"Le Grinch" : en vert et contre tous !

ECRANS | de Yarrow Cheney & Scott Mosier (ÉU, 1h26) animation

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Photo : Universal Pictures


Grommelant dans sa grotte solitaire en marge de Chouville, la cité où les Choux vivent dans l'attente heureuse de Noël, le verdâtre Grinch abhorre cette fête durant laquelle les gens se témoignent leur affection mutuelle. Alors, il décide de voler Noël…

Signée par le studio Imagination fabriquant les Minions à la chaîne, cette nouvelle adaptation du conte du Dr Seuss en polit la structure un peu trop âpre (à la limite terrifiante) et trop inscrite dans un folklore américain. Il suffit de se replonger dans la précédente (2000), réalisée par Ron Howard en prises de vues réelles et incarnée par Jim Carrey, pour être saisi d'horreur : décor, costumes, scansion rimée… Tout puait le factice et l'import frauduleux.

Le Grinch de Cheney & Mosier est ici un "gentil" méchant, dont la laideur physique et morale est adoucie : poil soyeux, farces pas trop graves justifiées par une enfance traumatisée. Ce ne sera donc pas si difficile de le convertir à l'esprit de Noël. Graphiquement honnête mais sans surprise, cette version aseptisée convient à l'époque et au marché globalisé. Il n'est cependant pas nécessaire d'imaginer une suite avec Gru et des Minions, merci.


Le Grinch Le Grinch

Le Grinch

De Yarrow Cheney, Scott Mosier (ÉU, 1h26) avec Laurent Lafitte, Lior Chabbat...

De Yarrow Cheney, Scott Mosier (ÉU, 1h26) avec Laurent Lafitte, Lior Chabbat...

voir la fiche du film


Chaque année à Noël, les Chous viennent perturber la tranquillité solitaire du Grinch avec des célébrations toujours plus grandioses, brillantes et bruyantes. Quand les Chous déclarent qu’ils vont célébrer Noël trois fois plus fort cette année, le Grinch réalise qu’il n’a plus qu’une solution pour retrouver la paix et la tranquillité: il doit voler Noël.

voir la fiche du film

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"L'Heure de la sortie" : classe tous risques pour Laurent Lafitte

ECRANS | De Sébastien Marnier (Fr, 1h43) avec Laurent Lafitte, Emmanuelle Bercot, Pascal Greggory…

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Drame au Collège Saint-Joseph : le professeur de français d’une classe pilote regroupant des enfants précoces s’est défenestré. Pierre Hoffman est recruté pour le remplacer, à quelques semaines du brevet. Il va vite constater que ses élèves, comme l’établissement, sont atypiques… Dans Irréprochable (2016), Sébastien Marnier avait déjà montré son appétence pour les prédateurs troubles. La troupe de surdoués sociopathes qu’il anime ici (une sorte de précipité des manies déviantes des ados de Haneke ou de Lars von Trier dans l’ambiance mortifier du Tour d’écrou d’Henry James) pousse un cran plus loin le malaise, avec ses jeux sadomasochistes, son discours catastrophiste et son extra-lucidité ingénue confinant à la prescience. Jusqu’à l’ultime minute, on ne sait en effet si l’on se trouve dans un thriller psychologique ou bien dans une œuvre fantastique. Assumant les codes du cinéma de genre, Marnier exacerbe les pulsions propres à l’âge de ses protagonistes, érotise les corps avec insistance (not

Continuer à lire

"Un peuple et son roi" : astre déchu

ECRANS | Dans cette fresque révolutionnaire entre épopée inspirée et film de procédure, Pierre Schoeller semble fusionner "Versailles" et "L’Exercice de l’État", titres de ses deux derniers longs-métrages de cinéma. Des moments de haute maîtrise, mais aussi d’étonnantes faiblesses. Fascinant et bancal à la fois.

Vincent Raymond | Mardi 25 septembre 2018

1789. La Bastille vient de tomber, et le roi quitte Versailles après avoir signé la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen soumise par l’Assemblée. Dans les rues de Paris, la famille d’un souffleur de verre est portée par ce vent d’espérance. Et si le peuple avait enfin voix au chapitre ? Moment-clé de notre histoire, tournant civilisationnel du fait de sa résonance sur les nations voisines, de son potentiel dramatique et de ses conséquences contemporaines, la Révolution française constitue un morceau de choix pour tout amateur de geste épique, de combats d’idées et d’élans tragiques. Filmer l’exaltation d’une guerre civile éclatant sous l’auspice des Lumières et la conquête de la liberté par le peuple a déjà galvanisé Abel Gance, Sacha Guitry ou Jean Renoir. Comme eux, Pierre Schoeller rallie ici la quintessence des comédiens de son époque : le moindre rôle parlé est donc confié à un·e interprète de premier plan – Gaspard Ulliel, Adèle Haenel, Olivier Gourmet, Louis Garrel, Izïa Higelin, Laurent Lafitte, Denis Lavant... Le défilé en est étourdissant, mais pas autant que celui des députés ayant à se prononcer par ordre alphabétique de circons

Continuer à lire

Patricia Mazuy : « L’idée, avec John Cale, était de faire une musique qui rentre dans la tête de la folie »

ECRANS | Avec sa franchise bienvenue, la trop rare réalisatrice de "Saint-Cyr" ou "Sport de filles" évoque la conception de son thriller "Paul Sanchez est revenu !" ; et tout particulièrement sa troisième collaboration avec l’ancien du Velvet Underground, compositeur de la bande originale.

Vincent Raymond | Lundi 16 juillet 2018

Patricia Mazuy : « L’idée, avec John Cale, était de faire une musique qui rentre dans la tête de la folie »

Est-ce l’affaire Dupont de Ligonnès en particulier qui vous a inspirée pour Paul Sanchez est revenu ? Patricia Mazuy : Je me suis surtout intéressée à une boulimie de Faites en entrer l’accusé : dans quel état cela nous met quand on s’abandonne dans les faits divers les plus morbides qui soient ? On est contents de se coucher après en se disant : c’est pas nous ! Ce qui est rigolo au cinéma, c’est que l’on pousse les choses à l’extrême, on va plus loin que dans le réel – le film n’est pas du tout naturaliste. C’était bien de travailler cette matière-là. Le film est très ancré dans le Var. Or peu de personnages, notamment parmi les gendarmes,

Continuer à lire

"Paul Sanchez est revenu !" : identification d'un homme

ECRANS | de Patricia Mazuy (Fr, 1h51) avec Laurent Lafitte, Zita Hanrot, Idir Chender…

Vincent Raymond | Mercredi 4 juillet 2018

Aux Arcs-sur-Argens, la gendarmerie a été informée que Paul Sanchez, meurtrier recherché depuis dix ans, a été identifié dans un train. Volontariste, mais souvent gaffeuse, la jeune Marion se lance sur ce dossier dédaigné par ses collègues militaires. Et si elle avait raison d’y croire ? Cinéaste rare faisant parfois des incursions bienvenues devant la caméra (son tempérament pince-sans-rire y est hélas sous-exploité), Patricia Mazuy a toujours su animer des caractères atypiques, et tout particulièrement des francs-tireuses imposant leur loi à l’intérieur de cadres pourtant rigides : Peaux de vaches, Saint-Cyr ou Sport de filles étaient ainsi portés par des battantes qui, si elles n’étaient guère victorieuses, infléchissaient les règles. Marion la gendarme est du même bois, ce qui ne l’exonère pas d’une certaine maladresse la rendant plus attachante et réaliste. Dans ce thriller en forme de chasse à l’homme, davantage que la menace c’est l’omniprésence de la fragili

Continuer à lire

"Au revoir là-haut" : et Albert Dupontel signa son plus grand film

ECRANS | Conte noir plongeant ses racines dans la boue des tranchées et s’épanouissant dans la pourriture insouciante des Années folles, le sixième long-métrage d'Albert Dupontel fait rimer épique et esthétique en alignant une galerie de personnage (donc une distribution) estomaquante.

Vincent Raymond | Mardi 24 octobre 2017

Après avoir frôlé la mort dans les tranchées, une "gueule cassée" dotée d’un talent artistique inouï et un comptable tentent de "s’indemniser" en imaginant une escroquerie… monumentale. Honteux ? Il y a pire : Aulnay-Pradelle, profiteur de guerre lâche et assassin, veut leur peau… La barre était haut placée : du monumental roman de Pierre Lemaitre, statufié en 2013 par un de ces Goncourt que nul ne saurait discuter (ils sont si rares…), Albert Dupontel a tiré le grand film au souffle épique mûrissant en lui depuis des lustres. La conjonction était parfaite pour le comédien et réalisateur qui, s’il n'a jamais caché ses ambitions cinématographiques, n’avait jusqu’à aujourd’hui jamais pu conjuguer sujet en or massif et moyens matériels à la mesure de ses aspirations. Chapeau, Lafitte Le roman se prêtait à l’adaptation mais n’a pas dû se donner facilement – l’amplitude des décors et des situations augmentant les risques de fausse route et d’éparpillement. Galvanisé, Dupontel s’est réapproprié ce récit picaresque et lui à donné un équivalent cinématographique. S’il a sabré quelques détails (l’homosexualité), il a joué sur l’aspect

Continuer à lire

"Comme des bêtes" : la ferme les animaux

ECRANS | de Yarrow Cheney, Chris Renaud (É.-U., 1h26) animation

Vincent Raymond | Lundi 25 juillet 2016

Très attendu depuis la diffusion d’extraits révélant "la vie secrète des animaux" (c’est-à-dire ce que les peluches domestiques font en douce lorsque leurs propriétaires humains ont tourné les talons), Comme des bêtes démontre une fois encore le gouffre sidéral séparant une enfilade de gags raboutés à des fins de bande-annonce, d’un long-métrage d’animation ayant de vraies ambitions narratives et développant un univers original (Là-haut ou Vice-Versa, au hasard). Reprenant sans vergogne la trame de Souris City (avec un soupçon de Volt, star malgré lui, histoire de brouiller les pistes), la paire Cheney-Renaud cultive ici la paresse avec une insouciance de glaneurs dans un champ de patates : puisque tout est déjà sorti de terre, il n’y a qu’à se servir. L’insupportable voix vrille-tympans de Willy Rovelli (en VF), en tel sur-régime qu’il se révèle incapable de la moindre modulation, achève de vous convaincre que le court-métrage présenté avec en avant-programme (5 minutes de Minions, la dose limite pour ne pas ri

Continuer à lire

"Elle" : petit Verhoeven pour petite Huppert

ECRANS | Curieuse cette propension des cinéastes étrangers à venir filmer des histoires pleines de névroses en France. Et à faire d’Isabelle Huppert l’interprète de cauchemars hantés par une sexualité aussi déviante que violente. Dommage que parfois, ça tourne un peu à vide.

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Près d’un quart de siècle après avoir répandu une odeur de soufre à Cannes grâce à Basic Instinct, Paul Verhoeven est donc revenu sur la Croisette dégourdir des jambes un peu ankylosées par dix années d’inactivité, escortant un film doté de tous les arguments pour séduire le jury ou, à défaut, le public français : un thriller sexuel adapté de Philippe Djian et porté par Isabelle Huppert. Titré comme une comédie de Blake Edwards (1979) avec Bo Derek et Dudley Moore, le Elle de Verhoeven ne prête pas à sourire : l’héroïne Michèle (qui assume déjà depuis l’enfance d’être la fille d’un meurtrier en série) se trouve violée chez elle à plusieurs reprises par un inconnu masqué. Mais comme c’est Huppert qui endosse ses dentelles lacérées, on se doute bien qu’elle ne subira pas le contrecoup normal d’une telle agression (effondrement, rejet de soi, prostration etc.), et se bornera à afficher une froideur indifférente à tout et à tous – sa fameuse technique de jeu "plumes de canard", les événements petits ou gros glissant en pluie égale sur ses frêles épaules, lui arrachant au mieux un “oh…” surpris. Basique

Continuer à lire

L’Art de la fugue

ECRANS | De Brice Cauvin (Fr, 1h40) avec Laurent Lafitte, Agnès Jaoui, Benjamin Biolay, Nicolas Bedos…

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

L’Art de la fugue

Tiré d’un best-seller de Stephen McCauley, L’Art de la fugue se présente en film choral autour de trois frères tous au bord de la rupture : Antoine se demande s’il doit s’engager plus avant avec son boyfriend psychologue ; Gérard est en instance de divorce avec sa femme ; et Louis entame une relation adultère alors qu’il est sur le point de se marier. Le tout sous la férule de parents envahissants et capricieux – savoureux duo Guy Marchand / Marie-Christine Barrault. On sent que Brice Cauvin aimerait se glisser dans les traces d’une Agnès Jaoui (ici actrice et conseillère au scénario) à travers cette comédie douce-amère à fort relents socio-psychologiques. Il en est toutefois assez loin, notamment dans des dialogues qui sentent beaucoup trop la télévision – les personnages passent par exemple leur temps à s’appeler par leurs prénoms, alors qu’ils sont à dix centimètres et qu’ils entretiennent tous des liens familiaux ou professionnels… C’est un peu pareil pour la mise en scène, plus effacée que transparente, tétanisée à l’idée de faire une fausse note. Malgré tout cela, le film se laisse voir, il arrive même à être parfois touchant (notamment le beau

Continuer à lire

Tristesse club

ECRANS | Premier film sous influence Wes Anderson de Vincent Mariette à l’humour doucement acide, où deux frères et une sœur partent enterrer un père devenu un fantôme dans leur vie, pour un road movie immobile stylisé et séduisant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Tristesse club

Dans Tristesse club, comme dans tout bon road movie, une voiture tient un rôle décisif : c’est une vieille Porsche et elle appartient à Léon, ancien tennisman tombé dans la lose intégrale, plaqué par sa femme et méprisé par son propre fils de dix ans, à qui il essaie pathétiquement de taxer de l’argent. Cette voiture, c’est un peu la dernière chose qu’il possède dans l’existence, et il s’y accroche comme à une bouée de sauvetage face au naufrage de sa vie. Ladite Porsche va servir à beaucoup de choses au cours du film : par exemple, elle se transformera en abri protecteur contre une meute de chiens errants, ou d’issue de secours pour échapper à la rancœur ambiante. Car Léon a rendez-vous avec son frère Bruno pour enterrer leur père, qu’ils n’ont pas vu depuis des lustres et avec qui ils entretenaient des rapports opposés : houleux pour Léon, résignés pour Bruno. Les choses s’enveniment encore lorsqu’ils font la connaissance d’une demi-sœur dont ils ignoraient l’existence. Elle leur avoue que leur père n’est pas mort ; il a juste disparu sans laisser de traces. Le deuil d’un fantôme Voilà donc un trio de comédie formidablement constitué, notamme

Continuer à lire

Les Beaux jours

ECRANS | De Marion Vernoux (Fr, 1h34) avec Fanny Ardant, Laurent Lafitte, Patrick Chesnais…

Christophe Chabert | Mercredi 12 juin 2013

Les Beaux jours

Au croisement de plusieurs opportunités qui sont aussi, sans doute, des opportunismes – la mode du film pour seniors, la possibilité d’offrir un vrai grand premier rôle à une actrice adulée par les lecteurs de Télérama –, Les Beaux jours arrive assez miraculeusement à transformer tout cela en un film imparfait mais cohérent. Mieux : Marion Vernoux, qui met fin à un trop long break pour le grand écran, y développe avec une perspective nouvelle le thème qui travaillait son œuvre jusqu’ici, à savoir la vacance nécessaire pour vivre une histoire d’amour. C’est parce qu’elle se retrouve prématurément à la retraite que Caroline peut passer son temps libre à tromper son mari avec un homme deux fois moins vieux qu’elle. Là encore, le film pourrait s’égarer dans une dissertation sociétale sur les femmes cougars ; mais Vernoux ne généralise jamais, attachée à la dimension romanesque de son cinéma et à la singulière présence d’une Fanny Ardant magnifique de justesse. Surtout, en creux se dessine l’idée forte que le travail, le couple et plus globalement les normes sociales sont autant de garde-fous qui musellent le désir et l’envie de liberté. Loin d’être

Continuer à lire