"Mission Impossible – Fallout" : redoublement en 6e

ECRANS | Suite directe de "Rogue Nation", "Fallout" revisite les fondamentaux de la franchise "Mission Impossible" en passant la sixième vitesse. La rapidié, une manière comme une autre pour Tom Cruise de défier le temps qui passe…

Vincent Raymond | Jeudi 19 juillet 2018

Censé empêcher un groupe terroriste de s'emparer de sphères de plutonium, Ethan Hunt (Tom Cruise) compromet sa mission afin de sauver un membre de son équipe. Le CIA lui met alors dans les pattes l'agent Walker (Henry Cavill) chargé d'évaluer l'IMF ; charge à lui de récupérer les éléments radioactifs…

Pour ce sixième opus, on ne change pas une équipe qui gagne (des dollars), et encore moins l'architecture narrative de la franchise : une nouvelle fois, il est ici avéré qu'une taupe trahit l'Agence et des preuves accablantes s'accumulent contre Hunt ; lequel, placé en fragilité, doit jouer contre sa hiérarchie pour sauver le monde avant même de prouver son innocence. Voilà qui n'est pas sans rappeler la trame de l'excellent film inaugural de De Palma (1996).

Impression renforcée par un finale à coup d'hélicoptères, une large inscription territoriale du film entre Paris et Londres et le démasquement grâce à un masque du traître de l'histoire. Les références à l'épisode matriciel deviennent des révérences assumées.

Éternelle genèse

Vingt ans plus tard, cette constance apparente peut sembler étonnante dans un contexte géopolitique ayant connu son lot de bouleversements et un monde foudroyé par les révolutions technologiques. En réalité, cette idée de permanence est consubstantielle de l'interprète vedette de la série (Tom Cruise) qui, après Vanilla Sky (2001) et Edge of Tomorrow (2014), trouve ici une incarnation imperméable aux outrages du temps de plus.

Cette quête effrénée d'une jeunesse perpétuelle se traduit paradoxalement par une accélération forcenée du rythme, par la démultiplication des poursuites à ultra haute vitesse (chute libre, moto, voiture, bateau…), un sur-découpage de la grande séquence de bagarre violente dans des chiottes (coucou Casino Royale) et une dilatation exagérée du dénouement, comme pour coaguler l'instant.

Car l'adversaire n'est pas tant le "méchant" ni le camp opposé (à la faveur des retournements objectifs et des alliances de circonstance, les ennemis d'hier se transforment en partenaires potentiels), mais le temps. Aussi Hunt-Cruise combat-il contre la montre, pied à pied contre non pas un mais deux chronomètres synchrones, distendant les minutes et les secondes par des effets de montage alterné creusant la simultanéité jusqu'à l'improbabilité.

Cruise tente donc de freiner la course des aiguilles en réactivant le passé et en jouant sur le mécanisme de l'horloge. Mais s'imposer une cure de rapidité n'empêche pas d'accuser les années : jadis prompt à éclater d'un rire franc, l'acteur, le visage figé, serre plus souvent les dents qu'à son tour, s'abandonne moins à l'autodérision et affiche son essoufflement. C'est peut-être un mal pour un bien : dans son "rôle-signature", Cruise se trouve à un moment charnière de sa carrière, où il peut encore choisir entre persister à singer la jeunesse ou assumer la douleur d'être bientôt sexagénaire.

Mission Impossible Fallout
de Christopher McQuarrie (ÉU, 2h28), avec Tom Cruise, Henry Cavill, Rebecca Ferguson…


Mission Impossible - Fallout

De Christopher McQuarrie (ÉU, 2h28) avec Tom Cruise, Rebecca Ferguson...

De Christopher McQuarrie (ÉU, 2h28) avec Tom Cruise, Rebecca Ferguson...

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Les meilleures intentions finissent souvent par se retourner contre vous… Ethan Hunt accompagné de son équipe de l’Impossible Mission Force et de quelques fidèles alliées sont lancés dans une course contre la montre, suite au terrible échec d’une mission.


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"Alex, le destin d'un roi" : coup d’épée dans l’eau

ECRANS | De Joe Cornish (GB, 2h01) avec Louis Serkis, Tom Taylor, Rebecca Ferguson…

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Élevé par une mère seule, tête de turc du collège avec son copain Bedders, Alex trouve dans un terrain vague une épée fichée dans un roc qu’il parvient à dégager. Signe qu’il est le nouveau roi désigné pour combattre l’odieuse fée Morgane, libérée de sa prison par le chaos mondial… Comme tous les grands contes ou récits traditionnels épiques, les légendes arthuriennes sont des fils avec lesquels on peut tisser des étoffes fort dissemblables : Excalibur, Perceval le Gallois ou Merlin l’Enchanteur ont en effet bien peu en commun. Toute variation est sur le principe recevable si elle abrite un univers propre ou une forme suffisamment originale : voyez Alexandre Astier, qui tourne justement sa propre version grand écran de Kaamelott, où Arthur pourrait presque être considéré comme un prétexte tant l’auteur Astier imprime sa marque, son cosmos. Pour cet Alex-ci, la situation est hélas bien différente : nous voici face à un "teenage movie" façon Goonies tentant, comme jadis Le Monde de Narnia ou La Croisée des mondes, de

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Edge of tomorrow

ECRANS | De Doug Liman (ÉU, 1h53) avec Tom Cruise, Emily Blunt…

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Edge of tomorrow

Sur le papier, il y a comme du high concept foireux derrière Edge of tomorrow : en gros, il s’agit d’opérer le croisement improbable entre Le Soldat Ryan, Un jour sans fin et Starship troopers, inspiré d’un manga d’Hiroshi Sakurazaka. D’ailleurs, le temps que la greffe prenne (quinze minutes) on reste un peu incrédule, avalant couleuvres scénaristiques sur couleuvres scénaristiques, en particulier celle qui envoie au front un officier spécialisé dans la communication, sans expérience de terrain et ayant dépassé la limite d’âge – Tom Cruise a beau faire tout ce qu’il peut pour le faire oublier, c’est aujourd’hui un quinquagénaire encore en forme mais trop vieux pour jouer les héros. Quand enfin tout est en place (un système assez ludique de reboot temporel qui permet à Cruise de rejouer un débarquement futuriste sur les plages normandes pour bousiller des aliens et retrouver une « full métal bitch » campée par la passionnante Emily Blunt), l’alliance entre le scénario habile et très bien écrit de Jez Butterworth (magistral dramaturge anglais) et Christopher MacQuarrie (déjà derrière l’excellent

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Man of steel

ECRANS | Remettre Superman sur la carte du blockbuster de super-héros après l’échec de la tentative Bryan Singer : telle est la mission que se sont fixés Christopher Nolan et Zack Snyder, qui donnent à la fois le meilleur et le pire de leur cinéma respectif dans un film en forme de bombardement massif, visuel autant qu’idéologique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 17 juin 2013

Man of steel

Il fallait au moins ça pour faire oublier le piteux Superman returns de Bryan Singer et relancer la franchise de cet « homme d’acier » : l’alliance circonstancielle de deux poids lourds du blockbuster actuel, à savoir Christopher Nolan, tout puissant après sa trilogie Dark knight, et Zack Snyder, loué pour ses prouesses visuelles et sa maîtrise des effets numériques. Nolan produit et livre les grandes lignes de l’intrigue pendant que Snyder réalise, taylorisme créatif pourtant pas si évident que cela sur le papier, tant leurs personnalités sont plus opposées que vraiment complémentaires. De fait, il ne faut pas longtemps avant de savoir qui, dans ce Man of steel, tient réellement le gouvernail : l’introduction du film sur la planète Krypton, avec ses personnages taillés dans le marbre lançant de grandes sentences pseudo-shakespeariennes d’un ton pénétré pendant que la musique d’Hans Zimmer bourdonne et explose sur la bande-son, dit bien que c’est le metteur en scène d’Inception qui a clairement posé le ton de ce nouveau Superman.

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Oblivion

ECRANS | Après "Tron l’héritage", Joseph Kosinski avait toutes les cartes en main pour confirmer son statut de nouveau maître de la SF avec cette adaptation de son propre roman graphique. Hélas, le voilà rattrapé par son fétichisme kubrickien, qu’il tente vainement de transformer en blockbuster à grand spectacle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 avril 2013

Oblivion

Dans une des pubs qui l’avaient fait connaître, Joseph Kosinski s’amusait à faire circuler le spectateur dans la reproduction virtuelle de l’hôtel Overlook imaginé par Stanley Kubrick pour Shining. Dans Tron l’héritage, qui marquait ses débuts prometteurs au cinéma, il recréait la chambre de 2001 et faisait circuler ses personnages dans un bar qui ressemblait comme deux gouttes de lait à celui d’Orange mécanique. Autant dire que Kosinski fait une fixette sur l’immense Stanley ; ce qu’on ne lui reprochera pas, loin de là, mais disons qu’il faut avoir les épaules solides pour oser se mesurer à un tel monument. Face à Oblivion, qui croule sous les références à 2001 — jusqu’au nom d’une des boîtes de production du film, Monolith pictures ! — on ne peut que constater que cette obsession est filtrée par une culture geek avec qui elle ne fait pas forcément bon ménage. Et que l’univers visuel et virtuel de Tron collait dans le fond beaucoup mieux à l’

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Jack Reacher

ECRANS | Très bonne surprise que cette série B qui tente de lancer Tom Cruise en nouveau justicier dans la ville, avec derrière la caméra Christopher MacQuarrie, qui montre qu’il connaît ses classiques et sait même, à l’occasion, en offrir de brillantes relectures. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 janvier 2013

Jack Reacher

Le film de justicier (ou vigilante movie) est un genre cinématographique qui demande au spectateur de laisser son idéologie au vestiaire, si tant est du moins qu’elle penche plus à gauche qu’à droite. En effet, le programme basique du genre consiste à : 1) montrer l’impuissance de la police et des institutions à rendre justice aux victimes ; 2) trouver une solution parallèle en la personne d’un homme solitaire, citoyen lambda ou militaire / policier en délicatesse ou en retraite de sa hiérarchie ; 3) le laisser zigouiller en toute impunité gangsters, flics ou juges corrompus ainsi que tout ce qui se présente comme un obstacle à l’accomplissement de sa mission. Jack Reacher applique méthodiquement les règles, lançant ainsi une franchise très claire où Tom Cruise ferait figure de Charles Bronson du XXIe siècle, en plus séduisant  — il bouge une paupière, toutes les filles tombent sous son charme ; c’est quasiment un running gag du film. Série Bien Première bonne décision de Christopher MacQuarrie, scénariste de Usual suspects dont le précédent Way of the gun avait laissé le souvenir d’un film archi-complaisant

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Rock forever

ECRANS | D’Adam Shankman (ÉU, 2h02) avec Julianne Hough, Diego Boneta, Russell Brand, Tom Cruise…

Aurélien Martinez | Lundi 9 juillet 2012

Rock forever

Pour tenir face à Rock of ages (titre original, traduit une fois de plus par une non traduction…), il faut avant tout supporter l’atroce kouglof musical qui l’inonde d’un bout à l’autre, véritable cauchemar pour les tympans qui mélange rock FM bien gras et tubes du grenier interprétés par des chanteurs à voix. Mission impossible, c’est sûr ; au-delà, on assiste à un machin complètement schizo qui hésite entre se prendre au sérieux et se moquer de lui-même. L’intrigue principale, love story entre deux têtards qui voudraient se lancer dans le rock, relève de la guimauve mille fois mâchée. Mais tous les à-côtés, nombreux, sont prétextes à de la déconne pas très fine, quoique déjà plus raccord avec ce projet improbable. Shankman semble incapable de choisir et bricole une mise en scène illisible pour noyer le poisson. On est donc face à une grosse daube certifiée dans laquelle pourtant se trouvent des éclats de talents, en l’occurrence les comédiens : Cruise qui rejoue son personnage de Magnolia, Malin Akerman, qu’on aimerait voir plus souvent sur les écrans, Russell Brand et Alec Baldwin pour une séquence mémorable, et surtout Paul Giamatti. Aussi génial que dans

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Mission : impossible – Protocole fantôme

ECRANS | De Brad Bird (ÉU, 2h13) avec Tom Cruise, Jeremy Renner, Paula Patton…

François Cau | Lundi 12 décembre 2011

Mission : impossible – Protocole fantôme

Alors que JJ Abrams avait tenté, sans convaincre totalement, une humanisation de l’agent Ethan Hunt, ce nouveau Mission : Impossible le remet dans la posture du héros indestructible traversant un monde en mutation tel que Brian de Palma l’avait défini dans le premier volet. Mais dès son évasion d’une prison moscovite, Hunt affirme aussi son goût du risque, un plaisir ludique à choisir toujours la voie la plus difficile pour se sortir des ennuis. C’est aussi le principe de ce blockbuster trépidant : multiplier les complications à l’intérieur des complications, les défis improbables à relever jusqu’au vertige (littéral et figuré). Que ce soit dans une incroyable poursuite à Dubai au milieu d’une tempête de sable ou dans un hallucinant ballet de corps et de voitures dans un parking automatique, tout ici repose sur le déchaînement des éléments et la résistance surhumaine de Hunt-Cruise. Si le scénario tente de dessiner une nouvelle géopolitique des rapports de force (une Amérique dépassée par les pays émergents), c’est bien ce côté cartoonesque et bigger than life qui impressionne ; la présence de Brad Bird, auteur de quelques-uns des plus beaux fleurons Pixar (Les Indestructibles e

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