"Fleuve noir" : fascinant concerto noir orchestré par Erick Zonca

ECRANS | de Erick Zonca (Fr., 1h54) avec Vincent Cassel, Romain Duris, Sandrine Kiberlain…

Vincent Raymond | Mercredi 4 juillet 2018

Photo : Nathalie Mazeas


Flic lessivé et alcoolo, le capitaine Visconti enquête sur la disparition de Dany. Très vite, il éprouve une vive sympathie pour la mère éplorée de l’ado, ainsi qu’une méfiance viscérale pour Bellaile, voisin empressé, professeur de lettres et apprenti écrivain ayant donné des cours privés à Dany…

Des Rivières pourpres à Fleuve noir, Vincent Cassel a un sens aigu de la continuité : les deux films sont on ne peut plus indépendants, mais l’on peut imaginer que son personnage de jeune flic chien fou chez Kassovitz a, avec le temps, pris de la bouteille (n’oubliant pas de la téter au passage) pour devenir l’épave chiffonnée de Quasimodo au cheveu gras et hirsute louvoyant chez Zonca. Cette silhouette qui, entre deux gorgeons, manifeste encore un soupçon de flair et des intuitions à la Columbo ; ce fantôme hanté par ses spectres.

Terrible dans sa déchéance et désarmant dans son obstination à réparer ailleurs ce qu’il a saccagé dans son propre foyer, ce personnage est un caviar pour un comédien prêt à l’investir physiquement. C’est le cas de Cassel, qui n’avait pas eu à habiter de rôle aussi épais depuis trop longtemps. Face à lui, Romain Duris, en prof précieux qui suit sa ligne Éduc’Nat’ adoptée pour Madame Hyde (en moins histrionique, quand même), manque d’un soupçon de perversité pour être totalement inquiétant. Ce défaut constitue, avec la crise de nerfs bancale d’Élodie Bouchez, le seul bémol de ce concerto noir.

Enquête sur une disparition signée par un cinéaste revenant (son précédent long, Julia, date de 2008, et son succès La Vie rêvée des anges de 1998), Fleuve noir est un mystère douloureux dont la résolution n’est pas la clé : plus importante est la mise en lumière des parts d’ombre de l’être humain ou celle des recoins insoupçonnés des espaces communs. Éprouvant et fascinant à la fois.


Fleuve noir Fleuve noir

Fleuve noir

De Erick Zonca (Fr, 1h54) avec Vincent Cassel, Romain Duris...

De Erick Zonca (Fr, 1h54) avec Vincent Cassel, Romain Duris...

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Au sein de la famille Arnault, Dany, le fils aîné, disparaît. François Visconti, commandant de police usé par son métier, est mis sur l’affaire. L’homme part à la recherche de l’adolescent alors qu’il rechigne à s’occuper de son propre fils, Denis, seize ans, qui semble mêlé à un trafic de drogue. Yan Bellaile, professeur particulier de Dany, apprend la disparition de son ancien élève et propose ses services au commandant. Il s’intéresse de très près à l’enquête. De trop près peut-être…

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"Hors Normes" : leurs jours heureux

ECRANS | D'Éric Toledano & Olivier Nakache (Fr., 1h54) avec Vincent Cassel, Reda Kateb, Hélène Vincent…

Vincent Raymond | Lundi 21 octobre 2019

Au sein de leurs associations respectives, Bruno (Vincent Cassel) et Malik (Reda Kateb) accueillent ou accompagnent des adolescents et jeunes adultes autistes mettant en échec les circuits institutionnels classiques. Quelques jours dans leur vie, alors qu’une enquête administrative frappe la structure de Bruno… Ceux qui connaissent un peu Nakache et Toledano savent bien que la réussite (et le succès) de leurs meilleurs films ne doit rien au hasard, plutôt à une connaissance intime de leurs sujets ainsi qu’à une envie sincère de partage : Nos jours heureux puis Intouchables puisaient ainsi, à des degrés divers, dans leur vécu commun et complice. Ainsi, Hors Normes n’exploite pas un filon en abordant à nouveau la question du handicap, mais souligne l’importance que les deux auteurs accordent aux principes d’accueil et d’entraide sous-tendant (en théorie) notre société ; cet idéal républicain décliné au fronton des bâtiments publics qu’ils célèbrent film après film

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"Le Déserteur" : Fear West

ECRANS | de Maxime Giroux (Can, int. -12ans, 1h34) avec Martin Dubreuil, Romain Duris, Reda Kateb…

Vincent Raymond | Vendredi 16 août 2019

Une époque indéfinie, dans l’Ouest étasunien. C’est là que Philippe s’est expatrié pour fuir son Canada et une probable mobilisation. Tirant le diable par la queue, il survit en participant à des concours de sosies de Charlie Chaplin. Mais le diable ne s’en laisse pas compter et le rattrape… N’était son image en couleur, le film de Maxime Giroux pourrait pendant de longues minutes passer pour contemporain des Raisins de la colère (1940), avec son ambiance post-Dépression poussant les miséreux à l’exil et transformant les malheureux en meute de loups chassant leurs congénères. Et puis l’on se rend compte que le temps du récit est un artifice, une construction (comme peut l’être le steampunk), un assemblage évoquant une ambiance plus qu’il renvoie à des faits précis ; une ambiance qui semble ô combien familière. Aussi ne tombe-t-on pas des nues lorsque l’on assiste, après sa longue errance entre poussière et villes fantômes, à la capture de Philippe par un réseau de trafiquants de chair humaine pourvoyant de pervers (et invisibles) commanditaires. Fatalité et ironie du sort : fuir le Charybde d’une gue

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"Mon Bébé" : les liens du sans

ECRANS | de Lisa Azuelos (Fr., 1h27) avec Sandrine Kiberlain, Thaïs Alessandrin, Victor Belmondo…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Jade va passer le bac. Et ensuite ? Direction le Canada pour ses études. Comme elle est la dernière des trois enfants à quitter la maison, sa mère Héloïse commence à angoisser à l’idée de la séparation. Et de la solitude : Héloïse vit sans mec, et a de surcroît un père en petite forme… Il aura fallu à Lisa Azuelos une tentative d’éloignement d’elle-même (le faux pas Dalida en 2017) pour se rapprocher au plus près de ses inspirations, et signer ce qui est sans doute son meilleur film. En cherchant à exorciser son propre "syndrome du nid vide", la cinéaste a conçu un portrait de parent (pas seulement de mère ni de femme) dans lequel beaucoup pourront se retrouver : égarée dans l’incertitude du quotidien, redoutant le lendemain, son héroïne tente d’emmagasiner (avec son téléphone) le plus d’images d’un présent qu’elle sait volatil. Dans le même temps, elle est gagnée par une tendre mélancolie : des souvenirs de Jade petite se surimprimant par bouffées soudaines sur sa grande ado. Grâce à ces flash-back doucement

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"L'Empereur de Paris" : Vidocq, retour gagnant

ECRANS | De Jean-François Richet (Fr, 1h50) avec Vincent Cassel, Freya Mavor, Denis Ménochet…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Galérien évadé reconverti en marchand, Vidocq (Vincent Cassel) veut prouver au chef de la sûreté non seulement qu’il est innocent des crimes dont on l’accuse, mais aussi que les méthodes de la police sont dépassées. Alors il recrute son équipe de repentis et emplit les prisons à sa façon… Quand le cinéma historique télescope ironiquement l’actualité… Non pas en présentant l’ascension d’un ancien truand vers les sommets du pouvoir, mais en montrant comment l’État sait parfois sinueusement manœuvrer pour garantir son intégrité. Qui mieux que Vidocq peut incarner ce mélange de duplicité talleyrandesque et de méritocratie à la française ? Cette légende dorée du proscrit devenu superflic, usant de la langue et du surin de la canaille pour mieux protéger le bourgeois. Un "bon" voyou, en somme, et donc un parfait personnage pour le réalisateur Jean-François Richet qui s’offre ici une reconstitution épique et soignée remplaçant avantageusement la blague ésotérico-fantastique de Pitoff avec Depardieu (2001), et rappelant la série avec Brasseur. Son film souscrit aux exigences du divertissement, mais magnifie les côtés sombres, les alcôves et le

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"Pupille" : une aussi longue attente

ECRANS | de Jeanne Herry (Fr, 1h47) avec Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Élodie Bouchez…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Une jeune femme arrive pour donner naissance à un petit garçon dont elle ne veut pas et qui aussitôt est pris en charge par toute une chaîne d’assistantes sociales et d’assistants maternels. Au bout du compte, ce bébé né sous X sera confié à une mère célibataire en souffrance d’enfant… De l’amour irraisonné à l’amour inconditionnel. Tel est le chemin que la réalisatrice Jeanne Herry a suivi, troquant l’obsession érotomane destructrice de la fan de Elle l’adore (2014) contre le bienveillant désir d’une mère méritante, son opposée exacte. Documenté à l’extrême, suivant une procédure d’adoption dans ses moindres détails psycho-administratifs aux allures parfois ésotériques (le cérémonial de rupture entre la mère biologique et l’enfant peut ainsi laisser dubitatif), Pupille s’échappe heureusement du protocole jargonnant par la mosaïque de portraits qu’il compose. Diversité d’approches, de caractères ; espoirs et désespoirs ordinaires meublent l’existence des personnages intervenant dans la lente chaîne menant le bébé à sa future maman ; autant d’accidents heureux ou malheureux permettant de mesurer la ridicule probabilité

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"Nos batailles" : soudain, Romain Duris

ECRANS | de Guillaume Senez (Fr-Bel, 1h38) avec Romain Duris, Laetitia Dosch, Laure Calamy…

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

Chef d’équipe dans un entrepôt 2.0, Olivier affronte chaque jour une direction tyrannique, avant de retrouver la paix des siens. Un jour, sa femme le quitte sans prévenir, le laissant seul avec ses deux enfants. C’est un autre combat qui s’engage alors : faire sans, avec l’angoisse en plus… Enfin un rôle consistant pour Romain Duris, ce qui nous rappelle que, s’il dilapide parfois ses qualités à la demande de certains cinéastes le poussant à cabotiner, le comédien sait aussi mettre son naturel et sa sauvagerie au service d’emplois du quotidien dans des films à fleur d’âme tels que Nos batailles. Tout est, ici, d’une justesse infinie, sans la moindre fausse note : l’injustice qui sourd, la descriptions du "lean management" cynique dans sa désincarnation ultime, le dialogue et les situations, jusqu’au sourire mouillé de sanglots d’une femme cherchant à ne pas perdre la face après une réplique maladroite de l’homme dont elle s’est éprise – Laure Calamy, parfaite dans la réserve, comme tous les personnages secondaires. Par son dédain du pathos et son sens aigu du détail signifiant, le réalisateur

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"Amoureux de ma femme" : et Daniel Auteil s’essaya au néo-vaudeville bourgeois

ECRANS | de et avec Daniel Auteuil (Fr, 1h24) avec également Gérard Depardieu, Sandrine Kiberlain, Adriana Ugarte…

Vincent Raymond | Lundi 23 avril 2018

Daniel a invité à dîner son meilleur ami Gérard afin qu’il lui présente, ainsi qu’à sa femme, sa nouvelle compagne. Lorsqu’il découvre sa jeunesse et sa beauté, Daniel se prend à imaginer des choses, sous l’œil de son épouse. Qui n’est pas dupe... Daniel Auteuil signe un film comme on fait plus. Un truc un peu inconscient et naïf, de l’époque où les sexagénaires exhibaient sans complexes leur nouvelle voiture, leur nouvelle montre, leur nouvelle minette, comme autant de gages de succès. Aujourd’hui, on dissimule tout ces "attributs" sous le vocable commun de "bonheurs" – cela fait moins égoïste et moins démon de seize heures. On assume moins que le personnage de Sydney Pollack qui vantait dans Maris et Femmes de Woody Allen (1992) les vertus de sa récente et jeune compagne : « sa bouche ? c’est du velours… » Adapté d'une pièce de Florian Zeller, Amoureux de ma femme raconte peu ou prou la même histoire que Woody Allen, mais corsetée par l’ère du politiquement correct dans un (vaste) appartement parisien, et se sert de l’imaginaire d’un époux rêveur pour fantasmer un adultère. Comme cela, il n’y a pa

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"Madame Hyde" : Bozon maudit

ECRANS | de Serge Bozon (Fr., 1h35) avec Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia…

Vincent Raymond | Lundi 26 mars 2018

Prof de physique dans un lycée de banlieue, Madame Géquil (Isabelle Huppert) est chahutée par ses élèves et méprisée par ses collègues. Un jour, un choc électrique la métamorphose en une version d’elle-même plus conquérante, capable parfois de s’embraser, voire de consumer les autres… Auteur de manifestes puissamment anti-cinématographiques (La France, Tip Top) et jouissant d’un prestige parisien aussi enviable qu’inexplicable au-delà du périphérique, le redoutable Serge Bozon confirme tout ce qu’il était permis de craindre d’une transposition du roman Docteur Jekyll et Mister Hyde de Robert Louis Stevenson revêtue de sa signature. Substance fantastique siphonnée (forcément, ce serait convenu), interprétation plate (la stakhanoviste du mois Isabelle Huppert poursuit ici le rôle qu’elle endosse depuis environ dix ans), vision de la banlieue telle qu’elle était fantasmée au début des années 1990, on peine à comprendre le "pourquoi" de ce film. Son "comment" demeure également mystérieux, avec ses séquences coup

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"La Belle et la Belle" : moi, en pas mieux

Encore ? | de Sophie Fillières (Fr., 1h35) avec Sandrine Kiberlain, Agathe Bonitzer, Melvil Poupaud…

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Quand Margaux, 20 ans, rencontre Margaux, 45 ans… Chacune est l’autre à un âge différent de la vie. La surprise passée, l’aînée paumée tente de guider la cadette en l’empêchant de commettre les mêmes erreurs qu’elle. Mais qui va corriger l’existence de qui ? À l’instar de nombreux "films du milieu" tels que Camille redouble de Noémie Lvovsky ou Aïe de la même Sophie Fillière, il flotte dans La Belle et la Belle comme une tentation du fantastique. Mais un fantastique un brin bourgeois, qui ne voudrait pas (trop) y toucher ; admettant sagement les faits disruptifs et restant à plat, en surface, sans déranger le moindre objet. Un effet de style ? Plutôt l’incapacité à créer une ambiance par la mise en scène, puisqu’ici tout se vaut. Vous qui entrez dans ce film, ne redoutez pas les atmosphères à la Ruiz, de Oliveira ou des Larrieu ; ne redoutez rien, d’ailleurs, si ne ce n’est le mol écoulement du temps. On a coutume de qualifier de "fantaisies" ces comédies d’auteur redondantes tournées dans des catalogues Ikéa à poutres apparentes et des TGV, en oubliant que ce mot même de "fantaisie

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Nicolas Boukhrief : « Je voulais faire un portrait de femme »

ECRANS | Dix-huit mois après la sortie en salles avortée de "Made in France", le cinéaste revient avec un projet mûri pendant vingt ans : une nouvelle adaptation de "Léon Morin, prêtre".

Vincent Raymond | Mardi 7 mars 2017

Nicolas Boukhrief : « Je voulais faire un portrait de femme »

Cette nouvelle adaptation du livre Léon Morin, prêtre de Béatrix Beck n’en porte pas le titre. Vous a-t-il été confisqué ou interdit à cause, justement, de l’adaptation de Jean-Pierre Melville sortie en 1961 ? Nicolas Boukhrief : Non, pas du tout. Les gens se rappellent plus du film de Melville que de son livre – qui est une histoire autobiographique, un portait de l’homme qui l’avait tellement bouleversée. Appeler le film Léon Morin, prêtre ne me convenait pas, puisque je voulais surtout faire un portrait de femme et que le personnage de Barny soit très mis en avant. Du coup, La Confession est venu assez vite. Hitchcock disait que tout titre doit être une interrogation pour le spectateur, ou une promesse. Tant qu’on n’a pas vu le film, on ne sait pas quelle est la confession, ni qui confesse quoi à qui. Après

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"Iris" : thriller mon œil !

ECRANS | de et avec Jalil Lespert (Fr., 1h39) avec également Romain Duris, Charlotte Le Bon, Camille Cotin…

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Pendant qu’un riche banquier d’affaires pleurniche sa race maudite auprès de la police la disparition soudaine de son épouse Iris, un garagiste lié à l’affaire sent l’étau se resserrer. Mais s’il tombe, il ne sera pas le seul… Porté par le succès de son très sage biopic autorisé Yves Saint Laurent (2014) et de la série Versailles, Jalil Lespert enchaîne avec un polar aux allures sulfureuses, car agitant le spectre d’Édouard Stern, banquier adepte de pratiques SM, abattu au cours d’un de ses petits jeux. Il vient aussi (consciemment ?) manger dans la gamelle de Boileau-Narcejac et Hitchcock en s’autorisant une sorte de relecture de Vertigo. Sauf que Lespert n’a pas vraiment le métier ni l’originalité stylistique d’un De Palma pour proposer une variation inventive. Ici, c’est l’asepsie générale : voyeurisme réduit au minimum, lyrisme mélancolique en

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"Un petit boulot" : poilant polar

ECRANS | de Pascal Chaumeil (Fr., 1h37) avec Romain Duris, Michel Blanc, Gustave Kervern…

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Que fait un chômeur en galère lorsqu’un petit parrain local lui propose de tuer son épouse volage contre dédommagement ? Eh bien il accepte, et il y prend goût… Rigoureusement amorale mais traitée sur un mode semi-burlesque, cette aventure de pieds-nickelés débutant dans le crime restera ironiquement comme le meilleur film du réalisateur de L’Arnacœur Pascal Chaumeil, disparu il y a un an – et ce, malgré une petite baisse de rythme dans le dernier tiers, quand l’apprenti sicaire succombe aux charmes d’une jeune femme un peu trop lisse. Davantage de pétillant (ou de détonnant) eût été bienvenu… Outre une belle distribution réunissant des comédiens se faisant rares, Un petit boulot bénéficie en la personne de Michel Blanc des services d’un scénariste-dialoguiste tant précis que percutant, en phase avec l’humour anglo-saxon du roman-source de Iain Levinson. Lorsque l’on mesure tout ce qu’il insuffle ici en rythme, présence et humour noir, on s’étonne d’ailleurs qu’il ne reprenne pas du service comme cinéaste.

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Quand on a 17 ans

ECRANS | Deux ados mal dans leur peau se cherchent… et finissent par se trouver à leur goût. Renouant avec l’intensité et l’incandescence, André Téchiné montre qu’un cinéaste n’est pas exsangue à 73 ans. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Quand on a 17 ans

On avait un peu perdu de vue André Téchiné depuis quelques années : le cinéaste a pourtant tourné sans relâche (et en rond), s’inspirant volontiers de faits divers pour des films titrés de manière la plus vague possible – La Fille du RER, L’Homme qu’on aimait trop… Un cinéma à mille lieues de ses grandes œuvres obsessionnelles et déchirantes des années 1970-1990, de ses passions troubles, lyriques ou ravageuses. Comme si le triomphe des Roseaux sauvages (1994), puisé dans sa propre adolescence, avait perturbé le cours initial de sa carrière… Cela ne l’a pas empêché d’asséner de loin en loin un film pareil à une claque, à une coupe sagittale dans l’époque – ce fut le cas avec Les Témoins (2007), brillant regard sur les années sida. Le chenu et les roseaux De même que certains écrivains trouvent leur épanouissement en tenant leur journal intime, c’est en prenant la place du chroniqueur que Téchiné se révèle le plus habile, accompagnant ses personnages de préférence sur un

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Encore heureux

ECRANS | De Benoît Graffin (Fr., 1h33) avec Sandrine Kiberlain, Édouard Baer, Bulle Ogier…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Encore heureux

Quand des petits-bourgeois s’attellent à l’écriture d’une comédie vaguement sociale (chacun des mots mérite d’être pesé : on suit ici une famille dont le père, cadre-sup’ au chômage depuis 2 ans, squatte un studio des beaux quartiers parisiens) en faisant l’économie d’un "script doctor", la vraisemblance et la dignité en prennent pour leur grade. Quelques exemple à la volée ? L’histoire est censée se passer autour du réveillon de Noël, de surcroît en week-end ; or tout est ouvert fort tard, y compris les administrations, qui n’hésitent pas à menacer, d’ailleurs, d’expulsion… en pleine trêve hivernale. Un besoin urgent d’argent se fait sentir ? La mère s’en va troquer ses faveurs contre un chèque auprès d’un bellâtre de supérette – ah, le romantisme de la prostitution occasionnelle ! Même en ajoutant un macchabée voyageur en guise d’hypothétique ressort macabre (au point où l’on en est…), le scénario continue de tirer à hue et à dia, atteignant à peine la cheville brisée de la moindre pochade d’humour noir belge. Miséricorde pour les comédiens ; ils devaient avoir faim… VR

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Tale of tales

ECRANS | De Matteo Garrone (It-Fr-Ang, 2h13) avec Salma Hayek, Vincent Cassel, Toby Jones…

Christophe Chabert | Mardi 30 juin 2015

Tale of tales

Que Matteo Garrone n’ait pas souhaité s’enfermer dans le réalisme suite au succès de Gomorra est une bonne chose ; d’ailleurs, lorsqu’il osait la stylisation dans Reality, il parvenait à déborder l’hommage à l’âge d’or de la comédie italienne pour en retrouver l’esprit esthétique. Avec Tale of tales, les choses se compliquent : abordant un genre en vogue (les contes et l’héroïc fantasy) via l’adaptation d’un classique de la littérature italienne, il tente le grand pont vers l’imaginaire pur, entrecroisant plusieurs récits où l’on retrouve des monstres, des sorcières, un roi, des reines et des princesses. Or, le style Garrone s’avère assez vite à la traîne de son ambition : jamais la mise en scène ne parvient à donner le souffle nécessaire pour nous faire pénétrer cet univers baroque et fantastique. D’où une suite d’hésitations fatales : entre le sérieux et la dérision, l’auteurisme et le divertissement, le film à sketchs et le film choral… Mal construit (l’épisode des faux jumeaux est de loin le plus faible, et le scénario le traîne comme un boulet

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Comme un avion

ECRANS | Bruno Podalydès retrouve le génie comique de "Dieu seul me voit" dans cette ode à la liberté où, à bord d’un kayak, le réalisateur et acteur principal s’offre une partie de campagne renoirienne et s’assume enfin comme le grand cinéaste populaire qu’il est. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 juin 2015

Comme un avion

Qu’est-ce qu’un avion sans aile ? Un kayak… Drôle d’idée, qui surgit par paliers dans la tête de Michel (Bruno Podalydès lui-même, endossant pour la première fois le rôle principal d’un de ses films). À l’aube de ses cinquante ans, il s’ennuie dans l’open space de son boulot et dans sa relation d’amour / complicité avec sa femme Rachelle (Sandrine Kiberlain, dont il sera dit dans un dialogue magnifique qu’elle est « lumineuse », ce qui se vérifie à chaque instant à l’écran). Michel a toujours rêvé d’être pilote pour l’aéropostale, mais ce rêve-là est désormais caduque. C’est un rêve aux ailes brisées, et c’est une part de l’équation qui le conduira à s’obséder pour ce fameux kayak avec lequel il espère descendre une rivière pour rejoindre la mer. Une part, car Bruno Podalydès fait un détour avant d’en parvenir à cette conclusion : son patron (Denis Podalydès), lors d’un énième brainstorming face à ses employés, leur explique ce qu’est un palindrome. Pour se faire bien voir, tous se ruent sur leurs smartphones afin de trouver des exemples de mots se lisant à l’endroit et à l’envers. Plus lent à la détente, Michel finira in extremis par tomber sur le mot "kayak"

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Partisan

ECRANS | Sur le thème de la communauté repliée hors du monde, Ariel Kleiman fait beaucoup moins bien que Shyamalan et Lanthimos. Pire, son premier film, dépourvu de tension dramatique et incapable de déborder son programme scénaristique, est carrément rasoir. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 mai 2015

Partisan

Partisan est le genre de premier film qui a tout pour être aimé : un sujet fort (comment un homme énigmatique, mi-hipster, mi-gourou, décide de créer une communauté de femmes et d’enfants vivant selon ses propres règles hors de la civilisation), un environnement qui ne demande qu’à être exploré (une sorte de rétro-futurisme mais qui pourrait aussi être la conjonction déboussolante d’un présent industriel et d’une application pratique des théories de la décroissance) et même un Vincent Cassel troublant en patriarche imposant à tout prix le bonheur à sa "famille". L’Australien Ariel Kleiman s’inscrit dans la lignée de son compatriote David Michôd qui, l’an dernier, avait tenté lui aussi avec son étrange The Rover de donner une dimension politique à un cinéma marqué par les codes du genre. Mais la comparaison s’arrête là et les éloges attendront : Partisan souffre très vite de sa faiblesse dramaturgique et d’un scénario programmatique que la mise en scène, malgré d’authentiques tentatives pour instaurer un climat trouble et dérangeant, ne parvient jamais à so

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Une nouvelle amie

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h47) avec Romain Duris, Anaïs Demoustier, Raphaël Personnaz…

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Une nouvelle amie

Argument de vente déjà bien calé en une des magazines, la transformation de Romain Duris en femme dans le nouveau film de François Ozon est son attraction principale. Il faut prendre le mot "attraction" au pied de la lettre : non seulement un phénomène freak plutôt réussi (Duris a souvent joué sur son côté féminin, mais le film se plaît à mettre en scène ce grand saut d’abord comme un apprentissage maladroit, puis comme une évidence naturelle) mais aussi le centre d’une névrose obsessionnelle qui saisit Claire (formidable Anaïs Demoustier, aussi sinon plus troublante que son partenaire) lorsqu’elle découvre que le mari de sa meilleure amie choisit de se travestir après le décès de son épouse. Embarrassée, troublée et finalement séduite, elle accompagne sa mue tout en la guidant pour des motifs opaques – voit-elle en lui une « nouvelle amie » prenant la place de la précédente ou un pur objet de désir ? Autant de pistes formidables qu’Ozon ne fait qu’ébaucher, préférant jouer à l’auteur démiurge épuisant les possibles de son scénario. On passe ainsi sans transition de Vertigo à La Cage aux folles, de Chabrol à Mocky, de la peinture ironique à la

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Casse-tête chinois

ECRANS | De Cédric Klapisch (Fr, 1h54) avec Romain Duris, Audrey Tautou, Cécile de France…

Christophe Chabert | Vendredi 29 novembre 2013

Casse-tête chinois

Après L’Auberge espagnole et surtout l’affreux Les Poupées russes, il y avait de quoi redouter les retrouvailles entre Cédric Klapisch et son alter ego romanesque Xavier-Romain Duris. Or, Casse-tête chinois se situe plutôt dans la meilleure veine du cinéaste, celle de Peut-être et de Paris, lorsqu’il baisse les armes de la sociologie caustique – que Kyan Khojandi, qui fait un petit coucou dans le film, a customisé dans sa série Bref – pour se concentrer sur la singularité de ses personnages et laisser parler une certaine mélancolie. Il faut dire que ce troisième volet raconte surtout des séparations, des renoncements et des désenchantements, sans pour autant que cela vaille constat générationnel ou métaphore de l’état d’un monde. New York n’est jamais regardé béatement pour son exotisme – ce n’est pas Nous York, donc – mais comme une ville à appréhender dans son multiculturalisme, sa géographie, son prix et ses tracas. Sur

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9 mois ferme

ECRANS | Annoncé comme le retour de Dupontel à la comédie mordante après le mal nommé "Le Vilain", "9 mois ferme" s’avère une relative déception, confirmant que son auteur ne sait plus trop où il veut amener son cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 10 octobre 2013

9 mois ferme

Avec Enfermés dehors, grand huit en forme de comédie sociale où il s’amusait devant la caméra en Charlot trash semant le désordre avec un uniforme d’emprunt, mais aussi derrière en lui faisant faire des loopings délirants, le cinéma d’Albert Dupontel semblait avoir atteint son acmé. Le Vilain, tout sympathique qu’il était, paraissait rejouer en sourdine les envolées du film précédent, avec moins de fougue et de rage. 9 mois ferme, de son pitch (une avocate aspirée par son métier se retrouve enceinte, après une nuit de biture, d’un tueur «globophage» amateur de prostituées) à son contexte (la justice comme déversoir d’une certaine misère sociale) semblait tailler sur mesure pour que Dupontel y puise la quintessence à la fois joyeuse et inquiète de son projet de cinéaste. Certes, on y trouve beaucoup d’excès en tout genre, une caméra déchaînée et quelques passages ouvertement gore, mais aussi des choses beaucoup plus prévisibles, sinon rassurantes. Il y a surtout un mélange de registres comiques dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils

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Tip Top

ECRANS | De Serge Bozon (Fr, 1h46) avec Isabelle Huppert, François Damiens, Sandrine Kiberlain…

Christophe Chabert | Mercredi 4 septembre 2013

Tip Top

L'engouement critique autour du dernier Serge Bozon, déjà coupable d’avoir réalisé La France avec ses poilus entonnant des chansons mods, en dit long sur l’égarement dans lequel s’enfonce une partie du cinéma d’auteur français. Encenser avec une complaisance navrante le film le plus mal foutu de l’année, dont la vision relève de l’expérience narcotique tant ce qui se produit à l’écran n’a aucun sens, aucun rythme et passe son temps à se chercher des sujets en faisant mine de se rattacher à des genres – dans cette comédie policière, rien n’est drôle, et l’intrigue est racontée en se moquant de la plus élémentaire logique – c’est offrir à Bozon ce dont il rêve le plus : légitimer son discours en fermant les yeux sur son incompétence de réalisateur. Disciple de Jean-Claude Biette et de son cinéma de la digression, Bozon en offre une version dandy, où les intentions maculent l’écran. Tip Top parle vaguement de son époque – du racisme à la perversion sexuelle, même si on ne sait trop ce que le cinéaste a à en dire – mais c’est dans une poignée de séquences what the fuck que l’on sent Bozon le plus content de lui, comme celle où, deux minutes durant,

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"L’Écume des jours" : mais qu'est-il donc arrivé à Michel Gondry ?

ECRANS | Avec cette adaptation du roman culte de Boris Vian, Michel Gondry s’embourbe dans ses bricolages et recouvre d’une couche de poussière un matériau littéraire déjà très daté. Énorme déception.

Christophe Chabert | Jeudi 25 avril 2013

Plus madeleine de Proust adolescente que véritable chef-d’œuvre de la littérature française, L’Écume des jours avait déjà fait l’objet d’une adaptation cinématographique, devenue difficile à voir pour cause de gros échec à sa sortie en salles. Le cinéma français ayant redécouvert les vertus de son patrimoine littéraire, voici donc Michel Gondry qui s’y colle. Le moins que l’on puisse dire est que, là où beaucoup auraient jugé l’univers métaphorico-poétique de Vian ardu à transposer à l’écran, Gondry est face à lui comme un poisson dans l’eau, trouvant une matière propice à déverser toutes ses inventions visuelles. Trop propice, tant les premières minutes du film fatiguent par leur accumulation d’idées passées au broyeur d’un montage hystérique. On n’a tout simplement pas le temps de digérer ce qui se déroule sous nos yeux, Gondry enchaînant à toute blinde les trouvailles, multipliant les accélérés, les changements d’échelle ou les trucages à la Méliès. D’une certaine manière, sa fidélité à Vian est déjà un handicap : là où il aurait pu faire le tri, il préfère empil

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Trance

ECRANS | De Danny Boyle (Ang, 1h35) avec James MacAvoy, Vincent Cassel, Rosario Dawson…

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Trance

La dégringolade continue pour Danny Boyle depuis qu’il n’a plus son scénariste Alex Garland à ses côtés. Après l’agaçant 127 heures, le voilà qui se fourvoie dans Trance, nanar improbable qui, à force de vouloir manipuler le spectateur, se perd lui-même dans son labyrinthe d’intrigues où un commissaire-priseur (MacAvoy) se fait hypnotiser par une médecin charmante (Rosario Dawson) pour retrouver la mémoire et, surtout, le tableau de Goya qu’il a subtilisé au nez et à la barbe des voleurs avec qui il s’était associé (Vincent Cassel joue le chef). À partir de là, c’est du grand n’importe quoi, avec une mise en scène clipée sur fond de techno, des choix de production ringards, des incohérences à la pelle et surtout une avalanche de twists même pas amusants. Il suffit de dire que l’un d’entre eux, crucial pourtant, repose sur le rasage d’une toison pubienne, pour mesurer l’ampleur de la cata. Certes, cela conduit à une magnifique nudité frontale comme on en voit peu par les temps puritains qui courent

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Populaire

ECRANS | De Régis Roinsard (Fr, 1h51) avec Romain Duris, Déborah François…

Christophe Chabert | Vendredi 23 novembre 2012

Populaire

Les Petits mouchoirs, Polisse, Radiostars et maintenant Populaire : il faut vraiment être aveugle pour ne pas voir le projet du producteur Alain Attal, projet qui dépasse la personnalité des réalisateurs qui signent ces films. Les Petits mouchoirs faisaient pleurer sur les malheurs des bourgeois parisiens friqués en vacances, Polisse vantait le courage et la sensibilité des flics contre le peuple et les élites, Radiostars exaltait l’amitié masculine et le succès en ridiculisant la province et les petites gens. Populaire, jusque dans son titre, est comme un point d’orgue à cette démarche lourdement idéologique. Il s’agit ici de montrer comme c’était bien, les années 50, cette époque bénie où les femmes obéissaient docilement à leur patron, parfois même tombaient dans leur bras, et où elles savaient

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Pauline détective

ECRANS | De Marc Fitoussi (Fr, 1h41) avec Sandrine Kiberlain, Audrey Lamy…

Christophe Chabert | Mercredi 26 septembre 2012

Pauline détective

Sur les pas de Pascal Thomas période Agatha Christie, Marc Fitoussi (La Vie d’artiste, Copacabana : un bon auteur de comédie, donc) se vautre complètement avec ce Pauline détective qui sent vite l’impasse. Il faut dire qu’entre les déboires sentimentaux trop ordinaires de ladite Pauline, et ses vacances avec sa sœur et son beau-frère en Italie, pleines de clichés sur les Français à l’étranger, le fond de la sauce est déjà épais. Mais c’est bien dans le vrai-faux film policier que les choses virent au naufrage : que Pauline s’entête à voir du crime et du mystère partout, soit ; mais l’indifférence générale qui entoure ses velléités de détective, à commencer par celle de Fitoussi, trop occupé à dessiner un contexte pop à coups de couleurs acidulées et de dressing top tendance, ne permet aucune identification au personnage et aucun début d’intérêt pour l’intrigue. On comprend vite qu’on est face à une suite de fausses pistes traitées au deuxième degré et sans aucune rigueur, sacrifiant au passage la pauvre Sandrine Kiberlain, dont la carrière vivote depuis

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L’Oiseau

ECRANS | D’Yves Caumon (Fr, 1h33) avec Sandrine Kiberlain, Clément Sibony, Bruno Todeschini…

François Cau | Jeudi 19 janvier 2012

L’Oiseau

Alors que partout ailleurs, le cinéma d’auteur semble prendre conscience que la radicalité formelle ne vaut rien si elle ne sert pas à intensifier les émotions (des personnages et des spectateurs), la France continue à délivrer des films «poissons-mort», beaux mais froids et l’œil vide. Oiseau-mort dans ce cas précis, puisque Yves Caumon fait de la brève existence du volatile, incrusté dans l’appartement d’une Sandrine Kiberlain qui, pour une fois, ne se retrouve pas à jouer les seconds rôles indignes de sa valeur d’actrice, la durée nécessaire de son retour à la vie. Le début, intrigant, ressemble à certains Polanski première période : le film observe une névrose depuis les craquements des murs, les ombres du dehors, les manies inexpliquées de l’héroïne… Quand il s’aventure hors de l’appartement, le film perd peu à peu toute étrangeté, mais surtout, Yves Caumon révèle trop tôt le pourquoi de ce comportement, ramenant le tout à un banal psychodrame. Ne reste plus alors que l’arrogance de longs plans méticuleusement composés et éclairés, un cinéma qui se regarde filmer et qui ne véhicule ni émotions, ni idées, juste des intentions. CC

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A dangerous method

ECRANS | La rivalité entre Freud et son disciple Carl Gustav Jung, un sujet complexe mais idéal pour David Cronenberg, qu’il rend passionnant pendant 45 minutes, avant de laisser la main à son scénariste, l’académique Christopher Hampton. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 16 décembre 2011

A dangerous method

Au détour d’une séquence de séduction entre Sabina Spielrein (Keira Knightley, qui donne beaucoup d’elle-même à ce personnage de femme hystérique découvrant la nature sexuelle de son mal) et Carl Gustav Jung (Michael Fassbender, loin de l’animalité de Shame, comme cherchant à déchirer le corset moral qui l’enserre), celle-ci lui dit : «Dans chaque homme, il y a une part féminine». L’admirateur de David Cronenberg saisit instantanément ce qui renvoie à l’œuvre du cinéaste canadien : la sexualité comme révélateur de la confusion des genres. A dangerous method raconte le conflit entre Freud, qui pense que tout est explicable par la nature libidinale des êtres, et Jung, qui croit que certains phénomènes proviennent d’un inconscient collectif. Mais il dit aussi qu’il y a une part d’inexplicable dans le désir et que la chair prend toujours le dessus sur le cerveau. Malaise dans la civilisation Comment raconter cette rivalité intellectuelle sans s’empêtrer dans des couches de dialogues explicatifs ? Cronenberg trouve de belles parades à cet écueil : par la mise en scène, comme lors de ce passage remarquable où le dispositif d’analyse inventé par Jung se transforme en

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Le Moine

ECRANS | De Dominik Moll (Fr-Esp, 1h40) avec Vincent Cassel, Déborah François, Sergi Lopez…

François Cau | Mardi 12 juillet 2011

Le Moine

Adapter le livre culte de Matthew Lewis, resté fameux pour son approche fantastique et feuilletonesque de la religion catholique, était un défi que Dominik Moll a pris visiblement à contresens. Plutôt que de s’engouffrer dans les outrances offertes par cette histoire baroque et iconoclaste (un moine rigoriste succombe à la tentation en se faisant abuser par une diablesse masquée, avant de commettre des crimes pour dissimuler son péché), il prend tout extrêmement au sérieux et déballe un bric-à-brac visuel qui manque et de souffle, et de rythme. Aucun vertige, aucun trouble, aucune fascination et surtout aucun plaisir à la vision de ce film tétanisé d’un bout à l’autre, à l’image d’un Vincent Cassel bridé par son jeu, à qui on conseillera d’aller voir la prestation de Banderas dans La Piel que habito pour voir qu’on peut s’amuser tout en composant un personnage glacé et ambivalent. Christophe Chabert Sortie le 13 juillet

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"Black swan" : Darren Aronofsky et Natalie Portman mènent la danse

ECRANS | Une jeune danseuse introvertie cherche à se dépasser pour incarner le double rôle d’une nouvelle version du "Lac des cygnes". Sans jamais sortir d’un strict réalisme, Darren Aronofsky fait surgir le fantastique et le trouble sexuel dans un film impressionnant, prenant et intelligent.

Christophe Chabert | Jeudi 3 février 2011

Éternel espoir d’une prestigieuse troupe de ballet new-yorkaise, Nina est à deux pas d’obtenir le sésame qui fera décoller sa carrière : le premier rôle d’une nouvelle création du Lac des Cygnes montée par un énigmatique et ambigu chorégraphe français, Thomas. Elle réussit haut la main les auditions dans la peau du cygne blanc, mais sa puérilité et son manque d’érotisme laissent planer un doute sur sa capacité à incarner son envers démoniaque, le cygne noir. D’autant plus qu’une jeune recrue, Lily, paraît bien plus à l’aise qu’elle, libre dans son corps et assumant une sexualité agressive qui nourrit sa prestation. Nina est un personnage polanskien, cousin de celui de Deneuve dans Répulsion, mais accomplissant un trajet inversé : plutôt que de choisir la claustration conduisant à une folie homicide et autodestructrice face à la "menace" du désir, Nina doit au contraire sortir d’elle-même et de l’appartement dans lequel elle vit avec une mère surprotectrice, danseuse ratée reportant sur sa progéniture ses ambitions avortées — là, on est plutôt du côté du Carrie de De Palma. Elle subira cette révélation du sexe comme une transformation monstrue

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Mademoiselle Chambon

ECRANS | De Stéphane Brizé (Fr, 1h41) avec Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain…

François Cau | Samedi 10 octobre 2009

Mademoiselle Chambon

Jean tombe sous le charme de Mademoiselle Chambon, l’institutrice de son fils. Il s’improvise gauchement maçon du cœur et propose de réparer la fenêtre de son appartement. Pour le remercier, elle fait pleurer son violon dans l’austérité de son salon. Ils se recroisent, s’échangent des regards, se frôlent à grand peine. Jean fuit son épouse, Mademoiselle Chambon souffle le chaud mais surtout le froid. Déjà pas franchement survoltée, l’ambiance s’abîme dans les non-dits, les chastes silences, les œillades intéressées, le tout dans une dynamique à faire passer Les Regrets de Cédric Kahn pour Bad Boys 2. Stéphane Brizé choisit sciemment de se focaliser sur l’expression quotidienne de la passion, freinant systématiquement ses personnages dans leurs élans, quitte à en faire les représentations statufiées de l’indécision, d’une certaine idée de la transparence amoureuse. C’est quand ils finissent par quitter leur mécanique routine que le film prend son envol, dans des scènes où la réserve du film comme ses partis pris esthétiques finissent par prendre tout leur sens : Brizé soigne particulièrement ces séquences pudiques, où le talent des acteurs principaux brille de façon intense. Puis

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