"Que le diable nous emporte" : le diable se déshabille en bla-bla

ECRANS | de Jean-Claude Brisseau (Fr., 1h37) avec Fabienne Babe, Isabelle Prim, Anna Sigalevitch…

Vincent Raymond | Lundi 8 janvier 2018

Photo : Les Acacias


Vu le contexte actuel, il est à redouter que ce nouveau film de Jean-Claude Brisseau suscite une volée d'anathèmes venant d'apôtres du boycott moral n'ayant, pour certain·e·s, jamais vu une traître image de ses longs-métrages. Depuis sa condamnation devant les tribunaux pour harcèlement et agression sexuelle dans le cadre de son activité de cinéaste, ses opus anciens et récents sont tous entachés de suspicion ; d'autant que l'homme n'a pas renoncé à filmer des femmes se dévêtant et s'aimant dans de vastes appartements : Que le diable nous emporte en témoigne. Et sa confidentialité, comme sa fragilité économique, en font une bien commode cible expiatoire : lorsque l'affaire Weinstein a enfin éclaté (et qu'il fallut faire choir des têtes), quelques heures suffirent pour que sa rétrospective prévue pour janvier à la Cinémathèque soit reportée sine die. Ce malus post-tribunaux a dû en arranger d'autres : pendant qu'on se braquait sur le vieux Brisseau, on ne regardait pas ailleurs…

Que le diable nous emporte creuse donc un sillon de chairs et d'esprits connu : une donzelle élancée s'invite par accident dans un couple de femmes, couche avec elles, leur abandonne son jules alcoolo avant de s'initier à la lévitation en compagnie d'un vieux sage qu'elles hébergent… Entre interrogation métaphysique, fascination pour les ingénues, esthétique du saphisme, méditation transcendantale, création artistique et voyeurisme, ce film synthétise tout le bizarre, le bancal, mais aussi le bavard de son œuvre. Brisseau rohmerise plus souvent qu'à son tour ; et à travers les mots, la chair se révèle triste, dépassée – d'où cet attrait (déjà ancien) pour l'élévation spirituelle. C'est peut-être là que réside sa subversion majeure, et sa contradiction : user autant d'un cul pictural pour parler de l'esprit.


Que le diable nous emporte

De Jean-Claude Brisseau (Fr, 1h30) avec Fabienne Babe, Isabelle Prim...

De Jean-Claude Brisseau (Fr, 1h30) avec Fabienne Babe, Isabelle Prim...

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La Fille de nulle part

ECRANS | De et avec Jean-Claude Brisseau (Fr, 1h31) avec Virginie Legeay…

Christophe Chabert | Mercredi 30 janvier 2013

La Fille de nulle part

Visiblement brisé par ses démêlées judiciaires et abandonné par ses producteurs, Jean-Claude Brisseau adopte une posture radicale : un film tourné entièrement chez lui, avec une actrice principale, deux trois acteurs secondaires et lui-même dans le premier rôle masculin. Il en assure par ailleurs les prises de son « sauvages » et les effets sonores fantastiques. Si le Brisseau période "je filme la jouissance des jeunes filles" évoquait un Bénazéraf auteurisant, cette Fille de nulle part fait penser à du Jean Rollin. Mêmes percées ésotériques cheaps, même dissertations pénétrées sur le Diable, Dieu, la philosophie… Et même amateurisme dans le jeu, puisque Brisseau est de loin le plus mauvais acteur qu’on ait vu sur un écran. Difficile du coup de ne pas exploser de rire à chacune de ses répliques, tout comme il n’est pas évident de le suivre dans ses délires mystiques. Parfois, quelque chose d’authentique et de touchant traverse l’écran, et on a même un bref instant les cheveux qui se dressent sur la tête… Mais Brisseau est rattrapé par l’inconséquence de son scénario (une scène hilarante le montre haranguant la mort dans son salon !) qui fait de

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