"Baby Driver" : ils en font des caisses (et tant mieux)

ECRANS | de Edgar Wright (G.-B., 1h53) avec Ansel Elgort, Lily James, Kevin Spacey, Jamie Foxx…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Photo : Sony Pictures Releasing GmbH


Petit génie du volant, le mutique et mélomane Baby est le pilote préféré de Doc, un criminel envers qui il a une dette et qui le force à conduire sur des braquages. Quand Baby veut se ranger des voitures, Doc ne l'entend pas de cette oreille. Ça va swinguer...

Au commencement, il y eut The Driver (1978) de Walter Hill, polar taciturne et nocturne à cylindrées hurlantes, hystérisé par Bruce Dern pétant des durites. Puis vint Drive (2011), relecture purple-electroclash de Nicolas Winding Refn, accélération sensible et refroidie par l'épure. Très logiquement surgit à présent la version bubble-gum, soigneusement clipée par un Edgar Wright vibrant davantage pour le rythme musical de son film que par les ronflements de moteurs – tant mieux, on n'est pas dans Fast and Furious non plus.

Au-delà du gimmick cool ou de l'artifice scénaristique, la musique entretient un authentique dialogue entre les personnages et l'histoire ; elle sculpte également le découpage autant qu'elle règle, pour la virtuosité du geste, le générique d'ouverture. Wright en use à bon escient, comme de l'humour, cet inattendu et bienvenu adjuvant à son film de zombie Shaun of the Dead (2004). Récréation visible pour Kevin Spacey et Jamie Foxx, Baby Driver en est une aussi pour les spectateurs.

Le 19 juillet



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"Yesterday" : all you need is The Beatles

ECRANS | Un musicien sans succès se retrouve seul au monde à connaître le répertoire des Beatles et se l’approprie : sa vie change alors radicalement. Après "Steve Jobs", Danny Boyle reste dans l’univers Apple pour cette fable morale, musicale et nostalgique aux inspirations multiples.

Vincent Raymond | Lundi 1 juillet 2019

Jack Malik (Himesh Patel) a du succès à la guitare auprès de ses amis ; un peu juste pour vivre de ses chansons. Une nuit, un accident mystérieux le laisse le visage en vrac et riche d’un trésor : il s’est réveillé dans un monde où les Beatles n’ont jamais existé. Et lui seul connaît leurs chansons… Quel musicien n’a jamais rêvé (ou cauchemardé) connaître le sort de Jack Malick ? Puisque les Beatles, aux dires de John Lennon en 1966, étaient « plus populaires que Jésus », cela équivaudrait-il à se retrouver en position mosaïque, recevant les Tables de la Loi ? Débordant largement du registre musical, l’influence du groupe a été – et demeure – telle dans la culture contemporaine pop que son effacement pourrait légitiment causer un hiatus civilisationnel. Le postulat de départ est intellectuellement séduisant et, surtout, réjouissant pour les amateurs des Quatre de Liverpool. Ils savourent non seulement la renaissance du catalogue entier, mais ont droit en bonus à des surprises moins prévisibles et plus authentiquement émouvantes que celles parfumant d’habitude les biopics musicaux. Face A : Love me doux Le scénar

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"Elvis & Nixon" : la rencontre improbable

ECRANS | de Liza Johnson (É.-U., 1h26) avec Michael Shannon, Kevin Spacey, Alex Pettyfer…

Vincent Raymond | Lundi 18 juillet 2016

À l’écran, les canailles authentiques et les immenses stars font d’épatants personnages : ils le sont déjà dans l’inconscient collectif. Leur aura habitant presque totalement le rôle, il ne reste souvent au comédien qu’un reliquat de job à accomplir. Certains feignants s’en accommodent, misant tout sur le seul mimétisme, à coups de grimaces et de maquillage. D’autres investissent l’intériorité de leur modèle, la personnalité davantage que le personnage. C’est le cas dans ce tête-à-tête insolite, mariage d’une carpe et d’un lapin à peine apocryphe, puisque le rockeur halluciné Elvis Presley a bien rencontré le président revêche Nixon pour lui proposer ses services comme "agent détaché du FBI", histoire de prémunir la jeunesse des ravages de la drogue – et d’avoir, surtout, un zouli insigne argenté. À peine grimés, Michael Shannon et Kevin Spacey évoquent les contours des deux figures historiques. Mais ce qu’ils dégagent se révèle infiniment plus précieux qu’une banale ressemblance. Cette réflexion sur les illusions des apparences, la vanité de la célébrité, du pouvoir ou de l’argent apparaît en filigrane tout au long du film, culminant lorsque le Chef du Monde libre se

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Django Unchained

ECRANS | Chevauchée sanglante d’un esclave noir décidé à retrouver sa fiancée en se vengeant de blancs cupides et racistes, "Django Unchained" n’est pas qu’une occasion pour Quentin Tarantino de rendre hommage aux westerns ; c’est aussi un réquisitoire contre l’Histoire américaine, d’autant plus cinglant qu’il conserve le style fun de ce définitivement immense cinéaste. Critique et généalogie d’un homme nommé Django. Texte : Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 8 janvier 2013

Django Unchained

Première réaction à la sortie de ce Django unchained : Tarantino est fidèle à lui-même, et c’est pour ça qu’on aime son cinéma. De fait, ils sont peu aujourd’hui à offrir 2h45 de spectacle qui semblent passer en quelques minutes, sans pour autant renier le fondement de leur style : des scénarios écrits contre toutes les règles hollywoodiennes, privilégiant le dialogue et la durée des épisodes à une construction en trois actes où l’action et la parole sont dosées équitablement. Tarantino y ajoute cette élégance de mise en scène qui frappe dès le générique, où une chaîne d’esclaves torses nus et l’haleine fumante traverse de nuit une étendue aride et rocailleuse. Pourtant, il convient de tempérer ce jugement hâtif : oui, Tarantino est immense et oui, Django unchained est un très grand film, mais il n’est que l’aboutissement d’une mue amorcée entre les deux volumes de Kill Bill. Cette césure n’avait rien d’artificiel : elle marquait un tournant décisif, celui où le cinéaste cessait de déployer sa maestria en cinéphile compulsif visitant avec une gourmandise enfantine le cinéma bis, et où il donnait une réelle gravité à ses sujets, prenant ce qu’il montre

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Margin call

ECRANS | De J.C. Chandor (ÉU, 1h47) avec Kevin Spacey, Paul Bettany, Jeremy Irons…

Christophe Chabert | Lundi 30 avril 2012

Margin call

Un casting en or pour raconter la faillite de Lehman Brothers : ça tombe sous le sens, mais ça n’en produit pas forcément. Il y a comme une artificialité pas forcément assumée dans les choix faits par J.C. Chandor qui tirent soit vers la théâtralité, soit vers le téléfilm de prestige façon HBO. Par exemple, les trajectoires individuelles des personnages, qui se confondent comme par enchantement avec le timing de la déroute (24 heures), ne sont là que pour tempérer par la fiction le réalisme presque pédagogique du propos. Ainsi, les salauds qui font marcher le système (créer des actifs pourris puis les brader cyniquement en laissant sur le carreau des centaines d’emplois et de vies humaines), ne le sont plus tant que ça puisqu’ils ont des problèmes personnels, le sens de l’amitié ou l’inconscience de la jeunesse à qui l’on a vendu du rêve en boîte. La seule raison, paradoxale, qui rend Margin call regardable, c’est le travail des acteurs : non pas qu’ils soient au meilleur de leur forme, mais ils exposent sans filtre leurs techniques pour faire vivre un texte assez pauvre. Et quand il s’agit de Kevin Spacey ou Jeremy Irons, évidemment, c’est as

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