Samedi, la Cinémathèque nous offre une journée avec Gilles Perret

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

En ce mois de novembre, le Mois du film documentaire est prétexte à de nombreuses (et saines) initiatives autour d'un genre cinématographique ne cessant de conquérir de nouveaux publics. À raison : sa valeur édifiante, militante et artistique ne saurait plus aujourd'hui être contestée, pas plus que sa diversité.

Grande voix (pour ne pas dire gueule) d'un documentaire engagé, le Savoyard Gilles Perret a signé des films importants sur la manière dont les gouvernants successifs piétinent le monde ouvrier et l'idéal social issu de la Résistance – voir par exemple La Sociale, sorti en 2016. À l'invitation de la Cinémathèque de Grenoble, il viendra samedi 17 novembre au cinéma Juliet-Berto présenter trois de ses films "fondateurs" : Ça Chauffe sur les Alpes à 16h, Ma Mondialisation à 18h et Les Jours Heureux à 20h. Une alternative instructive au blocage les routes pour du mazout.

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"J'veux du soleil" : la France côté jaune

ECRANS | De François Ruffin et Gilles Perret (Fr, 1h16) documentaire

Vincent Raymond | Lundi 1 avril 2019

Peu après l'acte I du mouvement des gilets jaunes, le cinéaste Gilles Perret et le député France Insoumise François Ruffin sont partis à la rencontre des manifestants occupant les ronds-points afin d’écouter leurs histoires personnelles et de collecter leurs revendications collectives… Tels des héros d’un road-buddy-movie militant, Gilles et François sillonnent donc l’Hexagone du nord au sud dans la voiture du second – on serait taquin, on leur rappellerait que d’un point de vue géographique, ils auraient eu plus de chance d’avoir le soleil tant désiré en ligne de mire en suivant un axe est-ouest. Rythmé par des chansons nostalgiques et désuètes (quand elles ne prennent pas un tour ironique – Nationale 7, Douce France… ) et entrecoupé d’un florilège de la morgue verbale d’Emmanuel Macron à l’endroit du peuple, ce cahier de doléances audiovisuel contient des témoignages aussi concrets que poignants donnant des visages et des corps à la crise, à la misère, à la désertification rurale, à la désespérance ordinaire. De ce point de vue, ce film complète les grand-messes organisées (et contrôlées) par le gouvernement, où la parole ét

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"L'Insoumis" : un portrait un peu gauche de Jean-Luc Mélenchon

ECRANS | de Gilles Perret (Fr, 1h35) documentaire

Vincent Raymond | Vendredi 16 février 2018

Au soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2017, on s’étonnait de ne pas avoir dès 20h de déclaration à chaud ni d’images de Jean-Luc Mélenchon. Cette absence médiatique du bouillonnant candidat, si présent durant la campagne, était-elle consécutive à la stupéfaction, la déprime ou une bouderie de se retrouver classé quatrième à l’issue du scrutin ? Près d’un an plus tard, cet instant d’actualité, devenu fragment d’histoire immédiate, nous parvient grâce à la "caméra embarquée" exclusive d’une production privée (le paradoxe s’avère pour le moins étrange concernant le champion de La France Insoumise) ; celle du documentariste Gilles Perret, alors en train de tourner son portrait. Las, on devrait parler d’hagiographie tant le film du bon camarade Perret, partageant les idées de Mélenchon, s’emploie à renvoyer du candidat un reflet flatteur, visant à rectifier la caricature de loup-garou ordinairement diffusée par ses adversaires. D’un côté comme de l’autre, il s’agit pourtant de propagande, et aucune n’est donc recevable... Proche idéologiquement de son sujet, Perret peut difficilement adopter une distance critique

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"La Sociale" : c’est la lutte initiale

ECRANS | Le documentariste Gilles Perret rappelle la paternité du ministre communiste Ambroise Croizat dans la création de l’Assurance maladie, et légitime la préservation de ce système solidaire participant du progrès social. Un film méritant d’être remboursé par le patronat.

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

En France, on a la mémoire courte et sélective en diable, surtout lorsqu’il s’agit des événements survenus entre 1936 et 1946. Ainsi, la création de la Sécurité sociale se trouve-t-elle imputée à l’omnipotent de Gaulle, tandis que son inspirateur Ambroise Croizat (qui l’a organisée, structurée et mise en place) a progressivement été relégué au second plan, puis dans les oubliettes de l’Histoire. Sa qualité d’ouvrier syndicaliste CGT et de militant communiste désintéressé, devenu ministre du Travail, n’y est sans doute pas étrangère… Voulant rétablir une simple vérité (et donc dénoncer un furieux mensonge par omission), Gilles Perret retrace ici le parcours de cet individu intègre, dont la postérité se trouve aujourd’hui plus que jamais mise à mal. Toutefois, La Sociale n’a rien d’un docu muséal, ni d’un cénotaphe refermé sur un cortège d’archives ; au contraire, ce film s’ancre avec vigueur dans l’aujourd’hui, grâce à des intervenants combatifs et très contemporains… m

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Gilles Perret : « Un film sur la Sécu n’est pas forcément chiant »

Interview | Gilles Perret retrace la genèse de son tonique documentaire "La Sociale", salutaire hommage au fondateur de la Sécu tourné dans une indépendance farouche pas totalement volontaire…

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

Gilles Perret : « Un film sur la Sécu n’est pas forcément chiant »

Vous auriez pu appeler ce documentaire Vive la Sociale !, si Gérard Mordillat n’avait pas déjà utilisé le titre… Gilles Perret : (rires) Ç’aurait été totalement adapté, en effet ! On avait dans l’idée de prendre un titre positif, beau, jouissif, parce que c’est quand même une belle histoire que celle de la Sécu. "La Sociale" est plus modeste, mais on a pris le parti d’une affiche sans carte vitale, mais moderne et combative, qui donne envie aux spectateurs hésitants. Pour qu’ils ne soient pas rebutés par un côté trop noir et blanc ni militant. On ne saura jamais si c’est une bonne idée ou pas… Comment vous êtes-vous intéressé à ce personnage historique qu’était Ambroise Croizat ? J’en avais déjà parlé dans De mémoires d’ouvriers, et c’était pour moi une injustice qu’on ne le connaisse pas davantage. Je me suis donc appuyé sur le travail de Michel Étiévent – l’historien que l’on voit dans le film – qui a fait un énorme boulot pour le réhabiliter. J’a

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De mémoires d’ouvriers

ECRANS | De Gilles Perret (Fr, 1h19) documentaire

François Cau | Vendredi 24 février 2012

De mémoires d’ouvriers

C’est peu dire que Gilles Perret a choisi ici le bon angle pour aborder les sujets les plus brûlants de notre actualité politique : mondialisation, délocalisations, abandon de la classe ouvrière par les multinationales et leurs actionnaires… Et pourtant, c’est en braquant ses projecteurs sur un tout petit bout de France, les Alpes, et en retournant dans le passé qu’il éclaire avec une réelle pertinence les incertitudes de l’avenir. C’est là-bas que la conscience ouvrière contemporaine est née, après une répression sanglante orchestrée conjointement par le patronat et les pouvoirs publics ; c’est là-bas aussi que l’industrie a pris son essor, les paysans se muant en ouvriers pour répondre à la ruée vers l’or blanc, construisant barrages, lignes ferroviaires et stations de ski ; c’est là-bas, enfin, que les fusions-acquisitions et autres consortiums ont transformé les travailleurs en «ligne sur un bilan comptable», variable d’ajustement pour les profits des actionnaires. À travers une passionnante collecte d’archives et des entretiens avec les témoins de cette époque bénie et aujourd’hui oubliée, Perret signe un documentaire qui, s’il n’est pas d’une fulgurante pertinence cinémato

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