"3 Billboards, les panneaux de la vengeance" : bons baisers du Missouri

ECRANS | Marqué par un enthousiasmant trio d’interprètes (Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell) et une narration exemplaire (une femme souhaite que l'enquête sur le meurtre de sa fille avance enfin), ce "revenge movie" décalé réalisé par Martin McDonagh nous fait tomber avec délices dans le panneau. Le Midwest, le vrai…

Vincent Raymond | Dimanche 14 janvier 2018

Photo : Twentieth Century Fox


Excédée par l'inertie de la police dans l'enquête sur le meurtre de sa fille, l'opiniâtre Mildred le fait savoir sur trois pancartes géantes jusqu'alors à l'abandon au bord d'une route peu fréquentée. Les conséquences indirectes de cette initiative dépasseront tout ce qu'elle aurait pu imaginer…

La présence en tête de gondole de Frances McDormand biaise sans doute l'appréciation. N'empêche : Joel et Ethan Coen auraient pu signer 3 Billboards… Son scénariste et réalisateur Martin McDonagh, qui s'était déjà illustré en 2008 avec Bons baisers de Bruges (polar sérieusement déviant en dépit de son titre français bien naze), fond en effet avec une maestria comparable chronique sociale et sarcasme décapant dans une matrice de film noir. Certes, la géographie les sépare (McDonagh opte pour le Missouri quand les Coen balancent entre la froidure du Minnesota et le torride du Texas), mais le creuset humain est le même : une population globalement rurale riche en stéréotypes conservateurs ; un vase clos éloigné de l'administration fédérale conspuée à l'envi.

Attention : virages sur 1h56

On pourrait croire que 3 Billboards… va tourner en dérision le bouseux selon des procédés communs, le renvoyant à son indécrottable arriération, son racisme et autres joyeusetés. En réalité, McDonagh offre un plaisir ineffable – et si rare – au public : celui de le déconcerter, de le déranger sans cesse dans ses attentes. Chaque séquence offre son lot d'inattendu ; chaque personnage agit à l'encontre de nos prévisions. Le manichéisme en prend pour son grade, la morale n'est pas épargnée, le politiquement correct aussi ; et surtout la fin se révèle fabuleusement frustrante puisqu'elle ne boucle pas l'histoire. Un tel irrespect de la doxa de la satiété comme du culte de la narration parfaite force l'admiration. Et la gratitude.

Petit bijou d'originalité, 3 Billboards… ne relève en rien du cinéma indépendant, puisqu'issu de la division "recherche" (c'est-à-dire "auteurs") de la Fox, au même titre que La Forme de l'eau de Guillermo del Toro (Lion d'Or à Venise, sur les écrans le mois prochain) contre lequel il se trouve désormais opposé dans toutes les cérémonies : vainqueur de 4 statuettes contre 2, il a remporté la première manche lors des Golden Globes, en attendant une possible revanche à l'occasion des Oscars.

Un studio où l'on dénombre une belle proportion de productions s'écartant des canons de la facilité, et ce bien qu'il ait été jusqu'à décembre dernier la possession du très conservateur Rupert Murdoch. Fasse que Disney, le nouveau maître des lieux, joue la continuité. Il convient parfois d'être conservateur…

3 Billboards, les panneaux de la vengeance
de Martin McDonagh (GB-ÉU, 1h 56) avec Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell…


3 billboards, les panneaux de la vengeance

De Martin McDonagh (Angl-ÉU, 1h56) avec Frances McDormand, Woody Harrelson...

De Martin McDonagh (Angl-ÉU, 1h56) avec Frances McDormand, Woody Harrelson...

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Après des mois sans que l'enquête sur la mort de sa fille ait avancé, Mildred Hayes prend les choses en main, affichant un message controversé visant le très respecté chef de la police sur trois grands panneaux à l'entrée de leur ville.


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"Nomadland" : une reconquête de l’Ouest

ECRANS | Une année en compagnie d’une sexagénaire jetée sur la route par les accidents de la vie. Un road trip à travers les décombres d’un pays usé et, cependant, vers la lumière. Poursuivant sa relecture du western et des grands espaces, Chloé Zhao donne envie de (re)croire à la possibilité d’un rêve américain. Primé au Tiff, Lion d’Or à Venise, Oscar du meilleur film.

Vincent Raymond | Mercredi 9 juin 2021

L’Ouest, le vrai : frappé par la désindustrialisation. Où les baraques préfabriquées sont ouvertes aux quatre vents et les villes devenues fantômes. Où une partie de la population, victime de maladies professionnelles, dort au cimetière et les survivants… survivent comme ils le peuvent. Certains, comme Fern à bord de son vieux van, ont pris la route et joint la communauté des nomades, enchaînant les boulots saisonniers au gré des latitudes. Loin d’une partie de plaisir, son voyage sera tel un pèlerinage l’obligeant à se priver du superflu, l’autorisant à se défaire du pesant… Inspiré d’un livre-enquête de Jessica Bruder consacré aux victimes collatérales de la crise des subprimes de 2008 (des sexagénaires privés de toit poussés au nomadisme), Nomadland s’ouvre sur un carton détaillant l’exemple de la ville d’Empire dans le Nevada, passée de florissante à miséreuse, et nous fait suivre sa protagoniste en âge d’être à la retraite, cumulant des petits jobs précaires chez les nouveaux rois de l’économie. Des éléments à charges supplémentaires contre l’ubercapitalisme, direz-vous ; un

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Festival Télérama : de l’art de la rétrospective 2018

ECRANS | Alors que le célèbre hebdomadaire propose du mercredi 16 au mardi 22 janvier au Club et au Méliès une sélection des meilleurs films de l'année écoulée (selon ses journalistes), le Jeu de Paume de Vizille fait de même. Mais avec lui, ce sont les spectateurs qui ont voté.

Vincent Raymond | Mardi 15 janvier 2019

Festival Télérama : de l’art de la rétrospective 2018

Il en va de même à chaque début d’année : on solde la précédente en effectuant des florilèges, palmarès ou best of, y compris dans les salles. Cette démarche louable permettant de rattraper quelques films manqués sur grand écran (ou de revoir ceux qu’on avait appréciés) possède cependant un ennuyeux double-tranchant : il réduit de fait la fenêtre d’exposition des nouveautés durant toute la seconde quinzaine de janvier. Et cause un choix cornélien au public, sommé d’arbitrer entre son goût pour le risque et celui du reviens-y. Ajoutons que l’art de la rétrospective ne se pratique pas partout de la même manière. Si les cinémas grenoblois le Club et le Méliès optent pour le clé en main, en reprenant la programmation établie par l’hebdomadaire Télérama (d’autant qu’ils sont malins les confrères : ils glissent toujours une ou deux p’tites avant-premières dans leur kit pour appâter le chaland – La Chute de l'empire américain de Denys Arcand, Tout ce qu'il me reste de la révolution de Judith Davis et Nos vies formidables de Fabienne Godet), le Jeu de Paume à Vizille a fait quant à lui dans

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"La Planète des Singes - Suprématie" : impressionnant western darwinien

ECRANS | de Matt Reeves (É.-U., 2h22) avec Andy Serkis, Woody Harrelson, Judy Greer…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Chef incontesté des Singes, César aspire à vivre en paix avec son peuple. Mais un bataillon humain mené par le Colonel vient le défier en semant la mort parmi les siens. Le chimpanzé parlant se résout donc à l’affronter. En route vers son destin, il adopte une étrange fillette muette… La Planète des Singes est l’exemple rare d’une franchise dont l’intérêt ne s’émousse pas au fil des épisodes. Au volume 3 de la série en cours (dont César est le fil conducteur), on assiste même à un point d’orgue épique et tragique : Suprématie n’a rien d’une conclusion sommaire sans enjeu. C’est un total western darwinien. S’il propose sa récurrente lecture écologique en plaçant à nouveau l’humain en situation d’"espèce menacée" (l’inscription se trouve d’ailleurs arborée par un soldat sur son casque) du fait de l’avènement des singes, il suggère un moyen plus raffiné pour oblitérer l’ancien maître de la planète de son humanité – qui ne constituera cependant pas une surprise aux familiers de la saga. Au-delà, Suprématie ressemble à une variation sur les batailles entre tribus amérindiennes et l’armée améri

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Fargo, du sang sur la neige

ECRANS | On continue cette semaine notre rétrospective "20 ans de PB, 20 ans de ciné" en se téléportant en 1996, mais surtout en rendant hommage à un tandem de cinéastes (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 décembre 2013

Fargo, du sang sur la neige

On continue cette semaine notre rétrospective "20 ans de PB, 20 ans de ciné" en se téléportant en 1996, mais surtout en rendant hommage à un tandem de cinéastes régulièrement loués dans nos colonnes : Joel et Ethan Coen. Fargo leur permet de revenir sur leurs terres natales, le Minnesota froid et enneigé, où un fait divers sordide se transforme devant leur caméra en tragédie de la bêtise et de la cupidité. Jerry Lundegaard (William H. Macy), médiocre vendeur de voitures, paie deux tueurs dégénérés, l’un (Steve Buscemi) volubile et agité, l’autre (Peter Stormare) peu loquace et impassible, pour enlever sa propre femme et demander une rançon à son beau-père blindé mais radin. Bien sûr, le plan tourne au cauchemar et seule une femme flic enceinte (Frances McDormand) tente de résister à cette spirale de violence. Le génie des Coen éclate à tous les étages de Fargo : le dialogue, vertigineux, la construction scénaristique, particulièrement audacieuse avec ses digressions imprévisibles – notamment via un personnage de Japonais dépressif et mythomane – et bien sûr la mise en scène, fabuleuse. En pleine symbiose avec leur chef opérateur Roger Deakins, les Coen

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Insaisissables

ECRANS | Un piteux exercice de manipulation, hypocrite et rutilant, avec un casting de luxe que Louis Leterrier n’arrive jamais à filmer, trop occupé à faire bouger n’importe comment sa caméra. Nullissime. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Lundi 5 août 2013

Insaisissables

De son apprentissage chez EuropaCorp comme yes man pour les scénarios torchés à l’arrache par Luc Besson, Louis Leterrier a visiblement retenu plusieurs leçons, toutes mauvaises : d’abord, confondre montage et rythme, mouvements incessants de caméra et retranscription de l’action. Il faut voir l’introduction d’Insaisissables, sorte de bouillie filmique d’une laideur visuelle à pleurer de dépit, pour saisir l’étendue du désastre. Aucun élément ne semble attirer le regard de Leterrier : ses plans n’enregistrent rien, s’annulent les uns les autres et chaque présentation d’un des magiciens se fait dans une hystérie de vulgarité putassière là encore bien bessonienne : les filles se foutent à poil — un peu — mais le sexe n’a jamais lieu, et lorsque le mentaliste de la bande hypnotise un couple, c’est avant tout pour fustiger l’infidélité du mari. Là où Insaisissables devient franchement insupportable, c’est quand ce grand barnum que l’on peine à qualifier de mise en scène finit par atteindre le casting lui-même, pourtant prestigieux. Leterrier ne s’intéresse absolument jamais à ces acteurs, ne leur donnant aucun espace pour jouer, les filmant à moitié dans l’

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7 psychopathes

ECRANS | De Martin McDonagh (Ang, 1h50) avec Colin Farrell, Woody Harrelson, Sam Rockwell, Christopher Walken…

Christophe Chabert | Vendredi 25 janvier 2013

7 psychopathes

Dans 7 psychopathes, Colin Farrell incarne un scénariste alcoolique, coincé sur un script intitulé 7 psychopathes. Du coup, il ne faut pas avoir fait de hautes études pour oser l’identification entre le personnage et l’auteur du film, Martin McDonagh – même si on ne sait rien de ses penchants pour la bibine. En revanche, quand on voit Farrell et son pote taré (Sam Rockwell, au-delà du cabot) devant un Kitano au cinoche, alors que le précédent film de McDonagh, Bons baisers de Bruges, se référait avec malice au Sonatine du maître Takeshi, il n’y a plus de doute sur le degré de mise en abyme. Le problème, comme souvent dans ce genre de projets où l’écriture de la fiction et sa mise en scène à l’écran se fondent l’une dans l’autre, c’est de conserver une rigueur narrative là où le grand n’importe quoi est évidemment autorisé. Alors que McDonagh n’a même pas encore tiré le portrait des 7 psychopathes du titre, le voilà déjà en train d’en fusionner deux en un, puis d’en faire le co-auteur de l’histoire des autres psychopathes… Vous n’y comprenez rien ? Normal, le film cherche la confusion et broie dans son délire tous ses atouts, à commencer par un

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