Lee Unkrich ("Coco") : « On voulait vraiment que ça respire mexicain »

ECRANS | Piller de Pixar, le réalisateur de "Monstres & Cie", du "Monde de Nemo" ou de "Toy Story 2 & 3" est à nouveau à la manœuvre pour "Coco", qu’il évoque avec sa productrice Darla K. Anderson.

Vincent Raymond | Lundi 27 novembre 2017

Quel est le point de départ de Coco ?

Lee Unkrich : L'inspiration est tout simplement venue du Mexique, dont j'appréciais depuis toujours le "Día de muertos" – le Jour des morts. Quand j'ai commencé à écrire sur ce sujet, je me suis rendu compte qu'il n'y avait aucune histoire sur cette fête, que c'était une idée assez unique. Au fur et à mesure de mes recherches, j'ai découvert combien l'idée du souvenir de sa famille y était important. Il y avait là le potentiel pour une histoire universelle, drôle, dramatique, visuellement très belle et avec un vrai cœur. Ça m'a touché.

Avez-vous conçu le Pays des morts comme un miroir à celui des vivants, puisqu'on y boit, mange, dort ?

LU : Non, on n'a pas pensé à cette notion de miroir, mais on a fait beaucoup de recherches pour la préparation, ce qui nous a aidés pour concevoir Santa-Cecilia, la ville du monde des vivants où vit Miguel. Évidemment, on ne pouvait pas faire de recherches pour le monde des ancêtres, alors on a fait appel à l'imagination. On aurait pu faire n'importe quoi, mais on voulait vraiment que ça respire mexicain, que ce soit plein de vie comme dans la vie réelle et que cela apparaisse comme familier non seulement à Miguel, mais également au public afin qu'il partage pleinement ses émotions.

Il y a d'ailleurs un côté parc d'attractions…

LU : (rires) En quelque sorte. Ce devait être un endroit sympathique, drôle, plein de couleurs, de musiques, de vie… "Día de muertos" est une célébration : on ne vient du monde des ancêtres qu'une fois par an pour voir sa famille, tout le monde doit être heureux comme un gamin, tout excité.

Pourquoi Coco n'est-il pas sorti au moment de la Toussaint ?

Darla K. Anderson : Il a bénéficié d'une sortie anticipée au Mexique, au moment de "Día de muertos" le 1er novembre ; aux États-Unis, il y aurait eu de la confusion avec Halloween le 31 octobre. Pour nous, c'est avant tout un film qui parle de la famille, du fait d'être ensemble ; des valeurs qui sont représentése par des fêtes comme Thanksgiving aux États-Unis et surtout Noël partout dans le monde. C'était donc une évidence pour nous de le faire coïncider avec ces dates-là.

Qu'est-ce qui a changé le plus dans votre façon de travailler depuis vos premiers films ?

LU : J'ai davantage confiance en moi qu'au début. Maintenant, lorsque je commence un film, quoiqu'il arrive, je sais qu'il sera fini – alors que ce n'était pas le cas auparavant. Je panique beaucoup moins, j'ai plus de recul. À part ça, c'est toujours aussi difficile de trouver et de raconter une bonne histoire. Quant à la technologie, elle est tellement avancée que l'on peut maintenant faire ce que l'on veut et c'est génial ; quoi qu'on imagine, on peut tout mettre à l'écran.

Tout est-il vraiment possible ?

LU : Oui. Bien sûr, certaines choses n'ont pas encore été faites, mais c'est parce qu'on ne veut pas les faire chez Pixar – comme des être humains qui ressemblent à des êtres humains. La vraie question, c'est : comment les faire de manière efficace en restant dans le budget.

Coco fait "jouer" Frida Kahlo morte. Avez-vous dû demander une autorisation pour utiliser l'image de l'artiste défunte ?

DA : Bien sûr, il fallait créer un partenariat avec la Fondation Frida Kahlo pour avoir l'autorisation de le faire.

LU : On a essayé de faire un vrai travail de partenariat avec tous les personnages authentiques représentés dans le film. La Fondation Frida Kahlo a ainsi demandé de petits ajustements subtils, notamment dans sa façon de jouer.

DA : Et l'on a eu du mal à trouver des enregistrements de sa voix – ça n'existe pas. On ne savait pas comment refaire sa voix.

LU : On sentait une certaine liberté, en fin de compte : montrer Frida Kahlo dans la mort, c'est de la pure imagination ; ça donne quelques degrés de liberté pour jouer avec le personnage.

Le titre Coco, qui fait référence à l'arrière grand-mère, s'est-il imposé tout de suite ?

LU : Ce n'était pas le titre initial… car il n'y en avait pas au départ. Quand on fait des films chez Pixar, on donne toujours un nom de code pendant la phase de travail. Pour celui-ci, c'était Coco et il est resté. C'était le cas également avec Toy Story – on est tous d'accord, c'est un nom un peu stupide, “histoire de jouets”, mais c'est ça qui est resté. Coco c'est pareil. On avait pourtant fait des listes avec des centaines de titres potentiels, mais on a choisi celui-ci parce qu'il était simple. J'aimais bien aussi le côté énigme. Avant de voir le film, on ne sait pas pourquoi il porte le nom de l'arrière grand-mère ; à la fin, on comprend qu'elle est au cœur de l'histoire.


Coco

De Lee Unkrich (ÉU, 1h40) avec Andrea Santamaria, Ary Abittan

De Lee Unkrich (ÉU, 1h40) avec Andrea Santamaria, Ary Abittan

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Depuis déjà plusieurs générations, la musique est bannie dans la famille de Miguel. Un vrai déchirement pour le jeune garçon dont le rêve ultime est de devenir un musicien aussi accompli que son idole, Ernesto de la Cruz. Bien décidé à prouver son talent, Miguel, par un étrange concours de circonstances, se retrouve propulsé dans un endroit aussi étonnant que coloré : le Pays des Morts. Là, il se lie d’amitié avec Hector, un gentil garçon mais un peu filou sur les bords. Ensemble, ils vont accomplir un voyage extraordinaire qui leur révèlera la véritable histoire qui se cache derrière celle de la famille de Miguel…


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"Chien Pourri, la vie à Paris !" : destin de cabot

Cinéma | ★★★☆☆ Animation De Davy Durand, Vincent Patar & Stéphane Aubier (Fr.-Bel.-Esp., 1h00) En salles dès le 7 octobre

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2020

Il ressemble à une serpillère mitée, empeste alentour, possède un Q.I. négatif mais Chien Pourri est un brave toutou plutôt chanceux. Tant mieux, car d’autres bestioles lui cherchent des noises, à lui et à son pote Chaplapla… Cette irrésistible adaptation d’une série jeunesse parue à l’École des Loisirs se déroule dans un Paris de carte postale, mais conserve le décalage de ton dont Aubier & Patar (les papas de Pic Pic André Show, ici rejoints par Davy Durand) sont coutumiers. À la fois naïfs et potaches, les épisodes de ce programme joliment troussé jouent sur un registre pue-pue cracra aussi hilarant pour les petites que les grandes narines.

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"Yakari, le film" : indien vaut mieux que deux tu l’auras

ECRANS | De Xavier Giacometti & Toby Genkel (Fr.-All.-Bel, 1h22) animation

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Parce qu’il a sauvé le mustang sauvage Petit-Tonnerre au péril de sa vie, le petit Sioux Yakari se voit récompensé par son animal-totem, Grand-Aigle : désormais, il aura la faculté de comprendre la langue des animaux. Un don bien utile, car pour l’heure, il est perdu et loin de chez lui… Une thématique inconsciente galopait-elle cette année au Festival du film d’animation d’Annecy ? L’Ouest, le vrai, consacré à travers le magnifique Calamity (à l’automne sur les écrans) sert également de toile de fond à cette nouvelle adaptation de la BD de Derib + Job précédemment transposée par deux fois en série télévisée : en 1982 (de manière aussi calamiteuse que Les Schtroumpfs à la même époque), puis en 2005 sous l’heureuse supervision de Xavier Giacometti. Ce même réalisateur est encore à la manœuvre pour raconter, en investissant au mieux le grand écran et en usant d’une animation fluide, la "formation" de Yakari. Il co-signe donc ici une manière de reboot replaçant chacun des protagonistes dans sa fonction ou son histoire, y compris certains, comme Arc-en-ciel et Graine-d

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"Mon ninja et moi" : doudou et dur à la fois

Animation | De Anders Matthesen & Thorbjørn Christoffersen (Dan., 1h21) animation

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Depuis que sa mère s’est remise en ménage, Alex a hérité d’un "demi-frère" de son âge qui le tyrannise à la maison et au collège. Quand son oncle excentrique lui offre une poupée de ninja magique ramenée de Thaïlande, Alex pense tenir sa revanche. Mais la contrepartie sera rude… La toute neuve société de distribution Alba Films tient sa première authentique pépite avec ce long métrage danois méritant d’être le succès d’animation de l’été 2020. Mon ninja et moi marque en effet une réjouissante révolution dans l’univers plutôt corseté et policé des productions destinées au "jeune public" (vocable flou qui rassemble des bambins jusqu’aux ados). À présent que tous les studios d’animation ont globalement atteint une excellence technique comparable à celle développée par Blue Sky, Dreamworks ou Pixar et uniformisé leur style graphique, le récit (et son traitement) est devenu l’ultime refuge de la singularité. Un retour aux fondamentaux pour spectateurs blasés des prouesses visuelles asymptotiques. Auteur et coréalisateur de Mon ninja et moi,

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"Nous, les chiens" : l’esprit de la meute

Animation | de Sung-yoon Oh & Lee Choonbaek (Cor. du S., 1h42)

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Abandonné par son maître, un brave toutou domestique se voit heureusement adopté par une meute de ses congénères errants. L’instruisant des dangers de sa nouvelle condition, ceux-ci lui font aussi miroiter une liberté jusqu’alors insoupçonnée. Commence un voyage initiatique… Il faut désormais compter avec un nouveau membre (bicéphale) dans le cénacle de l’animation asiatique. N’ayant rien à envier à leurs confrères nippons, les Coréens Sung-yoon Oh et Lee Choonbaek signent en effet ici un conte contemporain où l’on retrouve autant l’aspiration à l’essence sauvage et la fatalité épique de London qu’une célébration de la nature hors de l’aliénation des humains si chère à Thoreau, Miyazaki ou Takahata. Mais aussi en filigrane — et c’est sans doute ce qui fait son originalité — quelques caractéristiques politico-sociales propres à leur pays. À commencer par l’évocation de la partition entre le Nord et le Sud et l’existence de la Zone démilitarisée “tampon“ entre les deux Corées, frontière immatérielle autant qu’absurde pour des chiens. Et puis la situation de ceux qu’on ne veut pas (plus) voir et sont chassés du paysage parce qu’ils n’ont plus la faveur de leurs capricieux

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Écrans magiques

Festivals | Présente dans la programmation des festivals de cinéma Voir Ensemble, À vous de voir et Plein les yeux, l’animation japonaise jeune public n’a pas toujours profité d’une telle reconnaissance. Retour sur les raisons de ce (tardif) changement de statut et décryptage de quelques-uns des films à l’affiche ces prochains jours.

Damien Grimbert | Mardi 18 février 2020

Écrans magiques

C’est une histoire désormais bien connue. À l’origine de nombreux films remarquables depuis la fin des années 50, et bénéficiant d’une présence sur les (petits) écrans français dès la fin des années 70, l’animation japonaise jeune public a néanmoins dû attendre l’orée des années 2000 pour enfin commencer à être reconnue à sa juste valeur. S’il n’est pas le premier film d’Hayao Miyazaki à être sorti dans les salles françaises et d’une certaine reconnaissance critique (Porco Rosso, Mon Voisin Totoro et Princesse Mononoké lui avaient auparavant pavé la voie), Le Voyage de Chihiro est en revanche sans conteste celui par le biais duquel tout a changé. Immense succès public (1, 34 million d’entrées l’année de sa sortie en France), le métrage a ainsi permis à l’intégralité des productions du Studio Ghibli de s’imposer en véritables incontournables, et modifié irrémédiablement le regard porté par le grand public sur les films d’animation en provenance du Japon. Ouvrant de fait la voie, quelques années plus tard, à toute une nouvelle génération de réalisateurs (Mamoru Hosoda, Makoto Shinkai, Masaaki Yuasa, Keiichi Hara…), qui n’auraient sans doute jama

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"Le Roi Lion" : c’est l’histoire de la vie (bis)

ECRANS | En donnant à voir une deuxième version de son film d'animation culte sorti en 1994, les studios Disney seraient-ils en train de préfigurer un cinéma nouvelle génération ? Derrière l’histoire du cycle de la vie et des successions naturelles, en affleure une où l’image est remplacée par une autre plus vraie que nature. Troublant...

Vincent Raymond | Lundi 15 juillet 2019

Dans la savane africaine, la naissance de Simba, le fils du roi lion Mufasa, ravive la colère de Scar, frère et rival de ce dernier qui fomente un plan diabolique pour le tuer, aidé par les hyènes. Et il y parvient. Débarrassé de son aîné, Scar persuade Simba qu’il est responsable de mort de son père et le contraint à l’exil… Le Roi Lion étant depuis un quart de siècle l’un des plus grands succès de la Maison de Mickey, cette nouvelle version à l’identique rassurera ses nombreux fanatiques : l’esprit de l’histoire, sa morale et son tempo demeurent inchangés. C’est sa forme qui a naturellement subi les plus profondes modifications. Il serait erroné de croire que la stratégie de reprise des "classiques" d’animation des studios Disney en film "en prises de vues réelles" soit gouvernée par une unique logique – fût-elle de rentabilité commerciale. Les productions se succédant, avec une accélération exponentielle ces derniers mois, elles ne font pas que suivre à la lettre le canevas des scripts existants : chaque film constitue ainsi une sorte de mini laboratoire où s’élabore à risques (et coûts) maîtrisés le cinéma de demain. Pr

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Jamel Debbouze : « On est dans un classique, on a l’impression d’être au Louvre ! »

ECRANS | Acquis à la cause de Simba depuis leur plus tendre enfance, Jamel Debbouze, Anne Sila et Rayane Bensetti, soit une partie des voix françaises de la nouvelle version du "Roi Lion", ne nous ont pas caché leur fascination pour le film original et son remake. Propos rapportés d’une rencontre enjouée.

Vincent Raymond | Lundi 15 juillet 2019

Jamel Debbouze : « On est dans un classique, on a l’impression d’être au Louvre ! »

Avez-vous un souvenir de votre première vision du Roi Lion de 1994 ? Anne Sila : Je ne me souviens pas de la première fois, mais je l’ai vu un millier de fois, je le connais par cœur ! Il fait partie des histoires qui, bizarrement, touchent tout le monde, quoi qu’on ait vécu : il touche à l’enfance, et on retrouve notre petit cœur de bébé (sourire). Jamel Debbouze : J’ai tout fait pour le voir à l'époque, c’était un événement tellement incroyable, tout le monde en parlait, on ne pouvait pas passer à côté ! Je me rappelle avoir resquillé tellement j’avais envie de le voir : un ami à Trappes avai t payé sa place au cinéma Le Grenier à Sel et avait ouvert la porte de secours…(rires)Je me souviens encore très bien de toutes les sensations, j’étais passé par tous les états : la joie, de la peine, et re-de la joie… C’est un film incroyable. On a tous vu des images du nouveau film, et même si on a tous été au cinéma souvent, c’est aussi incroyable : j’ai rarement vu un truc pareil, ça défie les lois de la pesanteur ! On voit des animaux parler, vivre, se mouvoir… La première fois, l’histoire m’ava

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"P'tites histoires au clair de lune" : éclipse partielle

ECRANS | de Miyoung Baek, Mohammad Nasseri, Babak Nazari et An Vrombaut (CdS-Fr-Ira-GB, 0h39min) animation

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Destiné aux tout-petits dès 3 ans, ce programme compile quatre films courts très inégaux et/ou un peu usés ayant en commun l’astre des nuits. Bonne idée sur le papier, qui commence pas trop mal avec Où est la lune ?, sorte de berceuse aux allures de comédie musicale condensée (il s’agit en fait d’un fragment de ciné-concert) accompagnant une élégante partie de cache-cache marine et aérienne à la fois. Les choses se finissent plutôt bien avec P’tit Loup, histoire enlevée de saute-moutons, au graphisme simple mais efficace. C’est entre les deux que cela se gâte : le conte iranien Ma lune, notre lune pourrait revendiquer un prix de médiocrité, s’il n’y avait l’épouvantable Il était une fois… la lune et le renard. Le fait que son auteur Babak Nazari ait quasiment tout fait seul à une époque (2005) où l’animation assistée par ordinateur était moins… accessible n’excuse ni la maladresse poussive du récit, ni la laideur caractérisée de l’ensemble digne des pires jeux vidéos du XXe siècle. On croirait qu’un étudiant en graphisme, ivre de mauvaise bière, a cherché

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"Bamse au pays des voleurs" : mielleux à souhait

ECRANS | de Christian Ryltenius (Sué, 0h59) animation

Vincent Raymond | Mardi 23 octobre 2018

Au pays de l’ours Bamse, qui tire sa force extraordinaire du miel du tonnerre préparé par sa grand-mère, tous les méchants sont devenus gentils. Tous ? Non : car l’odieux Reinard Fox résiste encore et toujours à la bonté. Il va d’ailleurs semer la zizanie et même kidnapper la grand-mère… Le manichéisme poussiéreux que Bamse véhicule apparaît sans doute mignon aux yeux nostalgiques du public suédois, attaché comme le miel à la tartine depuis un demi-siècle aux aventures du plantigrade. Mais est-ce bien raisonnable de condamner les autres tout-petits à ces ourseries lénifiantes et rétrogrades, qui feraient passer la Comtesse de Ségur pour encore plus punk qu’elle n’est ? Le (bon) cinéma jeunesse contemporain a cessé depuis belle lurette d’abêtir ses spectateurs avec ce type d’histoires basiquement moralisatrices et unidimensionnelles. Et ne comptez pas sur la qualité de l’animation pour la rattraper la médiocrité du discours…

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"La Grande aventure de Non-Non" : si si, il faut y aller !

ECRANS | de Matthieu Auvray (Fr, 0h41) animation

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

À Sous-Bois-Les-Bains, le gentil Non-Non est capable de tout pour ses amis : se déguiser en carotte (alors qu’il les déteste), leur faire croire qu’ils voyagent sur la Lune, ou céder son slip pour les sauver d’une inondation… Pas mal pour un ornithorynque plutôt velléitaire. Inspiré des albums de Magali Le Huche, prolifique autrice jeunesse connue notamment pour les aventures de Jean-Michel le caribou des bois, ce programme de courts-métrages met en scène une troupe d’animaux dans des situations ressemblant à des pastiches délirants de la littérature jeunesse, mais revus et mélangés : on croirait assister à des inédits déviants de Mimi la Souris où chacun des protagonistes aurait revêtu pour rire d’autres identités animalières. Et dans l’épisode Crocroc mal luné, Non-Non élabore même une stratégie rappelant celle du Cosmoschtroumpf de Peyo pour consoler son ami échouant à accomplir son voyage stratosphérique. Une hybridation aussi bariolée que surréaliste qui rappelle les expérimentation baroques du délirant auteur de bande dessinée B-gnet dans Lutin Spirix. Farci de ga

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"Les Indestructibles 2" : toujours aussi fort.e.s !

ECRANS | De retour à l’animation après une parenthèse en prises de vues réelles, Brad Bird donne une suite superlative à ses "Indestructibles", où le divertissement n’exclut pas le politique. La marque de Pixar.

Vincent Raymond | Lundi 2 juillet 2018

Après un énième sauvetage destructeur, la famille Indestructible est, comme tous autres super-héros, définitivement hors-la-loi. Mais un milliardaire désireux de les réhabiliter propose à Hélène d’incarner cette reconquête. Pendant ce temps, Bob gère les enfants à la maison, et notamment bébé Jack-Jack qui révèle d’étonnantes dispositions… À cette lointaine époque (il y a… quatorze ans) où les héros masqués étaient moyennement à la mode (Sam Raimi venait tout juste de sortir Spider-Man), que Brad Bird avait eu le nez creux en sortant Les Indestructibles. Non seulement il revisitait l’univers codifié des "super" selon le prisme Pixar, en combinant vision décalée et parodique, mais il permettait indirectement à Disney d’entrer (certes par une porte dérobée) dans ce territoire jalousement gardé par Warner (Superman, Batman) et la Fox. Et Dieu dans tout ça ? La donne a changé aujourd’hui, la Maison de Mickey possédant l’essentiel de la plus grande fabrique à mutants en activité, Marvel. Pour autant, pensez-vous que Pixar aurait pu se priver d’une joyeuse transgression ? Que nenni !

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"Capitaine Morten et la Reine des araignées" : voiles et toile

ECRANS | de Kaspar Jancis (Est-Irl-GB-Bel, 1h15) animation

Vincent Raymond | Lundi 16 juillet 2018

En pension chez la cruelle Annabelle, Morten espère le retour du bateau de son père, La Salamandre, dont le fourbe Stinger veut s’emparer. Las, un apprenti magicien rapetisse Morten et le propulse au royaume des insectes. Petit par la taille, le garçon reste immensément courageux… Héritiers d’une grande tradition du stop motion, les studios estoniens Nukufilm signent avec Capitaine Morten leur grande entrée dans le circuit des longs-métrages, sans renoncer ni à l’inspiration ni à l’esprit caractéristiques de l’animation des anciens pays "frères". Comme chez les maîtres tchèques ou russes, et même si l’histoire emprunte des sentiers fantaisistes, la marionnette conserve ici une certaine austérité dans sa forme –austérité que l’on retrouve dans certaines aspérités du récit : ici, Annabelle est cruelle et l’araignée (son double miniature) mange en beignets ses victimes. À une époque encourageant les histoires émollientes, il est peu banal de voir un conte osant réactualiser la figure de l’ogre et de la marâtre ! Qu’on se rassure cependant : cela se termine bien pour les gentils, évidemment. Sortie le 15 août

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"Coco" : Pixar os secours des ancêtres

ECRANS | Un petit Mexicain parcourt le Royaume des Morts pour déjouer une malédiction familiale et obtenir une bénédiction en retour. Coutumier des quêtes en milieu hostile ("Monstre & Cie", "Le Monde de Nemo"), Lee Unkrich pousse plus loin le curseur et emporte les cœurs. Signé Pixar.

Vincent Raymond | Lundi 27 novembre 2017

Depuis qu’une aïeule a été abandonnée par son guitariste d’époux, la famille de Miguel a banni toute musique de sa vie. C’est donc un drame quand le garçonnet avoue, le Jour des Morts en plus, se destiner lui aussi à la guitare. Miguel espère trouver du soutien auprès de ses ancêtres… S’il faut aux sceptiques une preuve supplémentaire de l’existence d’un particularisme artistique des studios Pixar au sein de l’empire Disney, Coco tombe à pic : il constitue même une manière de manifeste. Là où les productions issues de la maison-mère misent sur un arsenal codifié d’éléments rassurants pour fédérer leurs publics (schématisons : la quête d’une princesse entrelardée par des torrents de chansons), la branche spécialisée dans les images de synthèse s’aventure dans des territoires insolites, plus stupéfiantes encore du point de vue narratif que technique. Une "originalité" artistique autorisée parce qu’elle s’avère globalement payante… notamment du côté du tiroir-caisse. Notes en sourdine Même si la musique est ici le moteur du personnage principal, elle ne pollue pas le film à heure fixe, ni ne le condimente tel un excipient fo

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"Ernest et Célestine en hiver" : ours dort

ECRANS | de Julien Chheng & Jean-Christophe Roger (Fr., 0h45) animation

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Quatre nouvelles aventures de l’ours musicien et de sa copine-colocataire la souris, glanées avant l’hibernation d’Ernest. L’occasion de rencontrer Bibi l’oie sauvage qu’ils ont élevée, la Souris verte dérobant les objets abandonnés ou Madame Tulipe, voisine du tandem aimant danser… L’ambition de ce programme de courts-métrages est plus modeste que long-métrage ayant donné vie cinématographique en 2012 aux personnages de Gabrielle Vincent : on est ici dans le bout-à-bout d’épisodes formatés pour une diffusion télévisuelle. D’où la question : en dépit de leur qualité formelle tout à fait comparable au film de Benjamin Renner, Stéphane Aubier & Vincent Patar, que font-ils sur grand écran sans "plus-value", sans liant ? On tolère de perdre une partie de l’univers des personnages et de la noirceur ayant fait d’Ernest & Célestine un objet à la poésie complexe ; pas vraiment d’assister à une sorte de projection de DVD grand format.

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"Le Vent dans les roseaux" : Chouette, des films jeune public !

ECRANS | de Arnaud Demuynck, Nicolas Liguori, Rémi Durin, Anaïs Sorrentino & Madina Iskhakova (Fr.-Bel., 1h02) animation

Vincent Raymond | Mardi 17 octobre 2017

Emblème des Films du Nord, société de production d’Arnaud Demuynck, la Chouette du Cinéma accueille à nouveau les petits spectateurs dès 6 ans sous son aile (et sa branche) autour d’une sélection de courts-métrages d’animation ayant en partage la thématique de la liberté. Cinq historiettes pour vanter l’indépendance d’esprit et l’insoumission aux dogmes réducteurs (tel le fameux postulat sexiste "les filles sont faites pour être des princesses à protéger et les garçons pour occire des monstres"), pour la plupart situées dans l’univers médiéval. Dans ce joli florilège, on retiendra le très poétique La Licorne de Rémi Durin, adapté de Martine Bourre, conjuguant élégance du trait et délicatesse de la morale (on n’asservit pas qui l’on aime), agrémenté en outre par la voix de Jean-Luc Couchard. De la belle ouvrage.

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Les dix expositions à ne pas manquer cette saison à Grenoble et aux alentours

Panorama de rentrée culturelle 2017/2018 | Une sélection à base de légendes de l'art (Delacroix, Gauguin, et même les Beatles – pourquoi pas !) mais aussi de jeunes artistes ou encore d'expositions plus patrimoniales – il paraît que l'on va bientôt célébrer l'anniversaire des Jeux olympiques grenoblois.

La rédaction | Mardi 26 septembre 2017

Les dix expositions à ne pas manquer cette saison à Grenoble et aux alentours

Matt Coco En résonance avec la Biennale d'art contemporain de Lyon, qui imagine des Mondes flottants, l'artiste installé à Lyon Matt Coco investira la Halle de Pont-en-Royans début octobre pour une déambulation à la lisière du brouillard. Intitulée In caso di nebbia (traduire : en cas de brouillard), la proposition entend créer un imaginaire flirtant avec l’onirique où le naturel se mêle à l’industriel. Un paysage de volumes aboutis induisant une transformation par l’activation du spectateur, par la danse, le regard, la parole… L’artiste déploiera ainsi une déambulation immersive, en devenir. À la Halle (Pont-en-Royans) du 10 octobre au 30 décembre Alice Assouline

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"Des trésors plein ma poche" : trésors (jeunes) publics

ECRANS | de Ana Chubinidze, Natalia Chernysheva, Camille Müller & Vera Myakisheva (Fr., 0h35min) animation

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

Il était une fois un bonhomme miniature, un dragon mélomane, une araignée tricoteuse, un écureuil amateur de luge, une baleine et une poule voulant voler. Il était une fois six réalisatrices à l’origine de ces histoires. Quand il n’en réalise pas lui même, le studio valentinois Folimage aime à rassembler des courts-métrages à destination du tout jeune public dans des programmations à l’éclectisme graphique réjouissant. Les six films ici présentés remplissent leur office, même si comme dans tout trésor qui se respecte, certains joyaux brillent davantage que d’autres. Par exemple, on remarque ici l’aquarelle d’Alena Tomilova sur Le Nuage et la Baleine rappelant évidemment Le Moine et le Poisson de Michael Dudok de Wit ; ou bien La Luge de Olesya Shchukina, qui n’est pas sans évoquer le style anguleux, voire atome, de l’illustration jeunesse de la fin des années 1950.

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"Mr Chat et les Shammies" : tissu de bêtises

ECRANS | de Edmunds Janson (Let., 0h34) animation

Vincent Raymond | Mardi 19 septembre 2017

Il y a des projets audiovisuels qu’on a du mal à cerner. Ce bout-à-bout de courts-métrages d’animation en fait partie. Si l’on sait depuis Chapi-Chapo et les Tele-Tubbies que les programmes d’éveil destinés aux tout-petits peuvent revêtir des allures franchement psychotropes, Mr Chat et les Shammies les surpasse en bizarrerie… et surtout en laideur. Ici, un chat se trouve investi du rôle de référent adulte auprès des Shammies (des marionnettes anxiogènes faites de patchwork et de brins de laine). Comme il est filmé en vidéo grossière sur un fond moche puis approximativement incrusté dans leur monde, le félin n’a pas le loisir de suivre son instinct, c’est-à-dire les réduire en charpie à coup de griffes et de crocs, dommage ! Il ne peut empêcherez les Shammies d’enchaîner des bêtises soporifiques à base de baignoire ou de chambre mal rangée. Pire : cette grosse peluche bienveillante de Mr Chat finit toujours par les chouchouter ! Cat-astrophique.

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"À la découverte du monde" : Indiana jeunes

ECRANS | de Hélène Ducrocq, Ralf Kukula, Lena von Döhren, Grega Mastnak & Kateřina Karhánková (Fr.-All.-Slo.Tch., 0h34) animation

Vincent Raymond | Mardi 5 septembre 2017

On ne se lassera jamais de découvrir les programmes de courts-métrages d’animation jeune public ! Thématiques, ils offrent aux spectateurs un brassage vivifiant de styles graphiques, d’inspirations, mais aussi de provenances. S’adressant aux 3 ans et plus, À la découverte du monde est une excellente livraison : à part le bizarre Monsieur Philodendron, incompréhensible et douteux film slovène, les quatre autres productions méritent l’attention. On signalera une adaptation d’un tendre classique de littérature enfantine, Je suis perdu (devenant ici le fauviste Un peu perdu), et surtout Les Fruits des nuages, qui clôt la séance. Une merveille métaphorique dont les héros sont de petits êtres craintifs confrontés à une pénurie alimentaire, jusqu’à ce que l’un d’entre eux ose quitter leur clairière-refuge. Sans parole – à l’instar des autres films –, cette réalisation tchèque enseigne en douceur aux enfants que grandir consiste à dompter sa peur du monde extérieur. Raison de plus pour aller le découvrir au cinéma.

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"Lou et l’île aux sirènes" : la bonne surprise animée de la semaine

ECRANS | de Masaaki Yuasa (Jap., 1h52) animation

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

Ado taciturne vivant dans un village de pêcheurs, Kai aime se réfugier dans sa musique. Se laissant convaincre par deux amis de lycée, il forme avec eux un groupe qui séduit une incroyable fan : Lou, jeune sirène mélomane. Le groupe va tenter de la faire accepter par les villageois… Depuis Takahata et Miyazaki, on sait l’importance du commerce que les Japonais entretiennent avec la Nature, s’incarnant dans de multiples divinités protectrices et volontiers farceuses (voir Pompoko). Nouvel avatar de cette innocence joviale, Lou poursuit l’inscription de ce patrimoine traditionnel dans le monde moderne, luttant contre la voracité humaine pour y préserver leur place – il y aura au moins une morale à en retirer. Si le fond est connu, la forme innove. Au classique duo poétique/grotesque courant dans l’anime nippon, Masaaki Yuasa ajoute des éclats de ce néo-screwball héritier de Tex Avery pour quelques séquences débridées (ah, le frénétique générique !) ; mais aussi des moments plus abstraits, où le graphisme est gouverné par des aplats de couleur. Cette hybridation des styles d’animation profite au film et lui donne un relief esthétique su

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Rentrée cinéma 2017 : les quatorze films qui feront notre automne

ECRANS | Bien sûr, on en oublie. Mais il y fort à parier que ces quatorze films constituent des pierres de touche de la fin 2017. Alors sortez votre agenda et cochez les jours de sortie avec nous.

Vincent Raymond | Lundi 28 août 2017

Rentrée cinéma 2017 : les quatorze films qui feront notre automne

Le Redoutable de Michel Hazanavicius 13 septembre Portrait chinois du cinéaste culte Jean-Luc Godard, au moment où il se défait de ce qui lui reste de fantaisie et commence par se prendre sérieusement au sérieux, Le Redoutable est adapté du récit autobiographique Un an après d’Anne Wiazemsky, qui fut en couple avec Godard. En savant théoricien-praticien de l’art du détournement, Michel Hazanavicius (l'homme derrière The Artist et les OSS 117) en a extrait une substance cinématographique purement godardienne, faite de références intellectuelles, de calembours à tiroirs et de ruptures narratives et stylistiques qui dépeint sans déférence ni cruauté le JLG égaré de 1967 (à son époque Mao-moi), à la fois fragile et tyrannique, jouée sans afféterie (mais avec chevrotement et cheveu sur la langue obligatoires) par Louis Garrel.

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"Cars 3" : sortie de piste

ECRANS | de Brian Fee (É.-U., 1h49) animation

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Flash McQueen se fait vieux : la nouvelle génération relègue la sienne aux stands, voire à la casse. Bien décidé à montrer qu’il en a encore sous le capot, l’ancien élève de Doc Hudson tente de remettre les gaz aidé par Cruz Ramirez – une coach qui aurait aimé être pilote… Oublié, le deuxième volet à base d’essence d’espionnage frelatée ; retour ici aux fondamentaux : la course, la gomme brûlée et la fascination puérile pour la vitesse – en se livrant à un peu de psychanalyse de comptoir, on tirerait sûrement des choses rigolotes de cette vénération pour les objets polis, aérodynamiques et écarlates majoritairement masculins. À l’instar d’un Rocky Balboa moyen, McQueen doit accepter son déclin et de transmettre le flambeau. Mais de continuer à en remontrer à une bleusaille arrogante. Cette leçon vaut bien un rodage, sans doute, mais elle n’ajoute rien à la gloire de Pixar, dont on espère avec Coco (en novembre sur les écrans) enfin un digne successeur au merveilleux Vice-Versa. Le 2 août

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"Molly Monster" : fraternelle couvade pour tout-petits

ECRANS | de Ted Sieger, Michael Ekblad & Matthias Bruhn (Sui.-All.-Nor., 1h09) animation

Vincent Raymond | Mardi 9 mai 2017

Molly trépigne de joie : elle va bientôt être grande sœur ! Mais ses parents sont partis sur l’île aux œufs en oubliant d’emporter le bonnet qu’elle a tricoté pour le futur bébé… Alors Molly ne fait ni une, ni deux et s’en va à leurs trousses… Destiné aux tout-petits dès 3 ans, ce film d’animation en forme de parcours initiatique sous-entend qu’être l’aîné·e d’une fratrie se mérite comme un beau cadeau. Et qu’il faut être prêt·e a triompher de plein d’épreuves dans des ambiances bariolées, plus psychédéliques encore qu’un épisode des Teletubbies passé à la centrifugeuse ou qu’une escapade de Moomins dans l’univers de George Dunning. S’il ne s’avère pas d’un grand secours pour expliquer comment l’on fait les bébés, Molly Monster se révèle en revanche aussi audacieux visuellement que les programmes télévisés en couleur des années 1970.

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Pierre Coré : « J’aime qu’il y ait des niveaux de lecture pour chaque public. »

ECRANS | Le réalisateur de Sahara revient sur la conception de son premier long métrage d'animation. Où l'on apprend comment un éléphant ivre influence une danse serpentine…

Vincent Raymond | Mardi 30 novembre 1999

Pierre Coré : « J’aime qu’il y ait des niveaux de lecture pour chaque public. »

N’était-ce pas risqué de choisir des serpents pour héros ? C’était une terre vierge : c’est la première fois que l’on fait un film avec des serpents un peu gentils — le contraire de Kaa dans Le Livre de la jungle ou de Persiffleur dans Robin des bois chez Disney. Quand j’en ai parlé aux animateurs, ils trouvaient le concept fort, mais en commençant à réfléchir, ils comprenaient pourquoi on ne l’avait jamais fait (rires). J’avais déjà des dessins sur lesquels j’avais enlevé les crochets et les langues fourchues, qui sont effrayants ; j’avais aussi pensé à suggérer les écailles comme des tatouages au henné pour les femelles et ethniques pour les mâles. Ou mis des yeux frontaux comme les mammifères. Anthropomorphiser un serpent est compliqué pour un animateur, on a donc beaucoup travaillé pour trouver des postures. Ici, rien n’est naturel ; il y a une licence permanente pour leur permettre d’avancer de façon rectiligne alors qu’ils se meuvent de manière sinusoïdale. Et lorsqu’ils vont vite, ils font des sauts rappelant des dauphins, des gazelles ou des belettes — c’est-à-dire des animaux qu’on aime. L’observation de vrais

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Pierre Coré : « J’aime qu’il y ait des niveaux de lecture pour chaque public. »

ECRANS | Le réalisateur de Sahara revient sur la conception de son premier long métrage d'animation. Où l'on apprend comment un éléphant ivre influence une danse serpentine…

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Pierre Coré : « J’aime qu’il y ait des niveaux de lecture pour chaque public. »

N’était-ce pas risqué de choisir des serpents pour héros ? C’était une terre vierge : c’est la première fois que l’on fait un film avec des serpents un peu gentils — le contraire de Kaa dans Le Livre de la jungle ou de Persiffleur dans Robin des bois chez Disney. Quand j’en ai parlé aux animateurs, ils trouvaient le concept fort, mais en commençant à réfléchir, ils comprenaient pourquoi on ne l’avait jamais fait (rires). J’avais déjà des dessins sur lesquels j’avais enlevé les crochets et les langues fourchues, qui sont effrayants ; j’avais aussi pensé à suggérer les écailles comme des tatouages au henné pour les femelles et ethniques pour les mâles. Ou mis des yeux frontaux comme les mammifères. Anthropomorphiser un serpent est compliqué pour un animateur, on a donc beaucoup travaillé pour trouver des postures. Ici, rien n’est naturel ; il y a une licence permanente pour leur permettre d’avancer de façon rectiligne alors qu’ils se meuvent de manière sinusoïdale. Et lorsqu’ils vont vite, ils font des sauts rappelant des dauphins, des gazelles ou des belettes — c’est-à-dire des animaux qu’on aime. L’observation de vrais

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"Sahara" : Pour qui sont ces serpents qui sifflent dans le désert ?

ECRANS | Appartenant à des peuples ne frayant jamais ensemble, Ajar le serpent des sables et Eva la serpente de l’oasis bravent les interdits en franchissant les (...)

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Appartenant à des peuples ne frayant jamais ensemble, Ajar le serpent des sables et Eva la serpente de l’oasis bravent les interdits en franchissant les frontières de leurs territoires. Mais leur expédition tourne mal et Eva est capturée par un montreur de reptiles. Ajar part à sa recherche… Dans le paysage plutôt singulier de l’animation français, où fleurissent d’un côté des créations aux partis pris stylistiques et/ou scénaristiques radicaux (Avril, Ma vie de courgette, Tout en haut du monde…), de l’autre de médiocres décalques des studios américains (Le Petit Prince), Sahara apparaît comme une curiosité. Car s’il emprunte à ces dernières leur esthétique “standardisée” ainsi que la bonne vieille trame d’une quête initiatique riche en personnages aux formes rondes et aux couleurs vives, le propos ne se trouve pas pour autant aseptisé. Derrière l’apparente convention se tient un buddy movie solide à l’animation tout sauf boiteuse — en même temps, a-t-on déjà vu serpent boiter… Pierre Coré n’est pas là pour épater l’œil en oubliant de raconter son histoire, il réfléchit à une harmonie d’ensemble et livre une œuvre d’une jol

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"Louise en hiver" : seule au monde

ECRANS | de Jean-François Laguionie (Fr., 1h15) animation

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

Vacancière âgée dans une station balnéaire, Louise a manqué le dernier train de retour de la saison. La voilà prise au piège dans sa maison de villégiature pour l’hiver, avec pour seule compagnie la mer, ses souvenirs et un chien… Langueur de sieste et tonalité pastel portent ce film au ralenti, comme des vaguelettes bercent un bateau amarré à quai. Bien sûr, la technique artisanale est superbe, et la maestria de Jean-François Laguionie (Le Tableau) toujours intacte, mais le format court-métrage eût été suffisant pour venir à bout des vacances involontaires de cette Madame Hulotte en retraite. Sans doute le voyage intérieur que Louise accomplit dans sa nostalgie fera-t-il écho auprès des têtes argentées ; encore faut-il que ces spectateurs consentent à aller voir un film d’animation sans bambin pour escorte – ce qui n’est pas, hélas, toujours gagné. Demeure un étonnement : pourquoi avoir attribué à Louise le timbre râpeux de Dominique Frot, alors que sa silhouette et son minois semblent avoir été calqués sur la douce Isa

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Robinson Crusoe

ECRANS | de Vincent Kesteloot & Ben Stassen (Bel., 1h30) animation

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Robinson Crusoe

Le plus célèbre naufragé du monde refait surface, sous forme animée et en 3D. Mais était-ce bien nécessaire ? Pour “justifier” cette adaptation du roman de Daniel Defoe à destination d’un jeune public, on a gratifié le marin perdu d’animaux parlants, de chats maléfiques, de couleurs saturées et de péripéties moisies. Ajoutons un registre d’expressions faciales limitées et des textures peu travaillées pour faire bonne mesure. Heureusement qu’une séquence durant une poursuite sur un aqueduc offre quelques sensations fortes : pendant quelques secondes, on est proprement désorienté, n’ayant plus conscience du haut ni du bas ! S’échouant sur nos écrans à Pâques (les vacances, pas l’île), ce film encore plus malade que Les Pirates ! Bons à rien, Mauvais en tout (2012) constitue la meilleure incitation à lire la prose du regretté Michel Tournier, qui avait livré en 1967 sa variante sur le mythe de Robinson Crusoé. VR

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Ma petite planète verte

ECRANS | de 5 réalisateurs (Bel./Mex./Can./Fin./Cor., 0h36) animation

Vincent Raymond | Mardi 1 mars 2016

Ma petite planète verte

L’environnement étant dans l’air du temps (pas trop tôt), tout comme les programmes de courts-métrages à destination des tout-petits, il était inéluctable qu’un distributeur en vienne à mêler les deux concepts. Ici, on sensibilise donc par l’image les bambins de 3 ans aux dangers du réchauffement climatique (Bienvenue chez moi !), au respect de la nature (Prends soin de la forêt), aux misères des animaux en batterie (Paola Poule Pondeuse) ; on leur enseigne à ne pas gaspiller l’eau (S’il vous plaît, gouttelettes). Mais pourquoi diantre conclure avec Le Bac à sable ? Une interminable fantaisie vieillotte et canadienne qui doit illustrer l'idée du recyclage… VR

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Les Espiègles

ECRANS | De Janis Cimermanis (Let., 45min) animation

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Les Espiègles

Visible dès 3 ans, cette nouvelle récolte de courts-métrages animés issus des studios lettons AB, signés par l’auteur de SOS Brigade de secours !, est très axée sur les questions de nature – l’espièglerie étant l’arme pacifique dont les animaux se servent pour se prémunir des attaques ou de la désinvolture humaine. Réalisés en stop motion à partir de pâte à modeler et de poupées dont les fibres diverses hurlent leur origine synthétique et les colorants non biologiques, ces petits films bariolés se révèlent toujours aussi plaisants à découvrir.

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Dofus - Livre 1 : Julith

ECRANS | D'Anthony Roux & Jean-Jacques Denis (Fr., 1h47) animation

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Dofus - Livre 1 : Julith

Exception notable dans la constellation des jeux de rôle en ligne ET des manga, Dofus est une création 100% tricolore – cela ne lui décerne pas d’office un brevet d’excellence, mais mérite que l’on s’intéresse à son cas. Déjà décliné avec succès dans une série animée télévisée, son univers heroic fantasy, aux arcs narratifs entre Star Wars (pour le côté orphelin à pouvoirs héritier de puissances maléfiques) et Dragon Ball (pour l’aspect quête en meute baroque et les acolytes grotesques dragueurs) passe au tableau supérieur en s’offrant le grand écran grâce Gebeka. Sans rivaliser avec ces vis sans fin (ont-elles d’ailleurs jamais eu un commencement ?) que sont Naruto ou One Piece, ce qui s’annonce comme un premier opus trouve sa place et son rythme ; il peut même se gagner un public plus adulte que la cible de base, ravi d’y trouver un second niveau de lecture. Un brin coquin, comme le veut la tradition, mais plus goguenard qu’égrillard…

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Tout en haut du monde

ECRANS | De Rémi Chayé (Fr, 1h20) animation

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Tout en haut du monde

Le renouveau de l’animation viendrait-il de la diversité européenne ? Car même si l'on trouve mille qualités à Vice-Versa, Dragons voire à L’Âge de glace, ces films souffrent tout de même d’un regrettable conformisme esthétique – quand ils ne succombent pas à certains tics et gimmicks narratifs. Comme si la créativité de leurs auteurs n’avait le droit de s’exprimer qu’à l’intérieur d’un champ clos produisant des fruits ronds, colorés et sucrés, à la saveur prévisible. De notre côté de l’Atlantique, les cinésates ont une autre approche. Parce qu’ils ne cherchent pas à rivaliser dans la restitution de la réalité (cette course à l’échalote technique servant d’argument aux films ayant les scénarios les plus pauvres), ils investissent l’écriture en traitant de sujets plus segmentants et moins glamour, tout en réfléchissant à la dimension plastique de leurs œuvres. Découvrir Tout en haut du monde, c’est avoir le regard ébloui par une bourrasque de pureté et de clarté. R

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Le Voyage d’Arlo

ECRANS | Après avoir conquis les esprits et les cœurs au printemps grâce à "Vice-Versa", le studio Pixar sort son second film de l’année. Est-ce une si bonne nouvelle que cela ?

Vincent Raymond | Mardi 24 novembre 2015

Le Voyage d’Arlo

Comme il y a des années à treize lunes, 2015 aura donc été celle aux deux Pixar. Mais le calendrier se révèle aussi implacable que trompeur : sorti après Vice-Versa, Le Voyage d’Arlo aurait dû le précéder d’un an, si son réalisateur initial Bob Peterson n’avait pas été remercié, et si surtout le projet avait été plus solide. Malgré les changements d’équipes, les remaniements de scénario ; malgré enfin la garantie de qualité théorique que constitue le label Pixar, c’est un film malade qui nous est donné à voir. Aussi bancal et minuscule que le héros-titre au sortir de son œuf immense et prometteur. Oh, la technique n’est pas en cause : la représentation des décors et de la nature frise la perfection… jusque dans ses imperfections ; quant à la relative laideur des personnages (ou, à tout le moins, leur graphisme sommaire, digne d’un patatoïde de classe maternelle), elle semble destinée à rappeler au spectateur qu’il se trouve

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Vice-Versa : la Révolution Pixar

ECRANS | "Vice-Versa", chef-d’œuvre absolu signé Pete Docter, est un nouveau cap pour la révolution initiée depuis vingt ans par les studios Pixar dans le cinéma d’animation. Ou comment une bande de geeks est venue bousculer le monstre Disney, qui n’est pas parvenu à tuer leur créativité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Vice-Versa : la Révolution Pixar

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? » On ne sait pas si John Lasseter et ses camarades des studios Pixar ont lu Lamartine, mais ils auraient pu graver cette fameuse citation au frontispice de leurs bureaux. Au moins en ont-ils donné une version 2.0 à travers leur mythique logo : une lampe fait des bons comme à pieds joints, lançant des œillades de lumière au spectateur avant d’aller écraser et remplacer le I de Pixar. L’objet doté de personnalité, de vie et d’humour : un véritable credo à la source de leurs premiers travaux, mais aussi l’amorce de la révolution Pixar. C’est d’abord un pied de nez à la tradition Disney : là où la firme du haut château s’intéressait avant tout aux héros des contes classiques (de Blanche-Neige à Pinocchio) et à l’humanisation des animaux (Bambi, Dumbo, la centaine de dalmatiens ou encore les Aristochats), Pixar choisit de laisser la figure humaine dans l’ombre et ne se consacre à nos amis les bêtes que si celles-ci lui autorisent un changement radical d’échelle. Avec les deux Toy story et Mille et une pattes, réalisés par le grand manitou John Lasseter (épaulé par le non moins influent Andrew Stanton, f

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Vice-Versa

ECRANS | Les studios Pixar et Pete Docter donnent une singulière lecture de ce que l’on appelle un film-cerveau en plongeant dans la tête d’une fillette de onze ans pour suivre les aventures de… ses émotions ! Aussi ambitieux qu’intelligent, drôle, émouvant et exaltant, "Vice-Versa" est une date majeure dans l’histoire du cinéma d’animation. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Vice-Versa

Vice Versa tombe à pic pour rappeler deux choses essentielles : d’abord que les studios Pixar sont de grands aventuriers du cinéma, des pionniers qui ne se reposent pas sur leurs lauriers et semblent se nourrir de défis toujours plus ambitieux. Il a fallu huit ans au génial Pete Docter, déjà auteur de Monstres et Compagnie et de Là-haut, pour venir à bout de Vice Versa ; on comprend à sa vision à quel point tous les projets montés par le studio entre temps n’étaient que des récréations (parfois formidables comme Toy Story 3 ou Rebelle, parfois décevantes comme les suites de Cars et de Monstres et Compagnie) en attendant d’accoucher de cette œuvre majeure. Deuxième rappel : le cinéma d’animation n’est pas, co

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Monstres academy

ECRANS | Déception pour le nouveau Pixar : la greffe entre l’univers de "Monstres et Cie" et celle du film de campus ne prend qu’à moitié, et le scénario paraît bien attendu par rapport à celui du précédent "Rebelle". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 7 juillet 2013

Monstres academy

On se souvient avec émotion de Monstres et Cie, peut-être le film qui a fait basculer Pixar dans la cour des grands. L’allégorie sur l’entertainment hollywoodien s’y déployait à travers un récit mené tambour battant et passant par toutes les émotions possibles – la moindre des choses pour un film où le carburant était justement une émotion, en l’occurrence la peur. Plutôt que de lui donner une suite, le studio a choisi de retourner aux origines de ses héros et de greffer l’univers des terreurs d’élite sur celui du teen movie. Sully et Bob «retournent» donc à l’université, avec un antagonisme fort : le premier n’est que le descendant un peu glandeur d’une légende de l’effroi, le deuxième est un gringalet qui veut réussir malgré ses maigres atouts et met toute son énergie dans un bachotage effréné. Le campus est à peine différent de ceux qui forment l’ordinaire du cinéma adolescent américain : des nerds et des bullies, des confréries et des soirées entre étudiants… C’est la première déception du film : plutôt que de renouveler les codes ou d’en fournir une critique, Monstres academy se contente la plupart du temps de les reprodui

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"Rebelle" : Pixar toujours au sommet

ECRANS | Mais qui arrêtera les studios Pixar ? Leur retour à une histoire originale après deux prolongations de franchises maison donne lieu à une pure merveille, chef-d’œuvre scénaristique et leçon de mise en scène animée.

Christophe Chabert | Mercredi 15 août 2012

Il était une fois une princesse écossaise qui rêvait de prendre les armes et de changer son destin, ne plus être la femme promise à un mariage de compromis pour préserver le Royaume des divisions claniques mais se transformer en aventurière romanesque. Cet argument a tous les atours d’un standard Disney, un genre de Raiponce en plus rugueux et féministe. Mais Rebelle est une production Pixar qui, une fois encore, taille des croupières à tous ses concurrents dans l’animation contemporaine. On a pu aimer les progrès effectués chez Dreamworks ou saluer un exploit du côté de l’hexagone (l’excellent Ernest et Célestine, à sortir en décembre) ; mais il faut le reconnaître : Pixar rappelle chaque été qui est le patron, que ce soit en transformant sa franchise la plus populaire en réflexion sombre sur la Shoah (Toy story 3) ou, comme ici, en se lançant dans une histoire originale qui, ce n’est pas la moindre de ses qualités, s’avère VRAIMENT originale. Peau d’ours Qu’on se le dise, Rebelle est un chef-d’œuvre de scénario. Son premier acte, qui s’achève sur le concours des prétendants et le refus de la belle Mer

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Le Tableau

ECRANS | de Jean-François Laguionie (Fr, 1h16) animation

François Cau | Lundi 21 novembre 2011

Le Tableau

Vétéran de l'animation française, Jean-François Laguionie a acquis ses galons avec des films comme Gwen, le livre des sables ou plus récemment L'île de Black Mor. Aujourd'hui septuagénaire, le cinéaste tourne peu mais ses œuvres sont d'un raffinement égal à celles de son ami Paul Grimaut qui l'initia au genre. Objet rare donc, Le tableau l'est à double titre puisque sa beauté est un palais pour le regard. Son idée de génie est simple : rejouer la lutte des classes au sein d'un tableau inachevé où les personnages, finis, règnent sur les pas finis et autres croquis. Pour une histoire d'amour entre un garçon d'en haut et une fille d'en bas, trois d'entre eux, un de chaque rang, sortent du cadre pour retrouver ce peintre qui n'a pas terminé son travail. Ils explorent ainsi son atelier et passent de tableaux en tableaux, évoluant comme dans autant de réalités s'adaptant aux nuances de chacune des toiles. C'est un peu comme si Toy Story lisait Marx en rejouant la séquence du musée des Looney Tunes de Joe Dante. En ressort un film inventif, amusant, intelligent et dont les vertus pédagogiques n'écrasent jamais l'ambition poétique ou cinémato

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Coco avant Chanel

ECRANS | D’Anne Fontaine (Fr, 1h53) avec Audrey Tautou, Benoît Poelvoorde, Alessandro Nivola…

Christophe Chabert | Jeudi 16 avril 2009

Coco avant Chanel

La mode du biopic n’est pas prête de se tarir sur les écrans, chaque pays se cherchant héros et héroïnes pour en faire de romanesques adaptations suçant la roue du modèle américain. Coco Chanel a déjà remporté le titre français en 2009, puisqu’avant la version Jan Kounen à venir au second semestre, voici sa jeunesse en mode Anne Fontaine. La cinéaste livre une copie appliquée où rien ne manque sur le pourquoi du comment de la vocation et des engagements de Gabrielle dite Coco. En témoigne la scène initiale où, abandonnée par son père dans un pensionnat de bonnes sœurs, son regard s’attarde longuement sur la coiffe noir et blanche des nonnes… Chanteuse sans le sou dans des cabarets minables, en révolte contre le patriarcat et la bourgeoisie de son temps, elle va canaliser son désir de revanche sociale et personnelle dans l’invention de vêtements qui libèreront la femme des lourdeurs froufrouteuses et des corsets étouffants. Une démarche à l’opposé de la pesanteur scénaristique et cinématographique d’Anne Fontaine, qui explique et souligne tout, ne laisse aucun vide ni dans les plans, toujours sagement centrés sur l’action, ni entre les scènes. Cet académisme e

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Sly is back

MUSIQUES | On va pas vous casser les noix ou toute autre partie du corps avec le retour de Stallone. Non, la nouvelle qui secoue (modérément) le landernau de la (...)

| Mercredi 10 janvier 2007

Sly is back

On va pas vous casser les noix ou toute autre partie du corps avec le retour de Stallone. Non, la nouvelle qui secoue (modérément) le landernau de la scène locale, c’est l’actu chaude brûlante de Sly & The Gayz. Le trio emo glam pop (dans cet ordre-là, s’il vous plaît) nous avait balancé dans les esgourdes le EP On your Skin, un jeu permanent sur les émotions primaires d’un rock fier de ses kitscheries, en délicieuse roue libre, qui n’hésite pas à foncer tête baissée dans bon nombre de clichés sonores pour mieux les atomiser en autant de particules foutraques. Des morceaux comme Drowning in the Sand ou I’ve Broken a Glass ont d’ores et déjà fait entrer Scotty “Sly“ Mayrow, Richy Love et David Jonathan dans le panthéon sulfureux de nos chouchous locaux, pour le meilleur et le meilleur. Le pire, c’est que sur scène, les trois fantassins USA-Friendly ont pris pour attitude de retourner leur auditoire dans tous les sens – demandez donc au public du dernier festival Magic Bus quelle fut la révélation live parmi les formations présentes sur scène ces soirs-là, et la réponse sera quasi unanime. Unique affront à leur palmarès, les Sly & The Gayz ont fini deuxièmes au concours du tube de l’

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