"Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête" : (petite) nuit de folie

ECRANS | de Ilan Klipper (Fr, 1h17) avec Laurent Poitrenaux, Camille Chamoux, Marilyne Canto…

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

Photo : StrayDogs Distribution


Jamais remis d'avoir publié un roman encensé voilà vingt ans, Bruno traîne sa dépression, vivant en peignoir dans une colocation, lutinant sa voisine à l'occasion. Quand un jour débarquent à l'improviste famille, ami et une demoiselle, il n'imagine pas qu'on veut l'interner… Pour son bien.

Inégale dans son rythme et dans sa forme (peut-être pour restituer le tempérament bipolaire de son héros), cette comédie a des allures de film court s'étant doté d'un prologue pour devenir un (tout juste) long-métrage. Ici chez lui comme sur scène (on le voit souvent au théâtre), Laurent Poitrenaux s'y dénude volontiers pour meubler l'espace en soliloquant, se montrant tour à tour fragile, extraverti et inquiétant face à cet envahissement inquisitorial orchestré par une mère juive assez gratinée.

On sombrerait dans l'anecdotique simple si le réalisateur Ilan Klipper n'avait l'idée avant le dénouement de dynamiter la structure de son récit en disséminant des flashes proleptiques, rappelant les éclats pulsatiles des étoiles de son titre. Il s'agit là d'un bien modeste tribut pour ce film laissant au bilan l'impression d'une promesse pas tout à fait tenue.


Le ciel étoilé au-dessus de ma tête

De Ilan Klipper (Fr, 1h17) avec Laurent Poitrenaux, Camille Chamoux...

De Ilan Klipper (Fr, 1h17) avec Laurent Poitrenaux, Camille Chamoux...

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Bruno a publié un fougueux premier roman en 1996. La presse titrait : « Il y a un avant et un après Le ciel étoilé au-dessus de ma tête ». Vingt ans plus tard, Bruno a 50 ans. Il est célibataire, il n’a pas d’enfants, et vit en colocation avec une jeune Femen. Il se lève à 14h et passe la plupart de ses journées en caleçon à la recherche de l’inspiration. Pour lui tout va bien, mais ses proches s’inquiètent...


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Miou-Miou : « Il y a dans "Larguées" des phrases que je n’avais jamais entendues, des tirades lapidaires vraiment superbes »

ECRANS | La moindre des choses, quand on a eu 18 ans en 1968, est d’entretenir vivace l’impertinence de l’esprit. Miou-Miou ne s’est jamais conformée aux règles. Ce n’est pas aujourd’hui qu’elle va commencer. Entretien à l’occasion de la sortie de "Larguées" d’Éloïse Lang.

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Miou-Miou : « Il y a dans

Eloïse Lang, la réalisatrice de Larguées, affirme que vous êtes d’une liberté totale. C’est la liberté de Françoise, le personnage qu’elle vous a offert, qui vous a décidée à accepter le film ? Miou-Miou : Alors non ce n’est pas que pour ça ; c’est l’ensemble : l’histoire, l’écriture… Il y a des phrases que je n’avais jamais entendues, des tirades lapidaires, formidables, vraiment superbes. Et je me suis aperçue en lisant le scénario et en voyant le film que je pratiquais, moi, une autocensure inconsciente. De quelle nature ? Si j’avais fait un film, je n’aurais pas mis de la drogue, des clopes, du rhum, de la baise… Des trucs libres et naturels, finalement. C’est là que je me suis rendu compte que je pratiquais une autocensure inhérente à l’époque, aux réactions incroyables, aux interdictions, aux choses procédurières… Sans m’en rendre compte, inconsciemment, comme nous tous, j’ai l’impression. C’est dans le sens où : pas fumer, pas boire, toutes

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"Larguées" : maman, on n'a pas raté l'avion

ECRANS | de Éloïse Lang (Fr., 1h32), avec Miou-Miou, Camille Chamoux, Camille Cottin…

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Le scénario tient en une phrase : deux sœurs, Rose et Alice, l’une célibataire déjantée et sans-gêne, l’autre mariée responsable et sage, organisent un voyage à La Réunion pour tenter de remonter le moral de leur mère, Françoise, délaissée par son mari pour une trentenaire. Pas besoin d’éruption volcanique pour mettre le feu aux poudres... Même si, au premier abord, le synopsis manque d’originalité, avec ses personnages caricaturaux, on se laisse séduire par le cocktail étonnant formé par Miou-Miou et Camille Cottin (l'une des deux filles de Françoise) – la première signant au passage son retour sur grand écran, avec pas moins de trois films cette année. Ici, les répliques fusent, les situations burlesques s’enchaînent grâce aux plans foireux de Rose, qui va devoir assumer de voir sa mère flirter avec l’animateur belge du club de vacances. Les deux actrices brisent les tabous du célibat et abordent sous un regard humoristi

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"Faut pas lui dire" : ni le voir non plus d'ailleurs

ECRANS | de Solange Cicurel (Fr.-Bel., 1h36) avec Jenifer Bartoli, Camille Chamoux, Stéphanie Crayencour…

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

Trois sœurs-cousines complices décident de ne pas révéler à la quatrième, sur le point de se marier, qu’elles ont surpris son promis avec un homme. Mais aussi que son ex, disparu brutalement il y a des années, est de retour… C’est à n’y pas croire (ou à désespérer) : au 4 janvier, tiendrait-on déjà le plus médiocre long-métrage de l’année ? Croisement tératogène entre Comme t’y es belle (pour l’ambiance famille juive) et Le Cœur des hommes version féminine (pour le quatuor principal partageant ses petits secrets intimes), Faut pas lui dire appartient à cette catégorie de films que chacun regrettera d’avoir vu… ou fait – on a, à ce sujet, une pensée pour les malheureuses comédiennes et réalisatrice ayant à vivre lestées du poids de cette ineptie. À peine digne d’une production AB (manquent les rires enregistrés), cette sottise tentant de rebondir sur des ressorts comiques distendus de vaudeville rétrograde, masque l’indigence de sa trame narrative en la parsemant des plus purs clichés. Tout y passe, sans aucune subtilité : la cougar nympho tombant enfin amoureuse, la femme parfaite rencontrant son prince charmant idéal et l’aïeule BCBG balanç

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Avare des temps modernes avec Lagarde et Poitrenaux

SCENES | Sous la perruque blanche ou le cheveu coloré, de tout temps l'homme a voué un culte destructeur à l'argent. En transposant "L'Avare" de Molière dans notre époque, Ludovic Lagarde révèle l'universalité de la cupidité humaine et la vision moderne de l'auteur, à l'aube du capitalisme. Charline Corubolo

Charline Corubolo | Jeudi 19 novembre 2015

Avare des temps modernes avec Lagarde et Poitrenaux

De l'interprétation au décor, tout est contemporain dans cette nouvelle adaptation de L'Avare (1668) écrit par Molière – adaptation que l'on attendait avec impatience. Pour autant, le metteur en scène Ludovic Lagarde n'en perd pas la juteuse prose d'origine pour livrer une pièce entre XVIIe siècle et XXIe siècle tout à fait cohérente. Alors que les perruques blanches et les costumes sont remplacés par des jeans, les comédiens donnent corps au texte de l'auteur avec véhémence. Une troupe qui se croise et s'entrechoque dans l'entrepôt de la maison bourgeoise remplie de containers ; maison qui se vide peu à peu quand la paranoïa d'Harpagon ne fait que grandir concernant le vol de sa cassette. Interprété par un Laurent Poitrenaux exalté, cet avare-là devient la métaphore d'un capitalisme grandissant, image d'un petit chef d'entreprise despote. À ses côtés, les autres personnages tentent de tirer leur épingle du jeu malgré la tyrannie instaurée par cet Harpagon sans scrupule, n'hésitant pas à échanger sa prétend

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Le soleil et la lune

SCENES | Le trio Olivier Cadiot (au texte), Ludovic Lagarde (à la mise en scène) et Laurent Poitrenaux (au jeu) débarque à Grenoble pour présenter deux spectacles très différents, mais animés par la même foi en un théâtre contemporain ouvertement tourné vers le verbe. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Jeudi 23 février 2012

Le soleil et la lune

Laurent Poitrenaux est un comédien magnétique : Ludovic Lagarde l’utilise à merveille, convoquant selon les projets les diverses facettes de cet artiste kaléidoscopique. En ce début mars, le metteur en scène dévoile à Grenoble deux créations où rayonne son acteur fétiche : Un nid pour quoi faire d’abord, à la MC2, puis Un mage en été, à l’Amphithéâtre. Deux pièces nées d’une autre relation savamment entretenue par Ludovic Lagarde : celle avec l’auteur Olivier Cadiot, dont il adapte ici deux textes originaux, pour deux résultats diamétralement opposés dans la forme, même s’ils se rejoignent sur le fond, nourris par cette envie de porter sur la plateau une langue riche et poétique. Le bavard Un nid pour quoi faire évoque ainsi une cour fantasque exilée à la montagne, et dirigée par un roi haut en couleur. Dans le rôle du souverain capricieux qui essaie tant bien que mal de donner le change, Laurent Poitrenaux excelle. Le spectacle rassemble

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« Mes textes ne sont pas des objets sacrés »

SCENES | Olivier Cadiot a été artiste associé du Festival d'Avignon 2010, où deux de ses romans – Un Nid pour quoi faire et Un Mage en été – furent mis en scène par Ludovic Lagarde. Les deux spectacles seront en mars à Grenoble (le premier à la MC2, le second à l’Amphithéâtre) : l’occasion de partir à la rencontre de cet écrivain français atypique. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Aurélien Martinez | Jeudi 22 décembre 2011

« Mes textes ne sont pas des objets sacrés »

Vous travaillez depuis longtemps avec le metteur en scène Ludovic Lagarde. Pouvez-vous évoquer votre rencontre ? Olivier Cadiot : On peut dire que c'est Ludovic qui m’a amené au théâtre. Avant, je faisais de la poésie, des performances, mais le théâtre était pour moi un continent inconnu. J'ai découvert une petite pièce de Beckett qu’il avait mise en scène et j'ai beaucoup aimé cette manière de faire du théâtre. Comment se passe le travail d'adaptation de vos romans ? C'est Ludovic Lagarde qui prend en charge l'adaptation, il se saisit de l'objet-livre et le tourne vers la scène. Je laisse à Ludovic la vision d'ensemble et j'interviens pour les détails. Moi, je n'écris pas directement pour le théâtre. C'est d'ailleurs cela que je trouve fabuleux dans l'adaptation ; cette manière de faire ressentir les mêmes choses que l'écrivain, mais avec d'autres moyens. L'absence de "fidélité" à vos écrits ne vous dérange pas ? C'est bien au-delà de la notion de fidélité. Pour moi, ces adaptations sont un cadeau extraordinaire qui m'aide à voir des choses, et même parfois des choses que j'av

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