"Continuer" : route que coûte

ECRANS | de Joachim Lafosse (Fr-Bel, 1h24) avec Virginie Efira, Kacey Mottet Klein, Diego Martín…

Vincent Raymond | Lundi 21 janvier 2019

Photo : Le Pacte


Son grand ado de fils ayant pris le mauvais chemin vers la violence et la rébellion, Sibylle tente un coup de poker en l'emmenant en randonnée équestre au cœur du Kirghizistan, loin de tout, mais au plus près d'eux. Le pari n'est pas exempt de risques, ni de solitude(s)...

Tirée du roman du même nom de Laurent Mauvignier, cette chevauchée kirghize va droit à l'essentiel : la rudesse des paysages permet à l'âpreté des sentiments de s'exprimer, de la tension absolue à la compréhension, avec un luxe de dents de scie. Le réalisateur Joachim Lafosse capture la haine fugace qui déchire ses protagonistes, la peur continue qu'un acte définitif ne vienne mettre un terme à leurs tentatives de communiquer, comme les joies insignifiantes – celle, par exemple, de retrouver un iPod perdu dans la steppe. À l'initiative de l'équipée, Sibylle n'est pas pour autant une mère d'Épinal rangée derrière son tricot : son exubérance, son intempérance et sa relation… épisodique avec le père de Samuel expliquent une partie de ses propres fractures, qui ont beaucoup à voir avec celles que son fils doit réduire.

Lafosse confirme ici qu'il n'en a décidément pas terminé avec les familles dysfonctionnelles, ni les influences troubles entre adultes et adolescents. Quant à la réussite de son film, elle doit aussi beaucoup à son duo d'excellents interprètes, Kacey Motten-Klein et Virginie Effira – laquelle confirme la belle inflexion observée l'an dernier.


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De Joachim Lafosse (Fr-Bel, 1h24) avec Virginie Efira, Kacey Mottet Klein...

De Joachim Lafosse (Fr-Bel, 1h24) avec Virginie Efira, Kacey Mottet Klein...

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Sibylle, mère divorcée, ne supporte plus de voir son fils adolescent sombrer dans une vie violente et vide de sens. Elle va jouer leur va-tout en entraînant Samuel dans un long périple à travers le Kirghizistan. Avec deux chevaux pour seuls compagnons, mère et fils devront affronter un environnement naturel aussi splendide qu’hostile, ses dangers, son peuple… et surtout eux-mêmes !


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“Benedetta” de Paul Verhoeven : La chair et le sang

Cannes 2021 | Exaltée par sa foi et la découverte de la chair, une nonne exerce une emprise perverse sur ses contemporains grâce à la séduction et au verbe. Verhoeven signe nouveau portrait de femme forte, dans la lignée de Basic Instinct et Showgirls, en des temps encore moins favorables à l’émancipation féminine. Quand Viridiana rencontre Le Nom de la Rose…

Vincent Raymond | Mardi 13 juillet 2021

“Benedetta” de Paul Verhoeven : La chair et le sang

Italie, début du XVIIe siècle. Encore enfant, Benedetta Carlini entre au monastère des Théatines de Pescia où elle grandit dans la dévotion de la Vierge. Devenue abbesse, des visions mystiques de Jésus l’assaillent et elle découvre le plaisir avec une troublante novice, sœur Bartolomea. Son statut change lorsqu’elle présente à la suite d’une nuit de délires les stigmates du Christ et prétend que le Messie parle par sa voix. Trucages blasphématoires ou miracle ? Alors que la peste menace le pays, la présence d’une potentielle sainte fait les affaires des uns, autant qu’elle en défrise d’autres… Les anges du péché Entretenue depuis son enfance dans un culte dévot de la Vierge, conditionnée à adorer des divinités immatérielles omnipotentes, coupée du monde réel, interdite et culpabilisée lorsqu’il s’agit d’envisager les sensations terrestres, Benedetta vit de surcroît dans un monde de fantasmes et de pensées magiques, où chaque événement peut être interprété comme un signe du ciel (ce que la superstition ambiante ne vient surtout pas démentir). Prisonnière d’une commu

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"Adieu les cons" : seuls contre tous

ECRANS | ★★★★☆ De et avec Albert Dupontel (Fr., 1h28) avec également Virginie Efira, Nicolas Marié…

Vincent Raymond | Mardi 20 octobre 2020

Il est suicidaire, elle est condamnée. Elle cherche son enfant abandonné, il veut bien lui donner un coup de main (un peu forcé par les circonstances), avec l’appoint d’un non-voyant traumatisé par la police et leurs violences… aveugles. L’expérience (réussie) d’adaptation au format superproduction, Au revoir là-haut (2017), ne signifiait donc pas rupture avec le cinéma d’avant d’Albert Dupontel – cet artisanat esthétique peuplé de rebelles aux instances autoritaires de la société, à son arbitraire stupide, à ses absurdités. Et comme pour Robert Guédguian à l’occasion du Promeneur du Champ de Mars, le fait de s’octroyer cette parenthèse aura été salutaire : l’auteur-interprète se retrouve en renouant avec son univers tant burlesque que satirique, où s’invitent les témoins habituels de sa causticité (le prodigieux Nicolas Marié, Terry Gilliam…), de savoureuses apparitions et une nouvelle venue touchante,

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"Just Kids" : seuls les mômes

ECRANS | De Christophe Blanc (Fr.-Sui., 1h43) avec Kacey Mottet Klein, Andrea Maggiulli, Anamaria Vartolomei…

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Après la mort accidentelle de leur père, Mathis, 10 ans, se retrouve sous la responsabilité de Jack, 19 ans. Une charge bien lourde pour les deux : le cadet ne tient guère en place, et le jeune adulte espère un miracle en reprenant les combines louches et foireuses du paternel… Comment totalement détester ce film sur la trajectoire de gamins livrés à eux-mêmes, en manque de père et de repères, hésitant entre suivre les traces d’un défunt peu reluisant ou créer de nouvelles attaches ? Mais comment totalement aimer ce film aux criants airs de déjà-vu chez Téchiné, Kahn, Bercot ou Doillon, entre autres cinéastes plutôt fréquentables par ailleurs ? Le road movie familial initiatique, les jeunes fratries confrontées ensemble et individuellement à des problématiques de deuil, l’incorporation d’une sous-trame noire sont censés apporter un chaos supplémentaire à la situation instable des personnages, et donc de la surprise. Mais ces relances narratives procèdent dans ce contexte de la simple logique, pour ne pas dire de la convention. Sinon, il y a quelques beaux plans du Grenoblois, pour les amateurs.

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"Sibyl" : voleuse de vie

ECRANS | Une psy trouve dans la vie d’une patiente des échos à un passé douloureux puis s’en nourrit avec avidité pour écrire un roman en franchissant les uns après les autres tous les interdits. Et si, plutôt que le Jim Jarmusch, "Sybil" de Justine Triet, en salle vendredi 24 mai, était le film de vampires en compétition à Cannes ?

Vincent Raymond | Mardi 21 mai 2019

Alors qu’elle cesse peu à peu ses activités de psychanalyste pour reprendre l’écriture, Sibyl (Virginie Efira) est contactée par Margot (Adèle Exarchopoulos), une actrice en grande détresse qui la supplie de l’aider à gérer un choix cornélien. Sybil accepte, mais elle va transgresser toutes les règles déontologiques… « On construit sur la merde » lâche à un moment Sibyl à sa patiente désespérée, comme l’aveu de sa propre déloyauté : pour accomplir son œuvre artistique et se réconcilier avec son propre passé, n’est-elle pas en train de piller les confidences de Margot, d'interférer dans sa vie ? Comme si la pulsion créatrice l’affranchissait des commandements inhérents à sa profession de thérapeute, et justifiait son entorse éthique majeure. Dans Petra de Jaime Rosales sorti il y a deux semaines, un grand artiste (mais être humain parfaitement immonde) proclamait qu’il fallait être d’un égoïsme total pour réussir dans sa partie ; à sa manière, Sibyl suit son précepte. Coup de

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"L'Adieu à la nuit" : Catherine Deneuve, grand-mère la lutte

ECRANS | Une grand-mère se démène pour empêcher son petit-fils de partir en Syrie faire le djihad. André Téchiné se penche sur la question de la radicalisation hors des banlieues et livre avec son acuité coutumière un saisissant portrait d’une jeunesse contemporaine. Sobre et net.

Vincent Raymond | Vendredi 19 avril 2019

Printemps 2015. Dirigeant un centre équestre, Muriel (Catherine Deneuve) se prépare à accueillir Alex (Kacey Mottet Klein), son petit-fils en partance pour Montréal. Mais ce dernier, qui s’est radicalisé au contact de son amie d’enfance (Oulaya Amamra), a en réalité planifié de gagner la Syrie pour effectuer le djihad. Muriel s’en aperçoit et agit… Derrière une apparence de discontinuité, la filmographie d’André Téchiné affirme sa redoutable constance : si le contexte historique varie, il est souvent question d’un "moment" de fracture sociétale, exacerbée par la situation personnelle de protagonistes eux-mêmes engagés dans une bascule intime – le plus souvent, les tourments du passage à l’âge adulte. Ce canevas est de nouveau opérant dans L’Adieu à la nuit, où des adolescent·es en fragilité sont les proies du fondamentalisme et deviennent les meilleurs relais des pires postures dogmatiques. Muriel, ou le temps d’un départ Sans que jamais la ligne dramatique ne soit perturbée par le poids de la matière documentaire dont il s’inspire, L’Adieu à

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"Un amour impossible" : Christine Angot réussit bien à Catherine Corsini

ECRANS | de Catherine Corsini (Fr, 2h15) avec Virginie Efira, Niels Schneider, Estelle Lescure…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Châteauroux, années 1950. Rachel Steiner est courtisée par Philippe, un fils de famille portant beau. Hostile à toute mésalliance sociale, il repart laissant Rachel enceinte. Bien plus tard, après plusieurs retrouvailles épisodiques houleuses, Philippe renoue le contact avec leur fille Chantal… Adaptant ici le "roman autobiographique" (on ne sait comment qualifier le genre de récit qu’elle pratique) de Christine Angot, Catherine Corsini réussit plusieurs tours de force. S’approprier son histoire tout en rendant digeste et dicible la voix de l’autrice sans la contrefaire, et raconter avec élégance ce qui rappelle la noirceur incestueuse de Perrault dans Peau d’Âne comme des meilleures tragédies raciniennes (où les amours sont aussi impossibles, car univoques). Renversant le propos du conte, l’ogre symbolique s’incarne ici dans un homme exerçant son emprise toxique et dévorante sur deux femmes… dont l’une est sa fille. À cette lecture analytique se superpose en fin de film une interprétation sociale qui, si elle évoque dans la forme le dénouement de Psychose où le comportement déviant du héros est "expliqué", marque surtout la

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Xabi Molia : « Je place Kad Merad au même rang que Denis Podalydès »

ECRANS | Dans la peau d’un petit escroc à l’aura pâlissante, Kad Merad effectue pour "Comme des rois" de Xabi Molia une prestation saisissante, troublante pour lui car faisant écho à sa construction d’acteur. Rencontre croisée.

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

Xabi Molia : « Je place Kad Merad au même rang que Denis Podalydès »

Xabi Molia, quelle a été la genèse de Comme des rois ? Xabi Molia : L’idée est venue d’une manière assez amusante. Il faut savoir que j’ai le profil du bon pigeon : j’adore qu’on me raconte des histoires. Je me suis donc fait arnaquer assez régulièrement, et notamment une fois à la gare Montparnasse. Pendant que j’attendais le départ de mon train, un type est monté et m’a raconté une histoire très alambiquée… Je ne saurais la raconter, mais l’enjeu c’était 20 euros. Je me souviens m’être méfié et l’avoir poussé dans ses retranchements ; mais lui retombait sur ses pattes, trouvait de nouveaux trucs pour que son histoire tienne debout. Bref, il me prend ces 20 euros et je ne le revois évidemment jamais. J’ai d’abord été déçu de m’être fait délester de 20 euros. Mais finalement, il les avait quand même gagnés de haute lutte ! Et j’ai imaginé ce que ce type avait peut-être dit à sa femme le matin : « bon bah moi aujourd’hui je vais Gare Montparnasse, j’ai un nouveau

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"Comme des rois" : l’embrouille en héritage

ECRANS | Un bonimenteur de porte-à-porte à la rue donne malgré lui le virus de la comédie à son fils… Avec son troisième long-métrage, le réalisateur français Xavi Molia signe une splendide comédie sociale aux accents tragiques, portée par Kacey Mottet-Klein et Kad Mérad, touchants dans l’expression maladroite d’une affection mutuelle.

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

Volubile embobineur, Joseph a connu des jours meilleurs dans l’escroquerie. Pour se sortir de cette période un peu délicate, il pense pouvoir compter sur sa famille, et en particulier sur Micka, son fils qu’il a patiemment formé. Mais ce dernier rêve d’exercer ses talents ailleurs : sur scène. Aspirer à être comme un roi, c’est un peu construire des châteaux en Espagne : viser un objectif prestigieux, tout en sachant inconsciemment en son for intérieur qu’il est d’une essence incertaine. On ne pourrait mieux résumer le personnage de Joseph, artisan-escroc à l’ancienne dont les talents de hâbleur ne lui permettent plus que de ramasser des miettes dans un monde contemporain le dépassant chaque jour davantage. Bateleur sans public, il demeure seigneur révéré d’une famille soudée dans le délit, mais assiste impuissant à la rébellion paradoxale de son fils dont il réprouve les choix et déplore l’absence de conscience criminelle. Un fils qui, de surcroît, le surpasse dans sa branche. Art, niaque et arnaques Xabi Molia avait entre ses doigts un sujet de tragédie shakespearienne et de comédie italienne, une pichenette pouvant faire pencher son film d’un c

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"Vent du Nord" : délocalisation mon désamour

ECRANS | Prouvant que la misère est aussi pénible au soleil que dans les zones septentrionales, le réalisateur Walid Mattar offre dans son premier long-métrage un démenti catégorique à Charles Aznavour. Et signe un film double parlant autant de la mondialisation que de la famille. Bien joué.

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Délocalisation d’usine au nord (de la France). Grâce aux indemnités qu’il a acceptées, Hervé espère devenir pêcheur et convertir son glandouilleur de fils. Relocalisation au sud (en Tunisie). Embauché, Foued rêve grâce à ce job de conquérir Karima et de disposer d’une mutuelle. Que de rêves bâtis sur du sable… À l’aube du XXIe siècle néo-libéraliste, quand le capitalisme se réinventait dans des bulles virtuelles, une théorie miraculeuse promettait des lendemains de lait et de miel (un peu comme celle du "ruissellement" de nos jours) : la "convergence". Force est de reconnaître aujourd’hui qu’elle n’était pas si sotte, s’étendant au-delà des contenants-contenus médiatiques. Enfin, tout dépend pour qui… Du nord au sud en effet, l’accroissement des inégalités a depuis fait converger les misères, les plaçant au même infra-niveau social : les contextes semblent différents, mais la matière première humaine subit, avec une sauvagerie identique, le même nivellement par le bas. Mistral perdant Sur un thème voisin du maladroit

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"Victoria" : c'est ça le renouveau de la comédie française ?

ECRANS | de Justine Triet (Fr., 1h36) avec Virginie Efira, Vincent Lacoste, Melvil Poupaud…

Vincent Raymond | Mardi 13 septembre 2016

Une avocate mère célibataire blonde vivant dans une tour héberge un ancien dealer qu’elle emploie comme nounou, plaide au tribunal avec un chien et un singe… Vous en voulez encore pour faire une comédie française branchouille ? Alors faites infuser avec une distribution ébouriffante d’originalité : Virginie Efira ("tellement à contre-emploi", comme à chaque film, alors qu’elle choisit toujours des rôles de mère/femme dépassée demeurant malgré tout impeccable et pimpante), Vincent Lacoste ("tellement avec des lunettes") et Melvil Poupaud ("tellement revenu en grâce"). On sent bien que Justine Triet, réalisatrice en 2013 de La Bataille de Solférino, lorgne du côté de la comédie cukoro-capro-hawksienne, mais elle n’a pas l’équipage adapté, ni les trépidations du scénario pour rivaliser avec les cavalcades de Cary Grant ou de Katharine Hepburn. Factice et convenu, Victoria bénéficie de rares bouffées détonantes grâce au personnage de l’ancien compagnon de l’héroïne joué par Laurent Poitrenaux : un écriv

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"L’Économie du couple" : un douloureux huis clos

ECRANS | de Joachim Lafosse (Bel./Fr., 1h40) avec Bérénice Bejo, Cédric Kahn, Marthe Keller…

Vincent Raymond | Mercredi 27 juillet 2016

Déjà qu’il est peu plaisant d’être le témoin privilégié d’une dispute de couple ; alors imaginez une compilation de soupes à la grimace, d’arguties fielleuses et de museaux bouffés servie par un duo jamais à court de reproches mutuels, achoppant sur sa séparation à cause d’une appréciation différente de la valeur du domicile conjugal. Des considérations tristement mesquines, à hauteur de porte-monnaie, montrant combien (sic) la passion est volatile, et ce qu’il peut rester d’un mariage lorsque la communauté amoureuse se trouve réduite… aux acquêts. Douloureux, éprouvant à voir – pour ne pas dire à subir –, ce quasi huis clos signé du pourtant respectacle Joachim Lafosse est moins insupportable lorsque des amis, invités dans cet enfer domestique, sont pris à témoins par les deux belligérants. Le temps d’une seule séquence, qu’on soupçonne d’être le prétexte du film – un court-métrage aurait suffi. Pour achever la punition, on se mange ici après Camping 3 un nouveau titre de Maître Gims in extenso. Pas pas très charitable pour le spectateur…

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"Elle" : petit Verhoeven pour petite Huppert

ECRANS | Curieuse cette propension des cinéastes étrangers à venir filmer des histoires pleines de névroses en France. Et à faire d’Isabelle Huppert l’interprète de cauchemars hantés par une sexualité aussi déviante que violente. Dommage que parfois, ça tourne un peu à vide.

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Près d’un quart de siècle après avoir répandu une odeur de soufre à Cannes grâce à Basic Instinct, Paul Verhoeven est donc revenu sur la Croisette dégourdir des jambes un peu ankylosées par dix années d’inactivité, escortant un film doté de tous les arguments pour séduire le jury ou, à défaut, le public français : un thriller sexuel adapté de Philippe Djian et porté par Isabelle Huppert. Titré comme une comédie de Blake Edwards (1979) avec Bo Derek et Dudley Moore, le Elle de Verhoeven ne prête pas à sourire : l’héroïne Michèle (qui assume déjà depuis l’enfance d’être la fille d’un meurtrier en série) se trouve violée chez elle à plusieurs reprises par un inconnu masqué. Mais comme c’est Huppert qui endosse ses dentelles lacérées, on se doute bien qu’elle ne subira pas le contrecoup normal d’une telle agression (effondrement, rejet de soi, prostration etc.), et se bornera à afficher une froideur indifférente à tout et à tous – sa fameuse technique de jeu "plumes de canard", les événements petits ou gros glissant en pluie égale sur ses frêles épaules, lui arrachant au mieux un “oh…” surpris. Basique

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Quand on a 17 ans

ECRANS | Deux ados mal dans leur peau se cherchent… et finissent par se trouver à leur goût. Renouant avec l’intensité et l’incandescence, André Téchiné montre qu’un cinéaste n’est pas exsangue à 73 ans. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Quand on a 17 ans

On avait un peu perdu de vue André Téchiné depuis quelques années : le cinéaste a pourtant tourné sans relâche (et en rond), s’inspirant volontiers de faits divers pour des films titrés de manière la plus vague possible – La Fille du RER, L’Homme qu’on aimait trop… Un cinéma à mille lieues de ses grandes œuvres obsessionnelles et déchirantes des années 1970-1990, de ses passions troubles, lyriques ou ravageuses. Comme si le triomphe des Roseaux sauvages (1994), puisé dans sa propre adolescence, avait perturbé le cours initial de sa carrière… Cela ne l’a pas empêché d’asséner de loin en loin un film pareil à une claque, à une coupe sagittale dans l’époque – ce fut le cas avec Les Témoins (2007), brillant regard sur les années sida. Le chenu et les roseaux De même que certains écrivains trouvent leur épanouissement en tenant leur journal intime, c’est en prenant la place du chroniqueur que Téchiné se révèle le plus habile, accompagnant ses personnages de préférence sur un

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Les Chevaliers blancs

ECRANS | S’inspirant de l’affaire de l’Arche de Zoé, Joachim Lafosse confie à un Vincent Lindon vibrant un rôle d’humanitaire exalté prêt à tout pour exfiltrer des orphelins africains. L’année 2016 pourrait bien être aussi faste que la précédente pour le comédien récompensé à Cannes avec “La Loi du marché”.

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

Les Chevaliers blancs

Qu’il situe ses histoires dans le cadre intime d’une famille en train de se disloquer (Nue Propriété, À perdre la raison) ou, comme ici, au sein d’un groupe gagné par le doute et miné par les tensions, Joachim Lafosse suit film après film des schémas psychologiques comparables : il décrit des relations excessives, où un dominateur abusif exerce une subjugation dévastatrice sur son entourage. Cette figure charismatique n’est pas toujours animée dès le début d’intentions malveillantes : ainsi, le personnage que joue Lindon dans Les Chevaliers blancs est mû par une mission humanitaire qu’il considère comme supérieure à toute autre considération, toute contingence, y compris la sécurité des membres de son équipe. La poursuite orgueilleuse de son idéal va le faire glisser dans une spirale perverse. Hors de tout manichéisme, Lafosse ne réduit pas ce mentor déviant aux seuls effets de sa malignité : sans chercher à

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Et ta sœur

ECRANS | De Marion Vernoux (Fr, 1h35) avec Grégoire Ludig, Virginie Efira, Géraldine Nakache…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Et ta sœur

De même qu’on parle d’auteurs pour écrivains, il doit exister des réalisateurs pour cinéastes, dont les films, s’ils passent quasi inaperçus sur nos écrans, exercent une irrépressible attraction sur leurs confrères – au point de les inciter à en tourner des remakes. Le cinéma de Lynn Shelton semble être de cette trempe, qui a déjà conduit Yvan Attal à transposer Humpday (devenu sous sa patte Do Not Disturb) ; c’est à présent au tour de Marion Vernoux de succomber à son appel en adaptant ici l’obscur Ma meilleure amie, sa sœur et moi (2013). Le résultat n’a certes rien de déshonorant, mais on a du mal à comprendre le sens de sa démarche : le fond ni la forme n’ont l’air d’être transcendés par l’auteure française, ni de connaître de substantielle modification – on reste dans du marivaudage insulaire, avec effet téléfilm de prestige. Demeure, enfin, cette question sans réponse : sachant que l’improvisation constitue l’une des caractéristiques majeures du travail de Shelton, pourquoi avoir cherché à répliquer par l’écriture ce qu

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Caprice

ECRANS | Après le virage dramatique raté d’"Une autre vie", Emmanuel Mouret revient à ce qu’il sait faire de mieux, le marivaudage comique autour de son éternel personnage d’amoureux indécis, pour une plaisante fantaisie avec une pointe d’amertume. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Caprice

L’ingrédient typique d’une bonne comédie pourrait se résumer à cela : prenez un individu ordinaire, plutôt bien dans sa vie et dans sa peau, puis faites lui traverser des épreuves dramatiques pour lui mais drôles pour le spectateur, avant de le ramener dans son environnement initial. Le discret culot dramaturgique de Caprice, le nouveau film d’Emmanuel Mouret, consiste à renverser ce schéma. Au départ, Clément (Mouret lui-même, retrouvant avec délectation son registre d’amoureux indécis et maladroit) est un instituteur pas franchement en veine : divorcé et gérant tant bien que mal la garde alternée de son fils, il passe ses soirées seul au théâtre à admirer Alicia (Virginie Efira), une actrice hors de sa portée sociale. Le bonheur va lui tomber dessus sans prévenir : non seulement Alicia s’éprend de lui, mais il séduit sans le vouloir une autre fille, Caprice (Anaïs Demoustier), aussi charmante qu’envahissante. Trop de bonheur Le problème de Clément, c’est donc que tout va (trop) bien et ce soudain accès de félicité provoque en retour atermoiements et culpabilité. Mouret ne fait ici que retrouver ce qui a toujours été son territoire de pr

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Dead man talking

ECRANS | De et avec Patrick Ridremont (Belg, 1h41) avec Virginie Efira, François Berléand…

Christophe Chabert | Jeudi 21 mars 2013

Dead man talking

Qui trop embrasse, mal étreint. Pour sa première réalisation, Patrick Ridremont avait visiblement beaucoup de sujets à traiter : la relativité de la justice, la mise en spectacle de celle-ci par l’intrusion de la télévision, les regrets d’un homme condamné à laisser sa vie en plan sans l’avoir accomplie… Sa mise en scène traduit le même appétit de tout faire en même temps : de la comédie de caractère, de l’étude psychologique, un zeste de film noir… Cette générosité n’est pas blâmable, mais elle est contre-productive à l’écran ; surtout, le film souffre d’une esthétique de court-métrage étiré, avec ses décors cheap et irréalistes, son concept décliné jusqu’à plus soif et surtout, l’omniprésence d’un dialogue sentencieux qui prend sans cesse le pas sur l’image et l’action. Quant à Virginie Efira, pourtant en passe de trouver enfin une crédibilité sur grand écran avec 20 ans d’écart, elle est ici totalement à côté de la plaque. Christophe Chabert

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Cinéaste libre

ECRANS | Avec "À perdre la raison", Joachim Lafosse risque de trouver une reconnaissance publique que son film précédent, le pourtant excellent "Élève libre", ne laissait pas deviner. Il s’explique ici sur ce désir de devenir un cinéaste populaire sans pour autant renier ce qui a fait la force de son cinéma, un regard cruel sur les limites morales de la société contemporaine. Propos recueillis par Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Mercredi 22 août 2012

Cinéaste libre

Comment avez-vous été en contact avec le fait-divers dont À perdre la raison s’inspire et quand avez-vous eu envie d’en tirer un film ?Joachim Lafosse : Il y a cinq ans, je suis dans ma voiture quand j’entends parler de cette histoire. Et ça me laisse dans l’effroi, je ne comprends pas. Je rentre à la maison, j’en parle à des amis, à ma femme et tous me disent c’est impensable, c’est incompréhensible. Puis j’écoute les informations et j’ai l’impression qu’on est en train de fabriquer un monstre. À ce moment-là, je vais voir mes co-auteurs et je leur demande si on ne pourrait pas faire un film pour rendre ce passage à l’acte un peu plus pensable, imaginable et compréhensible, même s’il reste d’énormes vides et qu’on ne répondra pas à toutes les questions. Je pense qu’il y a des actes monstrueux mais qu’il n’y a pas de monstres. Il fallait rendre un visage à celle qui commet cet acte monstrueux. Par ailleurs, il se trouve que c’était au moment où j’allais être papa, ce qui n’est pas si hasardeux que ça. Qu’est-ce qui vous a frappé dans cette histoire ?Le récit médiatique est une chose, mais ça ne fait pas un film. Le t

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À perdre la raison

ECRANS | Pour ce film plus ouvert mais tout aussi dérangeant que ses précédents, Joachim Lafosse s’empare d’un fait-divers et le transforme en tragédie contemporaine interrogeant les relents de patriarcat et de colonialisme de nos sociétés. Fort et magistralement interprété. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Mardi 17 juillet 2012

À perdre la raison

Il y a, à la fin d’À perdre la raison, une séquence admirable— ce n’est pas la seule du film. Murielle sort de chez sa psychanalyste et se retrouve dans sa voiture à écouter Femmes je vous aime de Julien Clerc. Elle en fredonne approximativement les paroles, puis s’arrête et fond en larmes. En trois minutes et un seul plan, c’est comme si le film, le personnage et l’actrice (Émilie Dequenne, comme on ne l’avait jamais vue) lâchaient tout ce qu’ils retenaient jusqu’ici, dernière respiration avant le drame ou l’asphyxie. Car À perdre la raison est construit comme une toile d’araignée, un piège qui se referme sur son personnage, d’autant plus cruel que personne n’en est vraiment l’instigateur. Ce qui se joue ici, ce sont les nœuds d’une société où les choses que l’on croit réglées (le colonialisme, la domination masculine) reviennent comme des réflexes inconscients, provoquant leur lot de tragédies. Patriarche de glace Celle du film a pour base un fait-divers : une mère qui assassine ses quatre enfants. On ne révèle rien, puisque Lafosse en fait l’ouverture de son film. Cette honnêteté-là est aussi celle qui amène le cinéaste à ne jamais

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Rec 3 : Genesis

ECRANS | De Paco Plaza (Esp, 1h20) avec Leticia Dolera, Diego Martin…

François Cau | Vendredi 30 mars 2012

Rec 3 : Genesis

Koldo et Clara vont se marier. Du coup, la famille et les potes sont réunis, et tous ont sorti leur vieux caméscope pour immortaliser l’événement. Histoire d’avoir de beaux souvenirs bien filmés, on a même rameuté un geek qui ne jure que par la Nouvelle vague et le cinéma-vérité, et le voilà avec sa steadycam et son matos HD pour jouer les metteurs en scène. Il ne manque plus qu’un bon virus cannibale pour que ce troisième Rec ressorte l’artillerie lourde du faux docu à base d’images amateurs, passablement galvaudé par les Américains entre temps. Après 15 minutes furieuses, expérimentales et baignées dans une satire mordante du mauvais goût espagnol, Paco Plaza réserve une surprise de taille au spectateur : la caméra vidéo tombe par terre, se casse et… un film classique commence. On a d’abord envie de l’embrasser sur la bouche pour cette heureuse initiative, mais on déchante vite… Ce qu’il propose en échange n’est qu’un film d’horreur pour vidéo-club, dont l’insistante référence au cinéma des années 80, parodique et fun jusqu’au ridicule (le héros se promène en armure comme un chevalier ahuri pendant que sa copine défouraille du zombie à la tronçonneuse !) lasse très vi

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Mon pire cauchemar

ECRANS | D’Anne Fontaine (Fr-Belg, 1h43) avec Isabelle Huppert, Benoît Poelvoorde…

François Cau | Vendredi 4 novembre 2011

Mon pire cauchemar

Démonstration que la comédie n’est pas genre aisé, Mon pire cauchemar pense que son pitch (une grande bourgeoise parisienne amatrice d’art contemporain doit supporter un plombier belge alcoolique et grossier) suffit à emporter le morceau. Et, plutôt que de laisser Huppert et Poelvoorde chercher, comme leurs personnages, un territoire commun à l’écran, Anne Fontaine les enferme dans leurs emplois respectifs, provoquant artificiellement le rapprochement par les grosses ficelles du scénario. Du coup, elle se contente d’enchaîner les situations attendues, gonflant l’affaire avec une sous-intrigue redondante entre le mari coincé et une salariée de pôle emploi branchée bio et nature (un tandem de cinéma pour le coup impossible entre la scolaire Virginie Éfira et le roué André Dussollier). Il n’y a ni rire, ni malaise là-dedans ; juste un regard cruel qui, dans le drame, provoquait parfois une petite fascination (Nettoyage à sec, Entre ses mains) mais qui ici fait plutôt penser au Chatiliez des mauvais jours. CC

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Élève libre

ECRANS | L’éducation scolaire et sexuelle d’un adolescent par un trio de quadras aux intentions opaques : signé Joachim Lafosse, le film le plus troublant et gonflé de ce début d’année. Christophe Chabert

François Cau | Lundi 2 février 2009

Élève libre

Ça s’appelle un grand écart : après l’exaspérant Nue propriété, Joachim Lafosse crée la surprise avec Élève libre. En apparence pourtant, le cinéaste continue sur sa lancée : figure centrale d’adolescent paumé, absence de musique et goût du plan-séquence poussé à l’extrême. Mais là où Nue propriété tentait de dramatiser le vide et l’ennui, Élève libre est une œuvre basée sur un crescendo romanesque aussi discret qu’essentiel. Jonas loupe son année scolaire et échoue à intégrer le circuit du tennis pro. Si ses parents (séparés) n’ont pas l’air de s’émouvoir de son sort, trois quadragénaires (un couple et un homme seul) dont on ignorera jusqu’au bout comment ils sont entrés dans sa vie, pensent qu’il y a quelque chose à faire de Jonas. Pierre notamment (Jonathan Zaccaï, énorme) va lui donner des cours particuliers dans toutes les matières pour qu’il décroche une équivalence du BEPC. Diplôme de langues Au détour d’une des nombreuses conversations à table entre les quatre personnages, la parole glisse abruptement vers la vie sentimentale de Jonas. Il a une copine, aussi jeune et inexpérimentée que lui, et cette situation intéresse

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