"Sauvage" : vous avez dit sauvage ?

ECRANS | de Camille Vidal-Naquet (Fr, 1h39) avec Félix Maritaud, Éric Bernard, Philippe Ohrel…

Vincent Raymond | Lundi 27 août 2018

Photo : Pyramide Distribution


Pour se fournir sa came quotidienne, Léo se vend ici ou là à des hommes, traînant son corps délabré de SDF sur les pavés parisiens. Des occasions de s'en sortir se présentent à lui parfois, mais il préfère vivre dans l'instant présent, l'adrénaline du fix et la sueur des corps incertains…

Venir après Van Sant, après Téchiné, après Chéreau, après Genet, enfin après tout le monde en somme, dans la contre-allée de la représentation des éphèbes clochardisés vendant leur corps contre au mieux une bouffée de drogue, c'est déjà risqué. Mais ensuite tomber dans le maniérisme esthétique du pseudo pris sur le vif (avec coups de zooms en veux-tu, en voilà, rattrapage de point), dérouler les clichés comme on enfile des perles (boîtes gays nids à vieux fortunés, musicien vicieux rôdant tel le vautour…) pour nous conduire à cette fin prévisible comme si elle avait été claironnée… Était-ce bien nécessaire ?

L'ultime plan, en tant qu'évocation indirecte de Verlaine, a plus d'intérêt, de force et de sens que bien des simagrées précédentes. On peut également sauver une ou deux répliques, assez bien troussées – elles.


Sauvage

De Camille Vidal-Naquet (Fr, 1h39) avec Félix Maritaud, Eric Bernard...

De Camille Vidal-Naquet (Fr, 1h39) avec Félix Maritaud, Eric Bernard...

voir la fiche du film


Léo, 22 ans, se vend dans la rue pour un peu d’argent. Les hommes défilent. Lui reste là, en quête d’amour. Il ignore de quoi demain sera fait. Il s’élance dans les rues. Son cœur bat fort.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Mange ta prairie !

ESCAPADES | Mauve, lierre terrestre, consoude, plantain, bardane… Ces plantes sauvages comestibles abondent en milieu urbain mais elles nous sont pour la plupart étrangères. Un lien avec le végétal rompu que Mathilde Simon, formatrice ethnobotanique, vous propose de retisser au cours de sorties nature, le nez dans l’herbe, les sens en éveil.

Jérémy Tronc | Vendredi 28 mai 2021

Mange ta prairie !

Pour vous, c’est une banale prairie, un carré d’herbe ou un parc où jouer au mölkky. Pour Mathilde Simon, c’est un vivier, un espace de cueillette de plantes comestibles, aromatiques ou médicinales. Lors de notre sortie d’initiation à l’arboretum Ruffier-Lanche sur le campus de Saint-Martin-d’Hères, quelques mètres de marche ont suffi à la jeune femme pour repérer la mauve sylvestre, là où nous aurions posé notre plaid à pique-nique sans nous douter que nous écraserions la douce Malva sylvestris (son nom latin). Sacrilège ! « La mauve est entièrement comestible. Elle a été cultivée comme plante potagère au temps de la Grèce antique et on retrouve tout au long de l’histoire des utilisations en phytothérapie, notamment pour les muqueuses irritées. Je l’utilise personnellement pour épaissir certains potages », explique Mathilde aux participants qui photographient, prennent des notes, sentent, touchent et goûtent les plantes tout au long du circuit riche en découvertes. « Pour des sorties courtes comme celle-ci, je privilégie une approche sensorielle des plantes. L’odorat, le goût, le toucher accrochent mieux les personnes et complètent ce que l’on pe

Continuer à lire

Musiques pas sages

Chanson | Formé par un poète bercé par le maloya réunionnais et une fêtarde franco-américaine ayant évolué dans les milieux interlopes berlinois, Sages comme des sauvages (...)

Benjamin Bardinet | Mardi 6 octobre 2020

Musiques pas sages

Formé par un poète bercé par le maloya réunionnais et une fêtarde franco-américaine ayant évolué dans les milieux interlopes berlinois, Sages comme des sauvages explore des contrées musicales subtiles et inattendues. Fascinés par les formes musicales "traditionnelles", le duo trousse d’énergiques compositions et renoue avec le plaisir de chanter l’arrivée d’un nouveau né, les rencontres inattendues, la misère quotidienne ou les angoisses. Accompagnés ’un percussionniste et d’une joueuse de basson, ils donnent naissance à un style où le calypso et le folklore grec fricotent avec les musiques expérimentales, rappellant avec enthousiasme les possibilités cathartiques de la musique. On en jugera à l'Heure Bleue (Saint-Martin-d'Hères), le 15 octobre à partir de 20h. BB

Continuer à lire

"Lux Æterna" : demande à la lumière !

Cinema | À la fois “moking of” d’un film qui n’existe pas, reportage sur une mutinerie, bacchanale diabolique au sein du plus déviant des arts, vivisection mutuelle d’egos et trauma physique pour son public, le nouveau Noé repousse les limites du cinéma. Une fois de plus.

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2020

Sur le plateau du film consacré à la sorcellerie qu’elle dirige, Béatrice Dalle échange confessions et souvenirs avec Charlotte Gainsbourg, en attendant que le tournage reprenne. Le conflit larvé avec son producteur et son chef-opérateur va éclater au grand jour, déclenchant chaos et douleurs… À peine une heure. Aux yeux du CNC (yeux qui cuiront lorsqu’il le visionnera), Lux Æterna, n’est pas un long métrage. La belle affaire ! Depuis presque trente ans qu’il malaxe le temps, l’inverse en spirale involutée, le taillade ou le démultiplie, Gaspar Noé a appris à le dilater pour en faire entrer davantage dans cinquante minutes. Il dote ainsi dès son ouverture Lux Æterna d’extensions cinématographiques, de "ridelles" virtuelles, en piochant dans des œuvres antérieures ici convoquées visuellement pour créer un climat (Häxan de Benjamin Christensen, Jour de colère de Dreyer) ou verbalement par Dalle et Gainsbourg (La So

Continuer à lire

Les Bêtes du sud sauvage

Reprise | Alors que vient d’être présenté au festival Sundance le nouveau film de Benh Zeitlin, Wendy, inspiré par l’histoire de Peter Pan, la Cinémathèque nous propose à la (...)

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Les Bêtes du sud sauvage

Alors que vient d’être présenté au festival Sundance le nouveau film de Benh Zeitlin, Wendy, inspiré par l’histoire de Peter Pan, la Cinémathèque nous propose à la faveur de son bien utile Cycle Planète Terre de nous replonger dans celui par lequel le jeune cinéaste, pas alors trentenaire, avait été révélé en 2012 : Les Bêtes du sud sauvage. Judicieusement sélectionné dans la section Un Certain Regard, ce premier long métrage avait chamboulé la Croisette et ravi la Caméra d’Or, avant de concourir (sans grand succès) aux Oscars, porté par le lyrisme flamboyant des images et l’interprétation estomaquante de la très jeune Quvenzhané Wallis, 6 ans au moment du tournage. Cet aspect "phénomène" relève de l’anecdote et ne doit pas occulter l’essentiel : la force visuelle de ce grand drame épique vécu à hauteur d’imaginaire d’enfant, où le réel se trouve contaminé par les fantasmes, les peurs, les rêves et les croyances de la petite héroïne. Un chant poétique dans un champ de désolation, celui des bayous minés par la misère sociale, ravagés par les éléments, sous la menace supplémentaire d’une cavalcade d’animaux archaïques li

Continuer à lire

"L'État Sauvage" : le Nord, le Sud, et le reste…

ECRANS | De David Perrault (Fr., 1h58) avec Alice Isaaz, Kevin Janssens, Déborah François…

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

1861. Alors que la Guerre de Sécession fait rage, les Français sont sommés par l’Empereur de rester neutres. Pour Edmond et les siens qui vivent dans le Sud, la situation devient intenable. Ils décident donc de rentrer au pays, mais doivent pour ce faire traverser un vaste territoire sauvage. Ontologiquement lié à la geste légendaire d’un territoire conquis (asservi ?) par des immigrants, le western, genre labouré dans tous les sens, n’a cependant cesser d’évoluer grâce à des regards extérieurs, inattendus voire “défendus“ : la vision opératique de Leone lui redonna un sens épique, La Flèche brisée (1950) modifia la perception manichéenne des Indiens, l’ascèse de Kelly Reichardt (entre autres) pour la La Dernière Piste (2011) développa sa dimension métaphysique. Hybridé, modernisé, tarantinisé, le western n’en demeure pas moins empli d’angles morts historiques ; une aubaine pour les auteurs de tous horizons : après Audiard ou Iñárritu, David Perrault s’y engouffre ici avec bonheur. Son approche est réjouissante car elle se trouve “à cheval“ — si l’on ose — entre les deux cultures européenne et américaine, et

Continuer à lire

"Le Lac aux oies sauvages" : pêche à l’homme

ECRANS | De Diao Yinan (Chi., avec avert. 1h50) avec Hu Ge, Gwei Lun Mei, Liao Fan…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Une guerre des gangs de voleurs de motos laisse Zhou Zenong blessé et en cavale dans la région du Lac aux oies sauvages, traqué par les hommes du capitaine Liu. Alors qu’il s’attend à retrouver son épouse Yang Shujun, c’est une mystérieuse prostituée, Liu Aiai, qui est au rendez-vous… Aux dires des festivaliers, Diao Yinan était le plus sérieux compétiteur de Bong Joon-ho sur la Croisette cette année. Précédé de l’aura de sa précédente réalisation et Ours d’Or 2014, Black Coal, Le Lac aux oies sauvages pouvait bénéficier d’un a priori favorable. Mais, suivant l’adage vaticanesque appliqué à Cannes, un palmé putatif durant la Quinzaine se retrouve souvent fort dépourvu au palmarès ; Diao est donc reparti bredouille. La sortie de son film en salles devrait lui permettre de se rattraper. Car il s’agit d’un thriller haut en couleur. Pas uniquement du fait de sa somptueuse photographie magnifiant les séquences nocturnes illuminées aux néons, dans de subtils jeux d’alliances chromatiques. Mais également par sa construction à la linéarité non strictement euclidienne, où le présent subit d’entrée les contrecoups d’u

Continuer à lire

Jour & Nuit 2019 : notre sélection d'artistes à ne pas manquer

Festival | Huitième édition pour le festival Jour & Nuit de l’association MixLab, qui se déploiera comme l’an passé pendant trois jours dans et autour de la Belle électrique (dont cette dernière est gestionnaire). L’occasion de faire le point, avec la subjectivité qui nous caractérise, sur les artistes à ne surtout pas manquer entre jeudi 5 et samedi 7 septembre. Par Stéphane Duchêne et Damien Grimbert

La rédaction | Mardi 3 septembre 2019

Jour & Nuit 2019 : notre sélection d'artistes à ne pas manquer

H-Burns Bim ! À peine sorti au printemps dernier le Midlife d'H-Burns que déjà l'on dégainait le qualificatif trompe-la-mort : Midlife serait « le meilleur album » du sieur Renaud Brustlein, après Kids we own the summer (2017) et Night moves (2015). Soit l'affirmation est un tantinet marseillaise (la sardine, le Vieux-Port, tout ça), soit notre Drômois préféré continue sans relâche(ment) l'ascension qui lui fait office de carrière, comme on jogge mollement le dimanche matin à l'heure des croissants. Il faut bien admettre que la vérité est sans doute proche de la deuxième hypothèse. Midlife, s'il évoque subliminalement une crise de la quarantaine, n'en est pas moins l'un de ces bijoux égarés entre pop et folk, mélancolie (Actress, Sister…) et bonheur braque (Crazy ones en tête) sur un terrain où les merveilles mélodiques poussent comme du chiendent. Du grand H. Vendredi 6 septembre sur la grande scène The Psychotic Monks Pou

Continuer à lire

Biscornue Bitch et Secteur Flèche : la glace et le feu

MUSIQUES | Encore un concert plus qu'intrigant qu'organise le Bauhaus Bar samedi 15 juin.

Damien Grimbert | Mardi 11 juin 2019

Biscornue Bitch et Secteur Flèche : la glace et le feu

Avis aux amateurs de musiques intrigantes : samedi 15 juin verra la rencontre au Bauhaus Bar de deux électrons libres comme on n’en croise que trop rarement. Déjà découverte au sein du duo Poupard avec Bleu Russe, Laurie Morcillo viendra présenter son nouveau projet solo Biscornue Bitch, entièrement composé à l’aide d’un iPhone. Mêlant mélodies synthétiques évanescentes, rythmiques brutes et paroles hallucinées scandées / chantées avec un détachement qui ne fait qu’en renforcer la curieuse étrangeté, sa musique joue au mieux sur les contrastes pour créer un univers mental hautement singulier dans lequel on se perd avec fébrilité. Comme en témoigne avec force son premier album autoproduit Les fleurs sauvages brûlent, disponible depuis janvier sur Bandcamp. À pas manquer non plus, la performance du mystérieux Secteur Flèche (photo), auteur d’une sorte de bordel hip-hop chaotique, bruitiste et expérimental noyé sous un déluge de samples, qui rappelle par moments le meilleur du catalogue du label états-unien indépen

Continuer à lire

"La Balade sauvage" : balade culte signée Terrence Malick

ECRANS | Galvaudée par force d'emplois inappropriés, l’expression a perdu de sa substance. Mais en toute objectivité, La Balade sauvage (1973) – Badlands de son (...)

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Galvaudée par force d'emplois inappropriés, l’expression a perdu de sa substance. Mais en toute objectivité, La Balade sauvage (1973) – Badlands de son titre original – mérite son qualificatif de film fondateur. Mettant en vedette Sissy Spacek et Martin Sheen autant qu’il valorise leur jeunesse, ce premier long-métrage d’un cinéaste au caractère déjà bien trempé, Terrence Malick, est emblématique d’un cinéma volontiers divergent pratiqué par le Nouvel Hollywood : cassant les codes et les "bonnes pratiques" héritées des années Hays (du nom de ce code américain de censure appliqué à partir des années 1930). Comme dans Bonnie and Clyde (1968), on y suit un couple d’amants s’engageant dans un road-movie meurtrier ; comme dans Macadam Cowboy (1969), un duo d’anti-héros aux rêves trop grands est voué à une fin pathétique – le "happy ending" n’est plus de rigueur dans une Amérique aux espoirs fanés, glissant dans le désenchantement social et payant la facture de la guerre du Vietnam. Demeure dans cette histoire d’amours adolescentes contrariées la

Continuer à lire

"Une affaire de famille" : chronique d'une famille pas si ordinaire

ECRANS | de Hirokazu Kore-eda (Jap, 2h01) avec Lily Franky, Sakura Andô, Mayu Matsuoka…

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

Le fantasque Osamu est l’affectueux père d’une famille vivant de petites rapines et autres combines. Un jour, il ramène à la maison une gamine maltraitée par ses parents et convainc sa femme de la recueillir comme si elle était leur fille… Personne ne niera que le réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda a de la suite dans les idées lorsqu’il s’agit de dresser des portraits de familles nippones singulières – c’est-à-dire appelées à se reconfigurer à la suite de la perte ou de l’ajout subit d’un membre. Pour Une affaire de famille, palme d'or du dernier Festival de Cannes, il empile les tranches de vies canailles, s’amusant dans un premier temps à faire défiler des instantanés du "gang" Osamu. Plus attendrissant que redoutable, ce père aimant tient davantage du bras cassé folklorique "toléré" par ses victimes que du féroce yakuza. Si le point de vue rappelle celui de The General (1997) de John Boorman ou les Arsène Lupin dans la

Continuer à lire

"Leto" : Kirill Serebrennikov, taillé dans le rock

ECRANS | Alors qu'il est toujours assigné à résidence par le Kremlin, le cinéaste Kirill Serebrennikov sort cette semaine en France un film qui plonge au cœur de la scène rock russe des années 1980. Électrisant.

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

URSS, au début des années 1980. Sous le joug d’un régime communiste expirant, une scène rock tente d’émerger, soumettant ses textes aux dirigeants des maisons de la culture. À Leningrad, un jeune musicien émule d’Iggy Pop, Bowie et des Talking Heads, va éclater. Son nom ? Viktor Tsoï. Les quadra-quinquagénaires se souviendront peut-être d’avoir entendu au détour des bandes FM, par l’entremise du camarade et animateur de radio et de télé Alain Maneval notamment, une poignée d’enregistrements furieusement exotiques souffrant quelques distorsions, gagnées sans doute durant le franchissement du Rideau de fer, parmi lesquels le trépidant Mama Anarkia des Russes de Kino. Biopic et fantaisie C’est aux prémices de ce groupe, dont l’âme était Viktor Tsoï, que l’on assiste ici par le cinéma, qui se dit "kino" en russe. Une manière de boucler la boucle, loin d'être la seule. Car la situation de cette figure culturelle contestataire du passé trouve des échos dans celle du cinéaste Kirill Serebrennikov, voix divergente contemporaine assignée

Continuer à lire

"Cold War" : rideau de fer et voix de velours

ECRANS | de Paweł Pawlikowski (Pol-GB.Fr, 1h27) avec Joanna Kulig, Tomasz Kot, Agata Kulesza…

Vincent Raymond | Vendredi 19 octobre 2018

Années 1950. Compositeur, Wiktor sillonne la Pologne rurale pour glaner des mélodies populaires et trouver des voix. Bouleversé par celle de Zula, il fait de cette jeune interprète sa muse et sa compagne. Leur romance connaîtra des hauts et des bas, d’un côté puis de l’autre du rideau de fer. Paweł Pawlikowski, ou la marque des origines. Est-ce un hasard si Cold War, ayant pour décor la Pologne d’après-guerre et d’avant sa naissance comme son film précédant Ida (2013), présente la également même radicalité formelle, la même rigueur quadrangulaire, le même noir et blanc ? Consciemment ou non, le réalisateur polonais renvoie ce faisant de ce pays au système intransigeant un visage âpre, et reproduit dans le même temps les procédés du cinéma des origines – en lui donnant toutefois la parole, même s’il l’économise. Son "année zéro" intime devient un peu celle de la Pologne, voire celle du cinéma. Encore davantage ici, où l’histoire de Wictor et Zula s’inspire (on ne sait à quel degré) de celle de ses parents. Mais la rigueur formelle n’abolit pas toute sensualité, c’est d’ailleurs l’un des sous-textes du film : les contra

Continuer à lire

"Girl" : Lara au bal du diable

ECRANS | Le portrait plein de vie d’une adolescente née garçon luttant pour son identité sexuelle et pressée de devenir femme. Une impatience passionnée se fracassant contre la bêtise à visage de réalité, filmée avec tact et transcendée par l’interprétation de l’étonnant Victor Polster. Et un très grand film.

Vincent Raymond | Mardi 9 octobre 2018

Jeune ballerine de 15 ans, Lara se bat pour rester dans la prestigieuse école de danse où elle vient d’être admise, mais aussi pour accélérer sa transition de garçon en fille. La compréhension bienveillante de ses proches ne peut hélas en empêcher d’autres d’être blessants. Jusqu’au drame. Girl pose un regard neuf sur des sujets divers, lesquels sont loin de l’être : la danse comme école de souffrance et de vie (on se souvient de la claque Black Swan de Darren Aronofsky en 2011), la difficulté de mener une transition de genre (voir Transamerica de Duncan Tucker en 2006), la vie d’un parent isolé élevant deux enfants. Des thèmes rebattus mais qui, par coagulation et surtout grâce à une approche déconcertante, c’est-à-dire bannissant les situations attendues, trouvent une perspective nouvelle. Ainsi, la question de l’acceptation par la famille du choix intime de la jeune Lara ne se pose même pas ; au contraire bénéficie-t-elle ici d’un

Continuer à lire

"BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan" : Spike Lee en mode humour noir

ECRANS | Deux flics (l’un noir, l’autre blanc et juif) infiltrent la section Colorado du KKK. Le retour en grâce de Spike Lee est surtout une comédie mi-chèvre mi-chou aux allures de film des frères Coen – en moins rythmé. Grand prix lors du dernier Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Mercredi 22 août 2018

Colorado Springs, États-Unis, aube des années 1970. Tout juste intégré dans la police municipale, un jeune flic noir impatient de "protéger et servir" piège par téléphone la section locale du Ku Klux Klan. Aidé par un collègue blanc, sa "doublure corps", il infiltrera l’organisation raciste… Spike Lee n’est pas le dernier à s’adonner au jeu de l’infiltration : dans cette comédie « basée sur des putains de faits réels » (comme l’affiche crânement le générique), où il cite explicitement Autant en emporte le vent comme les standards de la "blaxploitation" (Shaft, Coffy, Superfly…), le réalisateur de Inside Man lorgne volontiers du côté des frères Coen pour croquer l’absurdité des situations ou la stupidité crasse des inévitables "sidekicks", bêtes à manger leur Dixie Flag. Voire sur Michael Moore en plaquant en guise de postface des images fraîches et crues des émeutes de Charlottesville (2017). Cela donne un ton cool, décalé-cocasse et familier, rehaussé d’une pointe d’actualité

Continuer à lire

"Le Poirier sauvage" : les fruits amers de Nuri Bilge Ceylan

ECRANS | de Nuri Bilge Ceylan (Tur, 3h08), avec Doğu Demirkol, Murat Cemcir, Bennu Yıldırımlar…

Vincent Raymond | Jeudi 19 juillet 2018

Fraîchement diplômé, Sinan rentre en Anatolie où son père instituteur, plutôt que de rembourser ses dettes de jeu, passe son temps à creuser un puits. Se rêvant écrivain, Sinan tente de réunir des fonds pour éditer son premier roman. Mission ardue dans la Turquie contemporaine… Entre saga et chronique sociale, ce portrait d’une jeunesse désenchantée naturellement en rupture avec ses aînés (le père de Sinan, traînant petits mensonges, son insolvabilité chronique et poussant ses ricanements satisfaits à tout bout de champ, donne carrément le bâton pour se faire battre) montre cette même jeunesse sans perspective : n’étant pas assurés d’obtenir un emploi d’enseignant, ou déprimés à l’idée d’être affectés à l’intérieur des terres, les diplômés préfèrent rejoindre les forces anti-émeutes pour casser sans remords du manifestant – voilà qui en dit long sur l’état de l’État. Sans attaquer directement le régime d’Erdogan, Nuri Bilge Ceylan, Palme d'or en 2014 pour Winter Sleep, montre la délaïcisation de la Turquie et la prise en main de

Continuer à lire

Matteo Garrone : « La violence présente dans "Dogman" est surtout psychologique »

ECRANS | Un brave toiletteur pour chiens et une brute qui le traite pire qu’un chien sont au centre de "Dogman", le nouveau conte moral du réalisateur Matteo Garrone. Une histoire italienne d’aujourd’hui récompensée par le Prix d’interprétation masculine à Cannes pour Marcello Fonte.

Vincent Raymond | Lundi 16 juillet 2018

Matteo Garrone : « La violence présente dans

Dogman est-il inspiré d’un fait divers ? Matteo Garrone : Oui. Il s’est déroulé à la fin des années 1980, et il est très célèbre en Italie parce qu’il a été particulièrement violent. Mais on s’en est très librement inspiré : on l’a retravaillé avec notre imagination. Il n’a jamais été question de reconstruire dans le détail ce qui s’était passé. On a également changé la fin, puisque Marcello est un personnage doux, incapable de violence. Dans le film, il agit par légitime défense, non par préméditation. Je suis particulièrement content que le film soit présenté dans un pays où ce fait divers n’est absolument pas connu : le spectateur idéal, c’est celui qui le verra sans avoir cette histoire en tête et sans comparaison avec la réalité. En Italie, le film a un peu souffert de ce fait divers – en tout cas au début. Certains spectateurs se disaient : ça va être extrêmement violent, donc je n’irai pas le voir. Ensuite, le bouche-à-oreille l’a aidé. En fait, la violence présente dans le film e

Continuer à lire

"Dogman" : Matteo Garrone, chien enragé

ECRANS | de Matteo Garrone (It, int. -12 ans, 1h42) avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria…

Vincent Raymond | Mercredi 4 juillet 2018

Toiletteur pour chiens dans une cité délabrée, Marcello la bonne pâte devient le larbin d’une brute toxicomane terrorisant le quartier, Simoncino, lequel ne manque pas une occasion d’abuser de sa gentillesse. Mais après une trahison humiliante de trop, le frêle Marcello réclame son dû… « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. » Blaise Pascal pressentait-il le décor de Dogman en rédigeant ses Pensées ? Vaste étendue ouverte sur une non moins interminable mer, cette scène rappelle l’agora de Reality (2012) du même Matteo Garrone, ce microcosme dans lequel une kyrielle de drames peut éclore et se jouer aux yeux de tous ; chacun étant libre d’ouvrir ou de fermer les yeux sur ce qui se déroule sous ses fenêtres. Et de se claquemurer dans une passivité complice, surtout quand un fou-furieux a fait du secteur son espace de jeu. Mettre au ban une de ses victimes, la plus inoffensive (en l’occurence le serviable Marcello), tient de la pensée magique ou de l’exorcisme : en se rangeant implicitement du côté du bourreau, on espère soi-même être épargné. Personne n’imagin

Continuer à lire

Antoine Desrosières et Inas Chanti : « "À genoux les gars" est un grand #MeToo »

ECRANS | Rencontre à deux voix avec le réalisateur et l’une des co-scénaristes et interprètes d'une des grandes réussites cinématographiques du mois : "À genoux les gars". Le duo complice ayant façonné ce film sur un chantage à la sextape évoque les coulisses d’un long-métrage atypique, et ses prochaines ramifications à découvrir, voire à entendre…

Vincent Raymond | Lundi 18 juin 2018

Antoine Desrosières et Inas Chanti : «

Vous revoici Antoine Desrosières après une éclipse exceptionnellement longue : votre précédent long-métrage au cinéma, Banqueroute, date de 2000… Antoine Desrosières : Ah, ma drôle de carrière… Que dois-je en dire ? Je dois me justifier ? (rires) Je ne me suis jamais perdu, j’ai toujours eu des projets ; simplement, ils ne se montaient pas. Le seul miracle à noter, c’est que j’ai toujours vécu de mon métier sans être obligé d’en faire un autre, et en nourrissant ma famille. Mais les années étaient longues et j’avais l’impression curieuse de mener la vie d’un autre, et non la mienne propre. Ma vie, c’est de faire des films et je voyais les années passer sans faire de films, donc c’était bizarre. Je ne savais pas du tout si j’arriverais à en refaire un jour. Et aujourd’hui, on est là... Mais vous aviez commencé très jeune : À la belle étoile (1993), votre premier film comme réalisateur, est sorti pour vos 22 ans… AD : Oui, mais ce

Continuer à lire

"À genoux les gars" : sexe, mensonges, vidéo... et comédie

ECRANS | Revenu de loin, Antoine Desrosières signe une comédie à la langue bien pendue fouillant à bouche-que-veux-tu les désarrois amoureux de la jeunesse. Une histoire de fille, de mec, de sœurs, de potes, de banlieue hilarante et profonde (sans jeu de mot salace) à la fois.

Vincent Raymond | Lundi 18 juin 2018

Rim sort avec Majid et trouverait cool que sa sœur Yasmina sorte avec le pote de Majid, Salim. Rim partie en classe verte, Yasmina est pressée par Salim de lui prodiguer une caresse buccale et d’en faire profiter Majid. À contre-cœur, elle y consent, à condition que sa sœur n’en sache rien. Seulement, Salim la filme… Entre ce qu’on tente de faire avaler ici par tous les moyens (sans distinctions, bobards ou appendices) et la profusion de discours dont chacun des protagonistes est le généreux émetteur, À genoux les gars tourne autour de l’oralité dans toutes ses acceptions. Et avec une singulière crudité, dépourvue cependant de la moindre vulgarité. C’est l’une des très grandes habiletés de ce film causant vrai d’un sujet casse-gueule sans choir dans la grivoiserie ni le voyeurisme. Le mérite en revient à ses jeunes interprètes, et tout particulièrement aux impressionnantes Souad Arsane et Inas Chanti, également coscénaristes : leur inventivité langagière irrigue de sa verdeur spontanée et de sa fraîcheur percutante un dialogue essentiel à ce projet, que la moindre fausse note ou réplique trop écrite

Continuer à lire

Belledonne en cirque : « Créer un cirque à ciel ouvert »

Festival | Samedi 23 et dimanche 24 juin, c'est du côté de Revel, dans le massif de Belledonne, que ça va se passer. On vous en dit plus.

Alice Colmart | Mardi 19 juin 2018

Belledonne en cirque : « Créer un cirque à ciel ouvert »

Samedi 23 et dimanche 24 juin est prévue la deuxième édition du festival Belledonne en cirque, au bord du lac de Freydières à Revel (massif de Belledonne). « L’idée était de créer un cirque à ciel ouvert pour changer des chapiteaux et des lieux fermés. On a voulu transformer cet espace destiné aux skieurs, aux randonneurs, aux grimpeurs, en un lieu artistique » explique Marie Maton, co-fondatrice du festival organisé par l’association Kafé sauvage. Au cœur de la nature s’installera donc un véritable cabaret circassien où se succéderont des jongleurs, des clowns, ou encore des acrobates comme ceux de la cie La Tête sur les Étoiles « qui mixe plusieurs disciplines : du jonglage, de la musique en live, du clown ». Et si le festival aspire à « rendre ces arts accessibles à tous, notamment en proposant un prix d’entrée libre », il prévoit également des initiations – au monocycle, à la jongle, à la bascule coréenne... « Le but est de montrer que ce n’est pas si compliqué que ce que l’on se l’imagine. » Au programme s’ajoutent également une projection Back to the Fjords, « film qui mê

Continuer à lire

"Trois visages" : Jafar Panahi, cinéaste plus fort que tout

ECRANS | Passé expert dans l’art de la prétérition et de la mise en abyme, le cinéaste iranien Jafar Panahi brave l’interdiction qui lui est faite de réaliser des films en signant une œuvre tout entière marquée par la question de l’empêchement. Éblouissant prix du scénario au dernier Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Dans une vidéo filmée au portable, Marziyeh, jeune villageoise, se montre en train de se pendre parce que la comédienne Behnaz Jafari n’a pas répondu à ses appels à l’aide. Troublée, Behnaz Jafari se rend sur place accompagnée par le réalisateur Jafar Panahi. Mais Marziyeh a disparu… Avoir été mis à l’index par le régime iranien en 2010 semble avoir stimulé Jafar Panahi : malgré les brimades, condamnations et interdictions diverses d’exercer son métier comme de quitter son pays, le cinéaste n’a cessé de tourner des œuvres portées par un subtil esprit de résistance, où se ressent imperceptiblement la férule des autorités (le confinement proche de la réclusion pénitentiaire dans Taxi Téhéran ou Pardé), où s’expriment à mi-mots ses ukases et ses sentences – c’est encore ici le cas, lorsqu’un villageois candide demande benoîtement pourquoi Panahi ne peut pas aller à l’étranger. Auto-fiction Panahi joue ici son propre rôle, tout en servant dans cette fiction de chauffeur et de témoin-confident à sa protagoniste.

Continuer à lire

"La Route sauvage (Lean on Pete)" : au galop dans la poussière étasunienne

ECRANS | Cavale épique d’un gamin s’étant piqué d’affection pour un canasson promis à la fin dévolue aux carnes hippiques, cette errance pensée par le réalisateur Andrew Haigh est menée par le prometteur Charlie Plummer, prix Marcello-Mastroianni du meilleur jeune espoir à la Mostra de Venise.

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Vivant seul avec un père instable, Charley, 15 ans, a su tôt se prendre en charge. À peine arrivé en Oregon, il découvre fasciné le monde hippique et est embauché par l’entraîneur grognon d'un vieux pur-sang, Lean on Pete. Quand il apprend que l’animal est menacé, Charley fugue avec lui. Rebaptisés en débarquant en France, les films étrangers sont souvent gratifiés d’une dénomination outrepassant la pure traduction. Si la mode est aux franglaisicismes approximatifs (par exemple The Hangover, soit la gueule de bois en traduction littérale, se soigne en Very Bad Trip), autrefois, on aimait embrouiller les spectateurs : connu comme La Cinquième Victime, While The City Sleeps (1956) de Fritz Lang pouvait difficilement être traduit par Quand la ville dort, déjà attribué à Asphalt Jungle (1950) de John Huston ! Parfois, les deux titres coexistent. Et se succèdent comme pour témoigner d’une variété de focalisations ou d’inflexions soudaines à venir. C’est le cas ici où, Lean on Pete (le cheval dont le nom signifie de surcroît "compte sur Pete") aura un rôle de catalyseur pour C

Continuer à lire

Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp : taille patron

Concert | En renforçant ses effectifs, l'Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp a aussi élargi ses horizons : scéniques bien sûr, où le groupe genevois d'afrobeat punk fait parler sa puissance, mais aussi sur disque avec le tout neuf "Sauvage Formes" où s'exprime une forme toujours plus affirmée de diversité. À retrouver jeudi 26 avri sur la scène de la Source.

Stéphane Duchêne | Mardi 24 avril 2018

Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp : taille patron

Avec son nom emprunté à la folie des grands orchestres africains (Orchestre Poly-Rythmo, Orchestre "Tout-Puissant" Konono N°1...) et à l'inventeur du ready-made, l'Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp a toujours contenu dans son ADN un anticonformisme certain. Ce qu'il a démontré depuis 2006 au gré de trois albums et de concerts toujours remarquables au sens premier du terme. Restait une frustration chez Vincent Bertholet, leader de ce joyeux et inventif sextet genevois (mais pas que, loin de là) : celle de ne pas faire tout à fait correspondre l'intitulé de son groupe avec sa réalité. Physique, car artistiquement, l'affaire était depuis longtemps entendue, l'écho des transes africaines malaxé à dada sur des effets d'art optique musical à résonance punk. Marcel Duchamp n'étant pas disponible, il fallait donc au moins qu'à « Orchestre tout puissant » réponde un effectif en conséquence. C'est chose faite depuis 2016, année où l'OTPMD, pour ses dix ans, devint XXL avec pas moins de 14 membres – recrutant de vieilles connaissances et une section de cordes anglaise. De là, la frénésie musicale du groupe, magnifiquement canalisée

Continuer à lire

Bertrand Mandico : « Je tire parti de tout ce que propose la pellicule »

ECRANS | Artisan héritier de Méliès, le réalisateur Bertrand Mandico évoque avec un enthousiasme volubile la confection de son film "Les Garçons sauvages".

Vincent Raymond | Mardi 27 février 2018

Bertrand Mandico : « Je tire parti de tout ce que propose la pellicule »

Après un nombre incalculable de courts-métrages, vous voici au long avec Les Garçons sauvages. Enfin ? Bertrand Mandico : J’ai eu des subventions pour ce film et pas pour les précédents que j’ai écrits. Pendant un certain temps, j’ai travaillé avec un producteur qui m’a mis dans une prison chromée mais qui n’allait pas à la pêche aux subventions : jamais il ne passait à l’acte. Et j’avais besoin de tourner : parallèlement à ce que j’écrivais, j’ai fait pas mal de courts et de moyens-métrages. Au bout d’un moment, le producteur Emmanuel Chaumet m’a dit : tu es en train de dépérir. Il m’a proposé de me produire rapidement. Et c’est ce qu’il a fait. Vous réunissez ici toute votre famille de cinéma… La chef opératrice Pascale Granel, ça fait une quinzaine d’année que je travaille avec elle. Après, au fil des courts et des moyens-métrages, j’ai fait des rencontres…Notamment le musicien, à la fin de la post-production des

Continuer à lire

"Les Garçons sauvages" : fleurs du mâle et fruits de la passion

ECRANS | Arty, élégant (quel splendide noir et blanc) et un peu agaçant, ce premier long-métrage de Bertrand Mandico a tout du manifeste pour un cinéma exacerbant les sens et la pellicule, osant pour ce faire être, parfois, sans tête ni queue.

Vincent Raymond | Jeudi 22 février 2018

De temps en temps, cela ferait plaisir que le public ose se faire une douce violence en se rendant en salle non pour voir un film, mais du cinéma. Ne serait-ce que pour renouer avec l’expérience originelle face à l’écran : l’attente obscure, un peu magique et nimbée d’incertitude ; et puis la liturgie de la projection qui laisse à son issue avec la "sensation physique" d’avoir, à l’instar d’Alice, traversé un miroir. Sans doute y a-t-il plus de confort à préférer la prévisibilité d’un spectacle consensuel ou d’une linéarité narrative. Mais n’est-il pas dommage de se renoncer aux œuvres hors gabarit, et d’en abandonner la jouissance exclusive à quelque ghetto ? Les Garçons sauvages se mérite peut-être un peu, mais tout le monde mérite d’entrer dans son royaume brut. Au départ ils sont cinq jeunes gars, fissapapas la sève aux veines, s’entraînant dans la canaillerie perverse jusqu’au crime barbare. Confiés en pénitence à un rude capitaine, ils embarquent pour une île insolite habitée par une drôle de scientifique… L’île de la tentation d’une “elle” Reprenant l’imaginaire de Jules Verne (et son scientisme halluciné), le merv

Continuer à lire

"Les Garçons sauvages" de Bertrand Mandico en avant-première ce mardi au Club

ECRANS | C'est l'un des films français les plus curieux de ce début d'année, qui divise celles et ceux qui l'ont déjà vu – la projection presse de la semaine dernière au (...)

La rédaction | Dimanche 11 février 2018

C'est l'un des films français les plus curieux de ce début d'année, qui divise celles et ceux qui l'ont déjà vu – la projection presse de la semaine dernière au Club a laissé pas mal de journalistes grenoblois de marbre. Pourtant, il a ses ardents défenseurs, qui louent ses qualités baroques assumées et sa morphologie follement hybride – le site Chaos Reigns est, par exemple, plus que fan. Pour découvrir notre avis, il faudra attendre la parution du Petit Bulletin du mercredi 28 février, jour de sortie en salle de ces Garçons sauvages. Mais le PB d'or cinéma de l'année dernière devrait vous donner un indice sur le contenu de notre critique. Tout comme le fait que l'on annonce ici l'avant-première que le Club organise ce mardi 13 février à 20h15 en présence du réalisateur Bertrand Mandico, dont c'est le premier long-métrage.

Continuer à lire

"La Région sauvage" : derrière le fantastique, la charge sociale

ECRANS | de Amat Escalante (Mex, 1h39) avec Ruth Jazmin Ramos, Simone Bucio, Jesús Meza…

Vincent Raymond | Lundi 17 juillet 2017

Le Mexique, de nos jours. Dans une cabane au fond des bois vit une créature tentaculaire capable de procurer à n’importe quel être vivant un plaisir sexuel intense, voire fatal. Veronica, qui lui rabat des proies à satisfaire, va rencontrer un couple en crise, Alejandra et Angel… À l’instar de ses confrères mexicains (Del Toro, Cuarón), Amat Escalante ne craint pas de recourir au fantastique pour asseoir la tonalité très réaliste de son film. De fait, La Région sauvage porte une lourde charge sociale : il interroge notamment la liberté d’aimer passé le Rio Grande, et les réactions rétrogrades que les écarts à la "norme" peuvent provoquer. Comme toujours, les victimes directes ou collatérales en sont les minorités : femmes, homosexuels, enfants… Région sauvage, part obscure... C’est surtout un refoulé que Escalante met au jour : l’expression d’une pulsion en désaccord avec les dogmes hypocrites et fossilisés de la société. De cette discordance naît la violence et le malheur du monde, dont l’ensorcelante créature n’est pas ici la cause. Un catalyseur tout au plus ; un révélateur.

Continuer à lire

"Le Sauvage" de Rappeneau sera projeté vendredi au cinéma Art et Plaisirs (Voreppe)

ECRANS | Et revoici Le Sauvage, film sorti en 1975. Illuminée par la flamboyante photographie (restaurée) de Pierre Lhomme, cette tressautante comédie sentimentale (...)

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

Et revoici Le Sauvage, film sorti en 1975. Illuminée par la flamboyante photographie (restaurée) de Pierre Lhomme, cette tressautante comédie sentimentale et d’aventures aurait pu s’appeler L’Emmerdeuse, La Femme de Caracas ou Nelly pot de colle – le réalisateur Jean-Paul Rappeneau partageant avec Molinaro et de Broca cet art consommé de la fantaisie et du dépaysement. Yves Montand y est parfait en insulaire rogue, "nez" misanthrope se faisant coincer par une blonde insistante (et surtout un peu chapardeuse) campée par Catherine Deneuve, plus bavarde que jamais. Inutile de vous faire un tableau, et rendez-vous vendredi 14 avril à 20h30 au cinéma Art et Plaisirs de Voreppe.

Continuer à lire

Parc des arts à Grenoble : où en est-on ?

Inauguration | Dimanche 9 avril sera inauguré à Grenoble, dans le quartier Mistral, le Théâtre de verdure, petit amphi de 100 places situé à quelques mètres du Prunier sauvage. On a rencontré Brahim Rajab de ce même Prunier pour en savoir plus sur cette première étape du futur Parc des arts censé voir le jour en 2019.

Aurélien Martinez | Mardi 4 avril 2017

Parc des arts à Grenoble : où en est-on ?

On est derrière le Prunier sauvage, salle de spectacle du quartier Mistral située dans le parc Bachelard, devant un petit amphithéâtre installé entre les arbres. C’est joli (surtout avec ce soleil), mais ça va servir à quoi ? Brahim Rajab, directeur du Prunier sauvage, répond à notre (fausse) interrogation : « C’est le Théâtre de verdure qui a été voté dans le cadre du budget participatif 2015 de la Ville de Grenoble. C’est un élément sur l’espace public destiné à tous les usages, amateurs comme professionnels, où chacun pourra proposer des spectacles, des concerts, des débats… » Coordonné par le Prunier sauvage, cet espace de 100 places va être officiellement inauguré ce dimanche 9 avril avec une batucada ou encore un spectacle de la Fabrique des petites utopies (Un mystérieux voyage en forêt). Avant d’être investi les prochains mois par plusieurs temps forts, dont un gros événement baptisé L’Été indien fin août avec pas mal d’artistes – la Fabrique, Yoann Bourgeois… Ambition collective Une inauguration qui n’est surtout qu’une étape d’un projet beaucoup plus grand : la création d’un

Continuer à lire

Jour de fête à ciel ouvert au Prunier sauvage

Ouverture de saison | « Pour sa cinquième rentrée automnale, le Prunier sauvage vous invite à une journée exceptionnelle, dans une ambiance festivalière. » Intrigués par le concept et séduits par les propositions artistiques qui nous sont proposées, nous avons voulu en savoir plus. Lisez donc…

Aurélien Martinez | Mardi 27 septembre 2016

Jour de fête à ciel ouvert au Prunier sauvage

Samedi 1er octobre, la journée d’ouverture de la nouvelle saison du Prunier sauvage aura des airs de festival avec de la danse (une interprète de la compagnie du chorégraphe Rachid Ouramdane proposera des « impromptus dansés »), du théâtre (la très drôle compagnie Afag Théâtre débarquera avec une relecture toute personnelle des Trois mousquetaires) ou encore des arts de la rue avec les locaux de Tout en vrac. Brahim Rajab, directeur des lieux : « C’est presque un festival, oui ! Comme on était un peu frustrés de ne pas pouvoir faire Mistral courant d’airs [la dernière édition date de 2014 – NDLR], on voulait quand même marquer le coup et commencer ainsi à inscrire un projet un peu ambitieux qui s’appelle le Parc des arts. » Un projet « autour des arts de la rue, autour de l’art sur l’espace public » dont

Continuer à lire

Sauvages

ECRANS | de Tom Geens (G.-B./Fr./Bel., 1h45) avec Paul Higgins, Kate Dickie, Jérôme Kircher, Corinne Masiero…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Sauvages

Filmer la résilience comme un tableau naturaliste, en restituant sans les enjoliver des sensations primaires, le contact direct avec les éléments. Puis montrer le réapprentissage de la parole, de la communication, de la civilisation en passant d’une quasi abstraction visuelle à une poétique élaborée de l’image… Le parti-pris de Tom Geens est sacrément osé : avec un minimum d’explications, il pose un drame né d’un traumatisme, lequel s’enchâsse dans un mystère et se raccorde à une sorte de légende mystique ! Tout va pourtant se déployer progressivement, logiquement, comme un végétal étend sa ramure avec le temps. On parle ici d’expérience de cinéma pour le spectateur. VR

Continuer à lire

"Quartier chic" : le Prunier sauvage lance son magazine

ACTUS | Le lieu de vie culturelle situé dans le quartier Mistral vient de créer un bimestriel pour « modifier les représentations, élargir le champ des possibles, faire du commun, valoriser et donner confiance ». Le premier numéro est sorti début mars.

Aurélien Martinez | Lundi 21 mars 2016

« On a mis numéro 1, mais en fait c’est le numéro 0 ! » Quartier chic, c’est un nouveau magazine qui vient de voir le jour à Grenoble. Mais un magazine atypique, avec un message fort comme nous l’explique Brahim Rajab, directeur du Prunier sauvage. « C’est dans la continuité de ce qu’on a toujours fait au Prunier sauvage : lutter contre les discriminations sociales et culturelles, jouer sur les représentations et donner une autre lecture de nos quartiers populaires qui ne doivent pas seulement être regardés à travers le prisme social. » Le premier numéro est sorti ce mois-ci : 16 pages tirées à 2 000 exemplaires et distribuées tous les deux mois dans les boîtes aux lettres du secteur 3 de Grenoble et dans différents lieux de vie du secteur comme de la ville entière, pour « jouer sur le double regard » (comment les habitants

Continuer à lire

Les Nouveaux sauvages

ECRANS | De Damián Szifron (Arg-Esp, 2h02) avec Ricardo Darin, Oscar Martinez…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Les Nouveaux sauvages

Prenant au pied de la lettre l’adage qui veut qu’un Argentin, c’est un Italien qui parle espagnol, Les Nouveaux sauvages se veut hommage aux comédies italiennes à sketchs façon Les Monstres. Mais Damian Szifron, qui vient de la télévision (et ça se sent), en offre en fait une caricature où le mélange d’empathie, de critique sociale et de mélancolie des Risi, Scola, Gassman et Tognazzi serait remplacé par une misanthropie ricanante face à un monde contemporain où violence, frustration et aigreur sont devenues des sentiments ordinaires. Passé le prologue, plutôt amusant, le film s’enfonce dans une laideur morale et un regard complaisant qui, au passage, ne gomme pas les réelles inspirations de Szifron, à la limite du plagiat : de Duel à Chute libre, chaque sketch semble piquer des idées à d’autres films pour les passer à la moulinette d’une réalisation clipesque qui renvoie aux formats courts façon Canal +. L’ultime segment où une femme fait payer, le jour de son mariage, ses infidélités à son époux volage, en dit long sur la vision conservatrice du cinéaste, qui pense mettre à mal les valeurs familiales mais ne fait que louer une beaufe

Continuer à lire

Vie sauvage

ECRANS | Cédric Kahn s’inspire de l’affaire Fortin pour relater la cavale d’un père et ses deux fils qui fuguent loin de la ville, trouvant refuge dans une communauté de néo-hippies. Un film qui tourne un peu trop autour de son sujet, malgré un Kassovitz époustouflant et des moments poignants. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 28 octobre 2014

Vie sauvage

Dans l’introduction coup de poing de Vie sauvage, Cédric Kahn retrouve l’énergie et la vitesse d' Une vie meilleure, son précédent et très beau long-métrage. Une femme (Céline Salette, toute en dreads crasseuses, dont l’absence marquera durablement le reste du film, preuve de sa qualité avérée de comédienne) quitte précipitamment sa caravane en emportant ses deux enfants pour se réfugier chez ses parents. Caméra à l’épaule sportive chevillée à des corps tremblants et frénétiques, à la limite de l’hystérie : Kahn rappelle ce que son cinéma doit à Pialat, sensible dans tous ses premiers films. Le cinéaste maintient cette nervosité jusqu’à ce que le père des gosses (Mathieu Kassovitz) les kidnappe à son tour. Ils trouvent refuge à la campagne, dans une communauté de hippies contemporains, avec cracheurs de feu et joueurs de djembé, altermondialistes radicaux ayant rompu les ponts avec la modernité. Ce n’est pas qu’une planque commode ; c’est aussi un vrai choix de la part de ce paternel parano qui vomit la société de consommation et le confort

Continuer à lire

« Valoriser le territoire aux yeux des habitants »

ACTUS | Revoilà le festival "Mistral, courant d’airs", qui repointe le bout de son nez après deux ans d’absence. Rencontre avec Brahim Rajab, directeur du Prunier sauvage, la salle qui porte dorénavant la manifestation, pour causer de culture, du quartier Mistral, et des deux mélangés. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 10 juin 2014

« Valoriser le territoire aux yeux des habitants »

Pourquoi "Mistral, courant d’airs" est relancé aujourd’hui pour une dixième édition, après deux ans d’interruption ? Brahim Rajab : La dernière édition avait eu lieu en 2011. On reprend aujourd’hui, en 2014, quelque temps après la fin des travaux [le Prunier sauvage, anciennement Espace Bachelard, a été inauguré à la rentrée 2011 – ndlr]. Car la réouverture nous a beaucoup mobilisés. Puis la question financière a aussi joué : c’était un projet onéreux, il a fallu retrouver des financements... Mais surtout, on ne trouvait plus de sens au projet tel qu’il était fait avant : un grand événement où les gens venaient seulement consommer un spectacle puis repartaient. On a voulu mieux penser la manifestation en faisant plus d’efforts sur l’aspect médiation et en allant encore plus sur le quartier, au centre de l’espace urbain. On a mis en place de nombreux ateliers en amont, en incluant de manière forte les associations du quartier, le collège... Mais Mistral, courant d’airs s’adr

Continuer à lire

Sans eux

ARTS | Galerie / Ce n’est pas la première fois que Sylvie Sauvageon montre ses dessins à la galerie Ka&Nao, et ce n’est ainsi pas la première fois que la (...)

Laetitia Giry | Vendredi 1 mars 2013

Sans eux

Galerie / Ce n’est pas la première fois que Sylvie Sauvageon montre ses dessins à la galerie Ka&Nao, et ce n’est ainsi pas la première fois que la minutie de son travail nous interpelle. Revenue de la couleur et de la reproduction obsessionnelle des pièces de sa maison de famille, elle n’abandonne pas pour autant ce qu’elle semble avoir entrepris : répertorier et archiver sa mémoire. Des lieux aux personnes, des livres lus avec attention aux papiers peints entrevus par habitude, tout son univers se concentre dans la mine de ses crayons. Si cette arme ne paye pas de mine, elle n’en est pas moins redoutable lorsqu’elle est utilisée avec une telle persévérance. Comme ici, dans les petits ou grands formats de la série Ils disparaissent… Reproduction des négatifs de photographies d’inconnus prises par son grand-père dans les années 1920, les dessins de cette série tracent à petits traits une mémoire anonyme de personnes disparues en même temps que celle de la plaque photographique – objet que le temps commence à détruire avec l’intransigeance qui est la sienne. Sombre et impérieux défilé de fantômes sans visage, diffusant une étrange lumière à travers la pièce, concentré

Continuer à lire

Les Bêtes du sud sauvage

ECRANS | Auréolé de prix dans tous les festivals, de Sundance à Deauville en passant par Cannes, le premier film de Benh Zeitlin raconte, au croisement de la fiction ethnographique et du conte fantastique, une bouleversante histoire d’enfance et de survie. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 5 décembre 2012

Les Bêtes du sud sauvage

Il était une fois une petite fille qui s’appelait Hushpuppy et qui vivait avec son père dans le bayou en Louisiane, sur une île marécageuse que ses habitants avaient baptisée « le bassin ». Ce "Il était une fois" colle parfaitement aux Bêtes du sud sauvage : il dit à la fois sa force de témoignage quasi-documentaire et sa nature de conte pour enfants. Autant dire que Benh Zeitlin convoque des puissances contradictoires pour créer la souveraine harmonie qui baigne son film : d’un côté, l’urgence de conserver une trace de ce bout d’Amérique oubliée, bientôt englouti au sens propre comme au figuré (le souvenir de l’ouragan Kathrina est l’arrière monde évident du film), et de l’autre lui donner la fiction qu’elle mérite en l’inscrivant dans une vision cosmique. L’infiniment grand est en effet regardé depuis l’infiniment petit : à la hauteur d’une enfant de 6 ans (la surprenante Quvenzhané Wallis), qui livre ses pensées naïves mais pleines de bon sens sur les événements qu’elle traverse, matérialisant ses peurs à travers une menace sourde dont l’avancée vient régulièrement percer le récit d’une pointe de fantastique. Car si sa réalité est celle de la lente agonie de

Continuer à lire

Une rentrée cinéma en apesanteur

ECRANS | De septembre à décembre, le programme de la rentrée cinéma est riche en événements. Grands cinéastes au sommet de leur art, nouveaux noms à suivre, lauréats cannois, blockbusters attendus et peut-être inattendus. Morceaux de choix à suivre… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Une rentrée cinéma en apesanteur

Une rentrée sans palme d’or cannoise n’est pas vraiment une rentrée. Et même si, comme il y a trois ans, elle est signée Michael Haneke, il ne faudra pas rater Amour (24 octobre), tant le film est un accomplissement encore plus sidérant que Le Ruban blanc dans la carrière du cinéaste autrichien. Avec sa rigueur habituelle, mais sans le regard surplombant qui a parfois asphyxié son cinéma, Haneke raconte le crépuscule d’un couple dont la femme (Emmanuelle Riva) est condamnée à la déchéance physique et qui demande à son mari (Jean-Louis Trintignant) de l’accompagner vers la mort. C’est très dur, mais aussi très beau et puissamment universel, grâce entre autres à la prestation inoubliable des deux comédiens, au-delà de tout éloge. L’autre événement post-cannois est aux antipodes de ce monument de maîtrise et d’intelligence ; pourtant, Les Bêtes du sud sauvage (12 décembre), premier film de l’Américain Benh Zeitlin, procure des émotions et des sensations tout aussi intenses. Osant le grand pont entre un ciné

Continuer à lire

L’Arbre qui découvre la forêt

ACTUS | Au cœur du quartier Mistral, l’ancien Espace Culturel Bachelard rebaptisé Le Prunier sauvage rouvre ses portes. C’est le premier lieu dédié à l’art dans cette zone qui était jusqu’à présent culturellement délaissé. Reine Paris

François Cau | Jeudi 10 novembre 2011

L’Arbre qui découvre la forêt

Vu de l’extérieur, le bâtiment ressemble encore à une annexe du stade Bachelard. « On aurait pu l’appeler Le Vestiaire », plaisante Brahim Rajab, le directeur de l’association Cultur’Act qui gère l’espace culturel. Finalement, ce sera Le Prunier sauvage. Un nom autrement plus poétique qui ressuscite l’arbre autrefois déraciné pour bâtir ces murs, et qui souligne sa liberté de pousser là où on ne l’attend pas. Dans le quartier Mistral, l’art est en friche depuis des décennies et Cultur’Act doit relever le défi d’attirer une population peu habituée à s'approprier la culture. A sa disposition : un nouveau cadre. Certes, les fondations sont les mêmes, mais après deux ans de travaux, l’intérieur a été transformé. La salle de spectacle a perdu ses airs de salle polyvalente. Elle est aujourd’hui joyeusement parée de moquette rouge aux murs et de lourds rideaux noirs. Une scène amovible doit parfaire le tableau et être livrée pour l’inauguration prévue samedi 19 novembre. Au sous-sol, les studios de répétition et d’enregistrement ont été refaits afin de gagner en acoustique ce qu’ils perdent en chaleur conviviale. « Avant, le lieu était impersonnel, mal identifié. L

Continuer à lire

Tree of life

MUSIQUES | L’ancien Espace Culturel Bachelard, avec force travaux de rénovation et de mise aux normes, va devenir un lieu de vie culturelle du quartier Mistral, baptisé le Prunier Sauvage. Décryptage en compagnie de Brahim de l’association Cultur’Act. François Cau

François Cau | Dimanche 11 septembre 2011

Tree of life

Gros flash-back. À l’époque d’Hubert Dubedout et de René Rizzardo est impulsé le projet de créer à côté du stade Bachelard un lieu dédié aux pratiques musicales, avec le concours des habitants du quartier Mistral, alors riche en musiciens et pauvre en locaux aptes à l’expression artistique. Le temps que le lieu se crée, la municipalité change, et avec le mandat Carignon vient sa requalification en lieu de résidence pour des musiciens d’autres horizons, fermant ainsi catégoriquement la porte aux musiciens du quartier Mistral. « Du fait de cette situation, il y a eu des tensions, des frictions, au point que les artistes résidents sont partis du lieu, après avoir tout cassé, évidemment. La mairie de Carignon a dit “OK, créez une association, débrouillez-vous, on vous laisse le lieu“. Le collectif Espace Culturel Bachelard s’est créé, et s’est occupé de la gestion de l’endroit, qui s’est ouvert à tous les musiciens de Grenoble et de l’agglo. De 1992 à 1998, il n’y a eu aucune relation entre la mairie et l’asso, c’était un lieu municipal géré par des citoyens, presque comme si cet équipement ne faisait plus partie du patrimoine municipal. C’était le cas quand j’ai pris me

Continuer à lire