"I Feel Good" : faible fable

ECRANS | de Benoît Delépine & Gustave Kervern (Fr, 1h43) avec Jean Dujardin, Yolande Moreau, Jean-Benoît Ugeux…

Vincent Raymond | Lundi 24 septembre 2018

Photo : Ad Vitam


Partisan du libéralisme et du moindre effort depuis sa naissance, Jacques (Jean Dujardin) est convaincu qu'il aura un jour l'idée qui le fera milliardaire. C'est pourtant en peignoir qu'il débarque chez sa sœur Monique (Yolande Moreau), à la tête d'une communauté Emmaüs. Fauché comme les blés, mais avec une idée…

Les Grolandais ont fait suffisamment de bien au cinéma ces dernières années pour qu'on ne leur tienne pas rigueur de cet écart, que l'on mettra sous le compte de l'émotion suscitée par la disparition prématurée de leur président Salengro le 30 mars dernier. Le fait est que la greffe Dujardin ne prend pas chez eux, même si son personnage est censé porter des valeurs totalement étrangères à leur cosmos habituel. Sans doute s'agit-il de deux formes d'humour non miscibles, faites pour trinquer hors plateau, pas forcément pour s'entendre devant la caméra.

I Feel Good se trouve aussi asphyxié par son manque d'espace(s). Baroque et hétéroclite, le décor de la communauté est certes inspirant, avec ses trognes explicites et son potentiel architectural (hélas sous-exploité), mais Delépine et Kervern ne s'épanouissent jamais aussi bien que dans le road movie (voir Mammuth ou Saint Amour) quand l'imprévu s'invite au détour du paysage. Si la route est prise ici, c'est après que le film s'est longuement épuisé à trouver un sens. Et elle ressemble plutôt à une sortie de secours tardive.


I feel good

De Benoît Delépine, Gustave Kervern (Fr, 1h43) avec Jean Dujardin, Yolande Moreau...

De Benoît Delépine, Gustave Kervern (Fr, 1h43) avec Jean Dujardin, Yolande Moreau...

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Monique dirige une communauté Emmaüs près de Pau. Après plusieurs années d’absence, elle voit débarquer son frère, Jacques, un bon à rien qui n’a qu’une obsession : trouver l’idée qui le rendra riche. Plus que des retrouvailles familiales, ce sont deux visions du monde qui s’affrontent.


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"Présidents" : vieilles choses publiques

ECRANS | Enchaînant films et sujets opposés, Anne Fontaine s’attaque après Police à l’étage supérieur : le pouvoir suprême et ceux qui l’ont exercé… lorsqu’ils en sont dépossédés. Entre fable et farce, une relecture des institutions et de l’actualité politique bien plus intéressant que ce que les teasers-sketches laissaient supposer…

Vincent Raymond | Mardi 29 juin 2021

Reconverti en homme d’intérieur dépressif, l’ex-président Nicolas S. prend pour prétexte la popularité grandissante de la candidate d’extrême-droite pour partir en Corrèze afin de convaincre son ancien adversaire et successeur François H. de monter un nouveau parti avec lui. La cohabitation sera d’autant plus rude qu’ils sont opposés en tout, et que leurs compagnes s’invitent dans la campagne… Une évidence en préambule : sur les arcanes de la Ve République (et ses bruits de cabinet, diront les mauvaises langues), il sera difficile de parvenir un jour à se montrer plus complet que le magistral L’Exercice de l’État de Pierre Schoeller. Rien n’empêche toutefois d’attaquer le sujet par la bande, en se focalisant sur des espèces s’ébattant dans cet écosystème. Tels les présidents du film homonyme d’Anne Fontaine construit comme une fable dont les protagonistes ne seraient pas de grands fauves, mais deux ex éconduits par leur bien-aimée, trompant ensemble leur déni dans l’illusoire espoir d’une reconquête. Sauf que la belle, de plus en plus versatile et capricieuse, ne veut plus d’eux.

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"Les Parfums" : Et néanmoins patronne…

Cinéma | De Grégory Magne (Fr., 1h40) avec Emmanuelle Devos, Grégory Montel, Gustave Kervern…

Vincent Raymond | Mardi 23 juin 2020

En galère de boulot, Guillaume devient le chauffeur d’Anna Walberg, "nez" indépendante dans l’univers de la parfumerie et femme si exigeante qu’elle a épuisé tous ses prédécesseurs. Mais Guillaume va s’accrocher en lui tenant tête. Une manière de leur rendre service à tous les deux… Devenu un visage familier grâce à la série 10%, Grégory Montel avait éclos en 2012 aux côtés du regretté Michel Delpech dans le très beau L’Air de rien, première réalisation de Stéphane Viard et… Grégory Magne. Après l’ouïe, celui-ci s’intéresse donc à l’odorat mais conserve peu ou prou un schéma narratif similaire puisque son héros ordinaire-mais-sincère parvient à nouveau à redonner du lustre à une vieille gloire recluse prisonnière de son passé et/ou ses névroses, tout en s’affirmant lui-même ; la différence majeure réside dans le fait qu’une relation fatalement plus sentimentale que filiale se noue ici entre les protagonistes. Loin d’être une bluette à l’anglaise où les deux tourtereaux roucoulent après avoir fait chien et chat pendant l’essentie

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Juliette Binoche : « Il y a une rebelle chez moi »

Interview | Alors que sa sortie a été courageusement maintenue sur les écrans malgré l’ombre du Covid-19, et que des affiches ont été indûment taguées en marge des cortèges du 8-mars, Martin Provost et Juliette Binoche reviennent sur la genèse de ce film qui, bien qu’il use du second degré, n’en est pas moins féministe.

Vincent Raymond | Jeudi 12 mars 2020

Juliette Binoche : « Il y a une rebelle chez moi »

Juliette, êtes-vous une "bonne épouse" ? Juliette Binoche : Je suis parfaite : je fais la cuisine, je repasse, je couds (rires). Martin Provost : J’en sais quelque chose : sur le plateau, c’était un régal… JB : Sinon il ne m’aurait pas castée ! (rires) Heureusement que c’est un film… Vous connaissiez le cinéma de Martin ? JB : Oui ! Il a une façon d’aimer les personnages qu’il filme et d’avoir un sens du féminin. Et d’aborder les thèmes que je trouve importants comme l’artiste et la création : dans Séraphine, je trouve ça passionnant. Martin est quelqu’un qui aime la vie. On rit et on s’entend souvent sur les mêmes choses. Notre rencontres était évidente, je dirais. Martin, comment êtes-vos tombé sur l’existence de ces "écoles ménagères" ? MP : Par une ami

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"La Bonne Épouse" : l’école des femmes

ECRANS | Un long-métrage féministe qui laisse une petite place à une histoire d'amour : porté par une jolie distribution, le nouveau film de Martin Provost est plutôt réussi. Grâce notamment à un second degré réjouissant.

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

La brutale disparition de son époux oblige Paulette Van Der Beck à prendre les commandes de l’école ménagère familiale en déclin qu’il était censé diriger. Mais en cette veille de Mai-68, les jeunes élèves ne tiennent plus à devenir des fées du logis soumises en tout point à leur mari… Sortant avec une certaine malice quelques jours après que l’on a célébré la Journée internationale des droits des femmes, La Bonne Épouse rappelle avec un second degré évident les vertus et commandements jadis prodigués aux jeunes filles ; le hiatus entre les us de l’époque patriarcale serinés par une institution vitrifiée dans la tradition et l’éclosion d’une nouvelle société n’en paraît que plus comique ! Dans cette ambiance provinciale patinée façon Choristes, Martin Provost bénéficie de surcroît d’un trio féminin de choc : Juliette Binoche (apprêtée et maniérée comme Micheline Presle dans Les Saintes Chéries) en directrice prenant la vague de l’émancipation féminine, Yolande Moreau en vieille fille éberluée par ces c

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"Le Daim" : peau d’âme

ECRANS | Revenant de quelques infortunes artistiques, Jean Dujardin se prend une belle veste (au sens propre) taillée sur mesure par Quentin Dupieux en campant un monomaniaque du cuir suédé. Un conte étrange et intrigant totalement à sa place lors de la dernière Quinzaine des réalisateurs cannoise.

Vincent Raymond | Lundi 17 juin 2019

Ça a tout l’air d’une tocade, et pourtant… Georges, 44 ans, a tout quitté pour acheter une fortune la veste en daim de ses rêves, au fin fond d’une région montagneuse. Ainsi vêtu, il se sent habité par une force nouvelle et se lance dans un projet fou, aidé par Denise, la barmaid du coin… Propice aux films de zombies (plus nombreux que des doigts sur un moignon de mort-vivant), l’année serait-elle aussi favorable aux récits de fringues maudites ? Après In Fabric de Peter Strickland (la déclinaison sur-diabolique de La Robe d'Alex van Warmerdam en salle prochainement), Le Daim renoue avec cette vieille tradition héritée de la mythologie où l’habit influe sur l’humeur ou la santé de celui qui le porte. À l’instar de la tunique de Nessus fatale à Hercule ou de la tiare d’Oribal pour les lecteurs d’Alix, le blouson ocre va conditionner Georges, le menant à supprimer ses semblables – comprenez ceux du porteur de daim ainsi que tous les autres blousons du monde. Vaste programme aurait pu dire dit de Gaulle. Aux franges du réel Ce n’est certes pas la première fois que Quentin Dupieux dote un objet inan

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"Rebelles" : le crime conserve

ECRANS | de Allan Mauduit (Fr, 1h27) avec Cécile de France, Yolande Moreau, Audrey Lamy…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Une ex-reine de beauté passée de la pole danse à Pôle Emploi, tout juste embauchée dans une conserverie, tue par accident le contremaître qui tentait de l’agresser. Avec l’aide de deux collègues, elle fait disparaître le corps et découvre que le vilain cachait un sacré magot… Cette comédie sociale aux allures de de western made in Hauts-de-France possède de bons atouts dans son jeu, à commencer par son trio d’actrices (Cécile de France, Yolande Moreau et Audrey Lamy) rompues à tous les registres, et souvent engagées dans des rôles où l’humanisme affleure sous l’humour. Leur alliance tient de surcroît de la synergie de caractères, rappelant ces buddy movies tels que Comment se débarrasser de son patron (1980) de Colin Higgins, usant de la blague parfois lourdingue pour promouvoir la libération féminine d’une masculinité aussi dominatrice que débile – il y a d’ailleurs ici quelques furieux spécimens d’abrutis. Allan Mauduit aurait toutefois gagné à creuser davantage vers Petits meurtres entre amis (1994), son humour noir restant encore un peu pâle, surtout comparé à des productions a

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"Cornélius, le meunier hurlant" : futur classique intelligent du cinéma jeune public ?

ECRANS | de Yann Le Quellec (Fr., 1h47) avec Bonaventure Gacon, Anaïs Demoustier, Gustave Kervern…

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

Cornélius Bloom choisit d’installer son futur moulin dans un village du bout du monde, où il tape dans l’œil de Carmen, la fille du maire – belle comme un coquelicot. Mais le meunier souffre d’une étrange affection : il hurle la nuit comme un loup. La population finit par le chasser… Avec son titre à moudre debout, cette fable chamarrée donne déjà de sérieux gages d’excentricité. Elle les assume dès son introduction, escortée par une ballade infra-gutturale chewing-gumisée par Iggy Pop dans son français rocailleux si… personnel. Auteur de Je sens le beat qui monte en moi (2012), Yann Le Quellec sait s’y prendre pour créer une ambiance décalée à base d’absurdités légères. Il a de quoi la maintenir tout au long des (més)aventures de Cornélius, dans un style entre Jacques Tati et James Thierrée, où il conjugue la virtuosité acrobatique de ces poètes du déséquilibre et une fantaisie de jongleur de mots. Histoire d’exclusion et de différence avec un prince charmant un peu crapaud (à barbe), un loup (ou du moins son cri), une fille du roi (enfin, du maire), un rival jaloux et une sorcière (bon, d’accord, c’est un toubib i

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"Les Films de l’été" : être ou avoir l’été

ECRANS | Programme de deux films : Rien sauf l'été de Claude Schmitz et Le temps de l'été de Emmanuel Marre

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

Loin des clichés plage/montagne, cet assemblage de deux courts-métrages ultra primés propose deux "faces B" de l’été se déroulant dans des "non-lieux" de vacances, avec des personnages pour le moins décalés. L’étrangeté ambiante doit sans nul doute aux ascendances belges des films ; un je-ne-sais-quoi d’absurdité faisant écho à cette intangible sensation que, durant la saison chaude, tout est possible. Et l’éternité, à portée de main. Vague décalque fantaisiste de L’Année dernière à Marienbad d'Alain Resnais croisé avec Le Diable par la queue de Philippe de Broca, Rien sauf l’été projette un jeune homme en recherche de quiétude dans un château en réfection, peuplé d’une famille bizarre mais accueillante. Quant au Temps de l’été, il suit l’autoroute vers le sud de la France en compagnie d’un fils, de son père et du vieux pote suicidaire de ce dernier. Dans les deux cas, les instants de vie se succèdent et s’empilent, sans qu’il y ait forcément d’histoire à raconter : le moment est capturé dans la fugacité de son évocation, comme la fraîcheur d’une glace à l’eau ou la morsure cuisante de l’as

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"De toutes mes forces" : encore un grand film sur l’univers social

ECRANS | de Chad Chenouga (Fr., 1h38) avec Khaled Alouach, Yolande Moreau, Laurent Xu…

Vincent Raymond | Mardi 2 mai 2017

Lycéen dans un quartier bourgeois, Nassim vit seul avec sa mère dépressive. Lorsqu’elle meurt subitement, l’adolescent est placé dans un foyer mais le cache à son entourage. Refusant la main tendue du monde éducatif et d’être assimilé aux "cas sociaux", il perd ses repères, puis pied… Quinze ans après 17 rue Bleue, première tentative autobiographique bancale, le réalisateur et acteur Chad Chenouga réussit un admirable portrait d’une jeunesse en souffrance, allant bien au-delà de son expérience personnelle : il réactualise ici les faits afin qu’ils collent à la situation contemporaine. On suit tous les degrés du malaise existentiel du fier Nassim, nourri de culpabilité et de révolte ; son humeur erratique le poussant à rejeter ceux qui l’aident, qui l’aiment. Chenouga montre ce caméléon écartelé, abandonnant de sa morgue pour être accepté par ses commensaux du foyer mais conservant les richesses inaliénables qui lui permettront de rebondir : les mots qu’il possède (c’est-à-dire ses viatique et sésame pour une vie meilleure) et les souvenirs de sa mère (photo, vêtements, messages), rappel à l’ordre d’un passé malgré tout plus heureux.

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Claude Lelouch : « Je crois à l’incroyable fertilité du chaos »

ECRANS | Claude Lelouch, qui vient de sortir son nouveau film "Chacun sa vie", n’en a pas fini avec l’envie de filmer. Et ce n’est pas parce qu’il tourne autour des Hospices qu’il songe à l’hospice : son truc à lui, ce serait plutôt les bons auspices…

Vincent Raymond | Jeudi 16 mars 2017

Claude Lelouch : « Je crois à l’incroyable fertilité du chaos »

Comment avez-vous repéré les talents d’acteur de Me Dupond-Moretti ? Claude Lelouch : C’est mon métier, je ne sais rien faire d’autre (sourire). C’est quelqu’un que j’ai admiré. J’avais l’impression de voir Lino Ventura : ce type a une force incroyable ! Je l’ai rencontré par un copain, on a sympathisé et il m’a invité à une audience. Sa plaidoirie a duré 1h30, le temps d’un long-métrage. Pendant cette durée, j’ai regardé tous les gens qui jugeaient l’accusé et je me suis dit c’était eux qu’il fallait juger : l’avocat général qui réclame la perpétuité, le président qui se prend pour Dieu, les gens dans la salle qui viennent pour déguster le malheur des autres, les jurés… J’ai imaginé que tous avaient des casseroles : on a tous les qualités de nos défauts, on a tous des jardins secrets. Est-ce la vie qui vous donne l’envie de faire du cinéma, ou bien le cinéma qui vous donne le plaisir de la vie ? Je vie une double histoire d’amour avec le cinéma et la vie. L’un renforce l’autre, ils sont complémentaires pour moi. La vie est le plus grand scénariste du monde ; je lui dois tout. J

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"Chacun sa vie" : Lelouch est toujours lelouchien

ECRANS | Entièrement récoltée à Beaune, la 46e cuvée de Claude Lelouch a un goût de déjà-bu. Pas étonnant, venant d'un réalisateur ayant autant de bouteille…

Vincent Raymond | Lundi 13 mars 2017

Attendre de Lelouch qu’il fasse autre chose que du Lelouch reviendrait à espérer d’un chat et d’une souris un concert d’aboiements. Si le cinéaste s’est jadis montré capable de détonner, pour répondre à un violent désamour du public (en témoigne le singulier Roman de gare), il ferait plutôt en règle générale sien l’aphorisme de Cocteau : « Ce qu’on te reproche, cultive-le : c’est toi ». Chacun sa vie est, à cette enseigne, un parfait exemple de monoculture lelouchienne – certes "hors-sol", puisque totalement tourné à Beaune, où le virevoltant réalisateur a installé son école de cinéma. Il troque donc ses plans de Tour Eiffel ou de Champs-Élysées contre de larges vues de la place Carnot, microcosme valant ici pour le monde entier. La Beaune année Autour de cette esplanade noyée sous le piano-jazz ininterrompu d’un assommant festival estival gravitent donc des êtres divers, soumis aux petits ou grands tracas de la vie, qui auront pour point commun de se retrouver tous témoins, jurés, juges, défenseur ou public dans une salle d’audience lors d’un procès final… Faut-il s’étonner qu

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"Une vie" Brizé

ECRANS | Une ingénue sort du couvent pour se marier et mener une existence emplie de trahisons et de désenchantements. Maupassant inspire Stéphane Brizé, réalisateur de l'acclamé "La Loi du marché", pour un récit ascétique situé dans un XIXe siècle étrangement réaliste, et habité jusqu’à la moelle par Judith Chemla.

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

« Plutôt que de tourner l’'adaptation d’Une vie, Stéphane donnait l’impression de vouloir réaliser un documentaire sur les gens qui avaient inspiré Maupassant ; de faire comme si l’on avait la chance de retrouver des images d’époque, certes un peu différentes du livre : Maupassant ayant pris des libertés et un peu romancé ! » Jean-Pierre Darroussin, qui incarne le père de l'héroïne Jeanne (un hobereau quasi sosie de Schubert), a tout dit lorsqu’il évoque sa compréhension du projet artistique, voire du postulat philosophique de Stéphane Brizé. Il y a en effet dans la démarche du réalisateur une éthique de vérité surpassant le classique désir de se conformer à la véracité historique pour éviter l’anachronisme ballot. Nulle posture, mais une exigence participant du conditionnement général de son équipe : plutôt que de mettre en scène le jeu de comédiens dans l’ornière de la restitution de sentiments millimétrés, Brizé leur fait intérioriser à l’extrême le contexte. Ils éprouvent ainsi le froid ambiant sans recourir à un vêtement contemporain pour s’en prémunir, ou s’éclairent à une lumière exclusivement dispensée par des bougies… Un film "natu

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"Un petit boulot" : poilant polar

ECRANS | de Pascal Chaumeil (Fr., 1h37) avec Romain Duris, Michel Blanc, Gustave Kervern…

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Que fait un chômeur en galère lorsqu’un petit parrain local lui propose de tuer son épouse volage contre dédommagement ? Eh bien il accepte, et il y prend goût… Rigoureusement amorale mais traitée sur un mode semi-burlesque, cette aventure de pieds-nickelés débutant dans le crime restera ironiquement comme le meilleur film du réalisateur de L’Arnacœur Pascal Chaumeil, disparu il y a un an – et ce, malgré une petite baisse de rythme dans le dernier tiers, quand l’apprenti sicaire succombe aux charmes d’une jeune femme un peu trop lisse. Davantage de pétillant (ou de détonnant) eût été bienvenu… Outre une belle distribution réunissant des comédiens se faisant rares, Un petit boulot bénéficie en la personne de Michel Blanc des services d’un scénariste-dialoguiste tant précis que percutant, en phase avec l’humour anglo-saxon du roman-source de Iain Levinson. Lorsque l’on mesure tout ce qu’il insuffle ici en rythme, présence et humour noir, on s’étonne d’ailleurs qu’il ne reprenne pas du service comme cinéaste.

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Saint Amour

ECRANS | Le millésime 2016 de Benoît Delépine et Gustave Kervern, les plus illustres cinéastes grolandais, est arrivé et il n’a rien d’une pochade : derrière son nez rouge de clown, "Saint Amour" dissimule une histoire d’amour(s) tout en sobriété… Notre film de la semaine. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 1 mars 2016

Saint Amour

Pour un réalisateur, jongler les yeux bandés avec un baril de pétrole ouvert et un flambeau doit certainement se révéler plus sécurisant que diriger la paire Depardieu-Poelvoorde partant en goguette sur la route des vins. Sur le papier, Kervern et Delépine n’étaient donc pas trop de deux face au fameux duo. Cela dit, les risques étaient limités pour les compères, étant donné leur proximité avec les comédiens (déjà pratiqués dans Mammuth et Le Grand Soir) ; leur science commune du jus de la treille. Cette "communion d’esprit" explique comment et pourquoi les auteurs ont pu mener leur barque sans dériver. Spirituel ou spiritueux ? Mais Saint Amour ne se limite pas à son germe éthylique : l’essence de ce road movie, c’est le voyage de quelques centimètres

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Le Tout Nouveau Testament

ECRANS | De Jaco van Dormael (Be/Fr/Lux, 1h50) avec Pili Groyne, Benoît Poelvoorde, Yolande Moreau, François Damiens, Catherine Deneuve…

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Le Tout Nouveau Testament

La vérité fait parfois mal à entendre : Dieu est misanthrope, sadique et résident bruxellois. S’épanouissant dans la création de catastrophes, ce pervers se double d’un tyran domestique séquestrant son épouse et sa fille de dix ans, Éa. Celle-ci, qui en a plein le Graal de ce monstre gorgé de bière, décide de suivre l’exemple de son aîné barbu, J.-C. Elle s’évade donc afin d’enrôler des apôtres et d’écrire son propre Nouveau Testament. Non sans avoir mis le bazar dans l’ordinateur paternel, en révélant à toute l’humanité l’heure de sa mort. Une plaisanterie qui lui vaut d’avoir un Dieu le père furibard (et en sandales) à ses trousses… Ténue, la filmographie de Jaco van Dormael ne compte que trois longs métrages depuis Toto le héros (1991), où s’affirmaient déjà pleinement son style comme ses influences. L’homme ayant biberonné au surréalisme belge mâtiné de burlesque et d’onirisme nébuleux, son œuvre en est traversée, parfois illuminée : ici, la farce iconoclaste (un Dieu façon Gros Dégueulasse de Reiser) peut côtoyer le sublime éthéré ou le franchement potache lorsqu’il s’agit d’illustrer des métaphores. Affectionnant la forme du conte porté par une

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Voyage en Chine

ECRANS | De Zoltán Mayer (Fr, 1h36) avec Yolande Moreau, Qu Jing Jing…

Christophe Chabert | Mardi 24 mars 2015

Voyage en Chine

Pas de cris, mais beaucoup de chuchotements ; le couple formé par Liliane et Richard est saisi au début de Voyage en Chine dans une torpeur dépressive que l’on imagine liée à l’usure du temps. En fait, ils viennent d’apprendre la mort de leur fils Christophe et la distance entre les deux époux se creuse de plans en plans, tous rigoureusement composés. Liliane, fatiguée des démarches administratives pour rapatrier le corps, décide d’aller le récupérer seule sur les lieux de l’accident, en Chine. Zoltán Mayer avance dans son mélodrame ténu au rythme de son héroïne et de son actrice, Yolande Moreau, formidable et dans un registre nouveau – une femme simple, mais cultivée et capable d’introspection, ce qu’elle exprime en tenant un journal où elle déverse ses regrets et sa fierté pour son enfant. Il y a là un vrai regard de cinéaste, qui met à distance toute tentation de l’exotisme et du folklore pour se concentrer sur les interactions émotionnelles entre les personnages et leur environnement. Si le contexte est celui de la Chine du Sichuan, il y a quelque chose de japonais dans la mise en scène, comme du Ozu en plus stylisé, la beauté des cadres, des déc

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Near Death Experience

ECRANS | L’errance suicidaire d’un téléopérateur dépressif en maillot de cycliste. Où la rencontre entre Houellebecq et le tandem Kervern / Delépine débouche sur un film radical, peu aimable, qui déterre l’os commun de leurs œuvres respectives : le désespoir face au monde moderne. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 septembre 2014

Near Death Experience

Un jour comme les autres, Paul, téléopérateur chez Orange, décide de mettre fin à ses jours. Il laisse sa famille sur le carreau, enfile son maillot de cycliste Bic et part se perdre dans la montagne. Near Death Experience enregistre son errance suicidaire comme un retour à l’état primitif, tandis qu’en voix off ses pensées sur le monde et sur sa triste existence bientôt achevée se déversent. Après la déception provoquée par Le Grand Soir, dans lequel leur cinéma de la vignette sarcastique virait au système, Gustave Kervern et Benoît Delépine effectuent une table rase radicale. Il n’y a à l’écran qu’une âme qui vive, celle de Michel Houellebecq, dont le tempérament d’acteur a été formidablement déflorée par l’excellent L’Enlèvement de Michel Houellebecq vu sur Arte la semaine dernière ; les autres personnages sont des silhouettes dont on ne voit la plupart du tem

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Dans la cour

ECRANS | Rencontre dans une cour d’immeuble entre un gardien dépressif et une retraitée persuadée que le bâtiment va s’effondrer : entre comédie de l’anxiété contemporaine et drame de la vie domestique, Pierre Salvadori parvient à un équilibre miraculeux et émouvant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 22 avril 2014

Dans la cour

En pleine tournée et avant même le début du concert, Antoine décide de ne plus chanter dans son groupe de rock. Plus la force, plus le moral. Après un rapide passage par Pôle emploi, il est engagé comme gardien d’immeuble par Mathilde, nouvellement retraitée. Quelques jours plus tard, Mathilde découvre une fissure dans le mur de son appartement, et cette lézarde va devenir une obsession ; la voilà persuadée que c’est tout l’immeuble qui menace de s’effondrer. Pendant ce temps, Antoine doit faire face aux doléances des autres voisins, dont un architecte à fleur de peau et un marginal trafiquant de vélos. Le dernier film de Pierre Salvadori rompt ainsi avec les tentatives lubitschiennes de Hors de prix et De vrais mensonges pour revenir à ses premières amours : la comédie douce-amère en forme de chronique du temps présent et, surtout, du temps qui passe. Antoine est à bout de souffle social et sentimental, Mathilde en

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"Le Loup de Wall Street" : voyage au bout de l'enfer (du capitalisme)

ECRANS | La vie de Jordan Belfort, courtier en bourse obsédé par les putes, la coke et surtout l’argent, permet à Martin Scorsese de plonger le spectateur trois heures durant en apnée dans l’enfer du capitalisme, pour une fresque verhovenienne hallucinée et résolument burlesque, qui permet à Di Caprio de se transcender.

Christophe Chabert | Vendredi 27 décembre 2013

« Greed is good. » C’était la maxime de Gordon Gecko / Michael Douglas dans le Wall Street d’Oliver Stone. Un film de dénonce balourd qui a eu pour incidence contre-productive de transformer Gecko en héros d’une meute d’abrutis cocaïnés et irresponsables, trop heureux de se trouver un modèle ou un miroir selon le degré d’avancement de leur ambition. Jordan Belfort, auquel Martin Scorsese consacre cette bio filmée de trois heures et à qui Leonardo Di Caprio prête ses traits, est de cette génération-là, celle qui a eu Gecko pour modèle et son slogan comme obsession. Le film, passé son prologue provocateur (grosse bagnole et coke à même l’anus d’une prostituée) attrape d’ailleurs son héros dans un instant paradoxal : le lundi noir de 1989 où, alors qu’il s’apprête à concrétiser son rêve et devenir courtier à Wall Street, la bourse plonge et avec elle une partie de l’économie mondiale. Faux départ, retour à zéro : l’itinéraire de Jordan Belfort s’édifie sur un moment de purge financière supposée assainir le système et qui ne fait que préparer l’avènement d’une corruption plus grande encore, par de jeunes loups ayant tiré

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Henri

ECRANS | De Yolande Moreau (Fr-Belg, 1h47) avec Pippo Delbono, Miss Ming…

Christophe Chabert | Vendredi 29 novembre 2013

Henri

À la mort de sa femme, Henri, taciturne tenancier de café, engage un « papillon blanc », Rosette, jeune femme souffrant d’un léger handicap, pour l’aider dans son travail. Une amitié va naître entre ses deux outcasts, comme on dit aux États-Unis, suscitant incompréhension et malentendus de leur entourage, puis fuite du tandem vers les côtes belges. Désormais seule à la mise en scène, Yolande Moreau démontre, après Quand la mer monte, que ce coup d’essai n’avait rien d’un coup de bol : la mise en scène est remarquable, chaque plan y est magnifiquement composé et Moreau sait y saisir, à travers les silences et les distances, toute la solitude de ces êtres en mal d’amour – en cela, Henri est comme la rencontre féconde entre Jacques Tati et Bruno Dumont. Le corps lourd et le visage triste de Pippo Delbono, bouleversant et impénétrable, sont pour elle une source inépuisable de fascination. Dommage toutefois que le film, une fois lancé dans son échappée belle, semble ne plus avoir autre chose à raconter que ce mélange de poésie et de désespoir, attendant avec nonchalance son dénouement et surtout sa dernière image, inoubliable.

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Möbius

ECRANS | D’Éric Rochant (Fr, 1h43) avec Jean Dujardin, Cécile De France, Tim Roth…

Christophe Chabert | Mercredi 20 février 2013

Möbius

La carrière d’Éric Rochant restera comme un énorme crash ; ce Möbius, qui devait sonner son grand retour après un exil télévisuel du côté de Canal +, ressemble au contraire à un terrible chant du cygne. Revenant au film d’espionnage (qui lui avait permis d’être à son meilleur au moment des Patriotes), Rochant se contente d’en offrir une lecture approximative et purement illustrative. Qu’a-t-il à dire sur la mondialisation des échanges financiers et sur son corollaire, la nécessaire coopération des services secrets pour en endiguer les fraudes ? Rien. Se concentre-t-il alors sur un divertissement ludique où les frontières de la manipulation resteront floues jusqu’à la conclusion ? Même pas, Möbius étant plus confus que virtuose dans son écriture, et se contentant souvent d’aligner mollement les plans plutôt que de mettre en scène les séquences. Que reste-t-il ? Une histoire d’amour entre Cécile De France (très moyenne) et Jean Dujardin (qui s’en tire déjà mieux) aux dialogues impossibles (ah, les « bras concrets »…), à l’érotisme grotesque et à la crédibilité très limite (la fin, notamment, est dure à avaler). Le gâchis est total et l’espoir de

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Le Grand soir

ECRANS | Comme s’ils étaient arrivés au bout de leur logique cinématographique, Gustave Kervern et Benoît Delépine font du surplace dans cette comédie punk qui imagine la révolution menée par deux frères dans un centre commercial. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Vendredi 1 juin 2012

Le Grand soir

Dans Mammuth, le cinéma de Kervern et Delépine semblait toucher son acmé : leur colère froide, leur art de la mise en scène à l’humour très noir, leur goût pour le road movie : tout cela était transcendé par la rencontre avec Gérard Depardieu, à la fois grandiose et nu, dans l’abandon à son personnage et la réinvention de sa légende. Avec Le Grand soir, c’est l’inverse qui se produit : le sujet était taillé pour eux (deux frères, l’un punk, l’autre représentant dans un magasin de literie, vivent les ravages de la mondialisation depuis un centre commercial) et l’idée de réunir Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel, acteurs géniaux qui n’avaient jamais tourné ensemble, ressemblait à un coup de génie. Le film débute d’ailleurs par une séquence qui aurait pu être d’anthologie : face à leur paternel incarné par un impassible Areski Belkacem, les deux se lancent dans une logorrhée croisée où aucun n’écoute l’autre. En fa, it, on touche déjà aux limites du Grand soir : la scène est trop longue, drôle par intermittence, mais surtout elle n’ouvre sur rien et n’arrive pas à faire oubli

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Les Infidèles

ECRANS | De Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Michel Hazanavicius, Emmanuelle Bercot, Éric Lartigau, Alexandre Courtès, Fred Cavayé (Fr, 1h48) avec Jean Dujardin, Gilles Lellouche…

François Cau | Lundi 27 février 2012

Les Infidèles

Film à sketches dans la tradition des comédies italiennes (Les Monstres, surtout), Les Infidèles s’apprécie en dehors de ce qui en forme la colonne vertébrale : son prologue et son épilogue, qui labourent un humour beauf dont on ne sait trop si Dujardin et Lellouche se moquent ou s’ils le célèbrent. Sans parler des saynètes trash signées Alexandre Courtès, pas très drôles et surtout prétexte à inviter les copains (Canet, Payet…). C’est bel et bien quand de vrais cinéastes s’emparent de certains épisodes que le film s’avère étonnant (et franchement grinçant, dans la lignée du Houllebecq des débuts). Michel Hazanavicius dans La Conscience réussit le segment le plus étrange et dépressif, remarquablement mis en scène avec un Dujardin que le réalisateur utilise comme un stradivarius, développant un comique de l’embarras proche des OSS 117. Emmanuelle Bercot s’offre son Eyes wide shut avec le même Dujardin et sa compagne Alexandra Lamy, un peu appuyé mais là encore très dérangeant. Le meilleur, c’est l’épisode d’Éric Lartigau, Lolita, où Lellouche doit as

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"The Artist" : bof

ECRANS | Hommage déférent et fétichiste au cinéma muet hollywoodien, le nouveau film de Michel Hazanavicius échoue à dépasser son maniérisme pour raconter une histoire forte et attachante, et la fantaisie de départ se transforme en cours de route en ennui.

Christophe Chabert | Vendredi 7 octobre 2011

The Artist commence par un tour de force très impressionnant : nous regardons un film muet avec dans le rôle de la star George Valentin. C’est une comédie un peu inepte, mais le pastiche est réussi. Le rideau se ferme, le cadre s’élargit et l’on découvre les spectateurs du film. Et là, stupeur, leurs applaudissements ne produisent aucun son. Astucieuse mise en abyme qui permet à Michel Hazanavicius de justifier instantanément le postulat arbitraire de The Artist : faire en 2011 un film à la manière des muets hollywoodiens des années 1930. La période n’est pas innocente, car il s’agit du moment où le parlant va faire son apparition, balayant ainsi toute une génération de comédiens incapables de s’adapter à cette révolution dans leurs codes de jeu. Si Chantons sous la pluie de Stanley Donen envisageait la chose du point de vue des metteurs en scène, si Sunset boulevard en inspectait les conséquences tardives et névrotiques chez une star persuadée qu’elle pouvait encore faire son come back, The Artist saisit le désarroi de son acteur vedette en pleine descente aux enfers. Belle idée, qui ouvre

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Où va la nuit

ECRANS | De Martin Provost (Fr-Belg, 1h45) avec Yolande Moreau, Pierre Moure…

François Cau | Vendredi 29 avril 2011

Où va la nuit

Les fans de Séraphine vont tomber de haut en découvrant Où va la nuit. Certes, il faut reconnaître à Martin Provost un certain courage pour aller dans une direction radicalement différente (en l’occurrence, un polar social) de celle de son précédent succès. Mais cela ne sauve pas ce film aux maladresses criantes. Le premier plan est fort, l’introduction assez sèche, mais dès que Yolande Moreau se débarrasse de son mari et se réfugie à Bruxelles chez son fils homo, Où va la nuit ne sait plus sur quel pied danser. Un exemple : la sortie en boîte est censée montrer le décalage entre Moreau et la faune branchée bruxelloise ; un ressort de comédie que Provost filme avec le plus grand sérieux, puisqu’il s’agit d’en faire un moment clé de son intrigue policière. Résultat : tout paraît artificiel, la situation, la tension ou le jeu des acteurs. Ça ne s’arrange pas quand le film vire au psychodrame œdipien, et encore moins dans la conclusion grossièrement repiquée à Thelma et Louise. Alors, où va la nuit ? Pas bien loin ! CC

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Un balcon sur la mer

ECRANS | De Nicole Garcia (Fr, 1h45) avec Jean Dujardin, Marie-Josée Croze…

François Cau | Lundi 13 décembre 2010

Un balcon sur la mer

Marc, agent immobilier à Aix, voit ressurgir dans sa vie la fille qu’il a aimée enfant dans les rus d’Oran, et avec elle le souvenir de la guerre d’Algérie. Un balcon sur la mer, c’est un canevas parfait pour que Nicole Garcia déploie son habituel cinéma psychologique à la mise en scène guindée et surdramatisée. Cette fois, elle est allée chercher Vertigo à la rescousse, dont elle réagence tous les éléments (la brune / la blonde, le fantôme du souvenir et même le complot, la part la plus faible du film) sans faire surgir aucun mystère, aucun trouble, aucune passion. Seule satisfaction : dans ce cinéma où la légèreté est absolument interdite, Dujardin arrive toutefois à rapatrier un peu de sa sympathie naturelle, et à faire exister un personnage juste et touchant. CC

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Mammuth

ECRANS | Quelles traces laisse un homme dans un monde où le travail est devenu la vraie mesure de la vie ? Des bulletins de salaire, des attestations de (...)

Christophe Chabert | Mercredi 14 avril 2010

Mammuth

Quelles traces laisse un homme dans un monde où le travail est devenu la vraie mesure de la vie ? Des bulletins de salaire, des attestations de retraite… Mais ces traces, la société libérale n’est-elle pas en train de les effacer à coups de concentrations industrielles, de délocalisations et de faillites ? C’est l’expérience que va vivre Serge Pilardosse ; à l’orée de ses soixante ans, il doit faire le tour de ses anciens employeurs pour espérer toucher une pension à taux plein. Il enfourche donc sa vieille moto allemande (une Munchen Mammut) et part sur les routes à la recherche des précieux papiers. Sauf que… Entre patrons grabataires, entreprises envolées, rencontres malheureuses ou au contraire libératrices, Serge va perdre de vue sa quête et découvrir autre chose… Parti comme une suite logique de leur précédent Louise-Michel (une charge vacharde contre l’absurdité capitaliste), Mammuth, comme son personnage, bifurque en cours de route. Kervern et Delépine aussi : leur film est sans doute le plus libre, le plus grisant et le plus touchant qu’

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Mammuth, poids léger

ECRANS | Pour "Mammuth", leur quatrième film en tant que réalisateurs, les Grolandais Benoît Delépine et Gustave Kervern ont embarqué un monstre désacralisé, Gérard Depardieu, dans un road movie drôle et mélancolique. Rencontre avec Gustave Kervern, artisan d’un cinéma populaire d’avant-garde. Christophe Chabert

François Cau | Mercredi 14 avril 2010

Mammuth, poids léger

Ce matin-là, nous retrouvons Gustave Kervern dans un hôtel moderne du flambant neuf Cours Charlemagne (Lyon), où il prend son petit-déjeuner avec quelqu’un rencontré par hasard dans la salle à manger de l’hôtel, un nommé Paul-Émile Beausoleil, venu de Martinique pour représenter une association s’occupant de pensions de retraites. La coïncidence amuse Kervern, qui lui explique le sujet de Mammuth, et s’empresse de lui demander d’en parler dans le journal de son association ! «Il faut être malin» commente-t-il. «Tout le monde l’est aujourd’hui dans le milieu du cinéma…» Plus tard pendant l’interview, il expliquera que lui et son complice Benoît Delépine se comportent «comme des pirates». «On y va au culot. Je me souviendrai toujours de Benoît essayant d’appeler Jacques Chirac pour lui dire un truc !». Dans le même registre, il raconte comment ils se sont fait jeter par David Lynch, qu’ils étaient allés voir dans son hôtel à Paris pour lui demander de jouer dans Avida. C’est le même genre de «défis» qui les a poussés à appeler Gérard Depardieu pour lui proposer un rôle. «On a vu Depardieu sur sa moto cheveux au ven

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"OSS 117, Rio ne répond plus" : l’espion con aimait

ECRANS | "Rio ne répond plus", deuxième volet des aventures d’OSS 117 revues et pastichées par Michel Hazanavicius et Jean Dujardin est une réussite étonnante, politiquement féroce et plastiquement remarquable : un pavé dans la mare de la comédie française.

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2009

Il y a trois ans, OSS 117, Le Caire nid d’espions avait provoqué un mini-séisme. En France, on pouvait donc faire de la comédie avec une réelle ambition, un humour qui n’est pas qu’un recyclage poussif de recettes usées en one-man-show mais véhiculant des idées politiques et critiques gonflées. On attendait, logiquement, la suite des aventures d’Hubert Bonisseur de la Bath, espion des services secrets français et incarnation des pires travers de son pays. Rio ne répond plus est à la hauteur, et même plus, des attentes. Premier coup de génie : l’action s’est transportée douze ans plus tard, en 1967. Les temps ont donc changé, notamment la République Française, la IVe et son emblème René Coty ayant été balayée par la Ve du Général de Gaulle. Mais OSS 117, lui, n’a pas bougé d’un iota. Du point de vue de ses idées, rances et conservatrices, source principale des irruptions comiques du film ; mais physiquement surtout, l’incroyable Jean Dujardin paraît toujours plus lisse, figé dans ses mimiques grotesques et ses sourires factices. La clé du dispositif inventé par Michel Hazanavicius et le scénariste Jean-François Halin est là : OSS 117 est une

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«Radical»

ECRANS | Gustave Kervern, co-réalisateur avec son complice Benoît Delépine de Louise-Michel, et agitateur à particule au sein de Groland Magzine. Propos recueillis par Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 18 décembre 2008

«Radical»

Petit Bulletin : Par rapport à Aaltra et Avida, Louise-Michel est très différent esthétiquement, moins léché, plus rugueux…Gustave Kervern : On a moins privilégié la forme car il fallait être le plus drôle possible. On a quand même cherché le bon cadre pour raconter tout en plans fixes, mais le fait de passer à la couleur, y a pas à chier, c’est moins beau. Quand on a fait les essais, je trouvais ça affreux ; on a rajouté un vague filtre chocolat pour réchauffer l’image, mais on n’avait pas beaucoup de temps. Tout s’est fait dans l’urgence. Le noir et blanc ne servait à rien ici, ça se justifiait dans les deux premiers films, ça leur donnait un côté mystérieux, poétique. Là, il n’y avait aucun mystère dans le scénario, on voulait que ce soit radical. L’autre différence, c’est que ni Benoît ni vous ne jouez dedans.On voulait vraiment changer. On ne pouvait pas refaire un film en noir et blanc, encore avec nous. On s’était pris Avida dans la tronche et son cortège d’incompréhensions et de points d’interrogation… C’est-à-dire ?Les gens, en général, n’ont rien compris au film, ils r

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Louise-Michel

ECRANS | Après Aaltra et Avida, Gustave Kervern et Benoît Delépine reviennent avec un film furieux, hirsute, mal élevé, enragé et joyeusement anar. Salutaire, donc. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 18 décembre 2008

Louise-Michel

Ça commence par un sabordage en règle. Vous avez aimé le beau cinémascope noir et blanc, les plans contemplatifs et les gags chorégraphiés d’Aaltra et Avida ? Louise-Michel fout presque tout au feu. Couleurs ternes et cadres étroits, focales plates et décors déprimants : le film ne drague pas son spectateur. Et pour cause : il n’y a pas de quoi pavoiser avec cette histoire de patron voyou qui délocalise son usine dans la nuit, laissant des dizaines d’ouvrières sur le carreau. Comme un conte cruellement d’aujourd’hui, le film va orchestrer la revanche des petits sur les gros : les anciennes employées réunissent leurs indemnités pour engager un tueur afin d’aller descendre le boss ripou. Là où un scénariste trop roué aurait tiré l’argument vers la mécanique polardeuse, Kervern et Delépine choisissent une toute autre option. Il faut dire que là où la plupart des films carburent à l’eau plate et au Guronzan, Louise-Michel tourne avec de la rage et de l’alcool à 90° ingurgité cul-sec. C’est ce côté furieux qui va progressivement emporter le spectateur le long de ce road-movie cabossé où un couple impossible (Yolande «Louise» Moreau et Bouli «Michel» Lanners) remonte rien moins que la

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