"Dragons 3 : le monde caché" : la flamme de sa vie

ECRANS | de Dean DeBlois (ÉU, 1h34) animation

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Photo : ©Universal Pictures International France


Mâle alpha et donc roi des dragons, Krokmou n'est plus tout à fait le seul survivant de son espèce : une femelle Furie Éclair existe et elle est entre les mains de Grimmel, un féroce exterminateur de dragons. Harold et Astrid vont devoir faire feu de tout bois pour le sauver, ainsi que leur village…

Cela devait arriver. Non pas qu'un troisième volet de la franchise méga-rentable voie le jour, mais que Krokmou fasse des petits. Encore faut-il qu'il déclare au préalable sa flamme à sa dulcinée, ce qui donne lieu à une réjouissante parade où l'animal, mélange indéfinissable de félin et de saurien, balance entre le grotesque et le touchant de l'ado faisant sa cour.

Harold et Astrid en étant au même stade (avec des roucoulades moins dandinantes, il est vrai), cet opus printanier exhale une fragrance saison des amours, soutenue par la thématique secondaire du film : la question du détachement, doublement métaphorisée. Car si les appariements entre jeunes entraînent le départ du nid familial, la découverte d'un nouveau monde perdu où les dragons peuvent vivre en paix implique la fin de leur domestication (ou apprivoisement) par les vikings.

Sans surprise, Harold va donc dire au revoir à son doudou/dragon transitionnel, après avoir affronté un vilain pas beau ressemblant à un morphing interrompu entre Billy Idol, Frank Langella et Gérard Darmon. Rien que ça, c'est chaud…


Dragons 3 : Le monde caché

De Dean DeBlois (2019, ÉU, 1h44) avec Donald Reignoux, Florine Orphelin...

De Dean DeBlois (2019, ÉU, 1h44) avec Donald Reignoux, Florine Orphelin...

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Harold est maintenant le chef de Berk au côté d'Astrid et Krokmou, en tant que dragon, est devenu le leader de son espèce. Ils réalisent enfin leurs rêves de vivre en paix entre vikings et dragons. Mais lorsque l'apparition soudaine d'une Furie Eclair coïncide avec la plus grande menace que le village n'ait jamais connue, Harold et Krokmou sont forcés de quitter leur village pour un voyage dans un monde caché dont ils n'auraient jamais soupçonnés l'existence.


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"Manifesto" : treize fois Cate Blanchett

ECRANS | de Julian Rosefeldt (All, 1h38) avec Cate Blanchett, Ruby Bustamante, Ralf Tempel…

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

Art véhiculaire par excellence, le cinéma reflète et diffuse bien fraternellement les œuvres créées dans d’autres disciplines. Mais toutes les propositions conceptuelles ne supportent pas de manière égale l’inscription dans le cadre cinématographique : la plupart nécessitent un minimum de transposition, d’adaptation au langage audiovisuel. Certaines demeurent cependant hermétiques ou absconses au grand public, pouvant même susciter un violent rejet de sa part lorsqu’elles dissimulent leur véritable propos derrière un paravent commercial – souvenons-nous du déconcertant Zidane, un portrait du XXIe siècle (2006) de Gordon et Parreno, qui avait plus à voir avec l’entomologie abstraite qu’avec l’hagiographie sportive. Manifesto se présente partiellement masqué, avançant un double concept : une mise en images libre de quelques grands écrits théoriques ayant structuré la pensée politique ou artistique humaine ET l’interprétation/déclamation desdits textes par la même comédienne incarnant treize personnages (disons, stéréotypes) différents ; ici Cate Blanchett. Dès lors, il faut dissocier les deux approches. La pr

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Truth : le Prix de la vérité

ECRANS | de James Vanderbilt (E.-U., 2h05) avec Robert Redford, Cate Blanchett, Denis Quaid…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Truth : le Prix de la vérité

Qu’un film consacré, peu ou prou, aux conditions de mise à la retraite d’un vieux crocodile de la TV étasunienne (Dan Rather, c’est PPDA multiplié par Drucker exposant Labro) soit mieux ficelé et plus efficace que Spotlight et son cortège de révélations sordides sur l’Église et la société bostonienne, a de quoi faire rager. Même si, certes, Truth se veut avant tout le portrait d’une productrice de CBS, Mary Mapes, licenciée pour avoir révélé que George W. Bush avait menti sur son passé militaire – la chaîne renvoyant ainsi l’ascenseur à un Président très bienveillant pour son business. Hélas, l’affaire Mapes n’est qu’un épiphénomène illustrant une tendance que Rather (campé un Redford forcément crédible : il était déjà reporter à l’époque des Hommes du Président), témoin actif, pour ne pas dire complice de l’évolution des médias, commente avec une philosophie désabusée un brin hypocrite. Rather doit en effet sa longévité dans la profession à son adaptation aux mutations d’une information se soumettant de plus en plus aux tyran

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"The Grand Budapest Hotel" : Wes Anderson à tous les étages

ECRANS | Avec "The Grand Budapest Hotel", Wes Anderson transporte son cinéma dans l’Europe des années 30, pour un hommage à Stefan Zweig déguisé en comédie euphorique. Un chef-d’œuvre génialement orchestré, aussi allègre qu’empreint d’une sourde inquiétude.

Christophe Chabert | Mardi 25 février 2014

The Grand Budapest Hotel, au départ, c’est un livre, lu par une jeune fille blonde sur un banc enneigé de la ville de Lutz, à côté de la statue de son auteur. Ce livre raconte l’histoire du Grand Budapest Hotel telle qu’elle fut rapportée à l’écrivain lors d’un séjour dans ses murs au cours des années 1960 par le propriétaire de l’hôtel, Zéro Moustapha. Cette histoire est aussi celle de Mr Gustave, concierge du Grand Budapest du temps de sa splendeur dans les années 1930, juste avant le début de la guerre, mentor et ami de Zéro. Le Grand Budapest Hotel était alors un bastion du luxe et du raffinement au cœur de l’Europe, dans la République de Zubrowka. À l’arrivée, The Grand Budapest Hotel est un film de Wes Anderson, autrement dit une pure création : rien de tout cela n’existe, tout a été réinventé par l’imaginaire du cinéaste. Mais ce monde fantaisiste laisse deviner en transparence la véritable Histoire européenne, du temps de ses heures les plus tragiques. Partition virtuose La narration en poupées russes qui lance le film – un récit à l’intérieur d’un récit à l’intérieur d’un récit –, redoublé par les const

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Blue Jasmine

ECRANS | Aussi surprenant que "Match point" en son temps dans l’œuvre du cinéaste, "Blue Jasmine" de Woody Allen est le portrait cruel, léger en surface et tragique dans ses profondeurs d’une femme sous influence, une Cate Blanchett géniale et transfigurée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 18 septembre 2013

Blue Jasmine

Le titre du dernier Woody Allen est en soi un formidable puzzle : Jasmine, son héroïne, possède entre autres lubies une passion monomaniaque pour la chanson Blue Moon. Mais c’est aussi son état d’esprit lorsque le film commence : bluesy et déprimée suite à la rupture avec son mari, sorte de Bernie Madoff ruiné par la crise financière. Elle, la femme entretenue, rumine à voix haute sa déconvenue : elle doit quitter son standing new-yorkais pour s’installer chez sa sœur prolo à San Francisco. Il y a peut-être un dernier sens derrière ce Blue-là : Jasmine semble débarquer de nulle part, out of the blue, ou du moins la savante construction dramatique du film laisse-t-il un noir – ou un bleu – sur un passé qu’elle rabâche mais qu’elle est peut-être surtout en train de réinventer. Car dans la première partie du film, Jasmine est une victime, femme bafouée que ce déclin entraîne bord de la folie et qui cherche à tout prix à retrouver sa dignité mais surtout son rang, cette place sociale qu’elle estimait avoir durement conquise. Petits arrangements avec soi-même La question de la lutte des classes n’est pas neuve chez Allen ;

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