, au plus intime de leur psyché et de leur affect. L’interruption de leurs mouvements rend leur voix plus audible et l’oreille plus captive aux inflexions ténues de leurs confessions : ce qu’ils se disent à part soi, ils ne le confieraient sans doute pas à des tiers. Tout juste long-métrage, Les Grands squelettes va à l’os de ses personnages dont il établit une sorte de "livre des heures". Méditation métaphysique c

Continuer à lire

Les Détours de Babel 2019 en 14 concerts

Festival | C’est parti pour la neuvième édition des Détours de Babel, festival estampillé « musiques du monde, jazz, musiques nouvelles ». Soit l’occasion, pendant plus de trois semaines (du 15 mars au 7 avril), de découvrir des artistes de tous horizons et des musiques non formatées. Histoire de se repérer dans le vaste et passionnant programme, on vous livre une sélection de nos attentes à écouter à Grenoble, dans l'agglo et même, parfois, au-delà.

La rédaction | Mardi 12 mars 2019

Les Détours de Babel 2019 en 14 concerts

Traversées – Constantinople et Ablaye Cissoko Il y aura une belle teinte mandingue cette année aux Détours de Babel, pas mal de kora, et quelques Cissoko. À commencer, par ordre chronologique, par Ablaye, qui vient ici flirter avec la musique des cours persanes aux côtés notamment de Kiya Tabassian, chantre irano-canadien de la musique traditionnelle et savante venue de Perse, et grand spécialiste du sétâr, lointain cousin persan de la kora. Ablaye se produira également en solo vendredi 15 mars aux Salons de musique de la Maison de l’international. Samedi 16 mars à 19h à la salle des fêtes de Commelle et dimanche 17 mars dans le cadre du Brunch #1 du quartier Très-Cloîtres Trois lettres de Sarajevo – Goran Bregović Dans ce Sarajevo d'avant la guerre où a grandi Goran Bregović, les cultures et les religions cohabitaient avec bonheur. C'est cette Jérusalem des Balkans, ce paradis perdu du vivre-ensemble que les national

Continuer à lire

Mystère et bricolage avec Jean-Louis Bernard

Exposition | Les drôles de sculptures-assemblage de l'artiste isérois sont exposées à la librairie Arthaud jusqu'au 23 février.

Benjamin Bardinet | Mardi 5 février 2019

Mystère et bricolage avec Jean-Louis Bernard

Assiettes ébréchées, bidons d’huile rouillés, verres brisés, plaques de cuivre… Jean-Louis Bernard fait feu de tout bois pour réaliser, depuis une bonne quarantaine d’années, des sculptures-assemblages rustiques qui témoignent autant de son plaisir à jouer avec les matériaux que d’une certaine douce folie surréaliste. Présentée à la librairie Arthaud, l'exposition Ne pas ouvrir avant l’arrêt du train revient sur plusieurs séries d’œuvres dont ses Portraits de famille, personnages auxquels il associe des anecdotes farfelues. Ainsi, la légende « Il était fier de ses nouvelles prothèses et de déclencher les détecteurs de métaux dans les aéroports » accompagne une figurine dont le torse est traversé de clous rappelant certains fétiches d’Afrique centrale. Pas étonnant, l'Isérois est amateur d’art traditionnel africain et a d’ailleurs imaginé une série de Fétiches aux pouvoirs magiques saugrenus comme, par exemple, celui de rassurer les septuagénaires sur leur longévité. À leurs côtés, accrochées au mur, plusieurs œuvres plus abstraites renvoient à

Continuer à lire

"Diamantino" : comme un air de Cristiano Ronaldo

ECRANS | de Gabriel Abrantes & Daniel Schmidt (Por-Fr-Bré, 1h32) avec Carloto Cotta, Cleo Tavares, Anabela Moreira…

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Star de l’équipe portugaise de football, Diamantino manque sa finale de la Coupe du monde. Désespéré, désorienté, cet esprit simple instrumentalisé par les siens craint d’avoir perdu sa vista. Un parti souverainiste europhobe essaie alors de le cloner mais, ouf, les services secrets veillent… Inutile d’être spécialiste du ballon rond pour deviner à travers le personnage de Diamantino, surdoué se transcendant sur le gazon, incapable de la moindre réflexion construite à l’extérieur du stade, un "hommage" à Cristiano Ronaldo. Postulant que son héros doit son talent (génie ?) à des visions psychédéliques d’espèces de bichons bondissant dans des vapeurs roses, ce film s’inscrit clairement dans un registre décalé ; une sorte de conte bizarroïde où la princesse aurait des crampons, le prince serait un faux-migrant travesti (mais vrai membre des services secrets) et la marâtre deux sœurs jumelles obsédées par la fortune du frangin débile, prêtes à le vendre à la découpe. Émaillé de flashes proto-organico-fantastiques à la

Continuer à lire

Retour vers le futur avec Avalon Emerson

Soirée | Un peu moins d’un an après avoir signé un DJ-set irréprochable en première partie de Modeselektor, l’Américaine sera de retour à la Belle électrique ce samedi 17 novembre.

Damien Grimbert | Mardi 13 novembre 2018

Retour vers le futur avec Avalon Emerson

Pour la deuxième édition de ses soirées Now Future dédiées au versant le plus avant-gardiste des musiques électroniques actuelles, la Belle électrique a eu la très bonne idée de réinviter l’Américaine Avalon Emerson à qui l'on devait un set rafraîchissant au possible lors de son précédent passage en première partie de Modeselektor. Butinant à loisir entre new wave, techno, acid, breakbeat, house et rave music, morceaux vocaux et instrumentaux, perles oubliées des années 1980 et 1990 et inédits encore non commercialisés, ses Dj-sets défricheurs s’attachent ainsi bien plus à créer un univers novateur en confrontant diverses influences de manière inédite qu’à simplement enchaîner les "tracks" au kilomètre sans jamais changer de tempo. Une "philosophie" du mix à laquelle on ne peut évidemment que souscrire, tant le résultat, dansant, euphorisant et toujours surprenant, s’avère largement au-delà du tout-venant techno auquel on est malheureusement trop habitués. Enfin, histoire d’en rajouter

Continuer à lire

"La Rose et la hache" : soudain, Ariel Garcia-Valdès

Théâtre | Le metteur en scène Georges Lavaudant reprend son spectacle culte créé à Grenoble en 1979. Avec toujours le fascinant Ariel Garcia-Valdès dans le rôle-titre de Richard III. À (re)découvrir à la MC2 jusqu'au samedi 17 novembre.

Aurélien Martinez | Lundi 12 novembre 2018

Un acteur à la puissance magnétique : voilà comment l’on pourrait qualifier Ariel Garcia-Valdès en sortant de l’heure passée en sa compagnie grâce à La Rose et la hache. Un spectacle mythique qui a vu le jour en 1979 et que le metteur en scène et ancien directeur de la MC2 (du temps où elle s’appelait Maison de la culture) Georges Lavaudant a décidé de reprendre pour les 50 ans de cette même MC2. Ou comment le monstre shakespearien qu’est Richard III, revu ici par le dramaturge italien Carmelo Bene, accéda au pouvoir en tuant tous ceux qui lui barraient le chemin, et en premier lieu les membres de sa famille. Richard III, sur scène, c’est donc Ariel Garcia-Valdès, qui ne fait qu’un avec le personnage monstrueux tant physiquement que moralement. À ses côtés, quatre comédiens (dont Lavaudant lui-même) se répartissent les autres rôles de cette tragédie de poche donnée dans une scénographie glaçante – une table couverte de verres de vin (ou plutôt de sang). On comprend alors po

Continuer à lire

"Le Jeu" : toute vérité n'est pas bonne à lire

ECRANS | de Fred Cavayé (Fr, 1h30) avec Bérénice Bejo, Suzanne Clément, Stéphane De Groodt…

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

Une soirée comme Vincent (Stéphane De Groodt) et Marie (Bérénice Bejo) en organisent souvent : autour d’un bon repas entre amis. Sauf que cette fois-ci, l’idée émerge que tous les messages parvenant sur les smartphones durant le dîner soient partagés à haute et intelligible voix. Un jeu bien anodin aux effets dévastateurs… Connu du grand public grâce à des polars interchangeables car redondants, Fred Cavayé s’était récemment aventuré dans la comédie (Radin) ; on n’imaginait pas que tout cela le préparait à signer son meilleur thriller. Mais voici Le Jeu, étude de mœurs aussi acide que rythmée dissimulée sous des oripeaux d’un vaudeville à la Bruel et Danièle Thompson. Remake d’un film italien à succès (Perfetti sconosciuti, jusqu’à présent inédit dans nos salles, également adapté par Alex de la Iglesia), cette fausse comédie chorale bifurque rapidement sur une voie dramatique perturbante, révélant, comme dans le Carnage de Polanski, les visages de chacune et chacun lorsque se fissurent les masques des convenances sociales. Se dotant d’une distribution judic

Continuer à lire

"Nos batailles" : soudain, Romain Duris

ECRANS | de Guillaume Senez (Fr-Bel, 1h38) avec Romain Duris, Laetitia Dosch, Laure Calamy…

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

Chef d’équipe dans un entrepôt 2.0, Olivier affronte chaque jour une direction tyrannique, avant de retrouver la paix des siens. Un jour, sa femme le quitte sans prévenir, le laissant seul avec ses deux enfants. C’est un autre combat qui s’engage alors : faire sans, avec l’angoisse en plus… Enfin un rôle consistant pour Romain Duris, ce qui nous rappelle que, s’il dilapide parfois ses qualités à la demande de certains cinéastes le poussant à cabotiner, le comédien sait aussi mettre son naturel et sa sauvagerie au service d’emplois du quotidien dans des films à fleur d’âme tels que Nos batailles. Tout est, ici, d’une justesse infinie, sans la moindre fausse note : l’injustice qui sourd, la descriptions du "lean management" cynique dans sa désincarnation ultime, le dialogue et les situations, jusqu’au sourire mouillé de sanglots d’une femme cherchant à ne pas perdre la face après une réplique maladroite de l’homme dont elle s’est éprise – Laure Calamy, parfaite dans la réserve, comme tous les personnages secondaires. Par son dédain du pathos et son sens aigu du détail signifiant, le réalisateur

Continuer à lire

Électro, techno, funk... : les 10 soirées de l'automne

Panorama de rentrée culturelle 2018/2019 | De quoi nous emmener énergiquement vers la fin d'année avec une flopée de DJs et de musiciens que l'on croisera tard le soir à la Belle électrique, au Black Lilith, à l'Ampérage ou encore à la Bobine.

La rédaction | Jeudi 20 septembre 2018

Électro, techno, funk... : les 10 soirées de l'automne

Cut Killer DJ emblématique de la scène hip-hop française s’il en est, Cut Killer a marqué d’un sceau indélébile les années 1990 par le biais d’innombrables mixtapes, émissions de radio et collaborations en tout genre. Fin connaisseur des grands classiques old-school, mais toujours un œil posé sur les dernières nouveautés fraîchement sorties, il viendra dévoiler sa science du mix le temps d’une soirée qui risque bien de faire salle comble. Au Black Lilith jeudi 27 septembre Subversion #1 Nouveau rendez-vous nocturne initié par l’équipe de The Dare Night, les soirées Subversion entendent mettre à l’honneur les sonorités techno, rave, indus et EBM. Au programme de cette première édition, trois live-acts qui s’annoncent prometteurs avec le trio lyonnais J-Zbel, électron libre du label défricheur Brothers From Different Mothers ; Codex Empire, projet techno indus du vétéran anglais basé à Vienne Mahk Rumbae ; et enfin Illnurse, membre fondateur du collectif noisy techno parisien Container. Les DJ-set

Continuer à lire

Éric Judor : « Aborder ce métier était jusqu’à présent toujours une joie ; là, j’étais le Schtroumpf triste »

ECRANS | Pour son premier long métrage "Roulez jeunesse" (en salle le mercredi 25 juillet), Julien Guetta a osé demandé à Éric Judor de changer de registre. Cela tombe bien : celui-ci voulait glisser vers un format plus dramatique. Rencontre en deux temps et à deux voix.

Vincent Raymond | Lundi 16 juillet 2018

Éric Judor : « Aborder ce métier était jusqu’à présent toujours une joie ; là, j’étais le Schtroumpf triste »

Julien, votre film Roulez jeunesse​ flirte avec la comédie italienne et la comédie à l’anglaise… Julien Guetta : C’était une des ambitions, clairement. Comme de choisir Éric, qui fait beaucoup de comédies, pour l’emmener vers quelque chose d’autre, dans quelque chose de plus singulier qu’on n’a pas forcément l’habitude de voir en France. J’ai une très grande admiration pour Éric. C’est un acteur très technique, quelqu’un de très professionnel qui gère la comédie – c’est hyper agréable quand on est réalisateur – et même le drame. Et il est aussi réalisateur… D’où vient ce personnage d’Alex, l’adulte un peu enfant qu’il interprète ? JG : Je pense que j’étais comme ça quand j’ai commencé à écrire. Et que je n’aimais pas trop cette figure – c’est pour ça que je ne trouve pas le personnage complètement irresponsable non plus. C’est un bon gars maladroit, un mec trop gentil, qui sait quand même se démerder avec l

Continuer à lire

"Roulez jeunesse" : (bon) père de dépannage

ECRANS | de Julien Guetta (Fr, 1h24) avec Éric Judor, Laure Calamy, Brigitte Roüan…

Vincent Raymond | Lundi 16 juillet 2018

Peu rongé par l’ambition, Alex s’épanouit au volant de la dépanneuse du garage administré par sa mère. Son bon cœur le conduit un soir à aider une jeune femme déboussolée, qui l’entraîne chez elle et le plaque le lendemain en lui laissant ses trois enfants en cadeau… Comment grandir quand on n’en éprouve pas le besoin impérieux ; comment accepter de couper le cordon quand on a toujours surprotégé son fils ; comment admettre que l’on a encore besoin de référents adultes lorsque l’on est adolescent ; est-il normal de ne pas éprouver d’instinct maternel ? Roulez jeunesse mesure chaque terme du syntagme "comédie familiale" en explorant avec finesse le lien et l’attachement sous toutes ses formes – voilà pour les lecteurs·trices de Françoise Dolto. Pour son premier long en tant que réalisateur, Julien Guetta approfondit donc des questionnements entamés dans ses courts-métrages Les Ventres vides et, surtout, Lana del Roy, où la famille en crise constituait à la fois le périmètre et la raison d’être du récit. Juste avant Roulez jeunesse, sa participation à l’écriture du

Continuer à lire

"Sauvage" : vous avez dit sauvage ?

ECRANS | de Camille Vidal-Naquet (Fr, 1h39) avec Félix Maritaud, Éric Bernard, Philippe Ohrel…

Vincent Raymond | Lundi 27 août 2018

Pour se fournir sa came quotidienne, Léo se vend ici ou là à des hommes, traînant son corps délabré de SDF sur les pavés parisiens. Des occasions de s’en sortir se présentent à lui parfois, mais il préfère vivre dans l’instant présent, l’adrénaline du fix et la sueur des corps incertains… Venir après Van Sant, après Téchiné, après Chéreau, après Genet, enfin après tout le monde en somme, dans la contre-allée de la représentation des éphèbes clochardisés vendant leur corps contre au mieux une bouffée de drogue, c’est déjà risqué. Mais ensuite tomber dans le maniérisme esthétique du pseudo pris sur le vif (avec coups de zooms en veux-tu, en voilà, rattrapage de point), dérouler les clichés comme on enfile des perles (boîtes gays nids à vieux fortunés, musicien vicieux rôdant tel le vautour…) pour nous conduire à cette fin prévisible comme si elle avait été claironnée… Était-ce bien nécessaire ? L’ultime plan, en tant qu’évocation indirecte de Verlaine, a plus d’intérêt, de force et de sens que bien des simagrées précédentes. On peut également sauver une ou deux répliques, assez bien troussées – elles.

Continuer à lire

"Come as you are" : la mauvaise éducation

ECRANS | de Desiree Akhavan (ÉU, 1h31) avec Chloë Grace Moretz, Sasha Lane, John Gallagher Jr.…

Vincent Raymond | Mercredi 4 juillet 2018

1993. Surprise en plein ébat avec une camarade, la jeune Cameron est envoyée par sa tante dans un camp religieux de "réhabilitation" pour les adolescents "déviants" placé sous la férule des frère-sœur Marsh. Au sein du groupe, Cameron tente de préserver son intime personnalité… Ah, cette vieille obsession puritano-normative de guérir l’homosexualité par la réclusion et la prière... Dans l’idée (et l’efficacité), cela rejoint l’antique sacrifice des vierges pour s’assurer de bonnes récoltes ; le fait de croire que l’on peut infléchir des événements sur lesquels l’on n’a aucune prise en sadisant ses semblables au nom de l’intérêt général. La prétendue maison de rééducation religieuse des Marsh est à la fois un lieu de retrait du monde pour des familles honteuses de l’orientation de leur enfant ("cachons ce gay que nous ne saurions voir") et un centre de torture psychologique. Paradoxalement, le confinement des ados et les chambrées non mixtes tendent à annuler le lavage de cerveau hétéro opéré pendant la journée. La réalisatrice irano-américaine Desiree Akhavan épouse avec beaucoup de justesse et de sensibilité ce sujet. Elle montre comment Cam

Continuer à lire

La Fête du Travailleur alpin : politiquement vôtre

Festival | Du vendredi 29 juin au dimanche 1er juillet, les militants communistes organisent leur traditionnelle Fête du Travailleur alpin à Fontaine. Une effervescence politique et musicale qui réunit depuis 89 ans débats, animations et, surtout, concerts. Ouverte à tous, toutes étiquettes politiques confondues (ou presque).

Adeline Gailly | Mardi 19 juin 2018

La Fête du Travailleur alpin : politiquement vôtre

« Le mélange entre une partie festive et une partie politique » : voilà toute l'originalité de la Fête du Travailleur alpin explique Michel Pernet, responsable communication de l'événement né en 1929 de « l'envie des militants de se retrouver pour passer du temps ensemble ». Si l'intention reste la même aujourd'hui, la manifestation a évolué pour devenir un vaste festival ouvert à tous. Vraiment à tous ? Et si des personnes de droite voire d'extrême droite veulent participer ? « Il ne faut pas que ça se voie sur leur tête ! » Même son de cloche concernant les artistes accueillis : « Ils ne sont pas tous de gauche mais ils partagent les mêmes valeurs que nous. » Le parc de la Poya recevra ainsi, entre autres, les sonorités reggae de Massilia Sound System et la philosophie du vivre ensemble des Hurlements d'Léo (qui fêtent leurs 20 ans de carrière) le vendredi soir. Samedi, place au groupe de musique sénégalais Touré Kunda, à Marcus Gad & Tribe et à de nombreux artistes locaux.

Continuer à lire

"Une femme heureuse" : chaînes conjugales

ECRANS | de Dominic Savage (GB, 1h45) avec Gemma Arterton, Dominic Cooper, Frances Barber…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Vu de l’extérieur, Tara semble mener la vie d’épouse et mère anglaise comblée. En y regardant de plus près, son Mark n’est pas si attentionné : il lui impose sa routine sexuelle et domestique, bride ses aspirations artistiques. Un jour de trop plein, Tara craque et fait son bagage. Direction Paris. Que l’on aurait aimé aimer ce film écrit, produit et interprété par Gemma Arterton ! La rousse comédienne aux choix éclectiques s’avère à elle seule une raison d’attachement inconditionnel, surtout si elle porte un projet sur l’insidieuse question de l’asservissement conjugal. Las... Car ce qui aurait pu être le portrait à la Sautet d’une femme conquérant sa liberté s’abîme dans une insistante (et redondante) contemplation de ses désarrois quotidiens. Plombée par une musique affligeante, la première partie insiste au-delà du raisonnable sur la cruauté de Mark et l’état de sujétion de Tara, en esthétisant un peu volontiers le beau visage triste de la comédienne. Quand vient (enfin) le temps de la rupture et de l’affranchissement, l’espoir est de bref durée : la second partie parisienne va en effet tenir de la caricature, avec une interminable déambu

Continuer à lire

"Un raccourci dans le temps" : Einstein à la moulinette

ECRANS | de Ava DuVernay (E.-U., 1h50) avec Storm Reid, Reese Witherspoon, Oprah Winfrey…

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Quatre ans après la subite disparition d’un physicien ayant clamé pouvoir voyager dans l’univers par la force de la pensée, Meg, une fillette, et son petit frère génial partent à sa recherche avec l’aide bienveillante de trois entités féériques. Il leur faudra combatte une force maléfique, le Ça… Tiré d’un roman prétendument culte pour la jeunesse anglo-saxonne, cette adaptation ressemble surtout à un pot-pourri visuel de séquences ayant fait florès ailleurs : Avatar (le survol inutile d’une planète végétale sur le dos de Reese Witherspoon transformée en feuille d’épinard planante), Jurassic Park (les n’enfants courant dans le chaos), Harry Potter (l’ambiance forêt gothique, les objets magiques), Ça (le vilain hypnotiseur de p’tit frère aux yeux rouges) et même Le Cinquième Élément (l’amour ou la lumière pour terrasser les ténèbres), c’est dire ! Dans ce fourre-tout intégral, où Oprah Winfrey enchaîne étrangement les cosplays de RuPaul, les protagonistes entrent ou sortent comme dans un vaudeville, et l’on saute sans prévenir d’une quête vaguement individuelle à une mission universelle. Il

Continuer à lire

"La Nuit a dévoré le monde" : Paris, je te zombifie

ECRANS | Jeu d'évasion dans les conditions d’un réel apocalyptique, ce premier long-métrage aussi sobre que maîtrisé réunit un trio brillant autour d’un scénario rigoureux. En peuplant la capitale de zombies désarticulés, Dominique Rocher gagne haut le moignon son Paris.

Vincent Raymond | Lundi 5 mars 2018

Au lendemain d’une nuit agitée, dans un recoin de l’appartement de son ex (où il était venu chercher ses affaires en pleine soirée festive), Sam découvre que le monde est désormais peuplé de zombies. Se pourrait-il qu’il soit l’ultime homme sur Terre ? À lui d’organiser sa survie… De son titre poétique à sa réalisation d’une efficacité à faire pâlir George A. Romero, La Nuit a dévoré le monde s’impose par sa singularité dans un paysage contemporain montrant une insatiable appétence pour le cinéma de genre, et tout particulièrement horrifique. Les séries à succès telles que The Walking Dead ou Les Disparus n’y sont sans doute pas étrangères, elles qui ont également contribué au décloisonnement des univers et prouvé aux derniers rétifs que Cronenberg ou Carpenter sont davantage que des seigneurs (saigneurs ?) dans leur partie gore. Naufrage, ô désespoir Maîtrisant la grammaire du film de zombies, le réalisateur Dominique Rocher installe un climat parfaitement anxiogène de bout en bout : il évite tout temps mort – si l’on ose – en dosant les surgissements de figures terrifiantes et disti

Continuer à lire

"Jusqu’à la garde" : entre la mère et le pire de famille

ECRANS | Drame familial anxiogène au réalisme brut et à l’interprétation terrifiante de vérisme, le premier long-métrage de Xavier Legrand offre à Denis Ménochet un rôle de monstre ordinaire le faisant voisiner avec le Jack Nicholson de "Shining" au rayon des pères perturbés.

Vincent Raymond | Lundi 5 février 2018

L’an dernier, il fallait en remontrer au jury de la Mostra de Venise pour se distinguer : la sélection était en effet aussi éclectique qu’éclatante, comptant notamment Three Billboards…, Mother!, The Shape of Water, Downsizing et L’Insulte. Face à une telle concurrence, qui aurait misé sur le premier long-métrage de Xavier Legrand ? Qui aurait imaginé qu’il figurerait doublement au palmarès, meilleur réalisateur et meilleur premier film ? Au moins le public de son court-métrage Avant que de tout perdre, prologue de ce film raisonnant aussi fort qu’un uppercut. Jusqu’à la garde s’ouvre dans l’intranquillité d’une audience de séparation entre les époux Besson. Elle, frêle, craintive mais décidée de s’éloigner de lui, massif, menaçant au regard lourd. Entre eux, la garde de leurs enfants. Une fille bientôt majeure et un fils, revendiqué par chacun… Legrand, comme son nom l’indique Xavier Legrand réussit à prolonger (et non adapter) l’argument d’un court-métrage qui tenait autant par l'intensité de la situation que par l’unité de temps (on y voyait une femme et ses

Continuer à lire

Incandescence graphique avec Une belle saloperie

Événement | Du jeudi 18 au dimanche 28 janvier est organisé à Grenoble un curieux événement pour adulte fait d'expositions, rencontres, cinéma « et autres trucs plutôt corporels et tendancieux ».

Damien Grimbert | Lundi 15 janvier 2018

Incandescence graphique avec Une belle saloperie

Nouvelle manifestation initiée par les organisateurs du salon de la microédition de Grenoble (le bien nommé Microsaloon, dont la quatrième édition se déroulera le 26 mai), Une belle saloperie rassemble, à travers quatre rendez-vous répartis sur dix jours, toute une gamme d’alléchantes propositions artistiques et éditoriales "pour adultes" autour du thème de l’érotisme. L’occasion de rencontrer les fondateurs d’Aventures, nouveau magazine regroupant photographies, illustrations, bandes dessinées et nouvelles érotiques rétro et actuelles, ou encore le créateur des confidentielles mais ô combien stimulantes éditions Bettie, qui mettent en correspondance dans un fascinant fourre-tout graphique diverses images et photographies récoltées sur le web. Également au programme, une prometteuse exposition collective où se croiseront les classieux collages contemporains de Bill Noir, les invraisemblablement trash dessins « pornapocalyptiques » de Mavado-Charon, une fresque grand format de Matthieu Chiara et une collaboration sonore entre les éditions Douteuses et le collectif Super Sexouïe. Et enfin, histoire de clôturer en beauté la mani

Continuer à lire

"In the Fade" : Diane Kruger, tout simplement

ECRANS | de Fatih Akın (All.-Fr., 1h46) avec Diane Kruger, Denis Moschitto, Numan Acar…

Vincent Raymond | Lundi 15 janvier 2018

Allemagne, de nos jours. Katja a épousé Nuri, un commerçant d’origine turque, jadis petit délinquant mais rangé des voitures depuis qu’ils ont eu leur fils Rocco. Leur bonheur familial est brusquement réduit à néant quand un attentat perpétré par des nazis tue Nuri et Rocco… Depuis Head On (2004), on sait qu’il faut compter avec Fatih Akin, sur les épaules de qui pèsent la plupart des espoirs placés dans le renouveau du cinéma allemand, après le malheureux feu paille Florian Henckel von Donnersmarck (réalisateur du fameux La Vie des autres). Avec ce film complexe à l’indiscutable maîtrise (successivement une tragédie, un film de procès et un "revenge movie"), Akin embrasse sans barguigner la somme des réalités contemporaines d’outre-Rhin – notamment la résurgence d’activistes nazis décomplexés. Il signe en sus un bouleversant portrait de femme dans toutes les acceptions organiques du terme, offrant à Diane Kruger son premier réel grand rôle dans sa langue maternelle. Le fort signifiant politique de ce retour aux sources artistique – dûment distingué à Cannes par un Prix d'interprétation féminine – l

Continuer à lire

"Transit Havana" : corps de rêve

ECRANS | Vues d'en face, le festival du film gay et lesbien de Grenoble, propose mardi 19 décembre, dans le cadre de ses séances mensuelles au Club, l'avant-première d'un documentaire sur la communauté transexuelle cubaine.

Aurélien Martinez | Mardi 12 décembre 2017

C’est l’histoire d’Odette, Juani ou encore Malú. Des transexuel.le.s qui, à Cuba, attendent de vivre (et surtout s’épanouir) dans le corps qui leur correspond. Sauf que, pour utiliser des termes bassement matériels, la demande est plus importante que l’offre : chaque année, des chirurgiens européens débarquent sur l’île pour mener seulement cinq opérations. Celles et ceux qui n’ont pas été retenus n’auront qu’à patienter douze mois de plus… Dans Transit Havana, le documentariste néerlandais Daniel Abma suit ces protagonistes touchants dans leur combat parfois titanesque contre l’administration mais aussi contre leur entourage et contre une partie de la société. Il les filme avec retenue (même s’il les questionne parfois frontalement) et arrive du coup à capter quelques moments de vérité forts. Un film au plus près de ces hommes et ces femmes, mais également au plus près d’une société cubaine en plein changement depuis la fin de l'embargo américain… Inédit en France, ce documentaire sera présenté en séance unique au Club grâce à Vues d'en face, le festival du film gay et lesbien de Grenoble qui a lieu

Continuer à lire

"Zigzag musical, de New Orleans à Chicago" : les carnets de musique d’Éléonore Havas et Baptiste Michel

Exposition | C’est le long du Mississippi, en partant du sud vers le nord, qu’Éléonore Havas et Baptiste Michel ont récolté les traces d’une musique afro-américaine dont la richesse créative va du jazz au blues en passant par le gospel. Illustrations, photographies et bandes sonores font de ce "Zigzag musical" un voyage séduisant, et profondément humain.

Charline Corubolo | Mardi 5 décembre 2017

Des modestes envies émergent souvent les propositions les plus intéressantes. Zigzag musical, de New Orleans à Chicago s’arpente ainsi tel un carnet de voyage sur des notes de jazz et de blues. Agrémentée de sons et d’illustrations réalisés par Éléonore Havas et Baptiste Michel lors d’un voyage d’étude en 2015, l’exposition retrace le chemin des deux compères le long du Mississippi, « au risque de s’y perdre, car ces régions ont vu éclore autant de blues et de raps que de fleurs de coton », les sonorités afro-américaines étant intrinsèquement liées à l’histoire de son peuple. Ainsi, en découvrant les portraits crayonnés, les photographies en noir et blanc et les animations sonores, on plonge en pleine naissance d’une musique aux genres variés mais aussi dans un contexte socio-historique particulier. Sur les notes de "bounce music" et de gospel se diffusent en filigrane des messages politiques. Des morceaux de vie glanés du sud au nord se dévoilent dans une installation interactive, pour une réflexion sur la musique et la culture de ce monde où la communion et le mélange priment sur toute autre chose. Un zigzag sensoriel qui révèle la beauté et la créa

Continuer à lire

La techno autrement avec Modeselektor et Avalon Emerson

Soirée | S’ils officient chacun dans des registres distincts, le duo de vétérans berlinois Modeselektor et la jeune artiste américaine Avalon Emerson n’en partagent pas moins une volonté commune de sortir la techno et la house des ornières dans lesquelles elles semblent trop souvent embourbées. On en aura la confirmation samedi soir sur la scène de la Belle électrique.

Damien Grimbert | Mardi 21 novembre 2017

La techno autrement avec Modeselektor et Avalon Emerson

Il en va des musiques électroniques comme de tout autre champ artistique : une fois passées les premières années d’existence, on a vite tendance à sombrer dans la routine, le confort et la répétition. Et cela, l’iconoclaste duo Modeselektor l’a compris mieux que quiconque : de leurs premiers EPs remarqués pour le label BPitch Control au début des années 2000 à leur acclamée trilogie d’albums de 2005, 2007 et 2011 en passant par les sorties de leur label Monkeytown, Gernot Bronsert et Sebastian Szary n’ont eu de cesse d’introduire de nouvelles influences dans la techno pour mieux en ressusciter sa puissance d’évocation initiale. L’œuvre de Modeselektor est ainsi définie en bonne partie par son caractère collaboratif : rappeurs avant-gardistes (TTC, Busdriver, Antipop Consortium), rockers alternatifs (Thom Yorke, PVT), sans oublier bien sûr leur side-project au long cours Moderat aux côtés d’Apparat. Pour autant, la véritable force du duo réside avant tout dans sa capacité à conserver une cohérence parfaite au sein de projets qui, entre des mains moins habiles, auraient vite pu virer au fourre-tout indigeste. Cohérence

Continuer à lire

"La Lune de Jupiter" : on lévite ou on l’évite

ECRANS | de Kornél Mundruczó (Hon.-All., 2h03) avec Merab Ninidze, Zsombor Jéger, György Cserhalmi…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

La Hongrie, aux portes de l’Europe. Un migrant abattu alors qu’il franchissait la frontière développe un étrange pouvoir de lévitation qu’un médecin véreux et au bout du rouleau va tenter d’exploiter à son profit. Seulement, le "miraculé" suscite d’autres appétits… Comme Yórgos Lánthimos (Mise à mort du cerf sacré), Kornél Mundruczó se veut moraliste ou prophète 2.0 : il malaxe de vieilles lunes, les amalgame à de l’actualité sensible sérieuse et les nappe de fantastique pour leur donner une aura métaphorique (et capter les amateurs de genre). Sauf que ça sonne creux. On sent le réalisateur bien fier de son effet ascensionnel/sensationnel – un "quickening" (une puissante énergie libérée par un immortel lorsqu'il est décapité, comme dans les films Highlander) façon transe lente, plutôt réussi la première fois ! L’ennui est qu’il ne manque pas une occasion de le resservir, chaque occurrence le vidant davantage de son caractère exceptionnel. Le soin minutieux apporté à cet effet, à une course-poursuite en voiture ou à tout ce qui a trait à la question technique, tranche violemment avec son apparent désinvestissement pour ce qui concerne

Continuer à lire

"Un travail comme un autre" : un premier roman à contre-courant signé Virginia Reeves

Littérature / rencontre | La romancière américaine sera à Grenoble lundi 20 novembre. On a lu son roman en amont : une véritable réussite.

Aurélien Martinez | Mardi 14 novembre 2017

Les années 1920, en Alabama, sud des États-Unis. Une couple dans une exploitation agricole que la femme a héritée de son père. L’homme l’a suivie ici bon gré mal gré, mais ses rêves sont ailleurs, du côté de l’électricité qui commence à se démocratiser. Alors comme il en connaît un rayon sur la question, il décide d’accélérer l’histoire et de faire venir illégalement la fée électricité à la ferme, pour notamment faciliter la vie de sa famille. Et ainsi espérer sauver son couple qui bat de l’aile. Mais c’est tout autre chose qui adviendra, de beaucoup plus grave : un mort (un agent de la compagnie électrique). L’homme finira donc en prison, loin de sa femme et de son fils… Un travail comme un autre (2016), c’est un premier roman ample, riche et captivant écrit par l’Américaine Virginia Reeves, que l’Université Inter-âge du Dauphiné est arrivée à ramener jusqu’à Grenoble pour deux rencontres. On leur en sait gré, au vu de la richesse du récit de l’autrice, qui ne se contente pas de simplement raconter une histoire (la vie en prison de l’homme et, en miroir, celle de la femme restée à ferme), mais aussi de questionner l’Histoire avec un grand H,

Continuer à lire

Éric Caravaca : « Pour être un bon réalisateur il faut être un peu pervers ; je ne le suis pas totalement »

ECRANS | Le comédien et réalisateur Éric Caravaca a entrepris un parcours solitaire pour apaiser une douleur muette qui minait sa famille depuis un demi-siècle. Son documentaire "Carré 35" raconte cette démarche ; et lui nous raconte son cheminement.

Vincent Raymond | Lundi 30 octobre 2017

Éric Caravaca : « Pour être un bon réalisateur il faut être un peu pervers ; je ne le suis pas totalement »

Qu’est-ce qui vous a convaincu de démonter "la vérité" (la mort de votre soeur aînée à l'âge de 3 ans, dont on ne vous a presque rien dit) racontée par vos parents ? Éric Caravaca : C’est quelque chose qui s’imposait. Au départ, j’avais envie de redonner une existence à une enfant qui, au fond, était presque morte deux fois. Comment la réhabiliter ? Quand j’essayais d’en parler, je sentais que les choses et la parole se fermaient ; je sentais quelque chose de honteux. C’était un peu obsessionnel : quand on cache quelque chose à un enfant, même à un grand enfant, il a l’instinct de chercher. J’avais cette envie d’éclaircir, de déshumilier une mémoire, de réhabiliter une enfant. Et puis, surtout, j’ai commencé à questionner des gens parce qu’une tante – la sœur aînée de ma mère – est morte. Puis son mari, ensuite une autre demie-sœur de ma mère qui avait fait un AVC et avait perdu la parole. Quand j’ai vu que mon père allait lui aussi y passer, j’y suis allé en me disant si je ne le faisais pas maintenant, je ne le ferai jamais. Comment expliquez-vous que votre mère, qui a elle-même souffert d’un non-dit, en a

Continuer à lire

"Carré 35" : un tendre et fraternel baiser de cinéma

ECRANS | de et avec Éric Caravaca (Fr., 1h07) documentaire

Vincent Raymond | Lundi 30 octobre 2017

Adulte, le comédien et réalisateur Éric Caravaca a découvert l’existence d’une sœur aînée, morte enfant, dont ses parents lui avaient caché l’existence. Intrigué par ce silence et surtout le secret entourant l’absente, le comédien part en quête de son histoire. Et d’une trace : aucune photo d’elle n’a été conservée… De sa blessure intime toute fraîche (bien qu’ancienne), Caravaca aurait pu faire l’exhibition obscène en fouillant les douleurs et les non-dits familiaux. C’est tout le contraire qu’il obtient dans ce documentaire miraculeux porté par la douceur de sa voix, où l’on perçoit son désir sincère d’offrir une postérité légitime à celle qu’on avait voulu oblitérer. Déjouant les mensonges pudiques ou honteux, les oublis et les refoulés, Caravaca recoupe les témoignages, élucide un à un les mystères : Christine était née "différente", les circonstances de son décès particulières, tout comme le contexte algérien en ce début des années soixante. Peu à peu se dessinent au milieu de ces vérités exhumées deux portraits entremêlés : celui d’une époque, et le visage de cette sœur inconnue dont ce film devient le cénotaphe pour l’éternité.

Continuer à lire

"Jeune Femme" : sans toit, ni loi, mais avec un chat

ECRANS | de Léonor Serraille (Fr.-Bel., 1h37) avec Laetitia Dosch, Grégoire Monsaingeon, Souleymane Seye Ndiaye…

Vincent Raymond | Lundi 30 octobre 2017

Paula vivait avec Joachim, un photographe, mais là c’est fini. Alors elle est à la rue, avec son chat et ses pauv’ affaires. Elle tente de se débrouiller en squattant ici ou là, accumulant solutions transitoires et abris de fortune. C’est drôlement chaud, parce que dehors, il fait sacrément froid… Léonor Serraille a eu une chance inouïe que son film concoure à la Caméra d’Or l’année où son jury se trouve présidé par Sandrine Kiberlain. Celle-ci ne pouvait qu’être sensible au charme décousu de sa réalisation, comme au parcours cabossé de son personnage, évoquant fantomatiquement ces silhouettes errantes que la comédienne endossait dans les premiers longs-métrages de Lætitia Masson. Mais ce côté "truc d’il y a vingt ans" (voire de soixante, si l’on se réfère au Signe du Lion de Rohmer), c’est un peu le problème global de ce journal aigre-doux de la déchéance de Paula. Enchaînement un peu monotone d’épisodes, vaguement drolatique et social par fulgurances, Jeune Femme est sauvé par la grâce de quelques seconds rôles attachants (la gamine dont Paula "s’occupe", Yuki sa fausse amie d’enfance, Ousmane le vigile…)

Continuer à lire