"Kings" : Los Angeles, 1992

Historico-urbain | de Deniz Gamze Ergüven (Fr-ÉU, 1h32) avec Halle Berry, Daniel Craig, Kaalan Walker…

Vincent Raymond | Jeudi 5 avril 2018

Photo : Ad Vitam


Mère courage, Millie (Halle Berry) accueille sans compter tous les gamins à la rue. Si la tension est continue entre les forces de l'ordre et les habitants de son quartier de Los Angeles, la tenue du procès des policiers ayant tabassé le jeune Afro-américain Rodney King déclenche des émeutes. Et Millie a peur pour ses enfants… Le succès international de Mustang (2015) ayant ouvert grandes les frontières à sa réalisatrice Deniz Gamze Ergüven, celle-ci a consenti à franchir l'Atlantique… sans pour autant succomber à l'appel des studios : projet personnel porté de longue date, Kings n'aurait sans doute pas correspondu, dans sa forme et son fond, aux critères hollywoodiens.

Volontiers hybride avec ses surimpressions visuelles, ses inclusions d'images d'actualités, ses parenthèses lyriques, drolatiques ou abstraites venant éclater le réalisme contextuel, cette chronique chorale d'un quartier populaire rappelle la tension moite et revendicative des Spike Lee ou John Singleton d'antan, autant qu'elle évoque le regard sur l'adolescence de Larry Clarke – en plus soft, tout de même ! Des nuits orangées aux coiffures délirantes en passant par les jeans délavés, Deniz Gamze Ergüven restitue la texture et la manière d'une époque plongée dans un chaos brûlant.

Un détail pourtant entrave une pleine immersion parmi ses personnages : son choix d'avoir confié ses têtes d'affiche à des comédiens cannibalisés par leurs emplois passés. Difficile en effet d'accepter Halle Berry et Daniel Craig en prolos du coin, quand on a coutume de les voir en robe du soir et smoking...

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"Vénus 2000" : rois et reines

Événement | Organisé samedi 27 avril par la Cata en collaboration avec l’asso Versants Queer, Kings & Queens est le troisième volet de la série d’évènements (...)

Damien Grimbert | Mardi 23 avril 2019

Organisé samedi 27 avril par la Cata en collaboration avec l’asso Versants Queer, Kings & Queens est le troisième volet de la série d’évènements Vénus 2000 dédiée à la question du genre et du queer. Au programme, des ateliers à partir de 14h à la Cata, pour se transformer, stand de maquillage à l’appui, en splendide drag-queen ou king, mais également s’initier à des disciplines bien spécifiques comme le lip-synch (playback), le voguing ou encore le catwalk. Une fois les rudiments maîtrisés, place, à partir de 18h, à une déambulation sur l’espace public en suivant trois parcours prédéfinis, afin d’appréhender « ce qui se passe quand on est drag et confronté au regard des gens ». Mais aussi, plus prosaïquement, de rejoindre le bar de la Belle électrique, où se clôturera l’événement avec des performances dr

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Matthew Vaughn ("Kingsman") : « Faisons les films que personne ne peut faire »

ECRANS | Le réalisateur de "Kingsman" remet le couvert, plaçant une baronne de la drogue sur la route de son armada d’élégants. Du sur-mesure pour ses interprètes, et du cousu main par l’auteur qui détaille ici son patron. Propos recueillis lors de sa conférence de presse parisienne.

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Matthew Vaughn (

C’est la première fois que vous tournez la suite d’un de vos films. En quoi Kingsman est-il si différent de Kick Ass ou X-Men ? Matthew Vaughn​ : Je n’ai pas pu refuser de le réaliser ni lui résister : j’avais adoré tourner le premier ; il n’était pas question pour moi que quelqu’un prenne mes propres jouets et joue avec ! Le Cercle d’Or est davantage une expansion qu’une suite à Kingsman… En effet. Il était très important pour moi de continuer l’histoire amorcée, plutôt que de faire une suite pour une suite ou pour, disons, l’argent. Kingsman est surtout l’histoire d’Eggsy, qui d’un très jeune garçon, évolue jusqu’au 3e opus. C’est son parcours, son voyage personnel que nous suivons, où qu’il nous emmène. En aucun cas je n’ai voulu me répéter : ça aurait été aussi ennuyeux pour vous que pour moi Quand avez-vous pris la décision de réintégrer le personnage de Colin

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"Kingsman - Le Cercle d’or" : de la suite dans les idées

ECRANS | de Matthew Vaughn (GB-ÉU, 2h21) avec Taron Egerton, Colin Firth, Mark Strong, Julianne Moore…

Vincent Raymond | Lundi 9 octobre 2017

Promu Agent Galahad et fiancé à une princesse scandinave, le jeune Eggsy a tout l’avenir devant lui. Las ! La trafiquante de drogue psychopathe Poppy Adams éradique l'agence d'espionnage Kingsman. Pour se venger, Eggsy va pouvoir compter sur Merlin et les cousins d’Amérique de l’Agence Statesman… Stupéfiante combinaison entre une parodie et un "action movie" (à la violence hallucinante, mais monstrueusement bien chorégraphiée), Kingsman (2015) aurait difficilement pu demeurer à l’état de singleton – d’autant qu’il s’était révélé des plus rentables. Voilà donc la suite. Certes, elle ne bénéficie plus de l’effet de surprise du précédent opus, mais elle renoue avec les fondamentaux de ce qu’il faudra donc considérer comme la matrice de la franchise, plaçant dès l’ouverture sa séquence de bravoure : une poursuite dans les rues de Londres dont la réalisation n’a rien à envier aux Mission impossible où cavale Tom "Peter Pan" Cruise. Si Kingsman est ouvertement plus décalé que James Bond, longeant volontiers les rives du fantastique ou de la parodie sarcastique, il se montre aussi plus téméraire (voire incorrect d

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"Aquarius" : péril en la demeure brésilienne et film grandiose

ECRANS | Guerre d’usure entre l’ultime occupante d’un immeuble et un promoteur avide usant de manœuvres déloyales : après "Les Bruits de Recife", le deuxième long-métrage du Brésilien Kleber Mendonça Filho tient tout à la fois du western, de la fable morale, du conte philosophique melvillien et de la réflexion sur le temps.

Vincent Raymond | Mardi 27 septembre 2016

Clara vit dans son petit immeuble en bord d’océan, l’Aquarius, depuis toujours. En apparence, tout le monde respecte cette ancienne critique musicale, cette brillante intellectuelle, mère de famille – elle a de surcroît survécu à la maladie. Les opinions à son encontre changent lorsqu’elle refuse une offre pour l’achat de son appartement : seule à résister à l’appât du gain, aux intimidations diverses du promoteur (et à ses manœuvres déloyales), elle essuie en sus l’hostilité des copropriétaires de l’Aquarius comme de ses enfants, favorables à la conclusion de la vente. Mais l’obstinée Clara est dans son bon droit… La Folle du logis Reparti bredouille de la Croisette, Aquarius mérite pourtant sa chance en salle. Ce combat du pot de terre contre le pot de fer est davantage qu’une chicanerie immobilière, même s’il corrobore incidemment les relations immorales entre le pouvoir (médias, religion, politique…) et les promoteurs – le Brésil est actuellement secoué par un gigantesque scandale de corruption dans lequel se retrouvent bien placées les omnipotentes entreprises de BTP du pays. Aquarius illustre surtout un très problématique (

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"Rodéo" : capharnaüm baroque made in Brésil

ECRANS | de Gabriel Mascaro (Bré., Uru., P.-B., 1h41) avec Juliano Cazarré, Maeve Jinkings, Vinicius de Oliveira…

Vincent Raymond | Mardi 6 septembre 2016

Il est des arguments de films laissant pantois, révélant l’incommensurable faculté d’imagination de leurs auteurs. Pour son atypique galerie de personnages, Rodéo mérite le pompon (à défaut des oreilles et de la queue) : on y suit une petite communauté réunie autour d’une camionneuse se livrant à des danses grimées le soir, et de sa fille. Parmi le groupe figure un vacher, Iremar, spécialiste du talcage de queues de taureau, ayant le stylisme pour violon d’Ingres. Son charme lui vaut d’être courtisé par une vendeuse de parfums proche d’accoucher – ce qui ne l’empêche pas d’arrondir ses fins de mois en étant veilleuse de nuit dans une usine textile… Derrière ce capharnaüm baroque se dessine la situation économique calamiteuse des habitants du Nordeste (une région de Brésil), condamnés à empiler les boulots pour, pas même s’en sortir, à peine surnager jusqu’à un lendemain autant baigné d’incertitudes. C’est sans doute pour cela qu’Iremar et les autres ont des dérivatifs aussi exotiques. Lui cultive l’insolite jusque dans ses transgressions, en volant du sperme d’étalon (plutôt comique) ou en s’offrant des rendez-vous câlins dans lieux inhabituels (plutôt sensue

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007 Spectre

ECRANS | 24e opus de la franchise officielle James Bond, "007 Spectre" n’a rien d’une fantomatique copie. À la réalisation comme pour "Skyfall", Sam Mendes poursuit son entreprise subtile de ravalement du mythe, consistant à jouer la continuité tout en reprenant le mâle à la racine…

Vincent Raymond | Lundi 9 novembre 2015

007 Spectre

De tous les "serials" modernes, James Bond est le seul dont on puisse garantir la survie, quelles que péripéties que connaisse le monde. À l’écran depuis 1962, s’il a connu une seule éclipse entre 1989 et 1995, elle n’était même pas liée à la fin de la Guerre froide et n’a eu aucune incidence sur son succès – à peine dût-elle troubler son cocktail martini. Davantage qu’un personnage, 007 est une marque, un label en soi, dont l’aura dépasse celle de tous les interprètes prenant la pose dans son smoking. D’avatars en résurrections, chaque épisode parvient à battre des records techniques, artistiques ou, le plus souvent, économiques. Le dernier en date, Skyfall (2012), ne s’est pas contenté de dépasser le milliard de dollars de recettes au box office ni de glaner (enfin) l’Oscar de la chanson originale grâce à Adele – on pourrait parler là de bénéfices collatéraux. Il s’était surtout distingué par une écriture renouvelée, qui coupait court avec les incertitudes et les bricolages de Casino Royale (2006) et de

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Mustang

ECRANS | Cinq sœurs dans une maison-prison au fin fond de la Turquie tentent de résister à la pesanteur du patriarcat : pour son premier et très beau film, Deniz Gamze Ergüven refuse elle aussi la lourdeur du cinéma à thèse et lui préfère l’infinie légèreté de l’adolescence. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Mustang

C’est la fin de l’école et le début de l’été dans un petit village turc. Plutôt que de monter dans les bus qui les ramèneront chez eux, les adolescents et les adolescentes préfèrent passer par la plage, se baigner, aller chaparder des pommes dans un jardin… Finalement, le cadre se resserre autour de cinq sœurs orphelines et unies comme les doigts de la main. Elles vivent en fait un de leurs derniers moments de félicité en commun car l’œil du patriarcat et des traditions veille : pour éviter le « scandale » de ces jeunes filles trop libres dans leur corps et dans leur esprit, les voilà claquemurées dans leur grande maison transformée en prison (on pose des barreaux aux fenêtres, on surélève les murs) et en usine à fabriquer des épouses. Le rapport de force, évidemment déséquilibré, entre d’un côté les traditions à l’œuvre dans cette société turque ankylosée et de l’autre la sève débordante des cinq adolescentes, est aussi pour Deniz Gamze Ergüven, qui signe avec ce premier film une entrée fracassante dans le paysage cinématographique mondial, une affaire de mise en scène. Le mouvement impulsé par ses comédiennes, leur capacité à capter la lumière estivale et à

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Kingsman : services secrets

ECRANS | De Matthew Vaughn (Ang, 2h09) avec Colin Firth, Taron Egerton, Samuel L. Jackson…

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

Kingsman : services secrets

Drôle de film raté que ce Kingsman, antipathique à force de chercher la connivence et le deuxième degré avec le spectateur. L’idée est de créer une sorte de James Bond 2.0 qui connaîtrait par cœur les codes de son modèle et se plairait à les pasticher en multipliant clins d’œil et références décalées. Une sorte de Scream de l’espionnage que Matthew Vaughn, tentant de reprendre la formule déjà contestable de son Kick-Ass, plonge dans une esthétique de comic book où la violence, pourtant extrême (corps coupés en deux, têtes qui explosent) serait dans le même temps totalement déréalisée. Même le propos politique, plutôt judicieux sur le papier (comment un nerd félé, incarné par un Samuel L. Jackson s’amusant manifestement à jouer avec son cheveu sur la langue, utilise le consumérisme ambiant pour pratiquer une ségrégation radicale entre les élites et le peuple, promis à l’autodestruction) ne va finalement pas plus loin qu’une grosse baston dans une église et des décapitations en série transformées en feux d’artifices multicolores. Des idées qui étaie

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Mustang, go !

MUSIQUES | Exceptionnellement, la route du rock de cette Fête de la musique 2014 mènera à Lans-en-Vercors où se produiront les insaisissables Mustang. Logique : croisement improbable de rockabilly à l'ancienne et de modernité machiniste, le trio clermontois n'est jamais là où on l'attend. Et c'est ce qui fait sa force. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 17 juin 2014

Mustang, go !

« Je n’ai pas le sens des affaires / Et dans le monde où nous vivons / C’est pire qu’une tare / Qu’un bec de lièvre / C’est pire que le cancer du poumon / (…) Non je n’ai pas le sens des affaires / Mais j’connais leur direction / Droit dans mon derrière / Allez mettez-la moi bien profond / Car je le mérite au fond / Je suis volontaire. » Ne pas voir dans ce couplet tout en crudité annoné par Jean Felzine un quelconque coming-out SM. Simplement la profession de foi d'un groupe qui se compte parmi les damnés de la terre, ceux qui ne savent pas y faire et s'en sont fait une raison, pour ne pas dire un étendard. Manière de dire en effet que la musique du trio clermontois n'a jamais eu l'heur de suivre les courbes des tendances hype/retour de hype/tempête de mainstream qui ouvrent la voie du succès sans pour autant rien garantir. Ne pas avoir le sens des affaires, c'est aussi se diriger à l'instinct, naviguer à vue, tracer sa propre route, sans trop se soucier d'où l'on va. Et pourtant.  Avec le titre de leur premier album, A71, les trois Mustang pouvaient donner l'impression de vouloir sillonner

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Iron Man 3

ECRANS | Ce troisième volet des aventures de Tony Stark n’est pas à la hauteur des deux précédents, et l’arrivée de Shane Black derrière la caméra s’avère plutôt contre-productive, partagé entre retrouver son mauvais esprit années 80 et s’inscrire dans une ligne post-Avengers. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 25 avril 2013

Iron Man 3

Les deux premiers Iron Man avaient séduit par leur sens du contre-courant : à une époque où les super-héros au cinéma se devaient d’avoir une névrose intime et où le réalisme à la Nolan commençait à faire école, Jon Favreau, pourtant pas le cinéaste le plus fin de la terre, avait fait de Tony Stark un homme sans états d’âme, déconneur et flambeur, œuvrant pour la bonne cause comme un industriel exploiterait un marché juteux. Surtout, Iron Man se confondait avec son acteur, Robert Downey Jr, dont le débit mitraillette et la décontraction affichée avaient dans le fond plus de poids que la lourde armure qui le transformait en justicier. Une sorte de héros cool et pop dont ce troisième volet ne sait plus tellement quoi faire… Shane Black, scénariste culte dans les années 80 et 90, réputé pour son esprit badass et ses vannes provocatrices, par ailleurs auteur d’une très bonne comédie policière déjà avec Downey Jr, Kiss Kiss Bang Bang, a été appelé à la rescousse de la franchise, et se retrouve avec un fardeau à porter : faire le premier film de super-héros Marvel p

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Cloud Atlas

ECRANS | Projet épique, pharaonique et hors des formats, Cloud Atlas marque la rencontre entre l’univers des Wachowski et celui du cinéaste allemand Tom Tykwer, pour une célébration joyeuse des puissances du récit et des métamorphoses de l’acteur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 13 mars 2013

Cloud Atlas

Qu’est-ce que cette «cartographie des nuages» qui donne son titre au nouveau film des Wachowski ? Stricto sensu, c’est une symphonie qu’un jeune ambitieux (et accessoirement, homosexuel) va accoucher de l’esprit d’un vieux musicien reclus qui fait de lui son assistant. Métaphoriquement, mais toujours dans le film, c’est cette comète, marque de naissance qui relie les personnages principaux par-delà les lieux et les époques, dessinant peu à peu le plan du dédale narratif qui se déroule sous nos yeux (ébahis). Plus symboliquement encore, on sent ici que Lana et Andy Wachowski ont trouvé dans le best seller qu’ils adaptent une matière à la hauteur de leurs ambitions, un film qui se voudrait total, englobant le ciel et la terre, le passé, le présent et le futur. Mégalomanes mais conscients de l’ampleur du projet, ils ont su délégué une part de la tâche à l’excellent cinéaste allemand Tom Tykwer, donnant une singularité supplémentaire à Cloud Atlas, qui n’en manquait déjà pas : celle d’une œuvre absolument personnelle signée par des personnalités extrêmement différentes. Partouze des genres Or, justement, Cloud Atlas

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Skyfall

ECRANS | C’était à prévoir : avec Sam Mendes aux commandes, ce nouveau James Bond n’est ni efficace, ni personnel, juste élégamment ennuyeux et inutilement cérébral. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 29 octobre 2012

Skyfall

Rappel des faits : avec Casino Royale, la plus ancienne franchise de l’histoire du cinéma tentait un lifting radical, à la fois retour aux origines du héros et volonté de lui offrir une mise à jour réaliste. Globalement salué, notamment à cause de l’implication de Daniel Craig pour camper un James Bond badass et pourtant vulnérable, ce premier volet s’est vu immédiatement entaché par une suite catastrophique, Quantum of Solace, qui courait pathétiquement derrière les Jason Bourne de Paul Greengrass et ne produisait que du récit indigent et de l’action illisible. Le prologue de Skyfall montre que les producteurs ont bien retenu la leçon : sans être révolutionnaire, il offre une scène d’action parfaitement claire et plausible, filmée avec calme et élégance — Roger Deakins, le chef op’ des Coen, est à la photo et cela se sent. La conclusion montre une fois de plus un Bond fragile, qu’une balle pourrait bien envoyer ad patres — là encore, beau plan sous-marin qui embraye sur un générique tout de suite plus kitsch, mais c’est la l

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Millénium : les hommes qui n'aimaient pas les femmes

ECRANS | Avec cette version frénétique du Millenium de Stieg Larsson, David Fincher réussit un thriller parfait, trépidant et stylisé, et poursuit son exploration d’un monde en mutation, où la civilisation de l’image numérique se heurte à celle du photogramme et du récit. Critique et retour sur le premier livre consacré à ce cinéaste majeur. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 13 janvier 2012

Millénium : les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Avant de voir Millenium, il faut d’abord oublier le médiocre (télé)film suédois sorti en 2009, première adaptation du best-seller de Stieg Larsson. Ce n’est pas difficile, tant la mise en scène de David Fincher, impressionnante de fluidité et de rapidité, laisse loin derrière les laborieuses velléités illustratives de Niels Arden Oplev. Mais il faut aussi oublier le livre lui-même, et se comporter comme Fincher et son scénariste Steven Zaillan l’ont fait : doubler le plaisir feuilletonesque créé par une intrigue aux ramifications multiples d’un autre récit, purement cinématographique, qui n’aurait été qu’esquissé par l’auteur entre les lignes de son propre roman. De fait, si on a pu s’interroger un temps sur l’intérêt que Fincher portait à Millénium, et se demander s’il n’allait pas, comme à l’époque de Panic room, s’offrir un exercice de style récréatif avec cette nouvelle version, le générique (comme souvent chez lui) dissipe immédiatement les soupçons : sur une musique hardcore de Trent Reznor, Atticus Ross et Karen O., des corps noirs et liquides comme du plastique fondu s’interpénètrent et se mélangent à des câbles et des circuits électroniques. C’est beau, violent, furieux

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