"Girl" : Lara au bal du diable

ECRANS | Le portrait plein de vie d’une adolescente née garçon luttant pour son identité sexuelle et pressée de devenir femme. Une impatience passionnée se fracassant contre la bêtise à visage de réalité, filmée avec tact et transcendée par l’interprétation de l’étonnant Victor Polster. Et un très grand film.

Vincent Raymond | Mardi 9 octobre 2018

Jeune ballerine de 15 ans, Lara se bat pour rester dans la prestigieuse école de danse où elle vient d'être admise, mais aussi pour accélérer sa transition de garçon en fille. La compréhension bienveillante de ses proches ne peut hélas en empêcher d'autres d'être blessants. Jusqu'au drame.

Girl pose un regard neuf sur des sujets divers, lesquels sont loin de l'être : la danse comme école de souffrance et de vie (on se souvient de la claque Black Swan de Darren Aronofsky en 2011), la difficulté de mener une transition de genre (voir Transamerica de Duncan Tucker en 2006), la vie d'un parent isolé élevant deux enfants. Des thèmes rebattus mais qui, par coagulation et surtout grâce à une approche déconcertante, c'est-à-dire bannissant les situations attendues, trouvent une perspective nouvelle.

Ainsi, la question de l'acceptation par la famille du choix intime de la jeune Lara ne se pose même pas ; au contraire bénéficie-t-elle ici d'un accompagnement solide et complice. Quant aux professeurs de danse, ils n'ont rien des tyrans ordinaires martyrisant les petits rats. Bref, outre l'absence de la mère (qui permet par ailleurs à Lara d'exercer une présence maternante auprès de son petit frère), le contexte s'avère des plus favorables pour son épanouissement. N'étaient les autres ballerines… Leur inconséquence immature va torpiller l'équilibre si miraculeux (et fragile) de Lara. Chahutée, intoxiquée par le groupe comme la Carrie de Stephen King et de Brian De Palma, Lara va elle aussi passer à l'acte de manière spectaculaire.

Polster à l'affiche

Le jury de la section Un certain regard du dernier Festival de Cannes a eu la grande intelligence de décerner à Victor Polster un prix d'interprétation sans mentionner de genre, car il incarne totalement l'ambiguïté confondante du personnage, au point que l'on oublie sa masculinité, et ce sans qu'il ait besoin de se livrer à des mimiques efféminées outrées. C'est par sa sobriété qu'il devient elle, par sa retenue et ses larmes rentrées qu'il fait ressentir son incommensurable douleur ; par sa sérénité tranquille qu'elle affiche son bonheur final.

On ne sait pas si Polster va continuer dans la danse, mais ce serait une sacrée perte s'il abandonnait le cinéma. Pour le réalisateur Lukas Dhont, on ne se fait pas de souci : le producteur Michel Saint-Jean lui a promis un pont d'or avant qu'il obtienne la Caméra du même métal qui consacre un premier film. Vivement la suite !

Girl
de Lukas Dhont (Bel, 1h46), avec Victor Polster, Arieh Worthalter, Katelijne Damen…


Girl

De Lukas Dhont (Bel, 1h45) avec Victor Polster, Arieh Worthalter...

De Lukas Dhont (Bel, 1h45) avec Victor Polster, Arieh Worthalter...

voir la fiche du film


Lara, 15 ans, rêve de devenir danseuse étoile. Avec le soutien de son père, elle se lance à corps perdu dans cette quête d’absolu. Mais ce corps ne se plie pas si facilement à la discipline que lui impose Lara, car celle-ci est née garçon.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Wargirl, fragrance pop

Concert | De passage en concert à la Bobine mardi 10 mars à 20h30 (en première partie de l’apéro-mix de Regulators), Wargirl est un peu la sensation pop du moment… ou (...)

Damien Grimbert | Mardi 18 février 2020

Wargirl, fragrance pop

De passage en concert à la Bobine mardi 10 mars à 20h30 (en première partie de l’apéro-mix de Regulators), Wargirl est un peu la sensation pop du moment… ou en tout cas possède tous les atouts pour le devenir d’ici peu. Originaire de Long Beach, en Californie, le sextet composé de trois musiciens et de trois musiciennes pratique en effet une indie pop fusionnelle lorgnant sans ambages sur les sonorités 70’s et tout une gamme musicale (garage rock, funk psyché, afro-punk…) qui sent bon la décontraction arty et le soleil californien, le tout teinté d’un peu d’engagement politique de bon aloi. Dans ses meilleurs moments (leur envoûtant tube Poison, auquel il est assez difficile de résister, et juste derrière la ballade groovy et mélancolique Streets, franchement émouvante), le groupe n’est parfois pas loin de rappeler le charme de la géniale Santigold. Le reste du temps, c’est, il faut bien l’avouer, un peu plus inégal et pas toujours très inspiré. Pas de quoi bouder leur venue pour autant, d’autant qu’elle constitue l’une des rares dates françaises de leur première tournée européenne.

Continuer à lire

"Pearl" : sculpture humaine par Elsa Amiel

ECRANS | d'Elsa Amiel (Fr-Sui, 1h20) avec Julia Föry, Peter Mullan, Arieh Worthalter…

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Léa Pearl s’apprête concourir pour un titre de culturiste. Alors que son entraîneur lui prodigue ses ultimes conseils, son ex débarque avec un enfant, leur fils Joseph. Charge à Léa, qui l’a abandonné, de s’en occuper pendant deux heures. Mais l’instinct maternel n’est pas un muscle… De la fascination pour le corps et sa sculpture, d’abord. La réalisatrice Elsa Amiel promène avec amour son œil-caméra sur les courbes body-buidées surréelles de Léa et des autres adeptes du jusqu’au-boutisme musculaire, jouant par des gros plans ambigus et des gémissement dans l’effort suggestifs sur les similitudes entre la mécanique de entraînement et la gymnastique d’un coït. En creux se pose naturellement la question de la féminité de la femme culturiste, et incidemment de sa capacité à être mère, maternelle et maternante – d’autant que la cinéaste sous-entend que les "supplémentations" ont une action hormonale inhibitrice. De la fascination pour les ambiances de nuit, les couloirs d’hôtel et les milieux semi-interlopes ensuite. Elsa Amiel reprend une grammaire de néons et de veillées sans fin classique, exploitée dans les polars comme dans des films de Laet

Continuer à lire

"Une affaire de famille" : chronique d'une famille pas si ordinaire

ECRANS | de Hirokazu Kore-eda (Jap, 2h01) avec Lily Franky, Sakura Andô, Mayu Matsuoka…

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

Le fantasque Osamu est l’affectueux père d’une famille vivant de petites rapines et autres combines. Un jour, il ramène à la maison une gamine maltraitée par ses parents et convainc sa femme de la recueillir comme si elle était leur fille… Personne ne niera que le réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda a de la suite dans les idées lorsqu’il s’agit de dresser des portraits de familles nippones singulières – c’est-à-dire appelées à se reconfigurer à la suite de la perte ou de l’ajout subit d’un membre. Pour Une affaire de famille, palme d'or du dernier Festival de Cannes, il empile les tranches de vies canailles, s’amusant dans un premier temps à faire défiler des instantanés du "gang" Osamu. Plus attendrissant que redoutable, ce père aimant tient davantage du bras cassé folklorique "toléré" par ses victimes que du féroce yakuza. Si le point de vue rappelle celui de The General (1997) de John Boorman ou les Arsène Lupin dans la

Continuer à lire

"Leto" : Kirill Serebrennikov, taillé dans le rock

ECRANS | Alors qu'il est toujours assigné à résidence par le Kremlin, le cinéaste Kirill Serebrennikov sort cette semaine en France un film qui plonge au cœur de la scène rock russe des années 1980. Électrisant.

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

URSS, au début des années 1980. Sous le joug d’un régime communiste expirant, une scène rock tente d’émerger, soumettant ses textes aux dirigeants des maisons de la culture. À Leningrad, un jeune musicien émule d’Iggy Pop, Bowie et des Talking Heads, va éclater. Son nom ? Viktor Tsoï. Les quadra-quinquagénaires se souviendront peut-être d’avoir entendu au détour des bandes FM, par l’entremise du camarade et animateur de radio et de télé Alain Maneval notamment, une poignée d’enregistrements furieusement exotiques souffrant quelques distorsions, gagnées sans doute durant le franchissement du Rideau de fer, parmi lesquels le trépidant Mama Anarkia des Russes de Kino. Biopic et fantaisie C’est aux prémices de ce groupe, dont l’âme était Viktor Tsoï, que l’on assiste ici par le cinéma, qui se dit "kino" en russe. Une manière de boucler la boucle, loin d'être la seule. Car la situation de cette figure culturelle contestataire du passé trouve des échos dans celle du cinéaste Kirill Serebrennikov, voix divergente contemporaine assignée

Continuer à lire

Girls in Hawaïï : vers les lueurs

Concert | Après quatre ans d'absence et un album, sublime, consacré à la douleur de la perte d'un de ses membres, le groupe belge Girls in Hawaïï renaît une fois de plus à lui même. Et retrouve la lumière en se tournant vers l'électronique et un rien d'abstraction. Il sera vendredi 30 novembre à la Belle électrique.

Stéphane Duchêne | Mardi 27 novembre 2018

Girls in Hawaïï : vers les lueurs

La dernière fois qu'on avait eu affaire à Girls in Hawaii, ceux-ci nous avait livré un album de deuil, celui de Denis Wielemans, batteur du groupe et frère du chanteur. À voir débarquer l’an passé ce Nocturne, on s’est dit, sur la foi de son titre, qu'il s'agissait ici d'en prendre la suite. Surtout quand sur This Light, élégiaque ouverture du disque, le groupe répète « Keep your distance from this light », celle qu'on verrait, blanche, au bout du dernier tunnel. Et pourtant, un autre genre de lumière est venu rapidement contredire ce titre et celui d'un album plein de couleurs. Le même genre de lumière que celle de l'étoile filante qui éclaire la nuit sur la peinture naïve (une toile du peintre britannique Tom Hammick) qui orne la pochette du disque. À moins qu'il ne s'agisse, suivant l'interprétation qu'on en fait, d'un volcan en éruption. Dans les deux cas, une manière brute et poétique d'éclairer la nuit, de l'embraser, et peut-être même de l'embrasser, d'en accepter l'augure. De se livrer à une métamorphose aussi, d'accomplir un souhait comme on en fait au passage d'une étoile

Continuer à lire

"Cold War" : rideau de fer et voix de velours

ECRANS | de Paweł Pawlikowski (Pol-GB.Fr, 1h27) avec Joanna Kulig, Tomasz Kot, Agata Kulesza…

Vincent Raymond | Vendredi 19 octobre 2018

Années 1950. Compositeur, Wiktor sillonne la Pologne rurale pour glaner des mélodies populaires et trouver des voix. Bouleversé par celle de Zula, il fait de cette jeune interprète sa muse et sa compagne. Leur romance connaîtra des hauts et des bas, d’un côté puis de l’autre du rideau de fer. Paweł Pawlikowski, ou la marque des origines. Est-ce un hasard si Cold War, ayant pour décor la Pologne d’après-guerre et d’avant sa naissance comme son film précédant Ida (2013), présente la également même radicalité formelle, la même rigueur quadrangulaire, le même noir et blanc ? Consciemment ou non, le réalisateur polonais renvoie ce faisant de ce pays au système intransigeant un visage âpre, et reproduit dans le même temps les procédés du cinéma des origines – en lui donnant toutefois la parole, même s’il l’économise. Son "année zéro" intime devient un peu celle de la Pologne, voire celle du cinéma. Encore davantage ici, où l’histoire de Wictor et Zula s’inspire (on ne sait à quel degré) de celle de ses parents. Mais la rigueur formelle n’abolit pas toute sensualité, c’est d’ailleurs l’un des sous-textes du film : les contra

Continuer à lire

Rentrée cinéma 2018 : et voici les films qui feront les prochains mois

ECRANS | Quels sont les cinéastes et, surtout, les films à ne pas louper avant la fin de l'année ? Réponses en presque vingt coups – dix-neuf pour être précis.

La rédaction | Mardi 4 septembre 2018

Rentrée cinéma 2018 : et voici les films qui feront les prochains mois

Les Frères Sisters de Jacques Audiard Sortie le 19 septembre Escorté par son inséparable partenaire et coscénariste Thomas Bidegain, Jacques Audiard traverse l’Atlantique pour conter l’histoire de deux frères chasseurs de primes contaminés par la fièvre de l’or. Porté par l’inattendue fratrie John C. Reilly/Joaquin Phoenix (à l’œil puant le vice et la perversité), ce néo-western-pépite empli de sang et de traumas ne vaut pas le coup, non, mais le six-coups ! Climax de Gaspar Noé Sortie le 19 septembre Une chorégraphe a réuni une équipe internationale de danseurs pour son nouveau projet qu’elle achève de répéter dans une salle isolée. Après un ultime filage, la troupe s’octroie un réveillon festif sur la piste, s’enivrant de musique et de sangria. Mais après quelques verres, les convives se mettent à vriller sérieusement. Qu’y avait-il donc dans cette satanée sangria ? Noé compose un cocktail de survival et de transe écarlate à déguster séance hurlante.

Continuer à lire

"BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan" : Spike Lee en mode humour noir

ECRANS | Deux flics (l’un noir, l’autre blanc et juif) infiltrent la section Colorado du KKK. Le retour en grâce de Spike Lee est surtout une comédie mi-chèvre mi-chou aux allures de film des frères Coen – en moins rythmé. Grand prix lors du dernier Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Mercredi 22 août 2018

Colorado Springs, États-Unis, aube des années 1970. Tout juste intégré dans la police municipale, un jeune flic noir impatient de "protéger et servir" piège par téléphone la section locale du Ku Klux Klan. Aidé par un collègue blanc, sa "doublure corps", il infiltrera l’organisation raciste… Spike Lee n’est pas le dernier à s’adonner au jeu de l’infiltration : dans cette comédie « basée sur des putains de faits réels » (comme l’affiche crânement le générique), où il cite explicitement Autant en emporte le vent comme les standards de la "blaxploitation" (Shaft, Coffy, Superfly…), le réalisateur de Inside Man lorgne volontiers du côté des frères Coen pour croquer l’absurdité des situations ou la stupidité crasse des inévitables "sidekicks", bêtes à manger leur Dixie Flag. Voire sur Michael Moore en plaquant en guise de postface des images fraîches et crues des émeutes de Charlottesville (2017). Cela donne un ton cool, décalé-cocasse et familier, rehaussé d’une pointe d’actualité

Continuer à lire

"Le Poirier sauvage" : les fruits amers de Nuri Bilge Ceylan

ECRANS | de Nuri Bilge Ceylan (Tur, 3h08), avec Doğu Demirkol, Murat Cemcir, Bennu Yıldırımlar…

Vincent Raymond | Jeudi 19 juillet 2018

Fraîchement diplômé, Sinan rentre en Anatolie où son père instituteur, plutôt que de rembourser ses dettes de jeu, passe son temps à creuser un puits. Se rêvant écrivain, Sinan tente de réunir des fonds pour éditer son premier roman. Mission ardue dans la Turquie contemporaine… Entre saga et chronique sociale, ce portrait d’une jeunesse désenchantée naturellement en rupture avec ses aînés (le père de Sinan, traînant petits mensonges, son insolvabilité chronique et poussant ses ricanements satisfaits à tout bout de champ, donne carrément le bâton pour se faire battre) montre cette même jeunesse sans perspective : n’étant pas assurés d’obtenir un emploi d’enseignant, ou déprimés à l’idée d’être affectés à l’intérieur des terres, les diplômés préfèrent rejoindre les forces anti-émeutes pour casser sans remords du manifestant – voilà qui en dit long sur l’état de l’État. Sans attaquer directement le régime d’Erdogan, Nuri Bilge Ceylan, Palme d'or en 2014 pour Winter Sleep, montre la délaïcisation de la Turquie et la prise en main de

Continuer à lire

Matteo Garrone : « La violence présente dans "Dogman" est surtout psychologique »

ECRANS | Un brave toiletteur pour chiens et une brute qui le traite pire qu’un chien sont au centre de "Dogman", le nouveau conte moral du réalisateur Matteo Garrone. Une histoire italienne d’aujourd’hui récompensée par le Prix d’interprétation masculine à Cannes pour Marcello Fonte.

Vincent Raymond | Lundi 16 juillet 2018

Matteo Garrone : « La violence présente dans

Dogman est-il inspiré d’un fait divers ? Matteo Garrone : Oui. Il s’est déroulé à la fin des années 1980, et il est très célèbre en Italie parce qu’il a été particulièrement violent. Mais on s’en est très librement inspiré : on l’a retravaillé avec notre imagination. Il n’a jamais été question de reconstruire dans le détail ce qui s’était passé. On a également changé la fin, puisque Marcello est un personnage doux, incapable de violence. Dans le film, il agit par légitime défense, non par préméditation. Je suis particulièrement content que le film soit présenté dans un pays où ce fait divers n’est absolument pas connu : le spectateur idéal, c’est celui qui le verra sans avoir cette histoire en tête et sans comparaison avec la réalité. En Italie, le film a un peu souffert de ce fait divers – en tout cas au début. Certains spectateurs se disaient : ça va être extrêmement violent, donc je n’irai pas le voir. Ensuite, le bouche-à-oreille l’a aidé. En fait, la violence présente dans le film e

Continuer à lire

"Dogman" : Matteo Garrone, chien enragé

ECRANS | de Matteo Garrone (It, int. -12 ans, 1h42) avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria…

Vincent Raymond | Mercredi 4 juillet 2018

Toiletteur pour chiens dans une cité délabrée, Marcello la bonne pâte devient le larbin d’une brute toxicomane terrorisant le quartier, Simoncino, lequel ne manque pas une occasion d’abuser de sa gentillesse. Mais après une trahison humiliante de trop, le frêle Marcello réclame son dû… « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. » Blaise Pascal pressentait-il le décor de Dogman en rédigeant ses Pensées ? Vaste étendue ouverte sur une non moins interminable mer, cette scène rappelle l’agora de Reality (2012) du même Matteo Garrone, ce microcosme dans lequel une kyrielle de drames peut éclore et se jouer aux yeux de tous ; chacun étant libre d’ouvrir ou de fermer les yeux sur ce qui se déroule sous ses fenêtres. Et de se claquemurer dans une passivité complice, surtout quand un fou-furieux a fait du secteur son espace de jeu. Mettre au ban une de ses victimes, la plus inoffensive (en l’occurence le serviable Marcello), tient de la pensée magique ou de l’exorcisme : en se rangeant implicitement du côté du bourreau, on espère soi-même être épargné. Personne n’imagin

Continuer à lire

"Sauvage" : vous avez dit sauvage ?

ECRANS | de Camille Vidal-Naquet (Fr, 1h39) avec Félix Maritaud, Éric Bernard, Philippe Ohrel…

Vincent Raymond | Lundi 27 août 2018

Pour se fournir sa came quotidienne, Léo se vend ici ou là à des hommes, traînant son corps délabré de SDF sur les pavés parisiens. Des occasions de s’en sortir se présentent à lui parfois, mais il préfère vivre dans l’instant présent, l’adrénaline du fix et la sueur des corps incertains… Venir après Van Sant, après Téchiné, après Chéreau, après Genet, enfin après tout le monde en somme, dans la contre-allée de la représentation des éphèbes clochardisés vendant leur corps contre au mieux une bouffée de drogue, c’est déjà risqué. Mais ensuite tomber dans le maniérisme esthétique du pseudo pris sur le vif (avec coups de zooms en veux-tu, en voilà, rattrapage de point), dérouler les clichés comme on enfile des perles (boîtes gays nids à vieux fortunés, musicien vicieux rôdant tel le vautour…) pour nous conduire à cette fin prévisible comme si elle avait été claironnée… Était-ce bien nécessaire ? L’ultime plan, en tant qu’évocation indirecte de Verlaine, a plus d’intérêt, de force et de sens que bien des simagrées précédentes. On peut également sauver une ou deux répliques, assez bien troussées – elles.

Continuer à lire

"How to Talk to Girls at Parties" : retour en demi-teinte pour John Cameron Mitchell

ECRANS | De John Cameron Mitchell (GB, 1h42) avec Elle Fanning, Alex Sharp, Nicole Kidman...

Damien Grimbert | Mardi 19 juin 2018

Par le biais de ses deux premiers films (Hedwig and the Angry Inch en 2001 et, surtout, Shortbus en 2006), John Cameron Mitchell s’est d’emblée distingué comme un réalisateur singulier, porté par une approche aussi iconoclaste que généreuse des questions de genre. Après un long hiatus (Rabbit Hole, son dernier long-métrage, remonte à 2010), le voici de retour avec l’adaptation d’une nouvelle du célèbre auteur de fantasy britannique Neil Gaiman (Sandman, American Gods) portée par un casting prestigieux (Elle Fanning, Nicole Kidman…), mais dont la modestie d’ambition réduit malheureusement l’attrait. Histoire d’amour touchante entre un jeune ado punk révolté et une extraterrestre de passage sur terre au sein d’une colonie régie par des règles hautement absurdes, How to Talk to Girls at Parties évolue en permanence sur le fil entre un script se prêtant volontiers à l’humour distancié et une foi sans limite dans son histoire d’amour improbable. D’où un résultat sympathique, généreux mais fatalement un peu bancal, qui peine à marquer durablement les mémoires.

Continuer à lire

Antoine Desrosières et Inas Chanti : « "À genoux les gars" est un grand #MeToo »

ECRANS | Rencontre à deux voix avec le réalisateur et l’une des co-scénaristes et interprètes d'une des grandes réussites cinématographiques du mois : "À genoux les gars". Le duo complice ayant façonné ce film sur un chantage à la sextape évoque les coulisses d’un long-métrage atypique, et ses prochaines ramifications à découvrir, voire à entendre…

Vincent Raymond | Lundi 18 juin 2018

Antoine Desrosières et Inas Chanti : «

Vous revoici Antoine Desrosières après une éclipse exceptionnellement longue : votre précédent long-métrage au cinéma, Banqueroute, date de 2000… Antoine Desrosières : Ah, ma drôle de carrière… Que dois-je en dire ? Je dois me justifier ? (rires) Je ne me suis jamais perdu, j’ai toujours eu des projets ; simplement, ils ne se montaient pas. Le seul miracle à noter, c’est que j’ai toujours vécu de mon métier sans être obligé d’en faire un autre, et en nourrissant ma famille. Mais les années étaient longues et j’avais l’impression curieuse de mener la vie d’un autre, et non la mienne propre. Ma vie, c’est de faire des films et je voyais les années passer sans faire de films, donc c’était bizarre. Je ne savais pas du tout si j’arriverais à en refaire un jour. Et aujourd’hui, on est là... Mais vous aviez commencé très jeune : À la belle étoile (1993), votre premier film comme réalisateur, est sorti pour vos 22 ans… AD : Oui, mais ce

Continuer à lire

"À genoux les gars" : sexe, mensonges, vidéo... et comédie

ECRANS | Revenu de loin, Antoine Desrosières signe une comédie à la langue bien pendue fouillant à bouche-que-veux-tu les désarrois amoureux de la jeunesse. Une histoire de fille, de mec, de sœurs, de potes, de banlieue hilarante et profonde (sans jeu de mot salace) à la fois.

Vincent Raymond | Lundi 18 juin 2018

Rim sort avec Majid et trouverait cool que sa sœur Yasmina sorte avec le pote de Majid, Salim. Rim partie en classe verte, Yasmina est pressée par Salim de lui prodiguer une caresse buccale et d’en faire profiter Majid. À contre-cœur, elle y consent, à condition que sa sœur n’en sache rien. Seulement, Salim la filme… Entre ce qu’on tente de faire avaler ici par tous les moyens (sans distinctions, bobards ou appendices) et la profusion de discours dont chacun des protagonistes est le généreux émetteur, À genoux les gars tourne autour de l’oralité dans toutes ses acceptions. Et avec une singulière crudité, dépourvue cependant de la moindre vulgarité. C’est l’une des très grandes habiletés de ce film causant vrai d’un sujet casse-gueule sans choir dans la grivoiserie ni le voyeurisme. Le mérite en revient à ses jeunes interprètes, et tout particulièrement aux impressionnantes Souad Arsane et Inas Chanti, également coscénaristes : leur inventivité langagière irrigue de sa verdeur spontanée et de sa fraîcheur percutante un dialogue essentiel à ce projet, que la moindre fausse note ou réplique trop écrite

Continuer à lire

"Trois visages" : Jafar Panahi, cinéaste plus fort que tout

ECRANS | Passé expert dans l’art de la prétérition et de la mise en abyme, le cinéaste iranien Jafar Panahi brave l’interdiction qui lui est faite de réaliser des films en signant une œuvre tout entière marquée par la question de l’empêchement. Éblouissant prix du scénario au dernier Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Dans une vidéo filmée au portable, Marziyeh, jeune villageoise, se montre en train de se pendre parce que la comédienne Behnaz Jafari n’a pas répondu à ses appels à l’aide. Troublée, Behnaz Jafari se rend sur place accompagnée par le réalisateur Jafar Panahi. Mais Marziyeh a disparu… Avoir été mis à l’index par le régime iranien en 2010 semble avoir stimulé Jafar Panahi : malgré les brimades, condamnations et interdictions diverses d’exercer son métier comme de quitter son pays, le cinéaste n’a cessé de tourner des œuvres portées par un subtil esprit de résistance, où se ressent imperceptiblement la férule des autorités (le confinement proche de la réclusion pénitentiaire dans Taxi Téhéran ou Pardé), où s’expriment à mi-mots ses ukases et ses sentences – c’est encore ici le cas, lorsqu’un villageois candide demande benoîtement pourquoi Panahi ne peut pas aller à l’étranger. Auto-fiction Panahi joue ici son propre rôle, tout en servant dans cette fiction de chauffeur et de témoin-confident à sa protagoniste.

Continuer à lire

"Razzia" : Casablanca avant le chaos ?

ECRANS | Après "Much Loved", Nabil Ayouch poursuit son auscultation des fractures du Maroc contemporain. Derniers instants avant le cataclysme dans un Casablanca qui n’a plus rien à voir avec l’image idéalisée par Michael Curtiz en 1942.

Vincent Raymond | Lundi 12 mars 2018

Maroc, entre les montagnes de l’Atlas et Casablanca, en 1982 et 2015. Portraits croisés de plusieurs personnages en proie au durcissement du régime et des mœurs, aux préjugés, alors que le religieux gagne du terrain et que les différences sociales mènent à un inévitable chaos… Cette manière de brasser les époques et les protagonistes autour d’une communauté de destins (et de cet événement final annoncé par le titre, cristallisant les tensions, rancœurs et humiliations accumulées) rappelle le "cinéma-choral" à la Alejandro González Iñárritu ou le Magnolia de Paul Thomas Anderson. Mais Nabil Ayouch ne le fait pas glisser vers ce panhumanisme lyrique à la mode il y a une dizaine d’années. Les temps ont changé ; un voile de désenchantement s’est abattu sur le monde, douchant les espérances. Y compris celles suscitées par les Printemps arabes. Au feu Jadis apprécié à Rabat pour l’aura internationale dont ses œuvres bénéficiaient, Nabil Ayouch est passablement tombé en disgrâce avec Much Loved

Continuer à lire

Jacqueline Caux : « Les musiques qui m'intéressent ont toujours affaire avec le politique »

Conférence | En amont de sa conférence "Les bad girls du monde arabe" organisée à la Source (et qui précédera le concert de la musicienne palestinienne Kamilya Jubran), la cinéaste, curatrice et écrivaine Jacqueline Caux revient avec nous sur sa passion de longue date pour les musiques répétitives, la techno de Détroit et, forcément, les musiques arabes. Passionnant.

Damien Grimbert | Mardi 21 novembre 2017

Jacqueline Caux : « Les musiques qui m'intéressent ont toujours affaire avec le politique »

Cette conférence sur les « bad girls du monde arabe » est née en partie d’une colère que vous éprouvez envers la méconnaissance des musiques arabes en France… Jacqueline Caux : C’est vrai. D’autant que ces cultures arabes sont très différentes les unes des autres. Les religions ne sont pas les mêmes si l’on est chiite, sunnite ou alaouite… On ne peut pas tout ramasser en parlant "du" monde arabe. Il y a "des" mondes arabes, "des" musiques arabes. Le Maghreb et le Mashreq, ce n’est pas la même chose, il y a des approches complètement différentes. Cette méconnaissance des cultures arabes, je la ressens comme une sorte de continuum de ce qu’a été le colonialisme : à ce point-là de méconnaissance, de désintérêt, il y a quelque chose de l’ordre du racisme culturel. Alors que ça me semblerait vraiment nécessaire, vu les tensions qu’il y a, notamment par rapport aux jeunes qui vivent dans les périphéries des villes, qu’on respecte un peu plus les cultures qui sont celles de leurs grands-parents. Les attentats en France ont accentué encore ce phénomène de méfiance, de peur même, vi

Continuer à lire

"The Last Girl – Celle qui a tous les dons" : c’est notre genre

ECRANS | De Colm McCarthy (Angl, 1h52) avec Sennia Nanua, Gemma Arterton, Glenn Close, Paddy Considine...

Damien Grimbert | Mardi 27 juin 2017

Il est toujours frappant de constater à quel point l’esprit comic-book se retrouve in fine bien mieux représenté par des petites productions indépendantes (comme ce The Last Girl) que par les blockbusters de super-héros boursouflés. Scénarisé par Mike Carey (lui même auteur de comics, ceci expliquant aussi cela), le film de Colm McCarthy réussit ainsi à redonner un modeste mais bien réel regain de vigueur à un genre (le film de zombies) aujourd’hui éculé jusqu’à la moelle. Centré autour d’une bande d’enfants hybrides atteints par la même attirance incontrôlable pour la chair humaine que les morts-vivants mais dotés de repères moraux et d’un cerveau en parfait état de marche, The Last Girl entame sa narration au sein d’une base militaire retranchée, puis la prolonge au sein d’une ville déserte envahie par les zombies et la végétation. Souvent plus proche de la science-fiction que de l’horreur pure (reléguée au second plan), le film exploite ainsi au mieux un scénario simple mais ambitieux, transcendé par une ambiance étouffante parfaitement maîtrisée et des protagonistes mieux caractérisés qu’il n’est d’usage dans ce style de série B.

Continuer à lire

Little go girls

ECRANS | de Éliane de Latour (Fr., 1h18) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Little go girls

On ne pourra jamais reprocher à Éliane de Latour de manquer d’engagement ou d’honnêteté dans ses projets documentaires. Little go girls montre ainsi comment, parce qu’elle s’est intéressée au sort de ces prostituées ivoiriennes en les suivant et les accompagnant, la réalisatrice leur a permis de sortir de la rue et du tapin. Une aventure exemplaire, dont le rendu manque hélas épouvantablement de vie. L’exposition photographique par laquelle tout a débuté devait en concentrer davantage que ce film asthénique VR

Continuer à lire

The Danish girl

ECRANS | De Tom Hooper (GB, 2h) Avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Ben Whishaw…

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

The Danish girl

Cela va finir par se voir : certains réalisateurs et comédiens n’aspirent qu’à garnir leur cheminée de trophées. Peu leur importe le film, du moment qu’il satisfait à quelques critères d’éligibilité : biopic avec sujet concernant, pathos et performance d’interprète bien apparente. Sa sinistre parenthèse Les Misérables refermée, Tom Hooper renoue donc avec le portrait académique en jetant son dévolu sur Einar Wegener, peintre danois(e) entré(e) dans l’Histoire pour avoir fait l’objet d’une opération de réattribution sexuelle. Mais Hooper, léger comme un bison scandinave, tangue entre clichés niais et ellipses hypocrites – ah, la ridicule propension à occulter les aspects biographiques trop abrupts ! Il ne suffit pas de costumer un acteur aux traits androgynes pour créer un personnage authentique, ni de lui demander d’exécuter des poses délicates et des grimaces pleines de dents comme Jessica Chastain pour figurer le trouble ou l’émoi. L’inspiration et l’originalité du Discours d’un roi semblent, décidément, taries…

Continuer à lire

(Pedro) Winter is coming

MUSIQUES | Fondateur et tête pensante du célèbre label électro Ed Banger, Busy P alias Pedro Winter n’était encore jamais venu jouer à Grenoble. Du coup, on a saisi l’occasion pour lui poser quelques questions.

Damien Grimbert | Mardi 26 mai 2015

(Pedro) Winter is coming

Ed Banger a depuis ses débuts un panel d’artistes très diversifié, puisant dans de multiples influences. Mais pendant longtemps, le son et l’identité du label ont souvent été réduits par le grand public à celui de ses artistes phares – Justice, Cassius, Sebastian... Pensez-vous que ces dernières années, le regard du public sur le label a évolué ? Pedro Winter : Vous avez tout résumé, mais je n'ai jamais vu ce regard sur le label comme une chose négative. C'est le jeu. Effectivement, Justice et Sebastian, par exemple, ont des identités très fortes. Leur son est ultra-identifiable et a marqué la scène électronique. Donc c'est une chose dont nous sommes fiers. C'est vrai que par la suite, essayer de proposer autre chose sur Ed Banger devenait plus compliqué. J'aime les routes truffées d'embûches ! Sortir les disques de Mr Flash, Feadz,

Continuer à lire

Les soirées de mai

MUSIQUES | Les cinq temps forts du mois.

Damien Grimbert | Mardi 5 mai 2015

Les soirées de mai

Bass Jump Birthday Bash Fervent défenseur de la scène bass music à Grenoble, que ce soit via ses soirées récurrentes au Drak-Art et à l’Ampérage (Clang !, Est-ce que tu bass ?) ou l’organisation de l’incontournable festival Bassodrome en collaboration avec Eddy Rumas, le crew Bass Jump fête ce mois-ci ces cinq ans d’existence. Et entend bien célébrer ça en musique avec un « birthday bash » d’anthologie qui réunira aux platines, aux côtés des DJs Bass Jump (Don Germano, General Haze, Jayh Mo’Fire, Matt Tracker et Woodslide), une multitude d’activistes bass music venus des quatre coins de la France. Bass Jump Birthday Bash, jeudi 7 mai au Drak-Art

Continuer à lire

Les Revenants Girls in Hawaii

MUSIQUES | Redessinant à l'acoustique les contours de son dernier album, l'endeuillé et magistral "Everest", ainsi qu'une partie de son répertoire au gré d'une tournée "unplugged", Girls in Hawaii a également entrepris d'immortaliser la chose au moyen d'un album live baptisé "Hello Strange", témoin de cette jolie métamorphose. Une double peine bienvenue. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mercredi 12 novembre 2014

Les Revenants Girls in Hawaii

Au départ, pensait-on, il ne devait s'agir que d'une série de concerts acoustiques propres à changer l'angle de vue des morceaux du magnifique Everest sorti en 2013. Et aussi quelques incunables du reste du répertoire du groupe belge, connus des fans ou plus obscurs. Une tournée "unplugged" nullement dictée par d'éventuels impératifs économiques, comme cela arrive de plus en plus souvent aujourd'hui : dépouillement induit par une crevaison de poches et des crédits en rade. Juste la volonté d'affranchir quelque peu de l'ordinaire décalque "disque-tournée jumelle" de la part d'un groupe qui pendant trop longtemps n'en eut plus, d'ordinaire, fracassé qu'il fut par le décès d'un de ses membres. Ce à quoi l'on s'attendait moins – voire pas du tout – en revanche, c'est à l'accouchement d'un album entier qui réponde à une tournée répondant à l'album. Un album live, jusqu'ici rien d'original. L'esprit et les tripes  

Continuer à lire

A girl at my door

ECRANS | De July Jung (Corée du Sud, 1h59) avec Doona Bae, Kim Sae-Ron…

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

A girl at my door

Sitôt vu, sitôt oublié à Cannes dans la section Un certain regard, ce drame sud-coréen avait pour ambassadeur son prestigieux producteur, Lee Chang-Dong. Au premier abord, cette peinture cruelle d’une commissaire de police de Séoul mutée dans un bled où elle décide de prendre la défense d’une jeune fille qui s’est réfugiée chez elle, rappelle par son inscription géographique (la Province sud-coréenne) et son point de vue (une femme au bord de la rupture intérieure) le sublime Secret sunshine. Mais là où Lee Chang-Dong est capable de désamorcer tout ce qui pourrait virer à la thèse par la force de son écriture et de sa mise en scène, July Jung pense qu’il faut empiler les sujets sensibles pour livrer un film fort. L’escalade est ici infernale : harcèlement, mauvais traitements, pédophilie, corruption, homophobie… A girl at my door croule ainsi sous les intentions au point de virer au ridicule, d’autant plus que le film ne prend absolument aucun risque visuel, se contentant d’un réalisme gluant qui est la marque d’un world cinéma d’auteur définitivement calibré pour les festivals internationaux. Christophe Chabert

Continuer à lire

Gone Girl

ECRANS | Film à double sinon triple fond, "Gone Girl" déborde le thriller attendu pour se transformer en une charge satirique et très noire contre le mariage. Et permet ainsi à David Fincher de compléter une trilogie sur les rapports homme / femme après "The Social Network" et "Millenium". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Gone Girl

Dans le commentaire audio de The Game, David Fincher affirme qu’il avait tourné là son dernier film pensé pour le soir de sa « première ». Tournant majeur qui consiste à ne plus vouloir scotcher le spectateur sur son siège par une succession d’effets de surprise, mais à s’inscrire dans un temps plus long où le film gagnerait en profondeur et en complexité, révélant à chaque vision de nouvelles couches de sens. C’est ce qui a fait, en effet, le prix de Fight club, Zodiac et The Social Network. Gone Girl, cependant, a les apparences du pur film de « première » : le calvaire de Nick Dunne, accusé de la disparition de sa femme le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, repose sur un certain nombre de retournements de situations importés du roman de Gillian Flynn qu’il convient de ne pas révéler si l’on veut en préserver l’efficacité. La matière est donc celle d’un bon thriller psychologique : un écrivain raté et falot est transformé en coupable idéal par des médias avides de

Continuer à lire

Naked girls

MUSIQUES | Il y a vingt ans, en l'an de grâce 1994, si t'avais pas fait ton "unplugged" sur MTV, t'étais grave un bolosse – sans le savoir puisque le terme n'avait (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 9 septembre 2014

Naked girls

Il y a vingt ans, en l'an de grâce 1994, si t'avais pas fait ton "unplugged" sur MTV, t'étais grave un bolosse – sans le savoir puisque le terme n'avait pas encore été sorti du labo Recherche et Développement linguistico-adolescent. Aujourd'hui, l'exercice a depuis belle lurette (le mot existait déjà en 1994 mais on ne l'utilisait plus guère) quitté les seuls plateaux de MTV pour devenir courant, pour ne pas dire convenu, parce que notoirement économique. Reste que l'exercice s'avère souvent plaisant en une manière de déconstruction-dépouillement qui, tel le jambon, révèlent souvent leur saveur quand ils sont cuits à l'os. Cela risque d'être le cas pour ce show débranché de Girls in Hawaïï dont on ne doute que peu que les bouleversantes chansons tristes qui composent Everest – sorte d'album de deuil qui recherche l'élévation – sauront toucher au cœur dans cette configuration, baptisée « Hello Strange » et qui balaiera aussi le reste du répertoire des géniaux Belges. SD

Continuer à lire

Vent de jeunesse sur la rentrée cinéma

ECRANS | Moins flamboyante que l’an dernier, la rentrée cinéma 2014 demandera aux spectateurs de sortir des sentiers battus pour aller découvrir des films audacieux et une nouvelle génération de cinéastes prometteurs. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Vent de jeunesse sur la rentrée cinéma

Si la place de chouchou de la rentrée cinéma n'avait pas été ravie in extremis par l’extraordinaire Leviathan, nul doute qu’elle aurait échu à Céline Sciamma et son très stimulant Bande de filles (sortie le 22 octobre). Troisième film de la réalisatrice déjà remarquée pour son beau Tomboy, il suit le parcours de Meriem, adolescente black banlieusarde qui refuse la fatalité d’une scolarité plombée et se lie d’amitié avec une « bande de filles » pour faire les quatre cents coups, et en donner quelques-uns au passage afin d’affirmer sa virilité dans un monde où, quel que soit son sexe, la loi du plus fort s’impose à tous. Cette éducation par la rue et le combat n’est pas sans rappeler les deux derniers films de Jacques Audiard ; Un prophète en particulier, puisque Sciamma cherche elle aussi à fi

Continuer à lire

Party girl

ECRANS | Réalisé par trois anciens élèves de la Fémis, ce premier film suit, dans un mélange invisible de réalité et de fiction, la vie d’une danseuse de cabaret prête à raccrocher les gants et à se caser avec un homme gentiment bourru. Une réussite. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 19 août 2014

Party girl

Angélique (Litzenburger), la soixantaine, mène une existence à la fois tranquille et joyeusement chaotique de danseuse dans un cabaret. Enfin, elle ne danse plus tellement, laissant ça à de plus jeunes qu’elles, se contentant de faire boire les clients. Même si elle possède encore l’envie de plaire et de faire la fête, elle sent que l’heure de la retraite approche. Alors, elle finit par céder aux avances de Michel, brave gars simple et bourru qui en pince manifestement pour elle. Ils s’installent ensemble et il la demande en mariage. Pour Angélique, cela signifie réunir ses trois enfants, dont le premier est parti à Paris, la deuxième est restée auprès d’elle et la troisième a été placée dans une famille d’accueil. Angélique, marquise de la nuit Party girl n’est pas un documentaire, même si tout le monde tient ici peu ou prou son propre rôle : Angélique est la véritable mère d’un des trois réalisateurs du film (Samuel Theis) et le trio cherche à créer un cinéma qui reproduirait par les moyens de la fiction un effet de réel bluffant. C’est sans doute ce qui intrigue le plus à la vision de Party girl : à aucun moment Marie Amachoukeli, Claire Bu

Continuer à lire

Des filles et du fun

MUSIQUES | Pour fêter la sortie de l’EP Seattle du duo house nantais Oxxa & Mac Fleury et l’arrivée sur le label du Lyonnais Jeanne (pop, électro, nu disco), (...)

Damien Grimbert | Mardi 17 juin 2014

Des filles et du fun

Pour fêter la sortie de l’EP Seattle du duo house nantais Oxxa & Mac Fleury et l’arrivée sur le label du Lyonnais Jeanne (pop, électro, nu disco), Carton-Pâte Records revient au Drak-Art avec une Release Night Extended au plateau majoritairement féminin. Aux côtés des artistes précités, on y retrouvera ainsi l’excellente DJ Rescue de Chica-Chic, résidente des soirées Go Bang! à la Bobine, et le très en vue trio Girls Girls Girls composé des DJs Piu Piu, Betty Bensimon et ChChChen. Collectif artistique parisien multi-facettes formé fin 2011 et oscillant entre mode, photographie, graphisme, vidéo et organisation de soirées, Girls Girls Girls s’est surtout fait remarquer ces derniers temps par ses DJs-sets de haute volée, la personnalité musicale de chacune des participantes permettant d’aboutir in fine à une complémentarité stylistique des plus rafraîchissante. À la fois chanteuse et DJ redoutable, Piu Piu oscille ainsi entre ghetto house, juke, bass, jersey club, rap et techno pure et dure, tandis que ChChChen, résidente des soirées rap de Brodinski à Paris, se démarque par ses sets hip-hop et R’n’B, enrichis

Continuer à lire

Les soirées du mois de juin

MUSIQUES | Para One Para One est une sorte de Rolls Royce catégorie DJ producteur, naviguant entre musique club, scène rap alternative (TTC), punk funk, ou encore (...)

Aurélien Martinez | Mardi 3 juin 2014

Les soirées du mois de juin

Para One Para One est une sorte de Rolls Royce catégorie DJ producteur, naviguant entre musique club, scène rap alternative (TTC), punk funk, ou encore musique de film (Bande de filles, le dernier Céline Sciamma, excellemment bien reçu à Cannes et sur les écrans en octobre). Il sera de retour ce mois-ci à Grenoble (le vendredi 20 juin au Vertigo), pour défendre l’album Club qui sera sorti quatre jours avant. Incontestablement la date du mois, dont on vous reparlera en temps voulu. Dee Nasty On parle du festival Quartiers Libres en une cette semaine, en s’intéressant

Continuer à lire

Cannes par la bande (de filles)

ECRANS | Premier bilan à mi-parcours d’un festival de Cannes pour le moins insaisissable : les filles y ont pris le pouvoir, à commencer par celles de Céline Sciamma, événement de la Quinzaine des réalisateurs, qui pour l’instant éclipse la sélection officielle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

Cannes par la bande (de filles)

On ne sait vraiment pas par quel bout prendre ce drôle de festival de Cannes, compressé à cause des futures élections européennes, et dans lequel se télescopent en compétition gros films longs et parfois assez lourds à digérer et cinéma daté et has been, sinon carrément inepte. Pour l’instant, ami lecteur, réjouis-toi, les deux meilleurs films vus sont aussi ceux qui sortent cette semaine dans les salles françaises : Deux jours, une nuit et Maps to the stars. Il faut reconnaître toutefois qu’en ouvrant sa sélection avec ce navet indiscutable qu’est Grace de Monaco, déjà mort et enterré une semaine seulement après son arrivée sur les écrans, Thierry Frémaux n’a pas vraiment fait démarrer le festival du pied droit… On reviendra donc en détails la semaine prochaine sur la compétition, et on préfèrera lister ici les quelques découvertes faites au gré des sélections parallèles. Les combattantes Lesdites découvertes ont été marquées par l’émergence de figures féminines fortes et absolument contemporaines, comme dans la formidable comédie Les Combattants de Thomas Cailley, dont l’accueil enthousiaste lui promet déjà une bel

Continuer à lire

Cannes 2014, jour 2 : Girls power

ECRANS | "Bande de filles" de Céline Sciamma (sortie le 22 octobre). "Party girl" de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis (sortie le 3 septembre). "White bird in a blizzard" de Gregg Araki (sortie non communiquée)

Christophe Chabert | Jeudi 15 mai 2014

Cannes 2014, jour 2 : Girls power

Deuxième jour à Cannes, et déjà l’école buissonnière hors de la compétition. Il faut dire que le jeudi est traditionnellement le jour de l’ouverture des sections parallèles, et comme elles sont assez alléchantes cette année, on peut très bien remettre à plus tard la projection du dernier Mike Leigh (2h30 sur le peintre Turner, c’est vrai qu’en début de festival, c’est sans échauffement). C’est un hasard, mais il est réjouissant : les femmes ont pris le pouvoir dans les trois films vus aujourd’hui, et notamment dans ce qui constitue le premier choc de Cannes, le nouveau film de Céline Sciamma, Bande de filles (photo). Après Naissance des pieuvres et Tomboy, Sciamma confirme qu’elle n’est plus très loin d’être une de nos grandes cinéastes, et ce troisième opus démontre une inéluctable montée en puissance qui n’est pas sans rappeler celle d’un Jacques Audiard. Avec qui elle partage une intelligence du scénario et de la mise en scène, mais surtout l’envie de faire émerger conjointement des héro(ïne)s et des comédien(ne)s qui vont hanter lon

Continuer à lire

Théâtre en tous genres

SCENES | Cette semaine à l’Espace 600, la metteuse en scène grenobloise Émilie Le Roux dévoile son passionnant projet "Boys’n’girls", sous-titré « conformité – indentité – liberté ». Avec trois formes théâtrales courtes, dont une lecture très juste du "Tabataba" de Bernard-Marie Koltès. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 22 avril 2014

Théâtre en tous genres

Les réflexions autour du genre et de ses représentations (qu’est-ce qui nous rend homme ou femme au-delà de notre sexe biologique ?) agitent fortement notre société, entre débats nécessaires et fantasmes complètement dingues. Prendre la question par le biais artistique est une option sensée pour déplacer les enjeux, permettant ensuite d’ouvrir un espace de discussion moins réducteur qu’un simple pour ou contre. Comme on a pu le constater après une représentation de Tabataba de Bernard-Marie Koltès, l’un des auteurs de théâtre français contemporains les plus intéressants, par la compagnie Les veilleurs d’Émilie Le Roux. L’histoire d’une sœur déstabilisée par le comportement de son frère non conforme aux représentations qu’elle se fait de la masculinité. « Pourquoi tu ne sors pas, la nuit, quand tous les garçons de ton âge sont déjà dans la rue en chemise, avec le pli du pantalon bien repassé, et qu’ils tournent autour des filles ? Tout Tabataba est dehors, tout Tabataba est bien habillé, les garçons draguent les filles et les filles ont

Continuer à lire

Aller de Lavant

CONNAITRE | Si la scène a bel et bien été, ces dernières années, le lieu de prédilection de Denis Lavant, c’est avant tout le cinéma qui a révélé au public ce drôle de corps, (...)

Christophe Chabert | Vendredi 5 avril 2013

Aller de Lavant

Si la scène a bel et bien été, ces dernières années, le lieu de prédilection de Denis Lavant, c’est avant tout le cinéma qui a révélé au public ce drôle de corps, athlétique et fougueux, et ce visage qui fût un temps lisse comme celui d’un adolescent lunaire, puis patiné par on ne sait quelles épreuves. Le cinéma et surtout un cinéaste : Leos Carax, qui vit en lui un parfait alter ego, tel Léaud pour Truffaut, et avec qui il construisit la première partie de son œuvre, celle d’avant l’éclipse. Boy meets girl, d’abord, qui sera projeté dimanche au Méliès : un jeune homme à la dérive dans un Paris qu’il a cartographié selon ses histoires amoureuses, rencontre lors d’une soirée mondaine une femme elle aussi un peu paumée, et c’est le coup de foudre. En noir et blanc, Carax filme un Lavant bredouillant, se perd en surimpression dans son regard immense et sombre, ou le laisse s’échapper dans des courses folles. Parfait prolongement des cuts et dissonances que le cinéaste aime créer à l’image et au son, Lavant est un corps taillé pour son cinéma, un acteur fait pour les raccords brutaux mais aussi pour les trav

Continuer à lire

Leos et les bas

ECRANS | Six films (dont un court-métrage) en 28 ans, avec de grandes galères et de longues traversées du désert : la filmographie de Leos Carax est un roman. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Vendredi 29 juin 2012

Leos et les bas

1984 : Boy meets girlLe programme du titre n’est pas trompeur : dès son premier film, Leos Carax s’affirme avant tout comme un metteur en scène plus que comme un raconteur d’histoires, souvent banales chez lui. En noir et blanc, il filme la rencontre entre Alex, ado lunaire, et Mireille (Perrier), comédienne rongée par le mal-être. L’influence de Godard est sensible dans les nombreuses dissonances visuelles et sonores qui forment déjà le style Carax, mais aussi dans la rumination sur le cinéma en déclin, assassiné par la vidéo. 1986 : Mauvais sangLe tournage, compliqué, de ce deuxième film couronné par le prix Louis Delluc, va forger la réputation d’un Carax perfectionniste et irresponsable. Avec le recul, on voit bien quel mur le cinéaste s’apprête à se prendre en pleine face : alors qu’il radicalise encore son esthétique, où chaque plan doit être une œuvre en soi et où le scénario (qui entrecroise histoire d’amour, polar et trame d’espionnage) n’est que le prétexte à cette quête de la sidération, Carax engloutit des fortunes que même certains films « populaires » n’osent pas impliquer. Par ailleurs, Ma

Continuer à lire

Qui es-tu, Les Femmes s'en Mêlent ?

MUSIQUES | Alors que la quinzième édition de l'événement désormais international est sur le point de faire son traditionnel détour grenoblois à la salle Le Ciel, on se penche sur l'histoire du festival. François Cau

François Cau | Dimanche 18 mars 2012

Qui es-tu, Les Femmes s'en Mêlent ?

1997. Jean-Luc Balma et Stéphane Amiel, tous deux membres de l'association Bandido, transcendent leur affection commune pour les interprètes féminines que leur connaissance du milieu indé leur fait incessamment croiser, et créent un événement qu'ils baptisent Les Femmes s'en Mêlent, programmé pour une soirée unique dans une salle parisienne, durant la Journée de la Femme. Ce lien avec le calendrier ne sera pas conservé, histoire de ne pas brouiller les pistes quant aux réelles velléités de la jeune manifestation : donner à entendre les plus belles découvertes des deux mélomanes, ouvrir les oreilles du public à des esthétiques auxquelles il n'est que trop rarement confronté, dans une juste balance entre des futures grandes, des bijoux méconnus et des coups de cœur personnels. Qui dit première édition dit budget serré, voire investissement perso. La programmation fait donc la part belle aux petites frenchy avec La Grande Sophie, Cornu ou Dit Terzi (premier groupe de Claire Diterzi). L'initiative remporte un joli succès, renfloue ses deux instigateurs et les confortent dans leur idée. L'édition suivante s'étale sur quatre jours et double sa prog', et s'ouvre un peu plus à l'Europe,

Continuer à lire

Écorché vif

MUSIQUES | Il aura survécu à l’époque Taxi Girl, tout en en gardant des traces. Depuis vingt ans, Daniel Darc vogue en solo, délaissant progressivement ses apparats les (...)

Aurélien Martinez | Lundi 9 janvier 2012

Écorché vif

Il aura survécu à l’époque Taxi Girl, tout en en gardant des traces. Depuis vingt ans, Daniel Darc vogue en solo, délaissant progressivement ses apparats les plus excentriques pour une chanson troublée, troublante et brûlante, se rapprochant ainsi des maîtres du genre (Gainsbourg et Bashung en tête). En témoigne C’est moi le printemps, le titre phare de son dernier album La Taille de mon âme : un morceau enjoué ne masquant pas les fêlures du personnage, qui se dévoile sur une quinzaine de chansons, dont certaines sont vertigineuses. Un artiste atypique et sincère, que certains avaient annoncé musicalement mort de nombreuses fois, et qui revient là avec force. Il sera sur la scène de la Musique de Meylan le vendredi 16 mars. AM

Continuer à lire

Ô féminin

MUSIQUES | Non seulement le Ciel assume son inclination pour les chanteuses troublantes en petites tenues, mais en plus, si vous n’êtes pas contents, tant pis pour vous. François Cau

François Cau | Lundi 9 janvier 2012

Ô féminin

C’est ce qu’hurle la programmation de ce premier trimestre 2012 de la salle sise rue Général Marchand, véritable pamphlet féministe à part entière. Bon, en même temps, plus de la moitié des dates s’inscrit dans le cadre de la manifestation nationale Les Femmes s’en mêlent, donc on est prêts à invoquer le bénéfice du doute. D’autant qu’il serait dommage, pour ne pas dire délictuel de manquer les performances très attendues de Battant, projet rock exigeant encore sous le joug du sinistre coup du sort survenu en septembre dernier (le suicide de Joel Dever, l’un des fondateurs de la formation), ou de Sallie Ford & The Sound Outside. Porté par la candide approche de sa très juvénile chanteuse (photo) sur des émotions musicales qu’on croirait forgées à l’aune d’un vécu chaotique (alors que pas du tout), le premier album de la formation, Dirty Radio, fait montre d’une maturité sonore et d’une efficacité bluesy qui ne vous laisse d’autre choix que de taper frénétiquement du pied. Le public des dernières Transmusicales de Rennes ne s’y est pas trompé, prenant littéralement d’assaut ses deux représentations. Que les sceptiques aillent donc écouter le superbe Danger et on en reparle.  

Continuer à lire

Du bruit et de la fureur

MUSIQUES | Un tout petit bout de femme qui investit littéralement la scène, telle une vague sonore en continue déferlant sur une audience survoltée ne demandant que ça. (...)

François Cau | Lundi 12 octobre 2009

Du bruit et de la fureur

Un tout petit bout de femme qui investit littéralement la scène, telle une vague sonore en continue déferlant sur une audience survoltée ne demandant que ça. Réputée pour ses shows énergiques où le public finit terrassé par K.O musical, Shannon Wright est de nouveau à l’affiche du Ciel : une salle à ranger du côté des fans, puisque c’est le troisième passage de l’artiste en ces lieux (et l’on nous assure que les deux précédents concerts valaient le détour). L'univers de cette auteure-compositrice-interprète de folk et de rock, multi-instrumentiste originaire de Floride, n'est pas sans rappeler PJ Harvey ou Cat Power (références qu’on lui ressort à chaque interview… comme quoi on n’est pas forcement toujours très originaux !). Son dernier album Honeybee Girls, paru tout récemment, très court (une demi-heure), est néanmoins plus apaisé que les précédents : en témoigne Tall countryside, titre d’ouverture en référence aux grands espaces où la liberté n’a d’égale que la volupté des guitares et la sérénité de la voix. En témoigne aussi les vidéos glanées sur le web, où l’on découvre un artiste assagie (s’est-elle fait influencer par Yann Tiersen, avec qui elle a coll

Continuer à lire