"Ma mère est folle" : mère qui roule n'amasse pas mousse

ECRANS | de Diane Kurys (Fr, 1h35) avec Fanny Ardant, Vianney, Patrick Chesnais…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Photo : ©Alexandre Films


Dilettante professionnelle, Nina, la soixantaine bohème, n'a jamais pu se conformer à quelque loi que ce soit. Productrice fauchée, elle a imaginé se refaire en convoyant de la beuh d'Amsterdam à Paris. Ça tombe bien : elle pourra au passage faire coucou à son fils, qui s'y est exilé, loin d'elle.

En campant cette mythomane invétérée dépourvue d'instinct maternel (en tout cas, vis-à-vis de son propre fils), Fanny Ardant a dû prendre un malin plaisir. Il est sûr qu'elle rehausse de son étrangeté coutumière cette histoire somme toute classique à l'esthétique de téléfilm signée Diane Kurys.

Car s'il n'y avait ce personnage viscéralement pernicieux, on s'ennuierait ferme devant le catalogue d'effets attendus. Un chanteur débutant à l'écran ? Check Vianney ! Un clin d'œil à un bouquin du fiston par ailleurs coscénariste ? OK le plan sur une traduction de Sacha Sperling ! Arielle Dombasle en inconséquente et richissime bourgeoise ? Euh, comme d'habitude.

Par charité, on évitera d'aborder l'intégration d'un petit réfugié traîné comme une mascotte, ni de parler de Patrick Chesnais jouant les beaufs mafieux ayant découvert sur le tard son homosexualité. Mieux vaut s'en tenir à Fanny Ardant pissant sur l'autoroute, c'est plus incongru niveau transgression.


Ma mère est folle

De Diane Kurys (Fr, 1h35) avec Fanny Ardant, Vianney...

De Diane Kurys (Fr, 1h35) avec Fanny Ardant, Vianney...

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Nina est une mère un peu folle, Baptiste un fils un peu trop sage. Fâchés depuis longtemps ils se retrouvent pour l’aventure de leur vie. Au cours d’un voyage improbable, drôle et émouvant, ils vont rattraper le temps perdu, apprendre à se connaître enfin et s’aimer à nouveau.


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" ADN" : les racines et la terre par Maïwenn

ECRANS | ★★☆☆☆ De et avec Maïwenn (Fr., 1h30) avec également Louis Garrel, Fanny Ardant, Marine Vacth…

Vincent Raymond | Lundi 26 octobre 2020

Son grand-père Émir, qui périclitait en Ehpad, meurt. Très proche de lui, Neige (Maïwenn) vit plus douloureusement son départ que le reste des siens. En hommage, elle décide de prendre la nationalité algérienne… Épidermique, le cinéma de la cinéaste Maïwenn est depuis toujours nourri par ses joies, cris ou deuils intimes : Neige est ici son double, Émir un décalque de son grand-père (déjà évoqué par le passé) et la famille dysfonctionnelle à l’écran un reflet de la sienne propre (elle aussi assaisonnée jadis). Seulement, ADN laisse une impression de confusion dérangeante. Porter la mémoire d’un combattant de l’indépendance algérienne devenu amnésique avant de mourir (quel symbole !) et traiter en comédie une séquence de funérailles (quels acteurs !), pourquoi pas ? Mais les fixettes de son personnage sur la religiosité de son aïeul comme la candeur romantique enveloppant son désir de passeport algérien la montrent tout aussi immature, hors-sol, que le reste de sa parentèle. ADN n’est certes pas un film de paix ni d’apaisement, mais une question que Maïwenn se pose à elle-même, à laquelle elle seule pe

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Festival : les premiers noms du Grand son sont tombés

ACTUS | Pour ses 30 bougies, Le Grand Son s’offre des têtes d’affiche plutôt backables. Mais après tout, avec 30 ans d’existence et un nouveau nom (anciennement les Rencontres Brel), le rendez-vous musical de Saint-Pierre-de-Chartreuse qui se tient fin juillet peut bien se le permettre.

Charline Corubolo | Jeudi 9 février 2017

Festival : les premiers noms du Grand son sont tombés

On retrouve ainsi sur scène le très pop Vianney, avec ses ballades à la guimauve. Pour le versant fiévreux, c’est le groupe français Trust qui est convié à envoyer son hard rock teinté de métal. Un Air deux familles nous promet une bonne tambouille festive, tandis que le chanteur marseillais Jehro balancera ses accords sensibles. Dernier nom sur la liste pour le moment : Maison Tellier, qui revient sur les sentiers de la folk. La billetterie est déjà ouverte, à vos cliques : www.legrandson.fr.

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"Juillet Août" : été adolescent

ECRANS | de Diastème (Fr., 1h40) avec Patrick Chesnais, Luna Lou, Pascale Arbillot…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Chaque été, au milieu du lot de films de vacances, il en est toujours un qui prend la tangente en allant au-delà du périmètre étriqué des premiers émois d’adolescent(e)s. L’an dernier, c’était Microbe et Gasoil de Gondry ; Juillet Août assure peut-être la relève. La saison chaude semble favorable à Diastème (en 2008, son premier long Le Bruit des gens autour était déjà une évocation drôle et pleine de vie de l’intérieur du Festival d’Avignon) ; elle l’inspire pour ce portrait de deux sœurs (dont une au tournant de la puberté), ainsi que de leurs parents, lesquels ont refait leur vie chacun de leur côté. Juillet avec la mère sur la Côte d’Azur, août avec le père en Bretagne… L’existence des frangines est décousue, mais elle se suit dans ses péripéties estivales, et se raccommode dans cette succession de villégiatures. Comme si la famille éclatée se reformait par-delà la distance et le protocole calendaire afin de résoudre toutes les crises – qui ne sont pas propres au jeune âge. Chacun ment ou dissimule un petit secret à ses proches,

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"Celui qu’on attendait" : Tintin en Arménie

ECRANS | de Serge Avédikian (Fr./Arm., 1h35) avec Patrick Chesnais, Arsinée Khanjian, Robert Harutyunyan…

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Parler de l’Arménie d’aujourd’hui sans négliger celle d’hier, en évitant le piège du folklore touristique et sans brandir l’antagonisme avec la Turquie (pour une fois, c’est l’Azerbaïdjan qui est cité)… Serge Avédikian a réussi son coup avec cette comédie davantage centrée sur la question des différences de cultures menant aux convergences humaines que sur le gag communautaire. Le cinéaste a l’habitude d’abolir les frontières, y compris stylistiques. Et volontiers recours à l’essai ou à l’animation (Chienne d’histoire lui a d’ailleurs valu Palme d’Or du court métrage en 2010) pour donner à ses réalisations une aura de parabole, de conte universel. Celui qu’on attendait contient d’ailleurs une séquence qui prolonge cette idée du surgissement d’un élément extérieur venant soudainement bousculer un système homogène, pour mieux l’enrichir de ses différences : lorsque l’image emprunte brusquement certains codes graphiques de la bande dessinée – le défilement des cases, les aplats de couleurs uniformes ou les emanata (ces petits traits et étoiles vibrants symbolisant le bruit, le mouvement). Cette rupture visuelle accentue le caractère "tintinesqu

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Serge Avédikian : «Les Arméniens ont beaucoup d’humour sur eux-mêmes»

ECRANS | Brève rencontre avec le réalisateur de "Celui qu’on attendait" (film qui a failli s'appeler "Le Messie de Grenoble"!), le prolifique Serge Avédikian…

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Serge Avédikian : «Les Arméniens ont beaucoup d’humour sur eux-mêmes»

Cette histoire de "cousin arménien" providentiel repose-t-elle sur une histoire réelle ? Serge Avédikian : Tous les peuples qui ont été dispersés et spoliés, qui ont une diaspora, possèdent ce mythe de l’oncle qui va revenir avec du bienfait. Quand j’étais môme en URSS, la première fois que les frontières se sont ouvertes sous Krouchtchev afin que les Arméniens de France viennent comme touristes, une tante de ma mère est arrivée avec cinq valises de vêtements. C’était la pénurie : nous n’avions pas 360 fromages, mais deux ! Quand on est dans le manque, tout ce qui vient de l’étranger brille. Dans ce cas précis, c’est inventé. Cela dit, lorsque l’Arménie est devenue indépendante, l’ancien propriétaire de la MGM Kirk Kerkorian est arrivé avec un million de dollars pour créer des emplois. C’était un mécène, à défaut d’être un messie… Justement, votre film s’est un temps appelé Le Messie de Grenoble. Pourquoi l’avoir modifié ? Le Messie de Grenobl

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Pour une femme

ECRANS | De Diane Kurys (Fr, 1h50) avec Benoît Magimel, Mélanie Thierry, Nicolas Duvauchelle…

Christophe Chabert | Mercredi 26 juin 2013

Pour une femme

Ouvertement – et lourdement – autobiographique, Pour une femme est pour Diane Kurys l’occasion de creuser un peu plus ses racines familiales, déjà abordées dans Coup de foudre et Diabolo Menthe – ses deux premiers et meilleurs films. Force est de constater qu’entre-temps (trente ans), son cinéma s’est englué dans un académisme télévisuel à base de reconstitution proprette et partant jamais crédible, de dialogues sur-écrits placés tels quels dans la bouche des acteurs, et de clichés à l’eau de rose ou plutôt au parfum éventé qui donne son titre au film. L’ennui gagne très vite face à ce ménage à trois sur fond de communisme après-guerre, d’envoyés de Moscou chargés de traquer et liquider les dignitaires nazis préparant leur exil, et de réussite sociale dans le prêt-à-porter. Les allers-retours entre le présent, où une Sylvie Testud tapote le scénario dans des chambres d’hôtel lyonnaises sur son Mac antique et rend visite à un Magimel outrageusement grimé, et le passé, mélodrame sans fougue et sans chair où deux frères convoitent la même femme, participent de la paresse dramaturgique ambiante. C

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Les Beaux jours

ECRANS | De Marion Vernoux (Fr, 1h34) avec Fanny Ardant, Laurent Lafitte, Patrick Chesnais…

Christophe Chabert | Mercredi 12 juin 2013

Les Beaux jours

Au croisement de plusieurs opportunités qui sont aussi, sans doute, des opportunismes – la mode du film pour seniors, la possibilité d’offrir un vrai grand premier rôle à une actrice adulée par les lecteurs de Télérama –, Les Beaux jours arrive assez miraculeusement à transformer tout cela en un film imparfait mais cohérent. Mieux : Marion Vernoux, qui met fin à un trop long break pour le grand écran, y développe avec une perspective nouvelle le thème qui travaillait son œuvre jusqu’ici, à savoir la vacance nécessaire pour vivre une histoire d’amour. C’est parce qu’elle se retrouve prématurément à la retraite que Caroline peut passer son temps libre à tromper son mari avec un homme deux fois moins vieux qu’elle. Là encore, le film pourrait s’égarer dans une dissertation sociétale sur les femmes cougars ; mais Vernoux ne généralise jamais, attachée à la dimension romanesque de son cinéma et à la singulière présence d’une Fanny Ardant magnifique de justesse. Surtout, en creux se dessine l’idée forte que le travail, le couple et plus globalement les normes sociales sont autant de garde-fous qui musellent le désir et l’envie de liberté. Loin d’être

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Bienvenue parmi nous

ECRANS | De Jean Becker (Fr, 1h30) avec Patrick Chesnais, Jeanne Lambert, Miou-Miou...

Aurélien Martinez | Vendredi 8 juin 2012

Bienvenue parmi nous

Jean Becker a pris un coup de vieux. Les plus mesquins diront qu'il l'a toujours été, comme Resnais. Pas faux. Sauf que l'auteur de L'été meurtrier s'assume, et sans sauver ce Bienvenue parmi nous, il fait preuve au moins d'une certaine honnêteté. En voulant filmer la révolte existentielle d'un peintre reprenant goût à la vie et son art au contact d'une adolescente fugueuse, Becker joue au vieil esthète. Il veut ressusciter le portrait de la jeune fille, grand appel à l'innocence, la beauté et au naturel, tout en vantant les valeurs de générosité et d'entraide. Un gros pari quand on connaît l'œuvre du bonhomme. Pourtant, malgré sa complaisance gâteuse et son paternalisme lourdingue, on a presque envie de le suivre. Pas vraiment pour Patrick Chesnais, transformé le temps d'une scène culte en Charles Bronson du dimanche. Plutôt par désir de voir son actrice (Jeanne Lambert), gauche, un brin vulgaire mais fascinante, continuer à parler, bouger, exister. L'essentiel quoi. Jérôme Dittmar

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