"Wardi" : carnet d'un impossible retour au pays natal

ECRANS | de Mats Grorud (Nor-Fr-Suè, 1h20) animation

Vincent Raymond | Lundi 25 février 2019

Photo : Foliascope/Les Contes Modernes


Jeune Palestinienne vivant dans le camp libanais de Bourj el-Barajneh, Wardi reçoit de son arrière-grand-père la clé de la maison que celui-ci avait dû quitter en 1948, lors de la création de l'État d'Israël. Interrogeant ses proches, Wardi recompose l'histoire de sa famille, et son exil…

C'est à un exercice peu banal que le cinéaste norvégien Mats Grorud s'est ici livré : évoquer la "Nakba" (c'est-à-dire, du point de vue des Palestiniens, la "Catastrophe") sous forme d'une semi-fiction animée alternant de minutieuses séquences avec des marionnettes en stop motion et d'autres au dessin volontairement naïf. Son récit raconte comment chaque génération, au fil des chaos de l'Histoire (1967, 1982…), s'est heurtée à l'impossibilité de retourner vivre en Galilée, transformant la solution provisoire de Bourj el-Barajneh en une cité en dur ; une sorte de Babel de bric et de broc où s'entassent enfants et parents, survolée par une soldatesque à la gâchette légère. Et où, fatalement, fermente le ressentiment. Que l'idéal des accords d'Oslo ou du Pays-à-deux-États semble plombé lorsque l'on découvre ce film !

Éclairant sur le passé, ouvert sur l'avenir, Wardi est un film-témoignage comme l'était Valse avec Bachir, auquel il offre un contrechamp et un précieux complément. Comme Ari Folman, Mats Grorud rappelle des faits historiques et leurs conséquences contemporaines ; comme Folman, Grorud risque pourtant d'être suspecté d'arrière-pensées coupables par un public refusant de voir son film. Pourtant, Folman et Grorud interrogent plus le bien-fondé de la guerre qu'ils ne l'alimentent.


Wardi

De Mats Grorud (Norv-Fr-Suè, 1h20) animation

De Mats Grorud (Norv-Fr-Suè, 1h20) animation

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Beyrouth, Liban, aujourd’hui. Wardi, une jeune Palestinienne de onze ans, vit avec toute sa famille dans le camp de réfugiés où elle est née. Sidi, son arrière-grand-père adoré, fut l’un des premiers à s’y installer après avoir été chassé de son village en 1948. Le jour où Sidi lui confie la clé de son ancienne maison en Galilée, Wardi craint qu’il ait perdu l’espoir d’y retourner un jour. Mais comment chaque membre de la famille peut-il aider à sa façon la petite fille à renouer avec cet espoir ?


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"Pachamama" : Inca de malheur…

ECRANS | de Juan Antin (Fr, 1h12) animation

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

La statuette de Pachamama, la déesse protectrice garante de la fertilité des récoltes de leur village, ayant été subtilisée par le collecteur d’impôts, deux enfants se rendent à Cuzco, la capitale inca, afin de la récupérer. Pile au moment où les conquistadors débarquent… Terrible dans ce qu’il raconte des attaques commises contre des civilisations et peuples précolombiens, ce conte ne se distingue pas seulement par sa tonalité historico-politique bienvenue : il fait se répondre fond et forme. À l’instar de Brendan et le Livre de Kells (2009) qui semblait donner vie à des motifs gaéliques, Pachamama adopte un style graphique atypique faisant écho aux esthétiques, couleurs et représentations artistiques andines. Visuellement éclatant, le résultat tranche parce qu’il prend des libertés avec la doxa animée ; des entorses à la règle à mettre en regard avec la poésie magique dont le film de Juan Antin est nimbé : la poésie comme la magie ont la faculté, voire l’obligation, de s’autoriser toutes les transgressions. Et comme tout film d’apprentissage et d’émancipation, il porte aussi une morale dont la valeur est

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Avec "Il a déjà tes yeux", Lucien Jean-Baptiste élève la comédie française

ECRANS | de et avec Lucien Jean-Baptiste (Fr., 1h35) avec également Aïssa Maïga, Zabou Breitman, Vincent Elbaz…

Vincent Raymond | Lundi 16 janvier 2017

Avec

Paul et Sali s’aiment, viennent d’ouvrir leur magasin, d’acheter leur maison et rêvent de parachever leur bonheur en étant parents. La nature étant contrariante, ils recourent aux services sociaux leur proposant d’adopter Benjamin, un blondinet, alors qu’eux sont noirs. C’est la joie pour Paul et Sali ; pas pour leur entourage… Lucien Jean-Baptiste a trouvé là un excellent sujet, sans doute le meilleur depuis 30° Couleur : un thème de conte philosophique adapté en comédie de situation. N’étaient quelques invraisemblances grossières (un couple de commerçants débutants et, en théorie, sans fortune disposant d’un emploi du temps aussi souple qu’une gymnaste olympique, voilà qui défie le bon sens), le regard se révèle extrêmement pertinent sur les présupposés sociétaux : la norme n’est, bien souvent, qu’une question d’habitude (voir l’hilarante séquence dans la salle d’attente de la pédiatre), et la plupart des évolutions sont freinées par la peur de l’inconnu. Croquant avec gourmandise tous les travers, le comédien-cinéaste joue adroitement avec les particularismes culturels africains (convivialité d’immeuble, tchipage

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"Corniche Kennedy" : plouf !

ECRANS | de Dominique Cabrera (Fr., 1h34) avec Lola Creton, Aïssa Maïga, Moussa Maaskri, Alain De Maria …

Vincent Raymond | Lundi 16 janvier 2017

Lycéenne rangée rongée par l’ennui, Suzanne s’abîme dans la contemplation des jeunes de son âge qui, sous ses fenêtres, défient le vide en plongeant du haut de la Corniche Kennedy. Sa fascination et son désir l’emportant sur sa timidité, elle force l’entrée de ce groupe flirtant avec le risque. À plus d’un titre… Comédienne dont les cinéastes ont compris qu’ils n’avaient aucun intérêt à se priver, Aïssa Maïga se trouve cette semaine par les semi-hasards de la programmation en compétition avec elle-même sur les écrans (voir Il a déjà tes yeux). De cet absurde combat, elle sort forcément victorieuse. On ne peut pas en dire autant de cette adaptation de Maylis de Kerangal (quelques semaines après l’escroquerie aux sentiments Réparer les vivants, cela commence à peser) reposant sur du pur cliché. Cette fable de la jouvencelle bourgeoise en pinça

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