"Rester vivant - méthode" : Vincent, Michel, Iggy et les autres

ECRANS | de Erik Lieshout (P.-B., 1h10) documentaire avec Iggy Pop, Michel Houellebecq, Robert Combas…

Vincent Raymond | Mardi 8 mai 2018

De la douleur surmontée naît la création poétique : tel est le postulat de Rester vivant, méthode, essai signé par Michel Houellebecq en 1991. Un bréviaire dont fait ici son miel Iggy Pop, jadis réputé pour ses performances scéniques limites conjuguant scarifications et auto-mutilations diverses. En vénérable pré-punk apaisé, l'Iguane s'emploie à lire devant la caméra quelques stances de l'ouvrage, à les commenter à la lumière de son parcours ; croisant sa propre vie avec celle d'autres artistes aussi marqués par la souffrance que lui. On y découvre les écrivains écorchés Claire Bourdin et Jérôme Tessier, ainsi que le vibrionnant peintre Robert Combas, témoignant tous de leur rapport intime à la maladie – schizophrénie, dépression ou autre plaie intérieure térébrante qu'ils ont convertie en carburant créatif.

Et puis il y a dans un recoin du film, à son extrémité caudale même, un certain "Vincent", artiste reclus absorbé par un grand œuvre mystérieux. Il s'agit le seul "personnage" fictif de ce documentaire hybride, interprété par Houellebecq en personne. Visage rongé de stigmates, voix souffreteuse et silhouette débile, l'auteur est l'incarnation idéale de son essai ; un cameo parfait.

Posé, voire léché, Rester vivant - méthode illustre et confirme par l'exemple la théorie houellebecquienne, près de trente ans après sa publication. Et cette validation s'achève par la mise en marche branlante mais triomphale des cinq protagonistes, de front dans une rue parisienne déserte. Connaissant le lest que traîne chacun d'entre eux, voir cette bande d'éclopés déambuler d'un pas vacillant mais décidé a quelque chose de sublime.


Rester vivant : méthode

De Reinier Van Brummelen, Erik Lieshout (Néer, 1h10) avec Iggy Pop, Michel Houellebecq

De Reinier Van Brummelen, Erik Lieshout (Néer, 1h10) avec Iggy Pop, Michel Houellebecq

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Iggy Pop nous présente une méthode pour rester en vie dans un monde impersonnel. L’essai Rester vivant : méthode de Michel Houellebecq et les expériences personnelles d’Iggy Pop sont les points de départ de cette quête qui s’intéresse au rôle du poète, aux artistes en difficulté et aux problèmes de santé mentale. "Un poète mort n’écrit plus, d’où l’importance de rester vivant", et c’est bien là le combat de ce feel good movie sur la souffrance.


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Saint Amour

ECRANS | Le millésime 2016 de Benoît Delépine et Gustave Kervern, les plus illustres cinéastes grolandais, est arrivé et il n’a rien d’une pochade : derrière son nez rouge de clown, "Saint Amour" dissimule une histoire d’amour(s) tout en sobriété… Notre film de la semaine. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 1 mars 2016

Saint Amour

Pour un réalisateur, jongler les yeux bandés avec un baril de pétrole ouvert et un flambeau doit certainement se révéler plus sécurisant que diriger la paire Depardieu-Poelvoorde partant en goguette sur la route des vins. Sur le papier, Kervern et Delépine n’étaient donc pas trop de deux face au fameux duo. Cela dit, les risques étaient limités pour les compères, étant donné leur proximité avec les comédiens (déjà pratiqués dans Mammuth et Le Grand Soir) ; leur science commune du jus de la treille. Cette "communion d’esprit" explique comment et pourquoi les auteurs ont pu mener leur barque sans dériver. Spirituel ou spiritueux ? Mais Saint Amour ne se limite pas à son germe éthylique : l’essence de ce road movie, c’est le voyage de quelques centimètres

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Julien Gosselin : « Créer notre propre théâtre »

Théâtre | Julien Gosselin, metteur en scène de l'adaptation flamboyante des "Particules élémentaires" de Michel Houellebecq, revient avec nous sur certaines étapes de création du spectacle. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 10 mars 2015

Julien Gosselin : « Créer notre propre théâtre »

Pourquoi avoir choisi d’adapter un roman de Michel Houellebecq, et pourquoi ce roman en particulier ? Julien Gosselin : Les précédents spectacles de la compagnie étaient des mises en scène de textes de théâtre et non des adaptations, mais on avait quand même envie de mélanger plusieurs types d’énonciations théâtrales – appelons ça comme ça ! Des moments de narration, des moments de dialogues plus classiques, des moments techniques – là, avec Houellebecq, c’est sur la sexualité et la science… D’où l’idée d’adapter un roman pour créer notre propre théâtre et ne pas être dépendants de pièces de théâtre. Quant à Houellebecq, j’adore ses livres depuis que je suis adolescent. Tout naturellement, je suis donc allé chercher de son côté. Et pour le texte, Les Particules élémentaires me semblait être son ouvrage le plus évident et le plus riche vu ce que l’on recherchait théâtralement. Même si je ne dis pas que c’est son meilleur livre – d’ailleurs, je ne sais pas quel est son meilleur livre !

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Dans la peau de Michel Houellebecq

SCENES | À tout juste 27 ans, le metteur en scène Julien Gosselin donne à voir avec sa version théâtrale des "Particules élémentaires" à quel point l’écrivain Michel Houellebecq creuse depuis vingt ans un même sillon désenchanté. Créée en 2013 à Avignon, voilà enfin livrée à domicile cette adaptation fidèle, énamourée et passionnante de ce grand roman d’anticipation. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 10 mars 2015

Dans la peau de Michel Houellebecq

Quand en 1998 sort Les Particules élémentaires, Michel Houellebecq n’est pas encore une figure publique. Julien Gosselin, qui met en scène pour la première fois en France ce texte, a lui à peine dix ans. À l'époque, la lucidité (le cynisme diront certains) qui irradie de ce roman est une anomalie parmi les écrivains hexagonaux contemporains. Il y en a certes de très grands (Carrère, Modiano, Le Clézio…), mais aucun n’embrasse la société dans son ensemble comme Houellebecq, capable d’insuffler un vrai souffle narratif à des propos sans concession sur son époque. Le mérite premier de Julien Gosselin et son collectif Si vous pouviez lécher mon cœur est de faire éclater à nouveau la qualité et la profondeur de ces Particules hautement autobiographiques, revendiquant l'hommage au point que l'auteur est doublement présent dans la pièce : sous la forme du personnage de Michel et sous celle d’un narrateur, saisissant double physique de l’écrivain. En s’emparant du théâtre-récit, en acceptant donc sans rougir de

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Near Death Experience

ECRANS | L’errance suicidaire d’un téléopérateur dépressif en maillot de cycliste. Où la rencontre entre Houellebecq et le tandem Kervern / Delépine débouche sur un film radical, peu aimable, qui déterre l’os commun de leurs œuvres respectives : le désespoir face au monde moderne. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 septembre 2014

Near Death Experience

Un jour comme les autres, Paul, téléopérateur chez Orange, décide de mettre fin à ses jours. Il laisse sa famille sur le carreau, enfile son maillot de cycliste Bic et part se perdre dans la montagne. Near Death Experience enregistre son errance suicidaire comme un retour à l’état primitif, tandis qu’en voix off ses pensées sur le monde et sur sa triste existence bientôt achevée se déversent. Après la déception provoquée par Le Grand Soir, dans lequel leur cinéma de la vignette sarcastique virait au système, Gustave Kervern et Benoît Delépine effectuent une table rase radicale. Il n’y a à l’écran qu’une âme qui vive, celle de Michel Houellebecq, dont le tempérament d’acteur a été formidablement déflorée par l’excellent L’Enlèvement de Michel Houellebecq vu sur Arte la semaine dernière ; les autres personnages sont des silhouettes dont on ne voit la plupart du tem

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Berlinale 2014, jour 2 : est-ce que le festivalier est content ?

ECRANS | "Is the man who is tall happy ?" de Michel Gondry (sortie le 30 avril). "We come as friends" de Hubert Sauper. "L’Enlèvement de Michel Houellebecq" de Guillaume Nicloux. "’71" de Yann Demange.

Christophe Chabert | Lundi 10 février 2014

Berlinale 2014, jour 2 : est-ce que le festivalier est content ?

Pour l’instant, la chance n’est pas avec nous à cette Berlinale. Enfin, elle n’est pas sur la Berlinale tout court, si on en croit l’incroyable incident qui a provoqué l’interruption de la projo presse officielle de The Monuments Men de George Clooney, présenté hors compétition. Après une demi-heure plaisante quoique très futile et old school de ce film de guerre où Clooney, plus Clooney que jamais, monte une équipe de spécialistes pour aller préserver les œuvres d’art du pillage nazi en cours, des cris sont partis du balcon, puis un brouhaha intense entrecoupé de « a doctor ! a doctor ! ». Ensuite, les spectateurs réclamèrent qu’on rallume la salle, puis qu’on arrête le film. Ça peut arriver. Et ce n’est pas drôle. Sans savoir quand le film allait reprendre, et sachant que derrière nous attendait une des rares projections du nouveau film d’Hubert Sauper — on y revient — on a préféré aller prendre le temps de rédiger ce billet-là… Quant au Clooney, si la bonne fortune des billets encore disponibles nous sourit, ce sera pour demain… Chomsky / Gondry : communication réussie Juste avant, très belle surprise avec le nouveau film de Michel Gondry,

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La nuit de l’iguane

MUSIQUES | L’insubmersible Iggy Pop et ses potes des Stooges seront une nouvelle fois à l’affiche des festivals cet été, à Guitares en scène notamment. Est-ce vraiment la peine de se déplacer pour aller voir celui qui est désormais un papy rocker ? Osons l’affirmer : oui, ô oui. FC

François Cau | Mercredi 15 juin 2011

La nuit de l’iguane

D’après l’un des nos informateurs en infiltration dans les coulisses de Musilac en 2005, Iggy Pop, backstage, serait une personne d’un certain âge, adorable derrière ses petites lunettes cintrées, dégustant son thé comme seul et unique excitant au beau milieu des rockers tumultueux l’entourant alors. Voilà qui casserait un tantinet le mythe si le bonhomme ne donnait toujours sur scène des performances fiévreuses, généreuses, légèrement dénudées (il ne montre plus sa stouquette systématiquement), heureux de se donner au public et de partager l’expérience avec ses fidèles compagnons des Stooges. De tous les anciens de la scène rock et affiliée, celui qu’on surnomme toujours “l’iguane“ est sans nul doute l’un de ceux qui s’en sortent artistiquement le mieux : pas du tout jeanfoutre avec sa gloire passée en caution morale comme un Bob Dylan, absolument pas pathétique et forcé d’aller au charbon comme un Ozzy Osbourne, ne donnant jamais le même show à la virgule près tel un David Bowie, et en parfaite osmose avec chacun de ses musiciens à l’inverse des Rolling Stones. On ne va pas voir Iggy Pop et les Stooges comme on irait au musée, pour pouvoir approcher de près un bout de

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