"Luna" : frime et châtiment (et, surtout, Laëtitia Clément)

ECRANS | de Elsa Diringer (Fr., 1h33) avec Laëtitia Clément, Rod Paradot, Lyna Khoudri…

Vincent Raymond | Jeudi 5 avril 2018

Photo : Pyramide Distribution


Encore un peu ado, Luna est accro à Ruben, le beau gosse du groupe. Un soir de beuverie entre potes, elle incite la bande à humilier un type de leur âge, Alex. Lorsque celui-ci débarque dans l'exploitation agricole où elle travaille, sans la reconnaître, elle panique. Puis s'attache à lui…

Il est des adéquations naturelles dont l'évidence éclate à l'œil. Telle celle entre la réalisatrice Elsa Diringer et sa découverte, la débutante Laëtitia Clément, solaire en dépit du nom de son personnage. Sans l'une ni l'autre, Luna n'aura pas été cet instantané vif et cru d'une jeunesse méridionale traînant ses incertitudes dans les antichambres de la ville, de la vie d'adulte, des responsabilités.

Le fait que les deux aient encore un pied, voire un pied et demi, dans "le plus bel âge" explique sans doute l'acuité du regard, dépourvu de cynisme ou de désabusement. Pas de contrefaçon non plus dans le langage, les comportements, qui participent d'une revendication sociale, temporelle et géographique. À l'intérieur de ce cadre restreint, Luna va suivre une trajectoire "dardennienne" à la fois initiatique et de rédemption, passant de petite "cagole" inconséquente soumise au clan à jeune femme maîtresse de ses décisions comme de ses sentiments.

Illuminée par une photo superbe, cette émancipation singulière donne foi en la cinéaste. Au point qu'on lui pardonne sa fin un peu surdialoguée. Un péché de jeunesse dirons-nous.


Luna

Projection avec la réalisatrice, Elsa Diringer et la comédienne Laëtitia Clément

Projection avec la réalisatrice, Elsa Diringer et la comédienne Laëtitia Clément

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"Papicha" : liberté, j’écris ton non

ECRANS | De Mounia Meddour (Fr.-Alg.-Bel.-Qat., 1h45) avec Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Amira Hilda Douaouda…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Alger, début des années 1990. Alors que le pays s’enfonce durement mais sûrement dans la terreur, la jeune étudiante Nedjma résiste à sa manière, continuant à affirmer ses désirs de femme libre et indépendante. Mais jusqu’à quand le pourra-t-elle ? Ce brillant portrait d’une "papicha" ("beau brin de fille") à une époque où il ne faisait pas bon être femme ni revendiquer son autonomie résonne terriblement aujourd’hui : la violence ne s’exerce plus directement par les armes mais la pression sociétale est devenue telle que beaucoup d’entre elles ont intériorisé la menace religieuse et masculine. Nedjma apparaît comme une rebelle quand tous les autres jeunes de son âge (filles ou garçons) se soumettent en se voilant ou en préparant leur exil de l’autre côté de la Méditerranée ; tous composent avec les privations de liberté qui s’annoncent, sans même les contester. Sauf Nedjma, donc, qui ironiquement est la seule à manifester un attachement profond à ce pays qui lui veut tant de mal. Près de trente ans après les faits, les blessures algériennes ne sont toujours pas refermées, loin s’en faut. En témoigne le récent soulèvement populaire ay

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Elsa Diringer : « Luna est un personnage encore en friche »

ECRANS | Mercredi 11 avril, la Montpelliéraine Elsa Diringer sort son premier long-métrage "Luna", portrait d’une jeunesse bouillonnante qu’elle a su approcher, voire apprivoiser. Interview avant sa venue le lendemain au cinéma le Club, en compagnie de son actrice principale Laëtitia Clément.

Vincent Raymond | Jeudi 5 avril 2018

Elsa Diringer : « Luna est un personnage encore en friche »

Comment vous en êtes venue à la réalisation ? Elsa Diringer​ : Un peu par hasard. Au départ, je ne voulais pas du tout faire de cinéma. J’ai rencontré un copain dans une salle d’escalade qui m’a emmené sur un tournage et à l’époque, comme j’étais un peu perdue, je me suis dis : bah voilà, je vais faire ça. Mais je ne savais pas encore exactement quoi. Donc je me suis inscrire à la fac et je me suis dit qu’il fallait apprendre un métier technique pour gagner ma vie. J’ai découvert la perche et j’ai bien aimé parce que c’était physique. Ensuite, j’ai fait de l’assistanat, ce qui m’a permis de fréquenter de chouettes plateaux comme ceux de Nicole Garcia, René Féret ou Alain Resnais à la fin. En même temps, j’ai écrit des courts-métrages qui ont été plus ou moins financés. Au bout d’un moment, je me suis dis : arrête de te raconter que tu vas être perchman parce que ce n’est pas vrai, ce n’est pas un métier pour toi. Et j’ai commencé à écrire mon long-métrage. Mais c’était assez tard. Vers 27 ans. Qu’est-ce qui a déterminé le choix du sujet de

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"Patients" : subtil et sincère Grand Corps Malade

ECRANS | de Grand Corps Malade et Mehdi Idir (Fr, 1h50) avec Pablo Pauly, Soufiane Guerrab, Nailia Harzoune…

Julien Homère | Mardi 28 février 2017

Avec Mehdi Idir, Grand Corps Malade porte à l’écran le combat d’une vie, qu’il avait déjà romancé dans le livre homonyme Patients. Le film narre sur une année l’histoire de Ben (brillant Pablo Pauly), transporté au centre de rééducation Coubert après un grave accident le laissant partiellement tétraplégique. C’est le début d’une longue lutte bardée d’amitiés, de peines et d’amour pour retrouver son autonomie. NTM et Lunatic en clins d’œil musicaux générationnels à l’appui, les réalisateurs montrent le quotidien par moment insoutenable des malades. S’ouvrant sur une vision subjective clinique, la mise en scène privilégie une forme immersive à l’opposé du format documentaire. Une absence de prétention qui rend le propos sincère et ne le fait pas tomber dans le misérabilisme. Aucune des questions sensibles n’est évitée : suis-je toujours un être humain ? Puis-je tomber amoureux ? Puis-je faire seul mes besoins ? Ai-je un avenir ? En somme, le récit arrive à être touchant sans être plombant, dur sans être dramatique, à la recherche d’un équilibre subtil entre rires et larmes.

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"Juillet Août" : été adolescent

ECRANS | de Diastème (Fr., 1h40) avec Patrick Chesnais, Luna Lou, Pascale Arbillot…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Chaque été, au milieu du lot de films de vacances, il en est toujours un qui prend la tangente en allant au-delà du périmètre étriqué des premiers émois d’adolescent(e)s. L’an dernier, c’était Microbe et Gasoil de Gondry ; Juillet Août assure peut-être la relève. La saison chaude semble favorable à Diastème (en 2008, son premier long Le Bruit des gens autour était déjà une évocation drôle et pleine de vie de l’intérieur du Festival d’Avignon) ; elle l’inspire pour ce portrait de deux sœurs (dont une au tournant de la puberté), ainsi que de leurs parents, lesquels ont refait leur vie chacun de leur côté. Juillet avec la mère sur la Côte d’Azur, août avec le père en Bretagne… L’existence des frangines est décousue, mais elle se suit dans ses péripéties estivales, et se raccommode dans cette succession de villégiatures. Comme si la famille éclatée se reformait par-delà la distance et le protocole calendaire afin de résoudre toutes les crises – qui ne sont pas propres au jeune âge. Chacun ment ou dissimule un petit secret à ses proches,

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La Tête haute

ECRANS | Portrait d’un adolescent en rupture totale avec la société que des âmes attentionnées tentent de remettre dans le droit chemin, le nouveau film d’Emmanuelle Bercot est une œuvre coup de poing sous tension constante, qui multiplie les points de vue et marie avec grâce réalisme et romanesque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 mai 2015

La Tête haute

Malony est sans doute né sous une mauvaise étoile. Cela veut dire qu’en fait il y en a un, de doute, et Emmanuelle Bercot, c’est tout à son honneur, ne cherchera jamais à le dissiper. Il n’a que six ans, et le voilà déjà dans le bureau d’une juge pour enfants (lumineuse et passionnée Catherine Deneuve) qui sermonne une mère irresponsable (Sara Forestier, dont la performance archi crédible ne tient pas qu’à ses fausses dents pourries) prête à se débarrasser de cet enfant au visage angélique mais dont elle dit qu’il n’est qu’un petit diable. C’est la première séquence de La Tête haute, et elle donne le la du métrage tout entier : on devine que cette famille est socialement maudite, bouffée par la précarité, la violence et l’instabilité. Mais Bercot ne nous donnera jamais ce contrechamp potentiellement rassurant : jusqu’à quel point Malony est seul responsable de son sort, pris entre haine de soi et rancune envers les autres, attendant qu’on le prenne en charge tout en rejetant les mains qu’on lui tend ? Cette scène d’ouverture est aussi emblématique de la mise en scène adoptée par Bercot : la parole y est puissante, tendue, explosive. Elle repose sur d

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On va voir quoi ?

SCENES | La biennale arts sciences Les Rencontres-i débute cette semaine. Une fois n’est pas coutume, nous n’avons quasiment pu voir aucun des spectacles programmés pendant ces dix jours de festival. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas vous parler de ceux qui nous donnent envie! Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Jeudi 26 septembre 2013

On va voir quoi ?

À la rue, O. Bloque Débuter un festival arts sciences par un spectacle de l’auteure et metteuse en scène Marina Damestoy, notamment connue pour avoir initié les mouvements sociaux Génération Précaire et Jeudi-Noir, tel est le premier pari des Rencontres-i. Une création sur une jeune femme issue d’une famille aisée qui devient SDF par la force des choses, et dont on nous a vanté la pertinence du propos. Vendredi 4 octobre à 20h et samedi 5 à 18h, au CLC (Eybens) Robot ! Faire danser des robots? Une idée originale de l'exubérante chorégraphe espagnole Blanca Li. Sur scène, aux côtés des danseurs, on retrouvera donc des petits robots appelés Nao – ceux qui dansent le mieux parmi la faune robotique selon l’artiste. On veut bien la croire, tant les vidéos disponibles le prouvent. Reste à savoir si tout ceci fera spectacle... Vendredi 4 et samedi 5 octobre à 20h, à l’Hexagone (Meylan) Bionic Orchestra 2.0 Deuxième version de cette proposition du beatboxer Ezra, présentée en 2011 toujours dans le cadre des Rencontres-i : une création musicale, visuelle et interactive mêlant human

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Le retour de la revanche du tango

MUSIQUES | Lunatico / Le super-carton international du premier album de Gotan Project, La Revancha Del Tango, qui réussissait l’hybridation entre l’éternelle (...)

| Mercredi 20 décembre 2006

Le retour de la revanche du tango

Lunatico / Le super-carton international du premier album de Gotan Project, La Revancha Del Tango, qui réussissait l’hybridation entre l’éternelle “djeunesse“ de l’électro et la tradition latino du tango, aurait pu être pour le groupe l’occasion de capitaliser vite fait bien fait en enregistrant dans la foulée une sorte de copier/coller (on en connaît qui ne se privent pas de le faire !). Mais faut croire que certains artistes ont plus de scrupules et d’éthique que d’autres : pendant ces cinq années de silence discographique – et à peu près autant à écumer les scènes du monde entier – les trois musiciens de Gotan Project ont affiné leur approche musicale. Finis les remixes des classiques du tango ; avec Lunatico, le groupe offre des compositions maisons et ne pioche dans l’histoire du genre que de larges et louables inspirations. Qui plus est, le travail synthétique laisse place à d’authentiques instruments et, bien sûr, à ceux qui les interprètent, recrutés comme il se doit sur la terre native de la Milonga : l’Argentine. Aujourd’hui, Gotan Project ne cherche plus seulement à placer ses tubes sur les playlists des meilleurs DJs latinos et à mettre en scène des spectacles visuellem

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