Anne Fontaine : « "Marvin" parle de la différence au sens propre du terme »

ECRANS | Queer Lion à la Mostra de Venise, "Marvin ou la belle éducation", quinzième long-métrage d’Anne Fontaine, est une adaptation lointaine du fameux roman "En finir avec Eddy Bellegueule" d'Édouard Louis. On en a discuté avec elle.

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Adapté d'un livre racontant une "renaissance" passant par un changement de nom, votre film Marvin change également le nom du protagoniste. À travers le prisme du cinéma, il s'agit donc d'un changement au carré…

Anne Fontaine : Le point de départ a été la rencontre avec le roman En finir avec Eddy Bellegueule d'Édouard Louis, dont j'ai voulu sortir en inventant le parcours que j'imaginais pour le personnage à travers les années : comment il pouvait trouver sa vocation, comment il pouvait s'en sortir… Ce qui n'est pas le cas du livre, qui est sur l'enfance, et ne traite pas l'épanouissement ni la singularité de son destin.

Très vite, avec Edouard Louis, on est tombés d'accord sur le fait que c'était pas une adaptation, mais un acte d'inspiration. Près de 70% du film est inventé à partir d'une enfance traumatisante et difficile. Mais j'ai aussi mis beaucoup d'éléments personnels : j'ai moi aussi changé de nom quand j'avais 17 ans, j'ai été actrice… J'ai construit l'histoire avec des points communs, et elle un peu mienne.

Y avait-il chez vous le même besoin compulsif et vorace que Marvin pour arriver à renaître sous une autre identité ?

Je ne voulais pas être actrice en particulier, et j'ai rencontré une icône du théâtre, Robert Hossein, qui m'a baptisée Esmeralda pour Notre-Dame de Paris. J'ai ressenti ce que va ressentir Marvin : être dans une peau de quelqu'un d'autre que soi, travailler à transmettre une énergie, des phrases à d'autres qui les entendent. Avoir un autre regard sur soi peut permettre tout d'un coup de se déployer autrement, d'exister autrement. Pour moi, ça a joué.

Pour Marvin, le regard de cette principale qui le met dans cette classe de théâtre où il se met à improviser les dialogues qu'il connaît mais qu'il restitue de manière différente, c'est le premier acte d'une voie d'espérance. La culture et l'art sont salvateurs pour lui qui vit dans un monde enfermé sur lui-même et qui n'y a pas accès. Marvin est dans une précarité existentielle très violente, comme exilé chez ses propres parents. Ce film parle de la différence au sens propre du terme : on s'est tous senti différent, personne ne peut dire ne pas s'être senti différent, de manière plus ou moins visible.

Et le théâtre est le réel déclencheur de sa métamorphose, le révélateur ?

Au théâtre, l'expression de soi permet d'ouvrir un chemin inédit, inattendu dans l'existence. Je l'ai vu sur d'autres, je l'ai expérimenté moi et je pense que l'ai transmise dans Marvin cette manière de jouer sur la matière première qu'est son enfance, sa jeunesse. Comment on la transcende, ce qu'on en fait, ce qu'on arrive à transmettre, le rapport avec ses racines…

Avez-vous eu un dialogue après le film avec Edouard Louis ?

Non, je l'ai eu après le scénario. Je l'ai eu avant, parce que je lui ai dit que je n'allais pas adapter le livre tel quel et que si c'était son souhait, il fallait qu'on se sépare tout de suite. Il a approuvé mon choix. Ensuite, quand il a vu le scénario, qui était si loin – j'avais changé le nom, les lieux, placé des personnages qui ne sont pas dans son livre – il a préféré ne pas avoir son nom au générique et je l'ai approuvé. Mais il a quand même voulu que ça devienne un film.

Le sous-titre du film, La belle éducation, est-il une réponse à Almodóvar ?

Ce serait plutôt un clin d'œil. C'est une phrase que dit le personnage que joue Charles Berling. Je trouvais que c'était joli de mettre le mot éducatione, ça donnait une direction. Bien sûr, j'adore Almodóvar, je suis tout à fait contente d'échanger indirectement quelque chose avec lui.

C'est la première fois que vous travaillez avec le scénariste Pierre Trividic. Comment cette collaboration est-elle née ?

Il faut toujours des premières fois (sourire). J'avais admiré son travail avec le premier film de Pascale Ferran (Petits arrangements avec le morts), avec Chéreau (Ceux qui m'aiment prendront le train) et le fait qu'il soit très fort dans des constructions "différentes". C'est quelqu'un qui a une grande culture et une façon de concevoir le cinéma pas uniquement naturaliste.

Il était sensible à l'idée qu'il fallait que "ça danse" entre les périodes – peut-être parce que j'ai été danseuse –, ça lui a beaucoup plu. Les thématiques l'intéressaient de manière personnelle et profonde, puisque lui-même, sans se cacher, est homosexuel. J'ai beaucoup aimé travailler avec lui : il a une grande rigueur et une grande intelligence sur un milieu où, justement, il ne fallait pas être unidimensionnel ni caricatural. Même si on a toujours l'air de l'être au début quand on le dépeint.

Même question pour le metteur en scène de théâtre Richard Brunel…

Quand j'ai décidé de faire le spectacle [que l'on voit dans le film – NDLR] avec le personnage de Vincent Macaigne directeur de théâtre, je me suis dit que ce serait un équivalent de la Comédie de Valence que je connaissais. J'ai décidé de tourner là-bas et j'ai demandé à Richard de me faire la chorégraphie de ce spectacle. Je lui ai demandé de faire 3/4 tableaux différents que je choisirais. Il a été très intéressé par cette collaboration pour le cinéma.


Marvin ou la belle éducation

De Anne Fontaine (Fr, 1h53) avec Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois...

De Anne Fontaine (Fr, 1h53) avec Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois...

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Martin Clément, né Marvin Bijou, a fui. Il a fui son petit village des Vosges. Il a fui sa famille, la tyrannie de son père, la résignation de sa mère. Il a fui l'intolérance et le rejet, les brimades auxquelles l'exposait tout ce qui faisait de lui un garçon «différent». Envers et contre tout, il s'est quand même trouvé des alliés. D'abord, Madeleine Clément, la principale du collège qui lui a fait découvrir le théâtre, et dont il empruntera le nom pour symbole de son salut. Et puis Abel Pinto, le modèle bienveillant qui l'encouragera à raconter sur scène toute son histoire. Marvin devenu Martin va prendre tous les risques pour créer ce spectacle qui, au-delà du succès, achèvera de le transformer.


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"Présidents" : vieilles choses publiques

ECRANS | Enchaînant films et sujets opposés, Anne Fontaine s’attaque après Police à l’étage supérieur : le pouvoir suprême et ceux qui l’ont exercé… lorsqu’ils en sont dépossédés. Entre fable et farce, une relecture des institutions et de l’actualité politique bien plus intéressant que ce que les teasers-sketches laissaient supposer…

Vincent Raymond | Mardi 29 juin 2021

Reconverti en homme d’intérieur dépressif, l’ex-président Nicolas S. prend pour prétexte la popularité grandissante de la candidate d’extrême-droite pour partir en Corrèze afin de convaincre son ancien adversaire et successeur François H. de monter un nouveau parti avec lui. La cohabitation sera d’autant plus rude qu’ils sont opposés en tout, et que leurs compagnes s’invitent dans la campagne… Une évidence en préambule : sur les arcanes de la Ve République (et ses bruits de cabinet, diront les mauvaises langues), il sera difficile de parvenir un jour à se montrer plus complet que le magistral L’Exercice de l’État de Pierre Schoeller. Rien n’empêche toutefois d’attaquer le sujet par la bande, en se focalisant sur des espèces s’ébattant dans cet écosystème. Tels les présidents du film homonyme d’Anne Fontaine construit comme une fable dont les protagonistes ne seraient pas de grands fauves, mais deux ex éconduits par leur bien-aimée, trompant ensemble leur déni dans l’illusoire espoir d’une reconquête. Sauf que la belle, de plus en plus versatile et capricieuse, ne veut plus d’eux.

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"Tribute to Marvin Gaye" : soul lovers

Concert | Jusqu’au jeudi 5 avril se déroule à Grenoble et sur le campus la douzième édition du Festival culturel interuniversitaire piloté par la communauté universitaire grenobloise et construit cette année autour du thème de l’infini. Avec de nombreuses propositions (une nocturne au Musée de Grenoble, des spectacles, une nuit de cinéma, des expositions…), dont un gros concert gratuit de clôture centré notamment sur le répertoire de Marvin Gaye. Histoire d’en savoir un peu plus, on a rencontré Ben l’Oncle Soul qui, accompagné d’une cinquantaine d’étudiants musiciens et chanteurs, reprendra les tubes de la légende de la soul à l’Anneau de vitesse du parc Paul-Mistral. Par Aurélien Martinez & Stéphane Duchêne

Aurélien Martinez | Mardi 27 mars 2018

Une icône ; un fantasme ; une référence pour tous ceux qui ont voulu un jour se piquer de soul – sans pour autant jamais espérer égaler le maître. Plus que cela, Marvin Gaye, héraut et héros né en 1939, fut le premier chanteur de soul noir à capter un public blanc. Véritable machine à tube de la Motown à partir de 1961, grâce à sa voix tantôt crémeuse et tantôt déchirée, flottant sur trois octaves et modelée par le gospel, Marvin Gaye gagna au fil de sa carrière en profondeur et en sincérité. Comme le démontre son album phare What's Going On (1971), passage en revue, dans un écrin de mélancolie sucrée, des failles de la société américaine – la chanson titre se base sur le récit que son frère lui a fait de son expérience de soldat au Vietnam. Un album aujourd'hui encore considéré comme l'un des plus grands albums soul de l'histoire, voire même l’un des plus grands albums de l’histoire toutes catégories confondues. Mais la légende est faite de failles. Après un autre grand succès (le chaudard Let's Get It On sorti en 1973), Marvin Gaye, confronté à un divorce provoqué par son goût prononcé pour les prostitués, s'enfonça dans l'alcool, l

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Tribute to Marvin Gaye + Ayo : et là, le Crous nous sort un double concert qui promet

MUSIQUES | Rendez-vous jeudi 5 avril à 19h30 à l'Anneau de vitesse (parc Paul-Mistral).

Alice Colmart | Mardi 13 mars 2018

Tribute to Marvin Gaye + Ayo : et là, le Crous nous sort un double concert qui promet

Notez bien la date de cet événement organisé par le service culturel du Crous Grenoble Alpes. Une quarantaine d'étudiants musiciens et chanteurs, accompagnés de Ben l'Oncle Soul, rendront hommage au roi de la soul et du funk Marvin Gaye, qui a autant marqué les années 1960 avec Heard it through the grapevine que les années 1980 avec Sexual Healing. Ce sera également, dans un deuxième temps, l’occasion de découvrir le nouvel album aux sonorités blues, funk et soul de la chanteuse Ayo. Qui plus est, c’est un concert gratuit. À ne pas manquer donc !

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"Marvin ou la belle éducation" : et Anne Fontaine sombra dans la caricature

ECRANS | de Anne Fontaine (Fr., 1h53) avec Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Depuis toujours, Marvin Bijou se sent "à part". Traité de "pédé" et harcelé au collège, il étouffe aussi dans sa famille à peine quart-monde. Grâce à un atelier théâtre et à sa rencontre avec un metteur en scène, il va découvrir qu’une issue existe et qu’il peut s’affirmer dans son identité… Anne Fontaine a une manière de filmer la misère sociale qui rappelle, sans vouloir faire offense ni à l’une ni à l’autre, le Ettore Scola de Affreux, sales et méchants. Sauf que le cinéaste italien tournait au second degré. Pas la réalisatrice française, qui pense nécessaire de représenter dans leur caricature la plus élimée des pauvres qu’elle ne doit guère connaître. Non qu’il faille adoucir ni faire de l’angélisme, mais cette représentation tient davantage du vieux stéréotype que du réalisme – curieusement, sa vision des sphères bourgeoises est plus réaliste. De fait, elle pousse vers une outrance aussi aberrante qu’inutile ses comédiens, au premier chef desquels

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En finir avec la lecture solitaire grâce à Benoît Olivier

Lecture | Découvrir ou redécouvrir de grands romans des dernières années, voilà ce que propose le comédien Benoît Olivier avec son cycle de lectures à haute voix "Ma parole est donnée". Les prochaines semaines, il s’attaquera à Judith Perrignon et Édouard Louis. Rencontre.

Aurélien Martinez | Mardi 10 janvier 2017

En finir avec la lecture solitaire grâce à Benoît Olivier

Un soir dans une librairie du centre-ville grenoblois qui vient tout juste de fermer ses portes. Des chaises sont disposées à l’étage, entre les rayons, face à un pupitre. Des spectateurs bien informés arrivent, au compte-gouttes : ils sont tous là pour la lecture du roman Les faibles et les forts (2013) de Judith Perrignon. Celui qui va s’emparer des mots de l’écrivaine française s’appelle Benoît Olivier. Un comédien et metteur en scène qui, depuis quelques années, s’est spécialisé dans ce genre de forme artistique. Mais pourquoi venir écouter un roman plutôt que de le lire soi-même ? Benoît Olivier nous répond : « Pour être emporté dans une histoire qu’on ne lirait pas forcément dans notre vie intime et qui, là, est portée par une voix. Et parce que le ressenti, l'imaginaire, l'impact émotionnel peuvent être différents et plus forts quand le texte est véhiculé de la sorte. » Après 1h30 intenses (Benoît Olivier a eu l’autorisation de l’auteure pour faire des coupes), on ne peut être que d’accord avec lui. La « musicalité » des mots D’ailleurs, on peut

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Les Innocentes

ECRANS | Anne Fontaine, qui apprécie toujours autant les sujets épineux (et a pris goût aux distributions internationales), en a débusqué un en Pologne : l’histoire de religieuses enceintes après avoir été violées par des soudards soviétiques… Surprenant. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Les Innocentes

C’est une fort étrange apocalypse que l’irruption de cette œuvre dans la carrière d’Anne Fontaine. Même si la cinéaste a continûment manifesté son intérêt pour les histoires un brin dérangeantes, celles-ci se déroulaient dans des familles ordonnées, aux meubles et parquets bien cirés ; la perversité et l’audace transgressive demeuraient domestiques, circonscrites au périmètre intime. Les Innocentes change la donne. Premier réel film historique de la réalisatrice – Coco avant Chanel (2009), comme son nom l’indique, était un portrait (bancal) d’une Gabrielle Chanel en pleine ascension – il s’extrait surtout du récit bourgeois pour investir un “ailleurs”, ou plutôt “des” ailleurs. Le contexte de la guerre, la situation des autres (et non plus le “moi” du couple, de la famille idéale chamboulée) ; l’apprentissage du dialogue corps-esprit, et surtout la place des femmes, universelles premières victimes des conflits, dessinent ici les lignes de force de ce qui n’est pas qu’une reconstitution. En effet,

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Gemma Bovery

ECRANS | D’Anne Fontaine (Fr, 1h39) avec Fabrice Luchini, Gemma Arterton, Jason Flemyng…

Christophe Chabert | Mardi 9 septembre 2014

Gemma Bovery

Martin Joubert, un boulanger féru de littérature, s’ennuie dans son petit village normand jusqu’à ce que débarquent de leur Angleterre natale Gemma Bovery et son mari Charles. À la fois troublé par la sensualité de la jeune femme et par sa ressemblance avec l’héroïne de Flaubert, Martin s’embarque dans un jeu fait de voyeurisme et de fantasmes, érotiques autant que littéraires, envers elle. Cette trame-là est de loin ce qu’il y a de plus intéressant dans le nouveau film d’Anne Fontaine, mais la cinéaste n’en tire aucun point de vue fort dans sa mise en scène. Plutôt que de coller au regard de Martin et à sa capacité à interpréter sauvagement la réalité en fonction de son désir et de ses références, elle va régulièrement filmer son contrechamp, ce qui tue instantanément toute ambiguïté et tout trouble. L’exemple évident est la relation entre Gemma et Hervé, le fils à maman friqué qui devient son jeune amant fougueux ; la scène où Martin "double" leur dialogue à distance est une belle idée, mais Fontaine la réduit à néant en enregistrant aussi la vraie conversation entre les deux tourtereaux. Cette manière tiède et rassurante de raconter son histoire introduit auss

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"En finir avec Eddy Bellegueule" : vis ma vie d'Édouard Louis

Littérature | C’est le roman de ce début d’année, au succès impressionnant : "En finir avec Eddy Bellegueule" du jeune Édouard Louis. Un récit à la première personne sur l’enfance douloureuse d’un garçon « efféminé » ne répondant pas aux codes sociaux de son milieu. Remarquable. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 25 février 2014

« Dans ce monde où les valeurs masculines étaient érigées comme les plus importantes, ma mère disait d’elle J’ai des couilles moi, je ne me laisse pas faire. » Ce monde, c’est un village picard jamais nommé. Un bout de France isolé où règne une misère sociale et intellectuelle, et où tout ce qui sort des rails préétablis est suspect. Le jeune Eddy Bellegueule est suspect, puisqu’il ne correspond pas aux codes de la masculinité imposante défendue par son père, ses frères, ses cousins, mais aussi sa mère, sa sœur... Bref, tous les hommes et toutes les femmes de son entourage. Eddy Bellegueule, c’est Édouard Louis, auteur qui a changé de nom en s’extirpant de la vie qu’on lui programmait – « l’intello » est depuis élève à l’École Normale Supérieure. «Ces choses dérisoires pour un adulte» En finir avec Eddy Bellegueule se lit vite. Et marque d’un coup, dès les premières pages, où le jeune Eddy se fait agresser sans broncher par deux garçons qui le traitent de « pédé ». Une violence quotidienne qu’il taira pendant toute son enfance, préférant encaisser les coups plutôt que d’avoir à justifier les raisons qui amènent ses agress

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Mon pire cauchemar

ECRANS | D’Anne Fontaine (Fr-Belg, 1h43) avec Isabelle Huppert, Benoît Poelvoorde…

François Cau | Vendredi 4 novembre 2011

Mon pire cauchemar

Démonstration que la comédie n’est pas genre aisé, Mon pire cauchemar pense que son pitch (une grande bourgeoise parisienne amatrice d’art contemporain doit supporter un plombier belge alcoolique et grossier) suffit à emporter le morceau. Et, plutôt que de laisser Huppert et Poelvoorde chercher, comme leurs personnages, un territoire commun à l’écran, Anne Fontaine les enferme dans leurs emplois respectifs, provoquant artificiellement le rapprochement par les grosses ficelles du scénario. Du coup, elle se contente d’enchaîner les situations attendues, gonflant l’affaire avec une sous-intrigue redondante entre le mari coincé et une salariée de pôle emploi branchée bio et nature (un tandem de cinéma pour le coup impossible entre la scolaire Virginie Éfira et le roué André Dussollier). Il n’y a ni rire, ni malaise là-dedans ; juste un regard cruel qui, dans le drame, provoquait parfois une petite fascination (Nettoyage à sec, Entre ses mains) mais qui ici fait plutôt penser au Chatiliez des mauvais jours. CC

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Coco avant Chanel

ECRANS | D’Anne Fontaine (Fr, 1h53) avec Audrey Tautou, Benoît Poelvoorde, Alessandro Nivola…

Christophe Chabert | Jeudi 16 avril 2009

Coco avant Chanel

La mode du biopic n’est pas prête de se tarir sur les écrans, chaque pays se cherchant héros et héroïnes pour en faire de romanesques adaptations suçant la roue du modèle américain. Coco Chanel a déjà remporté le titre français en 2009, puisqu’avant la version Jan Kounen à venir au second semestre, voici sa jeunesse en mode Anne Fontaine. La cinéaste livre une copie appliquée où rien ne manque sur le pourquoi du comment de la vocation et des engagements de Gabrielle dite Coco. En témoigne la scène initiale où, abandonnée par son père dans un pensionnat de bonnes sœurs, son regard s’attarde longuement sur la coiffe noir et blanche des nonnes… Chanteuse sans le sou dans des cabarets minables, en révolte contre le patriarcat et la bourgeoisie de son temps, elle va canaliser son désir de revanche sociale et personnelle dans l’invention de vêtements qui libèreront la femme des lourdeurs froufrouteuses et des corsets étouffants. Une démarche à l’opposé de la pesanteur scénaristique et cinématographique d’Anne Fontaine, qui explique et souligne tout, ne laisse aucun vide ni dans les plans, toujours sagement centrés sur l’action, ni entre les scènes. Cet académisme e

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