"Lola et ses frères" : affaires de famille signées Jean-Paul Rouve

ECRANS | de et avec Jean-Paul Rouve (Fr, 1h45) avec également Ludivine Sagnier, José Garcia…

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Photo : ©Christophe Brachet


Depuis la mort de leurs parents, Lola (Ludivine Sagnier) joue un peu le rôle de grande sœur pour ses deux frères aînés que rien ne rapproche : Benoît (Jean-Paul Rouve) est aisé et aime tout contrôler ; Pierre (José Garcia), en difficulté, est très soupe-au-lait. Ils en oublieraient presque que leur benjamine a, elle aussi, une vie à elle…

Voici l'histoire de famille que l'on aurait aimé voir réalisée par Michel Blanc il y a quelques semaines, et que son excellent interprète du pathétique Voyez comme on danse (Jean-Paul Rouve donc) signe avec la sensibilité qu'on lui connaît. Oh certes, il ne retrouve pas la grâce de Quand je serai petit (2012) mais s'obstine (à raison) dans cette trajectoire qui lui fera accomplir un jour une indiscutable réussite ; ce film sur les relations entre frères et sœurs, parents et enfants, autour duquel beaucoup tournent sans aller nulle part, mais que lui pressent.

Dans les familles cinématographiques de Rouve (et donc dans celle de Lola), il n'y a pas que des cadres sup' urbains, ni de coucheries entre notaires blancs, ni de magot en héritage : c'est la recherche du dialogue et de l'être qui prime sur l'avoir et le paraître, ces fléaux qui s'affichent avec obscénité dans la plupart des comédies françaises. Affirmer un regard médian, avec des personnages en prise avec la complexité du quotidien ; oser la bienveillance sans compassion naïve, cela mérite à tout le moins de la considération.


Lola et ses frères

de Jean-paul Rouve (FR, 1h45) avec Ludivine Sagnier, Ramzy Bedia, Pauline Clement

de Jean-paul Rouve (FR, 1h45) avec Ludivine Sagnier, Ramzy Bedia, Pauline Clement

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"La Forêt de mon père" : aux racines de la folie

ECRANS | De Vero Cratzborn (Bel.-Fr.-Sui., 1h31) avec Léonie Souchaud, Ludivine Sagnier, Alban Lenoir…

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Élagueur, Jimmy vient de se faire licencier parce qu’il agissait bizarrement. À la maison, son comportement lunatique devient difficile à supporter pour sa femme et ses trois enfants. Jusqu’à une crise qui lui vaut d’être interné. Mais Gina, son aînée de 15 ans, ne parvient pas à l’accepter… Censée être vécue à travers les yeux de la grande ado, comme en atteste le possessif au singulier du titre, l’histoire se diffracte un peu pour être vue également à travers les yeux de ses cadets et de sa mère. On perd en pure subjectivité, mais on gagne quelques contrepoints utiles pour composer, avec du recul, un tableau familial plus précis et assembler les pièces du tableau clinique de la maladie psychique de Jimmy. Bien sûr, l’élément végétal est abondant, fondateur, aussi enveloppant qu’inquiétant dans La Forêt de mon père, puisque c’est le territoire dans lequel cet “homme des bois“ évolue, au premier degré. Cette forêt est également mentale, un dédale à l’intérieur duquel il s’égare sans trouver de sortie, où il tente même d’aspirer les siens. Il faut mettre

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"Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part" : Gavalda remix

ECRANS | De Arnaud Viard (Fr., 1h29) avec Jean-Paul Rouve, Alice Taglioni, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Jean-Pierre, qui s’est jadis rêvé comédien, a depuis rejoint avec succès le négoce des vins. Aîné d’une fratrie comptant Juliette, prof démangée par l’écriture et tout juste enceinte, Mathieu, employé timide, et Margaux, photographe en galère, il traverse une phase difficile… En transposant à l’écran l’ouvrage homonyme d’Anna Gavalda, Arnaud Viard s’est attelé à un double défi. D’abord, d’unifier les nouvelles du recueil en une seule trame narrative sur le modèle de ce qu’avait accompli Robert Altman à partir de Neuf histoires et un poème de Carver pour bâtir son Short Cuts. Ensuite, de prendre le risque de décevoir les millions de lecteurs (voire adulateurs) de l’autrice qui avaient pu se forger du recueil leurs propres images. On ne contestera pas l’option choisie, évitant le morcellement du film à sketches, ni le choix de la distribution (les comédiennes et comédiens sont globalement bien trouvés, en particulier Rouve et Taglioni, quand la douleur les traverse comme un fantôme puis les habite). Mais quelle plaie de devoir, encore et toujours, subir ces destins de familles parisiennes pseudo normales, c’est-à-dire forcémen

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"À cause des filles..?" : les surprises de l'amour de Pascal Thomas

ECRANS | À la fois désuète et très contemporaine, cette imbrication de sketches parlant de l’éternel jeu de chat et chien que se jouent femmes et hommes signe le retour de Pascal Thomas dans son genre de prédilection : la comédie de mœurs chorale. Sous le satin, le papier de verre…

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Sortant de l’église où elle vient de convoler, une mariée voit avec stupeur son époux s’enfuir avec une autre femme. Lors de la noce qui s’ensuit, invités et témoins de ce coup de théâtre rivalisent d’anecdotes illustrant l’insondable versatilité de la vie conjugale… Les plus vénérables se souviendront du film de Clément Duhour La Vie à deux (1958), florilège d’histoires de couples glanées dans les œuvres de Guitry dessinant une mosaïque du tandem conjugal à l’époque du vieux maître. Le réalisateur Pascal Thomas nous offre une réactualisation de ce portrait de plus en plus abstrait, de sa touche alerte et fantaisiste. Défauts inclus : on ne le reprendra plus sur ses post-synchro hasardeuses qui, avec le temps, confinent à la marque de fabrique autant que ses distributions d’habitués (Christian Morin, Bernard Ménez, Victoria Lafaury) ou ses aphorismes. Celles qui nous ont bien eus Parmi cette collection de sketches, certains semblent adaptés de ces histoires insolites (et pourtant authentiques) jadis racontées par Pierre Bellemare – telle celle du chauffeur de taxi père

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"Madame Hyde" : Bozon maudit

ECRANS | de Serge Bozon (Fr., 1h35) avec Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia…

Vincent Raymond | Lundi 26 mars 2018

Prof de physique dans un lycée de banlieue, Madame Géquil (Isabelle Huppert) est chahutée par ses élèves et méprisée par ses collègues. Un jour, un choc électrique la métamorphose en une version d’elle-même plus conquérante, capable parfois de s’embraser, voire de consumer les autres… Auteur de manifestes puissamment anti-cinématographiques (La France, Tip Top) et jouissant d’un prestige parisien aussi enviable qu’inexplicable au-delà du périphérique, le redoutable Serge Bozon confirme tout ce qu’il était permis de craindre d’une transposition du roman Docteur Jekyll et Mister Hyde de Robert Louis Stevenson revêtue de sa signature. Substance fantastique siphonnée (forcément, ce serait convenu), interprétation plate (la stakhanoviste du mois Isabelle Huppert poursuit ici le rôle qu’elle endosse depuis environ dix ans), vision de la banlieue telle qu’elle était fantasmée au début des années 1990, on peine à comprendre le "pourquoi" de ce film. Son "comment" demeure également mystérieux, avec ses séquences coup

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"Les Tuche 3" : idiocratie à la française

ECRANS | de Olivier Baroux (Fr., 1h32) avec Jean-Paul Rouve, Isabelle Nanty, Claire Nadeau…

Vincent Raymond | Mardi 30 janvier 2018

Voir un candidat au programme léger accéder à la magistrature suprême après que son adversaire s’est ridiculisé lors du débat d’entre-deux-tours n’a aujourd’hui plus rien d’absurde. Pas plus que d’imaginer le dernier des clampins gouverner une super-puissance. La démocratie est cette chose prodigieuse qui donne parfois au peuple le pouvoir de faire n’importe quoi de sa voix. Prenons le cas des Tuche (2010). Gentil succès dans les salles, son audience record lors de sa diffusion télévisée a commandé la mise en chantier d’une suite (Les Tuche 2 - Le rêve américain) désespérante…. mais triomphale au box-office. Un solide argument pour légitimer ce troisième opus – celui de la maturité ? Ah non, on ne parle pas de musique. Ici, Jeff Tuche devient donc président de la République, ce qui contrarie sa vocation de fainéant professionnel. Son épouse Cathy martyrise les cuisiniers de l’Élysée pour arriver à la frite parfaite et leur fille se fait manipuler par un écrivaillon de salon. Bref, c’est le chaos au Château… Olivier Baroux (de Kad et Olivier, oui) et sa troupe ne parviennent toujours pas à trancher entre la comédie ép

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Jean-Pierre Bacri : « Avec Olivier Nakache et Éric Toledano, je suis tombé sur deux potes »

ECRANS | Pour "Le Sens de la fête", leur sixième long-métrage en salle le 4 octobre, Olivier Nakache et Éric Toledano (les réalisateurs du fameux "Intouchables") ont partagé le plaisir de l’écriture du scénario avec un maître en la personne de leur interprète, Jean-Pierre Bacri. Entretien exclusif avec trois auteurs unis par le sens de l’affect… et de l’humour à froid.

Vincent Raymond | Samedi 30 septembre 2017

Jean-Pierre Bacri : « Avec Olivier Nakache et Éric Toledano, je suis tombé sur deux potes »

Ces jours heureux puis Nos jours heureux étaient nourris d’expériences vécues. Est-ce encore le cas avec Le Sens de la fête ou bien avez-vous dû vous documenter sur le monde des traiteurs ? Olivier Nakache : C’est exactement… les deux. Avec Éric, dans notre jeunesse, nous avons travaillé dans le milieu de la fête à tout un tas de postes. Et nous avons effectué un travail d’enquête auprès des brigades de serveurs pour pouvoir préparer le scénario au mieux en s’inspirant de la réalité. Le film démarre par une embrouille entre la brigade de serveurs et l’orchestre pour le monte-charge : on a vu dix fois ces querelles d’ego, et la hiérarchie que chacun veut s’inventer. Mais on a dû se récréer des anecdotes vraies pour pouvoir les transformer à notre sauce. Par exemple, les feuilletés aux anchois pour faire patienter les convives, ce n’est pas totalement sorti de notre cerveau… Éric Toledano : Dans les mariages, on a toujours été touchés par ceux

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"Le Sens de la fête" : drôle de mariage

ECRANS | de Éric Toledano & Olivier Nakache (Fr., 1h57) avec Jean-Pierre Bacri, Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche…

Vincent Raymond | Samedi 30 septembre 2017

Depuis trente ans, Max, traiteur exemplaire, organise des mariages. Mais ce soir, il arrive au bout du rouleau : ses vies personnelle et professionnelle semblent s’être concertées pour se déliter au cœur d’une noce compliquée. Pourtant, Max fait comme d’habitude : il gère… Cette comédie douce-amère est taillée sur mesure pour (et un peu par) Jean-Pierre Bacri, idéal en chef-d’orchestre désabusé d’un cortège de bras-cassés, de parasites et d’imprévus. Le droopyssime comédien a en effet mis la main à la pièce montée scénaristique, permettant de judicieuses relances quand le soufflé tend à retomber. On ne leur fera pas grief à la paire Nakache et Toledano, auteurs du fameux Intouchables, de quelques baisses de régime : il y a tant de "vrais" personnages en jeu – pas des silhouettes – que leur donner d

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"Dalida" : itsi bitsi petit film

ECRANS | de Lisa Azuelos (Fr., 2h04) avec Sveva Alviti, Riccardo Scamarcio, Jean-Paul Rouve…

Vincent Raymond | Lundi 9 janvier 2017

Une bonne décennie après la mini-série télévisée de Joyce Buñuel, pourquoi diable entreprendre un nouveau biopic sur Dalida ? Si grâce à son producteur de frère, la discographie de feue Iolanda Gigliotti s’est enrichie d’une vingtaine de titres (performance remarquable pour une artiste décédée en 1987), force est de reconnaître que Lisa Azuelos, réalisatrice entre autres de LOL avec Sophie Marceau, n’a rien à nous apprendre de nouveau. Entre deux séquences clipées hachant son ascension, elle se borne à dévider l’existence malheureuse de la chanteuse en suivant un double-fil pas vraiment cachemire : c’était une collectionneuse des relations autodestructrices, mais aussi une femme de tête en quête de stimulations intellectuelles… Wow… Entonnant volontiers le couplet de la star adulée échouant de naufrage sentimental en fiasco amoureux, le film transforme Dalida en une sorte de Pierre Richard tragique, accumulant avec brio les amants suicidés sous l’œil noir d’un Orlando plus vrai que nature – Riccardo Scamarcio est, avec Vincent Perez en Barclay et Patrick Timsit en Coquatrix, l’un des seuls attraits du film. Difficile d’éprouver de la compassi

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Les Tuche 2 - Le Rêve américain

ECRANS | D'Olivier Baroux (Fr., 1h34) avec Jean-Paul Rouve, Isabelle Nanty, Claire Nadeau…

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Les Tuche 2 - Le Rêve américain

Et si le prolifique Olivier Baroux, à travers le fatras profus de sa production annuelle, cherchait à nous faire comprendre la théorie de la relativité générale ? Les Tuche 2 peut en effet se recevoir comme une illustration de la maxime « quand on le contemple, on se désole ; quand on le compare, on se console… » (enfin presque). Considérée isolément, cette comédie filmée à la truelle, est un terrain de jeu pour acteurs de qualité aimant cabotiner et surtout peu regardants question stéréotypes. Mise en perspective (tout à coup, les mots font peur), cette suite indolore est moins calamiteuse que certaines séquelles obscènes, voire que le précédent Baroux, Entre amis. Si elle s’enlise dans un "nonsense" poussif, au moins s’essaie-t-elle un à registre qui n’est ni du bout-à-bout parodique paresseux, ni de l’anachronisme systématique façon Mille-et-une nuits boutonneuse. L’indifférence flasque est garantie, pas le fou rire inextinguible.

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Tristesse club

ECRANS | Premier film sous influence Wes Anderson de Vincent Mariette à l’humour doucement acide, où deux frères et une sœur partent enterrer un père devenu un fantôme dans leur vie, pour un road movie immobile stylisé et séduisant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Tristesse club

Dans Tristesse club, comme dans tout bon road movie, une voiture tient un rôle décisif : c’est une vieille Porsche et elle appartient à Léon, ancien tennisman tombé dans la lose intégrale, plaqué par sa femme et méprisé par son propre fils de dix ans, à qui il essaie pathétiquement de taxer de l’argent. Cette voiture, c’est un peu la dernière chose qu’il possède dans l’existence, et il s’y accroche comme à une bouée de sauvetage face au naufrage de sa vie. Ladite Porsche va servir à beaucoup de choses au cours du film : par exemple, elle se transformera en abri protecteur contre une meute de chiens errants, ou d’issue de secours pour échapper à la rancœur ambiante. Car Léon a rendez-vous avec son frère Bruno pour enterrer leur père, qu’ils n’ont pas vu depuis des lustres et avec qui ils entretenaient des rapports opposés : houleux pour Léon, résignés pour Bruno. Les choses s’enveniment encore lorsqu’ils font la connaissance d’une demi-sœur dont ils ignoraient l’existence. Elle leur avoue que leur père n’est pas mort ; il a juste disparu sans laisser de traces. Le deuil d’un fantôme Voilà donc un trio de comédie formidablement constitué, notamme

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Fonzy

ECRANS | D’Isabelle Doval (Fr, 1h43) avec José Garcia, Lucien Jean-Baptiste, Audrey Fleurot…

Christophe Chabert | Jeudi 24 octobre 2013

Fonzy

Remake du film québécois Starbuck, Fonzy en reprend l’exact déroulé narratif, quasiment scènes par scènes, parfois au plan près, ne modifiant que de tout petits détails – le héros n’est plus livreur dans une boucherie mais dans une poissonnerie, par exemple. Parfois, il fait pire, notamment à cause d’un étalonnage désastreux qui intensifie tous les défauts du numérique, ou par la prestation franchement nulle de certains comédiens – le fils gothique, en particulier, est assez cauchemardesque. Pourtant, Isabelle Doval a réussi l’essentiel : corriger ce que Starbuck avait de profondément dégueu, à savoir son manque de respect envers son sujet, les enfants nés d’une I.A.D. (Insémination Artificielle avec Donneur). Simple prétexte dans le film québécois conduisant à un déluge de pathos Benetton style, il est pris au sérieux dans Fonzy avec une honnêteté surprenante, montrant toutes les apories actuelles de la loi française sur la question et le refus de prendre en compte le point de vue d

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Amour & turbulences

ECRANS | D'Alexandre Castagnetti (Fr, 1h36) avec Ludivine Sagnier, Nicolas Bedos, Clémentine Célarié...

Jerôme Dittmar | Mercredi 27 mars 2013

Amour & turbulences

La comédie française étant ce qu'elle est, massivement lourde et vulgaire, il lui fallait un truc pour tromper sa beaufitude. Depuis le succès de L'Arnacoeur, la comédie romantique est ainsi devenue son nouvel horizon, supposé apporter supplément d'âme et élégance à un cinéma qui fait peine à voir. Nouveau film éjectable du genre, Amour & turbulences commence pile là où se matérialise le rêve frustré de la comédie frenchy : à New York, entre les deux appartements chics des personnages, couple séparé avec fracas et se retrouvant dans l'avion pour Paris, où ils refont le film de leur histoire. Malgré un pitch respectable et une mise en scène chiadée s'acharnant à faire la pub de sa virtuosité, ce petit kaléidoscope du déboire amoureux ne débouche sur rien, sinon son envie d'imiter joliment un patron dont il ne pige pas l'essentiel. Alourdi par des dialogues balourds, des personnages insipides et un casting sans charme (Bedos sauve à peine sa peau), l'apprenti Lubitsch se crashe dès le décollage. Jérôme Dittmar

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Les Seigneurs

ECRANS | D’Olivier Dahan (Fr, 1h37) avec José Garcia, Jean-Pierre Marielle, Ramzy, JoeyStarr, Gad Elmaleh, Franck Dubosc…

Christophe Chabert | Jeudi 20 septembre 2012

Les Seigneurs

Typique du cinéma industriel qui se développe en ce moment dans l’Hexagone, Les Seigneurs est avant tout un film de producteur, en l’occurrence l’ancien comédien Isaac Sharry. Olivier Dahan, certes réalisateur de La Môme mais qu’il avait tourné juste après une commande déjà bien foireuse pour Luc Besson (Les Rivières pourpres 2), ne vient donc qu’apporter sa griffe à un récit archi-calibré (en gros, un entraîneur à la dérive est engagé pour s’occuper d’une équipe de dernière zone sur l’île de Molène, Bretagne, et convainc tous ses anciens camarades de renfiler les gants pour défendre l’usine menacée de fermeture). Le problème, c’est que Dahan est plus une erreur de casting qu’un atout : il ne sait manifestement pas mettre en scène de la comédie, sinon en surdécoupant le jeu de ses comédiens ou en les cadrant large quand ils font leur numéro, et en jouant sur des effets qui rappellent rien moins que Les Fous du stade avec Les Charlots. Quant au foot, n’en parlons même pas – de toute façon, seul Carlos Reygadas a su le filmer dans Batalla en el cielo. Dès qu’il esquisse un pas de côté vers la chronique sociale ou l’émotion, on s

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Quand je serai petit

ECRANS | Avec cette fable très personnelle où un homme de quarante ans pense retrouver l’enfant qu’il était et le père qu’il a perdu, Jean-Paul Rouve témoigne, à défaut d’un vrai style, d’une réelle ambition derrière la caméra. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Vendredi 8 juin 2012

Quand je serai petit

La première demi-heure de Quand je serai petit est assez épatante. Par ce qu’elle raconte, certes, mais aussi par la manière dont Jean-Paul Rouve, devant et derrière la caméra, s’invente un personnage taillé sur mesure pour lui et en même temps différent de tout ce qu’il a fait jusqu’ici. Ainsi, Matthias traîne un mal-être inexpliqué qui semble se propager à son environnement. On le voit embarquer dans un ferry avec sa femme ; sur le pont, son regard s’attarde sur un enfant qui monte à son tour dans le bateau. Il fausse compagnie à son épouse pour arpenter les couloirs à sa recherche et le trouve, seul, dans une des cabines. De retour sur la terre ferme, il est toujours obsédé par cet enfant, au point de chercher à connaître son nom et l’endroit où il vit. Toutes les fictions sont possibles alors, de la plus noire (y a-t-il un désir interdit derrière ce jeu de piste ?) à la plus fantastique. C’est celle-ci que Rouve finit par adopter, sans pour autant diluer l’intérêt du film. Un père et manque Car cet enfant, c’est lui. Aucun tour de force ni effet spécial pour arriver à rendre crédible cette improbable équation ; la mise en scène garde le même réalis

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Les Bien-aimés

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr, 2h15) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Ludivine Sagnier…

François Cau | Mardi 12 juillet 2011

Les Bien-aimés

Une mère et sa fille. Dans les années 60, la mère (Ludivine Sagnier) fait la pute pour se payer des chaussures et tombe amoureuse d’un médecin tchèque qu’elle quitte au moment du Printemps de Prague. Au début des années 2000, la fille (Chiara Mastroianni) s’éprend d’un gay malade du sida, tandis que la mère (Catherine Deneuve) retrouve son amant de l’époque (Milos Forman). Plus que jamais, le cinéma de Christophe Honoré joue de la référence (Truffaut et ses romans cinématographiques sont les grands parrains du film) mais aussi de l’autoréférence : comme dans Les Chansons d’amour, Alex Beaupain a composé de pénibles intermèdes musicaux, sans doute ce qu’il y a de moins bien dans le film. Pénible aussi, la capacité d’Honoré dialoguiste à mettre dans la bouche de ses acteurs un texte bourré de poncifs sentencieux sur l’amour, la vie, le temps qui passe. Ratée enfin, l’évocation de l’époque : la reconstitution au début donne une sensation désagréable d’entre-deux, ni rigoureuse, ni fantaisiste, et quand le 11 septembre passe par là, on change vite de chaîne. Si Les Bien-aimés s’avère toutefois supérieur aux précédents Honoré, c’est grâce à l’énergie

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Chez Gino

ECRANS | De et avec Samuel Benchetrit (Fr, 1h40) avec José Garcia, Anna Mouglalis…

François Cau | Vendredi 25 mars 2011

Chez Gino

Samuel Benchetrit voulait rendre hommage à la comédie italienne à travers l’histoire rocambolesque de ce pizzaiolo de Bruxelles qui s’improvise mafieux dans un faux documentaire pour récupérer l’héritage de son oncle italien. À l’arrivée, l’amateurisme du film dans le film déborde sur la mise en scène de Benchetrit : image dégueu, son plat et à peine mixé, effets nanardeux (le massacre du chat en peluche). C’est en soi une insulte au travail soigné et précis de Germi, Risi, Scola, etc. Mais Chez Gino n’est, en plus, jamais drôle, plombé par des acteurs à l’ouest (Mouglalis, qui glousse et grimace, provoque l’embarras) et un manque constant de rigueur et de rythme. Rappelons-le encore et encore : faire une comédie, ce n’est pas filmer n’importe comment des gens qui font n’importe quoi. CC

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