L'animation japonaise au firmament à la Cinémathèque de Grenoble

ECRANS | Rendez-vous tout le mois de décembre au cinéma Juliet-Berto pour le constater, avec la projection de pas mal de pépites (dont le mythique "Château Ambulant" de Miyazaki).

Damien Grimbert | Mardi 4 décembre 2018

Vaste continent à l'approche souvent intimidante, le cinéma d'animation japonais se dévoile à la Cinémathèque à l'occasion d'un cycle thématique de six films qui constitue une excellente entrée en matière pour le néophyte… mais pas seulement. Outre Le Serpent Blanc de Taiji Yabushita, déjà diffusé à l'heure où l'on publie ces lignes, sont ainsi proposés trois films d'auteurs contemporains largement acclamés, dont la poésie, l'intelligence, la tendresse et la charge émotionnelle ont amplement contribué à sortir l'animation japonaise du ghetto culturel auquel elle était jusqu'alors confinée. On pense bien sûr au Château Ambulant (2004) du maître incontesté Hayao Miyazaki, aux Enfants loups, Ame et Yuki (2012) de Mamoru Hosoda, nouveau mètre-étalon du genre, et au Miss Hokusai (2015) de Keiichi Hara, moins réputé mais tout aussi méritant.

Œuvres plus radicales destinées à un public averti, Akira (1988, photo) de Katsuhiro Ôtomo et Les Mille et une Nuits (1969) d'Eiichi Yamamoto viendront de leur côté donner un aperçu plus vaste du formidable potentiel créatif du cinéma animé d'Extrême-Orient. Long-métrage de science-fiction cyberpunk urbain et ultra violent, le premier est ainsi un film-culte électrochoc d'une puissance incroyable, qui n'a pas pris une ride depuis sa sortie. Relecture hautement psychédélique et expérimentale des fameux contes et légendes orientaux, et dernier volet de la trilogie érotique Animerama d'Osamu Tezuka (après Cléopâtre et La Belladone de la tristesse), le deuxième est enfin une véritable rareté, qui n'avait jusqu'alors jamais été diffusée en France.

Cycle d'animation japonaise
Au cinéma Juliet-Berto jeudi 6, vendredi 7, jeudi 13, vendredi 14 et vendredi 21 décembre à 20h

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Écrans magiques

Festivals | Présente dans la programmation des festivals de cinéma Voir Ensemble, À vous de voir et Plein les yeux, l’animation japonaise jeune public n’a pas toujours profité d’une telle reconnaissance. Retour sur les raisons de ce (tardif) changement de statut et décryptage de quelques-uns des films à l’affiche ces prochains jours.

Damien Grimbert | Mardi 18 février 2020

Écrans magiques

C’est une histoire désormais bien connue. À l’origine de nombreux films remarquables depuis la fin des années 50, et bénéficiant d’une présence sur les (petits) écrans français dès la fin des années 70, l’animation japonaise jeune public a néanmoins dû attendre l’orée des années 2000 pour enfin commencer à être reconnue à sa juste valeur. S’il n’est pas le premier film d’Hayao Miyazaki à être sorti dans les salles françaises et d’une certaine reconnaissance critique (Porco Rosso, Mon Voisin Totoro et Princesse Mononoké lui avaient auparavant pavé la voie), Le Voyage de Chihiro est en revanche sans conteste celui par le biais duquel tout a changé. Immense succès public (1, 34 million d’entrées l’année de sa sortie en France), le métrage a ainsi permis à l’intégralité des productions du Studio Ghibli de s’imposer en véritables incontournables, et modifié irrémédiablement le regard porté par le grand public sur les films d’animation en provenance du Japon. Ouvrant de fait la voie, quelques années plus tard, à toute une nouvelle génération de réalisateurs (Mamoru Hosoda, Makoto Shinkai, Masaaki Yuasa, Keiichi Hara…), qui n’auraient sans doute jama

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Les Saisons Hanabi : un peu de Japon à Grenoble

ECRANS | Zoom sur l'édition grenobloise du festival itinérant qui aura lieu du mercredi 3 au mardi 9 juillet au Méliès.

Vincent Raymond | Mardi 2 juillet 2019

Les Saisons Hanabi : un peu de Japon à Grenoble

Évoquant immanquablement le Japon par sa référence explicite à un film du cinéaste Takeshi Kitano, le festival itinérant Les Saisons Hanabi arrive au Méliès dans sa déclinaison estivale. Au programme du 3 au 9 juillet, 7 jours et autant de films pour s’immerger dans la production contemporaine de l’Empire du Soleil levant. Les arbres Kore-eda, Kawase ou Miyazaki ne doivent ainsi pas masquer les forêts de talents poussant ici ou là, et que le festival présente. Très attendu depuis sa présentation au festival d’Annecy, Wonderland, le royaume sans pluie (photo) de Keiichi Hara est de la partie dimanche – précédé samedi de la reprise du premier long-métrage d’animation du réalisateur, Un été avec Coo. Une sérieuse dominante fantastique traverse également la sélection : dès l’ouverture, l’anime Maquia de Mari Okada traite d’immortalité, Ne coupez pas ! de Shin'ichirō Ueda lui succède avec une armée de zombies, avant L’Homme qui venait de la mer de Kôji Fukada (rien que le titre est prometteur) ; cela jusqu’à An

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"Wonderland, le royaume sans pluie" de Keiichi Hara sera en avant-première samedi au Méliès

ECRANS | Connu pour Un été avec Coo (2007) ou Miss Hokusai (2015), Keiichi Hara fait partie de la nouvelle génération d’auteurs d’animes japonais. Dans ses films, (...)

Élise Lemelle | Mardi 11 juin 2019

Connu pour Un été avec Coo (2007) ou Miss Hokusai (2015), Keiichi Hara fait partie de la nouvelle génération d’auteurs d’animes japonais. Dans ses films, il développe des thématiques singulières comme la critique des médias, la recherche des origines ou encore la cruauté des humains envers la nature. Sélectionné en compétition officielle au prestigieux Festival d'animation d’Annecy, son nouveau long-métrage Wonderland, le royaume sans pluie, en salle fin juillet, sera présenté en avant-première exceptionnelle samedi 15 juin à 13h45 au Méliès, en sa présence. On appelle ça un événement.

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Mamoru Hosoda : « Le temps que je passe avec mes enfants m’a inspiré pour "Miraï, ma petite sœur" »

ECRANS | Cela fera bientôt vingt ans que Mamoru Hosoda a débuté sa carrière de cinéaste. Il n’a depuis cessé de livrer des œuvres d’envergure, le plaçant parmi les plus grands noms de la japanimation. Conversation à l’occasion de la sortie de son dernier-né, "Miraï, ma petite sœur".

Vincent Raymond | Mercredi 19 décembre 2018

Mamoru Hosoda : « Le temps que je passe avec mes enfants m’a inspiré pour

Tirez-vous l’inspiration de Miraï, ma petite sœur​ de votre vécu de petit ou grand frère ? Mamoru Hosoda​ : En réalité, je suis un enfant unique : ce sont mes propres enfants qui ont servi de modèles. Quand ma fille est née, j’étais presque jaloux de mon fils car grâce à elle, il pouvait connaître une vie que je n’avais jamais connue. J’ai fait ce film pour imaginer ce que représente le fait d’avoir une petite sœur ou un petit frère. D’une certaine manière, c’est votre jalousie d’adulte que vous avez transposée et qui vous a inspiré… C’est le temps que je passe avec mes enfants qui m’a vraiment inspiré. Avant de devenir père, je croyais que les parents étaient des gens qui éduquaient, qui apprenaient aux enfants. Mais depuis, j’ai compris que c’était exactement l’inverse : ce sont eux qui m’apprennent plein de choses. Ils me permettent en plus de revivre ma propre enfance, l’époque où j’étais petit… Vous êtes donc à la fois dans le monde des grands et celui des petits. Justement, dans vos films, deux mondes coexistent souvent : un réel et l’aut

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"Never-Ending Man : Hayao Miyazaki" : demain, j’arrête (ou pas)

ECRANS | de Kaku Arakawa (Jap, 1h12) documentaire

Vincent Raymond | Jeudi 20 décembre 2018

En 2013, après plusieurs faux-départs, le cinéaste Hayao Miyazaki effectue l’annonce solennelle de sa retraite définitive. Peu dupe, le réalisateur Kaku Arakawa entreprend de le suivre et enregistre son incapacité à demeurer inactif : le fondateur des studios Ghibli se remet rapidement au travail… D’une insolente brièveté, ce documentaire tourné au plus près de Miyazaki (parfois sous son nez pendant qu’il déguste son bol de ramen) possède de nombreuses vertus. Dont celle de nous immiscer dans l’intimité du père de Totoro, révélant ses habitudes et ses manies (le port de la blouse, les cigarettes, les tressautements de jambes machinaux) d’un über perfectionniste conscient d’avoir, à l’instar d’un Cronos, dévoré ses enfants par crainte qu’ils lui succèdent. On pourrait croire qu’il s’agit d’une charge contre un vieux maître reclus dans son égotisme et la certitude de son indépassable excellence ; or justement, Miyazaki ne cesse de s’ouvrir à la nouveauté (ici, à la 3D) et à la jeunesse. Et quand il ose avouer vouloir réaliser dans un premier temps un nouveau court-métrage, Boro la chenille, c’est (aussi) pour goûter à cette tech

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"Miraï, ma petite sœur" : la cadette de ses soucis

ECRANS | Ce futur classique, où un enfant unique apprend à aimer sa petite sœur nouvelle-née en voyageant dans le futur et le passé familial, comptera autant que "Totoro" ou "Le Tombeau des Lucioles" au panthéon de la japanimation, dont Mamoru Hosoda est l’indiscutable nouveau maître.

Vincent Raymond | Mercredi 19 décembre 2018

Heureux petit bonhomme passionné par les trains, Kun voit d’un mauvais œil l’arrivée au foyer de sa petite sœur, Miraï, qui lui vole selon lui l’attention et l’affection de ses parents. Mais grâce à des "sauts dans le temps", il comprendra à quel point cette nouvelle venue lui est précieuse… Où l’on découvre que le chef-d’œuvre nippon de décembre n’était pas celui que l’on attendait… même si l’on le soupçonnait un peu. La gentille histoire de famille de Kore-Eda aura du mal à rivaliser avec ce qui doit être désormais considéré comme LE film à montrer à tout enfant connaissant le *bonheur* d’accueillir un·e puîné·e. Par sa capacité à se mettre à la place d’un gamin chamboulé et à métaphoriser ses chagrins jaloux ; par sa force poétique comme sa richesse visuelle ou sa faculté à égrener les petits riens (tels que l’apprentissage du vélo), Miraï, ma petite sœur touche à quelque chose d’universel. Cela en s’inscrivant pourtant dans un environnement on ne peut plus extrême-orienta

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Rentrée cinéma 2018 : et voici les films qui feront les prochains mois

ECRANS | Quels sont les cinéastes et, surtout, les films à ne pas louper avant la fin de l'année ? Réponses en presque vingt coups – dix-neuf pour être précis.

La rédaction | Mardi 4 septembre 2018

Rentrée cinéma 2018 : et voici les films qui feront les prochains mois

Les Frères Sisters de Jacques Audiard Sortie le 19 septembre Escorté par son inséparable partenaire et coscénariste Thomas Bidegain, Jacques Audiard traverse l’Atlantique pour conter l’histoire de deux frères chasseurs de primes contaminés par la fièvre de l’or. Porté par l’inattendue fratrie John C. Reilly/Joaquin Phoenix (à l’œil puant le vice et la perversité), ce néo-western-pépite empli de sang et de traumas ne vaut pas le coup, non, mais le six-coups ! Climax de Gaspar Noé Sortie le 19 septembre Une chorégraphe a réuni une équipe internationale de danseurs pour son nouveau projet qu’elle achève de répéter dans une salle isolée. Après un ultime filage, la troupe s’octroie un réveillon festif sur la piste, s’enivrant de musique et de sangria. Mais après quelques verres, les convives se mettent à vriller sérieusement. Qu’y avait-il donc dans cette satanée sangria ? Noé compose un cocktail de survival et de transe écarlate à déguster séance hurlante.

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"Lou et l’île aux sirènes" : la bonne surprise animée de la semaine

ECRANS | de Masaaki Yuasa (Jap., 1h52) animation

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

Ado taciturne vivant dans un village de pêcheurs, Kai aime se réfugier dans sa musique. Se laissant convaincre par deux amis de lycée, il forme avec eux un groupe qui séduit une incroyable fan : Lou, jeune sirène mélomane. Le groupe va tenter de la faire accepter par les villageois… Depuis Takahata et Miyazaki, on sait l’importance du commerce que les Japonais entretiennent avec la Nature, s’incarnant dans de multiples divinités protectrices et volontiers farceuses (voir Pompoko). Nouvel avatar de cette innocence joviale, Lou poursuit l’inscription de ce patrimoine traditionnel dans le monde moderne, luttant contre la voracité humaine pour y préserver leur place – il y aura au moins une morale à en retirer. Si le fond est connu, la forme innove. Au classique duo poétique/grotesque courant dans l’anime nippon, Masaaki Yuasa ajoute des éclats de ce néo-screwball héritier de Tex Avery pour quelques séquences débridées (ah, le frénétique générique !) ; mais aussi des moments plus abstraits, où le graphisme est gouverné par des aplats de couleur. Cette hybridation des styles d’animation profite au film et lui donne un relief esthétique su

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Qu'on se le dise, "Dodes'ka-den" est un immense film de Kurosawa

Reprise | Mercredi 31 mai à 9h du matin (oui, 9h du matin), le Méliès propose une séance de cinéama suivie d'une analyse filmique. Au programme ? "Dodes'ka-den" du Japonais Akira Kurosawa, grandiose même si rejeté lors de sa sortie en 1970.

Vincent Raymond | Lundi 29 mai 2017

Qu'on se le dise,

Il n’y a pas d’histoire dans Dodes’kaden, mais des histoires. Enchevêtrées et contiguës, comme le sont les habitations de ce "quartier" tokyoïte où se déroule le film. Ce bidonville en vérité, où survit une population tentant de préserver du mieux qu’elle le peut sa dignité. C’est un portrait de groupe (on ne parlait pas encore de "film choral") que Kurosawa signe ici en entremêlant les saynètes et sautant d’un logis à l’autre. De l’employé de bureau rongé de tics flanqué d’une épouse tyrannique épouse au clochard et son fils, du vieux philosophe aux deux ouvriers alcooliques (et échangistes) ; de l’orpheline abusée au gamin fou se prenant pour un conducteur de tram et criant inlassablement « dodes’ka-den ! », tous ces "oubliés" ne connaissent de l’orgueilleuse ultra-modernité nippone que reflets et reliefs. À sa sortie en 1970, le public japonais rejeta avec violence cette œuvre immense. On peut lui accorder des circonstances atténuantes : un tel retour du refoulé exige de la distanciation, et ses réserves de l’époque, grevées par la nécessité de la résilience, devaient se trouver au plus bas. S’il ne fait plus aucu

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D'intrigantes Sororales au Magasin des horizons

Festival | Événement « transgenre, transculturel et transgénérationnel » organisé à l’initiative du Magasin des horizons, "Les Sororales" accueille cinq jours durant rencontres, concerts, films, ateliers et spectacles autour des figures emblématiques de « la sorcière, la chamane, la démone, la cyborg... ». Décryptage.

Damien Grimbert | Mardi 4 avril 2017

D'intrigantes Sororales au Magasin des horizons

Cela n’aura pas échappé aux plus attentifs d’entre vous : la ligne directrice du centre national d’art contemporain Le Magasin (désormais rebaptisé « Magasin des horizons, centre d’arts et de cultures ») a profondément évolué depuis l’an passé et l’arrivée à sa tête de sa nouvelle directrice Béatrice Josse. Fini (semble-t-il – Béatrice Josse ne veut toujours pas s’exprimer sur cette question dans nos colonnes) les grandes expositions-évènements, place désormais à une approche plus transdisciplinaire construite autour de manifestations ponctuelles comme la récente Nuit des idées ou aujourd’hui Les Sororales. S’il est encore bien trop tôt pour évaluer la valeur et le bien-fondé de ce parti pris (tout juste regrettera t-on que le lieu ne soit désormais plus que très ponctuellement accessibl

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Quand Miyazaki et Takahata dessinaient des pandas

ECRANS | Ce mois-ci, le Méliès ressort "Panda, Petit Panda", suite de deux courts-métrages réalisés en 1972 par les deux maîtres japonais de l'animation, à l'époque quasi-débutants.

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Quand Miyazaki et Takahata dessinaient des pandas

Bien avant que le ninja Po ne promène sa ventripotente carcasse sur les écrans (dans Kung Fu Panda), deux autres ursidés avaient eu les honneurs du cinéma d’animation au Japon dans Panda, Petit Panda (1972). Mettant en scène les deux animaux farceurs et une petite fille dégourdie, Mimiko, ce programme de deux courts-métrages égaux en durée est né de la conjonction de deux talents ; deux complices fidèles devenus les parrains (ou les oncles tutélaires, pour faire moins yakuza) de l’animation nippone : Isao Takahata et Hayao Miyazaki, alors quasi-débutants. Si la technique semble parfois un peu pataude (au niveau des intervalles, légèrement saccadés), la fantaisie et l’originalité des univers annoncent à bien des égards les futures grandes œuvres des réalisateurs de Pompoko (1994) et de Mon voisin Totoro (1988). En particulier le ton malicieux, l’attention respectueuse portée à la nature et à ceux (animaux, plantes, esprits) qui y vivent ou survivent, le fantasme de la submersion, dont Miyazaki fera un thème récurrent (peut-être que la situation d’insulaire favorise-t-elle ce type de pensée ?) ; jusqu’aux mimiques exagérées du grand pa

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Le Garçon et la Bête

ECRANS | Encore trop peu connu en France, le réalisateur Mamoru Hosoda est bien parti pour faire sortir le cinéma d'animation nippon de sa zone de confiance totoresque. Il le prouve encore une fois avec cette déclinaison de "La Belle et la Bête"…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Le Garçon et la Bête

La mise en retrait de Miyazaki a du bon. Considéré un peu hâtivement en Occident comme l’unique figure tutélaire de la "japanimation", au détriment de son alter-ego l’immense Isao Takahata (l’auteur du Tombeau des lucioles, œuvre majeure du cinéma nippon), le vieux maître attirait trop les regards sur ses seules productions. Le paysage étant désormais libre de sa statue du Commandeur, les spectateurs n’auront plus l’impression de commettre un sacrilège en s’intéressant à la nouvelle génération, dont Mamoru Hosoda constitue un éminent représentant. Depuis La Traversée du Temps (2006), et surtout Summer Wars (2009) (ainsi que Les Enfants loups en 2012), le réalisateur a imprimé une dynamique nouvelle à l’anime. Tout autant fasciné par les mondes parallèles peuplés de divinités que ses aînés, son ton plus rock n’amenuise en rien son sens de la narration poético-épique, pas plus qu’il ne modère ses ardeurs comiques et rabelaisiennes – en particulie

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Miss Hokusai

ECRANS | De Keiichi Hara (Jap, 1h33) animation

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Miss Hokusai

Évocation de l’existence précaire du peintre connu pour La Vague, racontée par sa fille aînée et bras droit, elle-même peintre de talent… Si le parti-pris de la biographie partielle-décalée est intéressant, l’animation se révèle globalement paresseuse et le film empli de clichés : on n’échappe pas à l’apprenti grimaçant, ni au p’tit chiot mignon qui bâille. Mais Keijichi Hara s’évite le déshonneur en distillant des flashs hallucinatoires (liés aux phases de création) proprement saisissants. Ajoutons le soin pris à restituer les mouvements des feuilles dans le vent ou de la fumée, et l’on sort avec l’envie de revoir des estampes. Et des films de Isao Takahata, surtout. Vincent Raymond

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Les Mille et une nuits volume 1 : l’inquiet

ECRANS | De Miguel Gomes (Port-Fr-All-Suisse, 2h05) avec Crista Alfaiate, Adriano Luz…

Christophe Chabert | Mardi 23 juin 2015

Les Mille et une nuits volume 1 : l’inquiet

Faisons ici une petite autocritique : il nous arrive, par paresse, d’employer à tort et à travers le mot "geste" pour qualifier un film qui affirme une vision radicale du cinéma où une aventure portée par un auteur prenant le risque de ne croire qu’en la mise en scène pour véhiculer son discours et ses idées. Mais quand Miguel Gomes, réalisateur célébré de Tabou, tourne ces Mille et une nuits de plus de six heures découpées en trois parties, il semble lui-même écrire à tous les plans : « Ceci est un geste de cinéma. » Est-ce pour autant un film abouti ? Non, plutôt une accumulation d’idées et de bouts de récits tenus ensemble par un concept assez hasardeux : témoigner des méfaits de la Troïka sur la population portugaise tout en injectant des réminiscences lointaines de l’histoire de Shéhérazade. Le conte oriental + le documentaire politique : pourquoi pas. D’autant plus que la nécessité d’un tel projet saute aux yeux, même du plus libéral des cinéphiles… Mais il s’avère en définitive totalement contre-productif, tant Gomes, faute de producteur et de monteur d

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Un festival (pas si) jeune public

ECRANS | Bien plus qu’un festival jeune public, Voir ensemble propose, quinze jours durant au Méliès, de réfléchir autour d’un cinéma qui cherche à éveiller la curiosité des spectateurs, jeunes comme moins jeunes, avec un focus pour cette deuxième édition sur le son et la musique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 février 2014

Un festival (pas si) jeune public

Vacances scolaires obligent, les festivals de cinéma jeune public prennent leurs quartiers dans les salles françaises. Certes, depuis l’instauration du tarif unique à 4€ pour les moins de 14 ans, c’est un peu la fête tout le temps pour les jeunes spectateurs, avec ce risque d’infantiliser toute la production et – ça a commencé – de voir les écrans truster par des films animés ineptes et régressifs. D’où l’utilité de Voir ensemble, le festival proposé par Le Méliès : son ambition n’est pas de compiler la production récente et à venir pour faire tourner le tiroir-caisse, mais bien de mettre en perspective les films présentés avec des stages, des rencontres et des soirées spéciales. Autre particularité : Voir ensemble ne cherche pas uniquement la nouveauté à tout crin, puisque cette édition n’hésite pas à proposer les copies neuves de trois classiques restaurés. D’abord Le Voyage de Chihiro, chef-d’œuvre qui consacra son auteur Hayao Miyazaki comme un des grands cinéastes de son temps grâce au Lion d’or obtenu à la Mostra de Venise – Lion qu’il a loupé, et c’est regrettable, avec son dernier et superbe

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Le Vent se lève

ECRANS | Pour ses adieux au cinéma, Hayao Miyazaki propose une fable ample, adulte et très personnelle mêlant histoire du Japon et envol romanesque pour dessiner un autoportrait en créateur aveuglé par sa passion. Magnifique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 janvier 2014

Le Vent se lève

Ce n’est pas la première fois qu’Hayao Miyazaki annonce sa retraite cinématographique ; c’est même devenu un sujet de plaisanterie comme furent, en leur temps, les adieux des mythiques Compagnons de la chanson… Non seulement Le Vent se lève donne un crédit évident à ce départ longtemps reporté, mais il explique aussi en creux les tergiversations du maître. Le parcours de son protagoniste, Jiro, évoque ainsi métaphoriquement celui de Miyazaki lui-même : celui d’un homme mû par une passion si exclusive qu’elle lui fait passer à côté du monde et de la vie. Ainsi, dès son plus jeune âge, Jiro s’obsède pour l’aviation, ayant trouvé un mentor imaginaire en la personne de Giovanni Caproni, pionnier italien de la construction. Devenu ingénieur, il va tout faire pour donner au Japon des modèles dignes de ceux fabriqués en Europe, et notamment dans l’Allemagne hitlérienne. Car Le Vent se lève se déroule dans une période tumultueuse de l’Histoire japonaise que Miyazaki circonscrit à deux événements : le séisme qui dévaste la région de Kanto et la participation de son pays à la Deuxième Guerre mondiale. Une dernière envolée Du premier, spectaculai

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Les Enfants-loups, Ame et Yuki

ECRANS | La Traversée du temps puis Summer wars avaient permis à Mamoru Hosoda d’incarner une possible relève de l’animation japonaise post-Miyazaki. Avec Les (...)

Christophe Chabert | Mardi 28 août 2012

Les Enfants-loups, Ame et Yuki

La Traversée du temps puis Summer wars avaient permis à Mamoru Hosoda d’incarner une possible relève de l’animation japonaise post-Miyazaki. Avec Les Enfants-loups, Ame et Yuki, il n’y a plus de doute : on est face à un grand cinéaste, qui signe ici un des films importants de l’année. Hosoda captive son spectateur dès l’introduction, idylle entre une jeune étudiante et un homme-loup qui donne naissance à deux enfants, Yuki et Ame. Plutôt que de s’appesantir sur les présupposés mythologiques de son récit, Hosoda préfère raconter avec délicatesse la naissance de cet amour, le temps de séquences superbes, enchaînement de plans sans dialogue rythmé par la belle musique de Kyôko Kitahara. Alors que l’histoire menace de verser dans le mélodrame, Hosoda prend un virage inattendu et va s’intéresser à l’éducation difficile (pour eux comme pour leur mère) des deux enfants, tiraillés entre leurs natures d’humain et de loup. Avec une grande souplesse de trait (dans l’animation comme dans la narration) et une attention constante aux détails, le cinéaste raconte comment un être se construit socialement et psychologiquement, par des hésitations, des reniements, en fa

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