"Bohemian Rhapsody" : show must go on (malgré quelques fausses notes)

ECRANS | De la fondation du groupe Queen au légendaire concert de Wembley lors du Live Aid de 1985, la vie de son leader charismatique, chanteur et auteur principal Farrokh Bulsara dit Freddie Mercury, entre ses inspirations géniales, ses caprices et ses excès.

Vincent Raymond | Vendredi 26 octobre 2018

Sa vie n'avait certes rien d'une comédie, mais elle fut musicale et couronnée de succès dès lors qu'il intégra ce qui deviendrait Queen. Voilà pourquoi le réalisateur Bryan Singer a pris le parti de réduire à ces dix-quinze années de carrière l'existence de Freddie Mercury.

À bien des égards, la démarche est justifiée : nul besoin de traîner dans les soubassements de l'enfance pour saisir que le petit Farrokh est complexé par ses origines (qu'il n'aura de cesse de dissimuler au long de sa vie) : on le déduit de ses attitudes de jeune adulte. Plus intéressantes sont sa maturation artistique dans le groupe, l'édification artisanale du morceau-titre du film, son affirmation égotique et, dans une autre mesure, la découverte de son orientation sexuelle.

No sex, we're puritan

Or c'est là où le bât blesse : la représentation de cette icône gay est, à tout le moins, ambigüe. Singer le dépeint quasiment sous les traits d'un "hétérosexuel contrarié". En effet, les seules relations charnelles montrées à l'écran sont celles de Freddie avec sa première petite amie. Par la suite, il est vaguement émoustillé à la vue de routiers moustachus adeptes de pissotières, ou embrassé fougueusement par surprise par deux hommes. Le sexe devient ensuite elliptique. Qu'est-ce qui justifie en 2018 une telle différence de traitement entre les monstrations amoureuses hétéro et homo ? Mercury rirait sous sa cape de ces pudeurs hypocrites !

Heureusement, Bohemian Rhapsody en a sous la pédale wah-wah pour se faire pardonner, et notamment dans sa coda, avec une séquence proprement hallucinante tenant de l'accomplissement miraculeux et de la double performance (celle de Mercury et celle du comédien Rami Malek dans son marcel). Repris ici intégralement, le Live Aid équivaut au Woodstock de Joe Cocker. Mais si pour ce dernier le concert scella l'éclosion publique de son talent, Wembley marqua pour Mercury un déchirant chant du cygne…

Bohemian Rhapsody
de Bryan Singer (ÉU, 2h15) avec Rami Malek, Lucy Boynton, Aaron McCusker…


Bohemian Rhapsody

De Bryan Singer (ÉU, 2h15) avec Rami Malek, Lucy Boynton...

De Bryan Singer (ÉU, 2h15) avec Rami Malek, Lucy Boynton...

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Bohemian Rhapsody retrace le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie, découvrez la vie exceptionnelle d’un homme qui continue d’inspirer les outsiders, les rêveurs et tous ceux qui aiment la musique.


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Rami Malek : « Je voulais surprendre la caméra autant que Freddie Mercury la surprenait »

ECRANS | Les qualités de Rami Malek vont au-delà d’une ressemblance physique troublante avec Freddie Mercury. L’acteur s’est investi corps et âme dans ce "Bohemian Rhapsody", portrait du meneur de Queen. Propos rapportés lors de sa visite parisienne.

Vincent Raymond | Jeudi 1 novembre 2018

Rami Malek : « Je voulais surprendre la caméra autant que Freddie Mercury la surprenait »

Les membres de Queen Brian May et Roger Taylor sont producteurs exécutifs du film. Quelle influence ont-ils exercé sur le tournage, et vous ont-ils dit des choses particulière sur Freddie Mercury? Rami Malek : Déjà, vous pouvez imaginer à quel point c’était incroyable et monumental d’incarner Freddie Mercury : personne d’autre n’a été aussi provocateur ; après on a cassé le moule ! Quand Brian et Roger m’ont accueilli et accepté, ça a été comme une bénédiction. Je ne crois pas que j’aurais pu avoir une chance d’incarner Freddie s’ils n’avaient pas cru en moi. Brian m’a apporté beaucoup de soutien : il m’a permis de l’appeler à n’importe quel moment – ce que j’ai parfois fait à des moments difficiles extérieurs au film, parce qu’il était peu à peu devenu un mentor. Lorsqu’il a vu le film, ce qu’il m’a déclaré constitue pour moi le plus grand remerciement que je pouvais espérer ; j’en suis extrêmement fier. Vous avez déclaré que ce film avait changé v

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"Sing Street" : band de jeunes

ECRANS | de John Carney (Irl., G.-B, E.-U, 1h46) avec Ferdia Walsh-Peelo, Lucy Boynton, Jack Reynor…

Vincent Raymond | Lundi 24 octobre 2016

Dublin, 1985. Espérant s’attirer les faveurs de la splendide Raphina, Conor décide de monter un groupe avec ses (rares) camarades de lycée. Une manière de s’évader de la crise économique omniprésente lui valant une relégation dans un établissement public et précipitant le divorce de ses parents… Ex-fans des eighties, directeurs de salle de concert, préparez-vous à pleurer des larmes de vinyle devant cette charmante romance à l’accent rugueux fleurant la douce nostalgie du jukebox d’une époque musicalement magique – autant qu’elle empeste l’haleine nicotinée du skin. À elle-seule, la BO de Sing Street justifie le déplacement : Joe Jackson (Steppin’ Out), Daryl Hall & John Oates (l’imparable Maneater), Duran Duran, The Cure (In Between Days), sans parler des compos du groupe Sing Street, pas déshonorantes… Un concentré de la diversité bouillonnante des années new wave, en perpétuelle réinvention culturelle, mélodique, vestimentaire ; une période métamorphique en écho aux mutations inhérentes à l’adolescence. L'Irlandais John Carney a su miraculeusement rendre tangible non seulement ce jaillisseme

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"X-Men : Apocalypse" : le boss, c'est Bryan Singer !

ECRANS | En mettant ses mutants aux prises avec le premier d’entre eux, Apocalypse, Bryan Singer boucle une seconde trilogie des X-Men épique. Et montre que, de tous les réalisateurs de productions Marvel déferlant sur les écrans ces temps-ci, c’est bien lui le patron.

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

Lorsqu’une franchise achemine sur les écrans son huitième opus en seize années d’existence, le plus docile et bienveillant des spectateurs est fondé à émettre quelques inquiétudes quant à la pertinence du film. Heureusement, il existe des exceptions ; des sagas parvenant à coups de rebondissements intrinsèques à dépasser le stade de la “suite” et de la resucée, sachant se réinventer ou créer une singularité – James Bond en est un parangon. Dans le vaste univers Marvel (en expansion continue), la tradition (du tiroir-caisse) impose à une série de se développer par ramifications autour de ses personnages-phares, puis de faire tabula rasa en lançant un reboot… tout en s’affadissant. Sauf pour X-Men, îlot d’exception dans un océan tanguant vers les rivages du morne ordinaire. Oh, cela ne signifie pas que l’ensemble de l’octalogie mérite d’être portée aux nues (un ventre mou modelé par Brett Rattner et Gavin Hood la plombe), mais elle présente, outre sa remarquable longévité, une capacité à absorber ses propres spin-off (Wolverine) et reboots (

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X-Men : Days of future past

ECRANS | Pour son retour à la mythologie X-Men, Bryan Singer signe un blockbuster stimulant visuellement, intellectuellement et politiquement, où il se plaît à courber l’espace et le temps, dans sa narration comme dans la chair de ses plans. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

X-Men : Days of future past

Un futur dévasté, peuplé de camps et de charniers, où humains et mutants sont ensemble victimes de robots (les « sentinelles ») capables d’imiter les éléments et les métaux ; et l’Amérique des années 60, encore traumatisée par la mort de Kennedy et en pleine crise du Vietnam, où Nixon développe sa politique réactionnaire et où les mutants commencent à se structurer en mouvement révolutionnaire. Le défi de ce X-Men : Days of future past consiste à replier le futur sur le passé en une seule temporalité fictionnelle, enjambant le présent qui avait été celui de la première trilogie et dont Bryan Singer avait su tirer de stupéfiants blockbusters engagés et personnels, bourrés de sous-textes et développant ses personnages comme autant d’icônes de la culture populaire. Ce nouveau volet, qui marque son retour aux manettes mais aussi en grande forme après les déconvenues Superman et Jack le chasseur de géants, en ajoute une poignée dès son ouverture, impressionnante. Au milieu d’un décor en ruine, une mutante aide ses camarades à combattre les sentinelles en creusant des brèches spatio-temporelles qui forment autant de trouées visuelles à l’int

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