Emily Blunt : « Mary Poppins est une super-héroïne qui place les autres au centre de l'histoire »

ECRANS | Suite lointaine d’un des plus grands triomphes des Studios Disney qui avait glané 5 Oscar (dont celui de la meilleure actrice pour Julie Andrews), "Le Retour de Mary Poppins" est le Disney de Noël 2018. Rencontre avec le réalisateur et l’interprète de la nounou magique.

Vincent Raymond | Mercredi 19 décembre 2018

Photo : 2018 Disney Enterprises, Inc. All Rights Reserved. / Jay Maidment


Signer la suite d'un film considéré comme un classique depuis un demi-siècle a de quoi impressionner, non ?

Rob Marshall : À chaque étape, cela a été impressionnant. Et un travail colossal. Mais si quelqu'un devait s'atteler à la tâche, je voulais que ce soit moi, car ce film signifie énormément pour beaucoup de personnes de ma génération. Il fallait que cette suite reflète dignement l'esprit du film de 1964, même si la barre était particulièrement haute.

Avec mes co-scénaristes Dave Magee et John de Luca, nous avons dû créer un script pour lier les parties musicales entre elles. Car les livres de P. L. Travers fonctionnent par épisodes ; il n'y a pas vraiment de narration liant les chapitres les uns aux autres. Puisque Le Retour de Mary Poppins dépeint l'époque de la Grande Dépression à Londres, il fallait comprendre les difficultés de cette période et trouver un écho très contemporain. C'était un exercice d'équilibriste d'arriver à cette touche moderne tout rendant hommage à la comédie musicale d'origine.

Le film de 1964 avait une dimension souterrainement politique avec la mère de famille suffragette ; celui-ci évoque l'avidité des banques même s'il les sauve à la fin…

RM : C'est inhérent à cette époque de la Dépression à Londres : toutes les maisons étaient saisies par les banques. En réalité, c'est une métaphore de la perte, et comment on la gère à l'âge adulte. Il s'agit là de combats de la vie difficiles à mener.

Emily, comment vous êtes-vous préparée à devenir Mary Poppins ? Et qu'allez-vous garder de ce rôle ?

Emily Blunt : Un de ses parapluies ! Sans le voler, j'ai, disons, mis la main dessus (rires). Sinon, comment je me suis préparée ? D'abord, le script était absolument exquis : on est arrivés à quelque chose de magique, de complexe dans la narration comme dans le jeu d'acteur.

Mary Poppins est une sorte de contradiction, finalement, comme une tapisserie riche en couleurs : à la fois pratique et fantastique, elle a les pieds sur terre et la tête en l'air. Elle montre de l'humanité, elle est amusante, mais avec un côté brut de décoffrage. Quant à son excentricité, Rob et moi avons essayé qu'elle soit le reflet du livre.

Mary Poppins est-elle une super-héroïne ?

EB : Les super-héros veulent toujours récolter des lauriers ; mais elle, pas du tout. Elle est mystérieuse, elle échafaude des plans qui permettent à chacun de se découvrir soi-même. Elle sème des graines pour que chacun découvre un autre point de vue de façon délicate et intelligente. En fait, c'est une super-héroïne qui place chaque personnage au centre de l'histoire.

Le Retour de Mary Poppins aussi une comédie musicale, avec une BO aux tonalités jazz et swing…

EB : C'était vraiment énergisant de chanter les airs de ce film ! Le compositeur voulait rendre hommage à la musique du film de 1964 – une source d'inspiration. Toutefois, on entre ici dans un autre chapitre de l'histoire, une nouvelle ère. Et il y a des mélodies avec des orchestrations incroyables que j'ai adoré chanter – comme j'adoré danser.

Pourquoi ne pas avoir réutilisé les standards du précédent film ?

RM : Nous aurions pu toutes les utiliser, mais nous développions un projet de comédie musicale originale. Il reste cependant de petites allusions au film de 1964 à des moments pivots. Par exemple, lorsque Mary Poppins apparaît, il y a trois notes. La BO initiale était très belle, mais il nous fallait trouver notre chemin sans avoir à y recourir trop souvent.

De la distribution originale, seul Dick van Dyke est figure au générique…

RM : Il a plus d'énergie à 92 ans qu'il n'en a jamais eu toute sa vie ; c'est de la caféine humaine ! Sur le plateau, il avait droit à deux ovations. D'abord parce qu'il existait, et après avoir tourné ! Le compter parmi nous, 54 ans après le premier film, c'était une bénédiction. J'en avais le souffle coupé. Le terme est galvaudé, mais c'était magique.

N'avez-vous pas envisagé de confier une apparition à Julie Andrews, l'interprète historique de Mary Poppins ?

RM : John De Luca et moi en avons parlé avec elle. C'est une amie de longue date : dans les années 1990, j'ai assuré la chorégraphie d'une production de Victor Victoria à Broadway et elle se réjouissait que nous fassions ce film : « Ça a pris du temps, 54 ans ! » Et quand il a été question d'une participation de quelque manière que ce soit, bien avant que l'on commence à écrire le scénario, elle a dit que c'était le film d'Emily Blunt, pas le sien.


Le retour de Mary Poppins

De Rob Marshall (ÉU, 2h04) avec Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda...

De Rob Marshall (ÉU, 2h04) avec Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda...

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Michael Banks travaille à la banque où son père était employé, et il vit toujours au 17 allée des Cerisiers avec ses trois enfants, Annabel, Georgie et John, et leur gouvernante Ellen. Comme sa mère avant elle, Jane Banks se bat pour les droits des ouvriers et apporte son aide à la famille de Michael. Lorsque la famille subit une perte tragique, Mary Poppins réapparaît magiquement dans la vie de la famille. Avec l’aide de Jack, l’allumeur de réverbères toujours optimiste, Mary va tout faire pour que la joie et l’émerveillement reviennent dans leur existence… Elle leur fera aussi découvrir de tout nouveaux personnages pleins de fantaisie, dont sa cousine, l’excentrique Topsy.


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"Little Joe" : graine de malheur

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Cela va finir par se voir : certains réalisateurs et comédiens n’aspirent qu’à garnir leur cheminée de trophées. Peu leur importe le film, du moment qu’il satisfait à quelques critères d’éligibilité : biopic avec sujet concernant, pathos et performance d’interprète bien apparente. Sa sinistre parenthèse Les Misérables refermée, Tom Hooper renoue donc avec le portrait académique en jetant son dévolu sur Einar Wegener, peintre danois(e) entré(e) dans l’Histoire pour avoir fait l’objet d’une opération de réattribution sexuelle. Mais Hooper, léger comme un bison scandinave, tangue entre clichés niais et ellipses hypocrites – ah, la ridicule propension à occulter les aspects biographiques trop abrupts ! Il ne suffit pas de costumer un acteur aux traits androgynes pour créer un personnage authentique, ni de lui demander d’exécuter des poses délicates et des grimaces pleines de dents comme Jessica Chastain pour figurer le trouble ou l’émoi. L’inspiration et l’originalité du Discours d’un roi semblent, décidément, taries…

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Sur le papier, il y a comme du high concept foireux derrière Edge of tomorrow : en gros, il s’agit d’opérer le croisement improbable entre Le Soldat Ryan, Un jour sans fin et Starship troopers, inspiré d’un manga d’Hiroshi Sakurazaka. D’ailleurs, le temps que la greffe prenne (quinze minutes) on reste un peu incrédule, avalant couleuvres scénaristiques sur couleuvres scénaristiques, en particulier celle qui envoie au front un officier spécialisé dans la communication, sans expérience de terrain et ayant dépassé la limite d’âge – Tom Cruise a beau faire tout ce qu’il peut pour le faire oublier, c’est aujourd’hui un quinquagénaire encore en forme mais trop vieux pour jouer les héros. Quand enfin tout est en place (un système assez ludique de reboot temporel qui permet à Cruise de rejouer un débarquement futuriste sur les plages normandes pour bousiller des aliens et retrouver une « full métal bitch » campée par la passionnante Emily Blunt), l’alliance entre le scénario habile et très bien écrit de Jez Butterworth (magistral dramaturge anglais) et Christopher MacQuarrie (déjà derrière l’excellent

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