"Le Collier rouge" : chienne de guerre

ECRANS | de Jean Becker (Fr., 1h23) avec François Cluzet, Nicolas Duvauchelle, Sophie Verbeeck…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Photo : Apollo Films


1919. L'officier Lantier doit instruire le dossier de Morlac, un héros de guerre accusé d'un mystérieux crime contre la Nation. Pendant qu'un chien aboie sans cesse hors de la caserne où le prévenu est retenu, Lantier cherche à comprendre…

De Jean Becker, on espère encore la sécheresse et la sensualité d'un Été meurtrier ; hélas, depuis Les Enfants du marais, il semble préférer les crépuscules du passé ou d'un présent vitrifié. Parfois, cela donne des moments de grâce (le tendre La Tête en friche) ; parfois de fausses bonnes idées. Tel ce film-dossier montant tout une mayonnaise autour d'un acte que des yeux contemporains jugeront insignifiants de banalité. Car jamais il ne leur est permis d'épouser le regard de l'époque, ni de s'installer dans la mentalité d'alors.

L'emboîtement des récits, la romance et la politique se marchent sur les pieds au point de se faire trébucher ; quant aux personnages, il n'ont pas le temps d'être incarnés dans leurs profondeurs de soldats brisés. Pourtant, il y avait deux sacrés gabarits pour faire le job : François Cluzet en bourgeois guindé et Nicolas Duvauchelle en paysan aussi ombrageux qu'orgueilleux formaient le tandem idéal. Sans doute eût-il été plus intense encore dans un mano a mano sur scène plutôt que dans ce film hélas aux abois.


Le Collier rouge

De Jean Becker (Fr, 1h23) avec François Cluzet, Nicolas Duvauchelle...

De Jean Becker (Fr, 1h23) avec François Cluzet, Nicolas Duvauchelle...

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Dans une petite ville, écrasée par la chaleur de l’été, en 1919, un héros de la guerre est retenu prisonnier au fond d’une caserne déserte. Devant la porte, son chien tout cabossé aboie jour et nuit. Non loin de là, dans la campagne, une jeune femme usée par le travail de la terre, trop instruite cependant pour être une simple paysanne, attend et espère. Le juge qui arrive pour démêler cette affaire est un aristocrate dont la guerre a fait vaciller les principes. Trois personnages et, au milieu d’eux, un chien, qui détient la clef du drame…


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"Une sirène à Paris" : amour en eaux douces

ECRANS | De Mathias Malzieu (Fr., 1h42) avec Nicolas Duvauchelle, Marilyn Lima, Rossy de Palma…

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Alors que son père va vendre la péniche familiale Flowerburger, historique siège d’un groupe d’embellisseurs de vie (les surprisiers) Gaspard, un musicien au cœur brisé, découvre Lula, jeune sirène échouée sur les rives de la Seine. Pour la sauver, il l’emmène chez lui… S’il n’y avait les rêveurs pour le porter et lui donner de l’oxygène, le monde s’écroulerait, asphyxié. Mathias Malzieu en fait partie, qui déploie son imaginaire de chansons en livres et de livres en films, explorant des univers connexes à ceux de ses devanciers Tim Burton ou Jean-Pierre Jeunet. Comme dans La Mécanique du cœur ou Métamorphose en bord de ciel, le meneur de Dionysos ose ici un conte façon alchimie entre merveilleux et mélancolie avec des héros cabossés depuis l’enfance et des créatures surnaturelles. Avec ses décors baroques, sa musique faite maison, ses interprètes attachants (le couple Duvauchelle/Lima s’avère osmotique), Une sirène à Paris cherche à ranimer un certain esprit magique, que l’on peut apprécier comme une forme de nostalgie d’un paradis cin

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"Nous finirons ensemble" : Guillaume Canet et ses potes encore un peu plus à l’ouest

ECRANS | De Guillaume Canet (Fr., 2h15) avec François Cluzet, Marion Cotillard, Gilles Lellouche…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Dix ans après l’été maudit qui vit périr l’un des leurs, le groupe d’amis du Cap Ferret des Petits mouchoirs s’est disloqué. Sous l’impulsion d’Éric, ils se retrouvent tous pour célébrer les 60 ans de Max. Or celui-ci, sur le point de vendre sa maison, goûte guère la surprise… On prend les mêmes et on continue en suivant la recette : faire fermenter dans une résidence de nabab émirati ou de milliardaire texan un groupe "d’amis" aux égos hypertrophiés se mesurant la longueur du portefeuille pour savoir qui sera le nouveau mâle alpha de la bande. Fatalement, il faut s’attendre à du combat de coqs. Quand ils en ont le temps, certain·es de ces quadra adulescents pensent (un peu) aux autres. Pas forcément à leurs enfants, ces boulets d’arrière-plan décoratif conservés en cas de nécessité dramatique ; plutôt à la planète le temps d’un couplet fédérateur dans l’air du temps. Ces personnages seraient faits pour être raillés, on souscrirait volontiers. Mais non : il faut les aimer pour leurs "blessures"

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"Normandie nue" : tout nu et tout mal fagoté

ECRANS | de Philippe Le Guay (Fr., 1h45) avec François Cluzet, Toby Jones, François-Xavier Demaison…

Vincent Raymond | Dimanche 7 janvier 2018

Pour attirer l’attention du monde entier sur sa commune où les éleveurs et paysans n’en finissent plus de crever à petit feu, un maire accepte la proposition d’un artiste américain souhaitant photographier ses concitoyens nus dans un champ. Il lui reste juste à les convaincre… Transposer la démarche de Spencer Tunick sur une communauté en pleine lutte sociale, voilà qui aurait pu faire un bon Ken Loach. Sauf que c’est un Philippe Le Guay (Les Femmes du 6e étage, Alceste à bicyclette, ...). Et que le cinéaste français a des ambitions de téléfilm, préférant à une comédie à enjeu dramatique des plans brumeux bucoliques, une surabondance de protagonistes vêtus de chemises à carreaux et des sous-intrigues de clocher éculées. Certes, pour la caution sociale, il glisse bien de-ci de-là une allusion aux cours de la viande, à la concurrence germano-roumaine, aux grandes surfaces ou encore à l’usage des produits phyt

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"Cars 3" : sortie de piste

ECRANS | de Brian Fee (É.-U., 1h49) animation

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Flash McQueen se fait vieux : la nouvelle génération relègue la sienne aux stands, voire à la casse. Bien décidé à montrer qu’il en a encore sous le capot, l’ancien élève de Doc Hudson tente de remettre les gaz aidé par Cruz Ramirez – une coach qui aurait aimé être pilote… Oublié, le deuxième volet à base d’essence d’espionnage frelatée ; retour ici aux fondamentaux : la course, la gomme brûlée et la fascination puérile pour la vitesse – en se livrant à un peu de psychanalyse de comptoir, on tirerait sûrement des choses rigolotes de cette vénération pour les objets polis, aérodynamiques et écarlates majoritairement masculins. À l’instar d’un Rocky Balboa moyen, McQueen doit accepter son déclin et de transmettre le flambeau. Mais de continuer à en remontrer à une bleusaille arrogante. Cette leçon vaut bien un rodage, sans doute, mais elle n’ajoute rien à la gloire de Pixar, dont on espère avec Coco (en novembre sur les écrans) enfin un digne successeur au merveilleux Vice-Versa. Le 2 août

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François Cluzet : « Quand je tourne, je n’ai plus aucune volonté »

3 questions à... | "La Mécanique de l’ombre", thriller politique et premier film de Thomas Kruithof, est l’occasion d’explorer celle du comédien en compagnie de François Cluzet. Cours magistral sur son métier qu’il résume ainsi : « Un acteur, c’est d’abord un corps dans une situation. »

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

François Cluzet : « Quand je tourne, je n’ai plus aucune volonté »

Comment ressent-on la question de la surveillance d’une manière générale lorsqu’on exerce un métier où l’on est constamment scruté ? François Cluzet : À dire vrai, je ne m’occupe pas trop d’être scruté ; c’est le problème des spectateurs. Nous, les acteurs, on est des exhibitionnistes ; il faut qu’on se se méfie du narcissisme, de l’ego hypertrophié. Le rôle de l’interprète, c’est uniquement d’être vivant – j’ai beaucoup réfléchi à cela parce que je suis passionné et que j’essaie de faire mon boulot le mieux possible. Alors, depuis très longtemps, je ne joue plus : j’essaie de vivre les situations sans ramener mon grain de sel. Bien sûr, elles sont vécues sur commandes, car reliées au script, mais finalement j’aime bien cette idée. Longtemps ça m’a fait peur, je pensais qu’il ne ne se passerait rien. Je me suis rendu compte que c’était le contraire. Je me sens proche de cet acteur américain à qui un metteur en scène avait demandé s’il pouvait jouer plus expressif, et qui avait répondu : « – Non, mais toi tu peux rapprocher un peu plus ta caméra. » (rires) Quelles sont les exigences d’

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"La Mécanique de l'ombre" : affaires intérieures

ECRANS | de Thomas Kruithof (Fr.-Bel., 1h33) avec François Cluzet, Denis Podalydès, Sami Bouajila…

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Solitaire, chômeur et buveur repenti, un comptable (François Cluzet) est recruté par un discret commanditaire pour retranscrire à la machine à écrire des écoutes téléphoniques enregistrées sur cassettes magnétiques. Sans le savoir, il va pénétrer dans les sordides coulisses de l’appareil d’État… Un thriller politique s’inscrivant dans le contexte de ces officines supposées gripper ou fluidifier les rouages de notre république bénéficie forcément d’un regard bienveillant. Pas parce qu’il alimente la machine à fantasmes des complotistes (fonctionnant sans adjonction de carburant extérieur) mais parce qu’elles recèlent autant de mystères et d’interdits que les antichambres du pouvoir américaines, si largement rebattues. Comme un creuset où se fonderaient entre elles les affaires Rondot, Squarcini, Snowden et Takieddine, cette première réalisation de Thomas Kruithof est à la fois très concrète et pétrie de symboles (tel celui du puzzle l’objet fétiche du héros ; une structure complexe rendue inopérante dès lors que la plus misérable pièce fait défaut). Esthétiquement composé en Scope, ce film à la lisière de l’enquête intérieure

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Médecin de campagne

ECRANS | Porté par le succès de son film "Hippocrate", chronique du monde impitoyable de la médecine, le docteur Thomas Lilti renouvelle son ordonnance dans l’univers des blouses blanches en se focalisant sur un malade très singulier, puisqu’il prend soin des autres… Une nouvelle réussite. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Médecin de campagne

Pour ouvrir Le Samouraï (1967), Melville avait choisi une citation prétendument extraite du "bushido", code des principes moraux des samouraïs japonais : « Il n'y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraï. Si ce n'est celle d'un tigre dans la jungle… Peut-être… » Toutes proportions gardées, cette sentence pourrait s’appliquer au personnage de Jean-Pierre, ici incarné par François Cluzet. Taiseux, déterminé, porté par un sens de sa mission confinant à l’apostolat (et longeant les lisières de la fierté orgueilleuse), le médecin de campagne, s’il est l’ultime avatar du sorcier ou druide au sein de sa communauté, tient aussi du "rōnin", ce samouraï sans maître : un fauve inflexible prêt à lutter et de préférence sans secours jusqu’au terme de ses forces. Thomas Lilti ne va pas jusqu’à transformer son portrait de toubib en ferraillerie – le scalpel ou l’abaisse-langue se substituant au sabre katana. Il dépeint bien, en revanche, l’obstination d’un homme, dans toutes ses nuances : en

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Le Combat ordinaire

ECRANS | De Laurent Tuel (Fr, 1h40) avec Nicolas Duvauchelle, Maud Wyler…

Christophe Chabert | Mardi 21 juillet 2015

Le Combat ordinaire

Extraire la bande dessinée de sa gangue d’imaginaire pour la ramener sur le territoire de la chronique réaliste : c’est dans le fond le principe de ce qu’on appelle le "roman graphique". Manu Larcenet avec Le Combat ordinaire, récit des conflits qui émaillent la vie d’un trentenaire sujet aux crises d’angoisse et à la disparition annoncée de son père, en a livré un exemple convaincant. Le problème, c’est que cette matière-là, originale dans le cadre de la BD, est totalement éculée en ce qui concerne le cinéma (français), et cette adaptation signée Laurent Tuel en fait la cruelle démonstration. Car rien de plus attendu que ces scènes de la vie quotidienne faites d’atermoiements (dois-je m’installer avec ma copine ? Avoir un enfant ? Renoncer à ma vie parisienne pour me ressourcer à la campagne ?) et de plaisirs minuscules, d’angoisses et de regrets… Surtout quand Tuel les filme avec une caméra à l’épaule lourde et envahissante (aucune grâce dans les déplacements et tremblements du caméraman) et qu’il confie à Nicolas Duvauchelle, dont le jeu inarticulé et l’inexpressivité deviennent franchement pénibles, le soin de les incarner. Face à lui, Maud Wyler n’a aucun

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À trois on y va

ECRANS | Entre vaudeville et étude des indécisions sentimentales, Jérôme Bonnell livre sa vision du triangle amoureux dans un film qui ne manque ni de charme, ni de sincérité, mais de rigueur dans sa mise en scène et son scénario. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 24 mars 2015

À trois on y va

Charlotte vit avec Micha, mais elle aime en secret Mélodie. Or, Mélodie va tomber amoureuse de Micha, tentant de dissimuler cette aventure à Charlotte. Le triangle amoureux est-il un triangle isocèle ou équilatéral, à partir du moment où se retrouvent abolies les barrières de sexe et de genre ? La réponse à cette équation est dans le dernier film de Jérôme Bonnell, qui pourtant n’a que faire des mathématiques. Son cinéma reste obstinément dans le viseur d’une tradition bien française héritée de la littérature et du théâtre, avec cette petite musique qui lui sert de style depuis Le Chignon d’Olga jusqu’au Temps de l’aventure. Il y aura donc des amant(e)s dans le placard – ou sur le rebord de la fenêtre – comme dans tout bon vaudeville qui se respecte ; et si le téléphone portable et les SMS font ici figure de portes qui claquent, cette mise à jour n’occulte pas les ressorts boulevardiers du scénario. Plus originale est la matière humaine que pétrit Bonnell : celle de ses jeunes acteurs, en particulier Anaïs Demoustier, qui semb

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Maintenant ou jamais

ECRANS | De Serge Frydman (Fr, 1h35) avec Leïla Bekhti, Nicolas Duvauchelle, Arthur Dupont…

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Maintenant ou jamais

Charles et Juliette rêvent de s’installer avec leurs enfants dans une maison à la campagne, loin des appartements parisiens étriqués. Alors que le chantier démarre, Charles est licencié par la banque qui l’employait ; et, un soir, Juliette se fait voler son sac par un inconnu. Plutôt que de le dénoncer à la police, elle finit par proposer à ce petit voleur sans envergure un deal : organiser le braquage de la banque sus citée. Maintenant ou jamais commence donc comme Une vie meilleure de Cédric Kahn (déjà avec Leïla Bekhti) et se poursuit à la façon de Sur mes lèvres de Jacques Audiard, avec une femme qui révèle une nature héroïque au contact du crime. L’addition mécanique de deux bons films n’accouche pas forcément d’une merveille, et Serge Frydman a bien du mal à camoufler les invraisemblances de son scénario. Le coup de force initial (le basculement de Juliette et son plan parfaitement orchestré qui surgit tel le lapin du chapeau) pèse lourd sur les péripéties à venir – dont une obscure visite à d

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En solitaire

ECRANS | De Christophe Offenstein (Fr, 1h36) avec François Cluzet, Samy Seghir, Guillaume Canet…

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

En solitaire

Yann Kermadec, marin chevronné, remplace au pied levé son frère qui s’est cassé une jambe pour participer au Vendée Globe. À peine parti, il découvre un clandestin dans la soute, se retrouvant malgré lui en infraction avec le règlement de cette course «en solitaire». Si on enlève le défi du tournage dans les conditions réelles de la navigation, ce premier film du chef opérateur de Guillaume Canet est un naufrage intégral. Le récit prend l’eau de partout, noyé par une avalanche de bons sentiments, sur le bateau comme sur la terre ferme, ce qu’une musique de supermarché vient souligner jusqu’à l’overdose. Surtout, le film ne prend le temps de rien, ni de filmer le professionnalisme du marin, ni de montrer les liens affectifs qui se nouent entre les personnages. C’est une bouillie télévisuelle écrite par des disciples de Robert MacKee qui créent des conflits artificiels et les résolvent en deux secondes – les rapports entre la fille de Cluzet et sa belle-mère jouée par Virginie Efira atteignent ainsi des sommets de niaiserie. Heureusement que le film sort un mois avant

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Chabrol voyage au bout de L’Enfer

ECRANS | Notre cycle "20 ans de PB, 20 ans de ciné" se poursuit au Club ce lundi avec un petit tour du côté de l’année 1994 et de L'Enfer, un film aussi génial (...)

Christophe Chabert | Vendredi 25 octobre 2013

Chabrol voyage au bout de L’Enfer

Notre cycle "20 ans de PB, 20 ans de ciné" se poursuit au Club ce lundi avec un petit tour du côté de l’année 1994 et de L'Enfer, un film aussi génial qu’atypique dans le cinéma français comme dans celui de son réalisateur Claude Chabrol. Récupérant le scénario d’un film de Clouzot, inachevé pour cause de mégalomanie galopante, d’intempéries diverses et de crises cardiaques de son acteur principal, il en garde assez fidèlement l’argument, mais en propose une toute autre approche visuelle. Là où Clouzot cherchait, à travers cette histoire de jalousie maladive et destructrice, à expérimenter sur l’image, c’est plutôt le temps sur lequel Chabrol travaille. Les premières scènes racontent à coups d’ellipses géantes comment Nelly (Emmanuelle Béart, iconisée en bombe sexuelle) et Paul (François Cluzet, monstrueux à tous les sens du terme) se rencontrent, se marient, font des gosses et mènent une vie tranquille dans leur hôtel provincial. Sauf que Paul sombre peu à peu dans un délire parano, persuadé que sa femme le trompe avec le bellâtre du coin (Marc Lavoine), puis avec à peu près tout ce qui bouge. La folie s

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Pour une femme

ECRANS | De Diane Kurys (Fr, 1h50) avec Benoît Magimel, Mélanie Thierry, Nicolas Duvauchelle…

Christophe Chabert | Mercredi 26 juin 2013

Pour une femme

Ouvertement – et lourdement – autobiographique, Pour une femme est pour Diane Kurys l’occasion de creuser un peu plus ses racines familiales, déjà abordées dans Coup de foudre et Diabolo Menthe – ses deux premiers et meilleurs films. Force est de constater qu’entre-temps (trente ans), son cinéma s’est englué dans un académisme télévisuel à base de reconstitution proprette et partant jamais crédible, de dialogues sur-écrits placés tels quels dans la bouche des acteurs, et de clichés à l’eau de rose ou plutôt au parfum éventé qui donne son titre au film. L’ennui gagne très vite face à ce ménage à trois sur fond de communisme après-guerre, d’envoyés de Moscou chargés de traquer et liquider les dignitaires nazis préparant leur exil, et de réussite sociale dans le prêt-à-porter. Les allers-retours entre le présent, où une Sylvie Testud tapote le scénario dans des chambres d’hôtel lyonnaises sur son Mac antique et rend visite à un Magimel outrageusement grimé, et le passé, mélodrame sans fougue et sans chair où deux frères convoitent la même femme, participent de la paresse dramaturgique ambiante. C

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Mariage à Mendoza

ECRANS | D'Édouard Deluc (France, 1h31) avec Nicolas Duvauchelle, Philippe Rebbot, Paloma Contreras...

Aurélien Martinez | Vendredi 18 janvier 2013

Mariage à Mendoza

D'abord il y a eu Kerouac, la route, l'Amérique, une renaissance, l'idée que le monde continuait ; puis il y a eu Nouvelles frontières, le tourisme de masse, l'ère d'un exotisme de contrôleur fiscal réduisant le réel à des images à vérifier. Au milieu est né le road movie, qui finira malgré lui par bercer des générations à coup de poster cheap vantant on ne sait quoi d'un ailleurs idéalisé où Lévi-Strauss côtoierait Nicolas Hulot. C'est un peu ça, Mariage à Mendoza, un road movie français, en Argentine, qui dégurgite tellement son petit cahier des charges du genre appauvri, qu'il fait de la peine. Tout est gentil dans cette histoire sentimentale entre frangins, la vie et ses difficultés, l'amour et ses désillusions, le voyage et ses rencontres. Même les moments durs sont gommés par une intrigue sous anxiolytique oubliant qu'elle suit un circuit balisé de tour operator existentiel. Heureusement, comme chez Kerouac, il y a une fille pour nous divertir et remplir la carte postale. Jérôme Dittmar

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Do not disturb

ECRANS | De et avec Yvan Attal (Fr, 1h28) avec François Cluzet, Laetitia Casta…

Christophe Chabert | Mercredi 26 septembre 2012

Do not disturb

La commande était claire : faire un remake de Humpday, petite comédie indé américaine de Lynn Sheldon, en en respectant le plus possible la trame : deux vieux amis, hétéros convaincus, décident de participer au Hump festival en tournant une vidéo porno gay. Le résultat est bancal. Attal s’amuse manifestement devant et derrière la caméra, d’un côté parce que son duo avec Cluzet carbure au plaisir manifeste du jeu, de l’autre parce que, détaché de son sujet, il stylise à bloc sa mise en scène, plus audacieuse que dans ses deux premiers films. Mais ce double hédonisme finit par jurer furieusement avec la vacuité des enjeux à l’écran, donnant la sensation d’un court-métrage étiré sur une heure trente, avec parfois de gros remplissages (la scène avec JoeyStarr, ni drôle, ni utile). Même le côté "vie sexuelle des hipsters" fait long feu, passée la blague d’une Charlotte Gainsbourg piercée formant un couple libre avec Asia Argento, et malgré la prestation d’une joyeuse impudeur de Laetitia Casta. Pas déplaisant à regarder mais oubliable dans l’instant, Do not disturb reste un produit commercial déguisé en objet branché. Christophe Chabert

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Bienvenue parmi nous

ECRANS | De Jean Becker (Fr, 1h30) avec Patrick Chesnais, Jeanne Lambert, Miou-Miou...

Aurélien Martinez | Vendredi 8 juin 2012

Bienvenue parmi nous

Jean Becker a pris un coup de vieux. Les plus mesquins diront qu'il l'a toujours été, comme Resnais. Pas faux. Sauf que l'auteur de L'été meurtrier s'assume, et sans sauver ce Bienvenue parmi nous, il fait preuve au moins d'une certaine honnêteté. En voulant filmer la révolte existentielle d'un peintre reprenant goût à la vie et son art au contact d'une adolescente fugueuse, Becker joue au vieil esthète. Il veut ressusciter le portrait de la jeune fille, grand appel à l'innocence, la beauté et au naturel, tout en vantant les valeurs de générosité et d'entraide. Un gros pari quand on connaît l'œuvre du bonhomme. Pourtant, malgré sa complaisance gâteuse et son paternalisme lourdingue, on a presque envie de le suivre. Pas vraiment pour Patrick Chesnais, transformé le temps d'une scène culte en Charles Bronson du dimanche. Plutôt par désir de voir son actrice (Jeanne Lambert), gauche, un brin vulgaire mais fascinante, continuer à parler, bouger, exister. L'essentiel quoi. Jérôme Dittmar

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L’Art d’aimer

ECRANS | De et avec Emmanuel Mouret (Fr, 1h25) avec François Cluzet, Frédérique Bel, Judith Godrèche…

François Cau | Jeudi 17 novembre 2011

L’Art d’aimer

Critique / Depuis Changement d’adresse, le cinéma d’Emmanuel Mouret tournait en rond dans ses ratiocinations amoureuses et son envie de fantaisie, déclinant le personnage campé par Mouret acteur et sa sympathique gaucherie dans des situations timidement burlesques. L’Art d’aimer lui donne enfin un nouvel horizon, tout en renforçant la petite musique qui lui sert de style. Dans cette ronde de personnages qui éprouvent, chacun à leur manière, le décalage entre suivre leurs désirs et prendre en compte le désir des autres, il place dès l’ouverture une pincée de tristesse qui, paradoxalement, ne rendra que plus drôle les segments suivants. La colonne vertébrale, par exemple, où un François Cluzet magistral tente de séduire une Frédérique Bel hilarante dans ses perpétuelles valses-hésitations, va à l’essentiel (un appartement, deux acteurs) mais pousse la folie de la situation jusqu’au vertige. Par instants, Mouret s’approche d’un vrai trouble des sentiments, comme lors de ce double adultère voulu mais avorté qui devient une preuve d’amour, ou dans le marivaudage sexuel à l’aveugle qui se développe entre Julie Depardieu et Laurent Stocker. Précis autant que précieux, construit sur des

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"Intouchables" : oh la bonne surprise !

ECRANS | D’Olivier Nakache et Éric Toledano (Fr, 1h52) avec Françoi Cluzet, Omar Sy, Audrey Fleurot…

Christophe Chabert | Mercredi 26 octobre 2011

Raconter l’amitié entre un ancien homme d’affaires, tétraplégique après un accident de parapente, et un gaillard de banlieue tout juste sorti de prison, en voilà du sujet casse-gueule. Mais Olivier Nakache et Eric Toledano ont su slalomer entre les écueils et si leur film s’avère émouvant, c’est aussi parce que l’émotion ne surgit jamais là où on l’attend. On aurait pu se retrouver avec une double dose d’apitoiement (sur les handicapés et sur les déclassés), mais les deux s’annulent et le film raconte la quête d’une juste distance entre ce qui nous contraint (son corps ou ses origines) et ce que l’on aspire à être. C’est en refusant la compassion facile que le film trouve son ton, parfois au prix d’un effort un peu mécanique pour ménager l’humour et la mélancolie, mais en s’appuyant sans arrêt sur son atout principal : un couple de comédiens qui, comme les personnages qu’ils interprètent, ne semblaient faits ni pour se rencontrer, ni pour se compléter à l’écran. Rivé à son fauteuil, François Cluzet doit réfréner son tempérament explosif et physique, tandis qu’Omar Sy, assez bluffant, troque en cours de

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Les yeux de sa mère

ECRANS | De Thierry Klifa (Fr, 1h45) avec Catherine Deneuve, Nicolas Duvauchelle…

François Cau | Vendredi 18 mars 2011

Les yeux de sa mère

Que Thierry Klifa, ex critique à Studio, aime le cinéma, on n'en doute pas. Mais sait-il faire des films ? Rien n'est moins sûr. Suivant un écrivain infiltré dans la vie d'une journaliste star et sa fille danseuse étoile ayant abandonné son fils à la naissance, Les yeux de sa mère hésite entre mélo et thriller, sans trouver sa voie, ni même médiane. Il se cherche, courant derrière des personnages fiévreux, abimés, marqués par des histoires de famille que Klifa effleure, trop confiant dans un casting peu crédible. Film sans contours ni point névralgique, Les yeux de sa mère erre en quête d'un sujet qui ne vient jamais. Le passé si omniprésent y sonne creux ; le voyeurisme médiatique est une fausse piste ; le rapport central à la mère se révèle une mauvaise copie d'Almodovar, cité sans arrêt mais jamais avoué : Klifa nie, préférant convoquer James Gray, qu'on cherche encore. Coécrit par l'inutile et prétentieux Christopher Thompson, Les yeux de sa mère est aussi vain qu'ennuyeux. Jérôme Dittmar

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La Tête en friche

ECRANS | Après "Deux jours à tuer", Jean Becker revient en Province avec ce joli film à l’humanisme sincère, porté par un très grand Gérard Depardieu. CC

François Cau | Vendredi 28 mai 2010

La Tête en friche

Il est de bon ton de se moquer du cinéma de Jean Becker, son goût pour la France profonde, son cinéma où le texte a plus d’importance que la mise en scène, souvent réduite à un cinémascope dispensable et une lumière proprette. Pour les mêmes raisons, on pourrait dire de Becker qu’il est un auteur mineur, dont les réussites et les échecs dépendent du matériau qu’il adapte — ici, un bouquin de Marie-Sabine Roger. Depuis la mort de Sébastien Japrisot, qui lui avait écrit ses meilleurs films, le cinéma de Becker est inégal, mais on sent s’y affirmer une sincérité totale, un projet humain autant que cinématographique. La première partie de Deux jours à tuer par exemple ne trompait personne : la cruauté y sonnait faux, et le récit finissait par expliquer pourquoi. La Tête en friche n’a pas besoin de ce genre d’artifices pour toucher juste. Oui, c’est un film gentil, c’est même un film sur la gentillesse, mais où la violence est un vestige du passé qu’il faut s’arracher du crâne tel un éclat d’obus… Des livres et lui Pour Germain, gros nounours rustre mais aimable qui cultive son jardin et bosse au noir pour

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