"Les Crevettes pailletées" : homos au bain

ECRANS | De Cédric Le Gallo et Maxime Govare (Fr, 1h40) avec Nicolas Gob, Alban Lenoir, Michaël Abiteboul…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Photo : ©Thibault Grabher


Parce qu'il a lâché une insulte homophobe à un journaliste, la Fédération de natation oblige Mathias, vice-champion du monde, à redorer son image en l'envoyant entraîner une équipe de water-polo gay. L'objectif ? La qualifier pour les Gay Games. Le problème ? Ils sont très mauvais et Mathias est peu motivé…

Un merveilleux hasard fait succéder ce film au Grand Bain dont le succès, à la façon d'un Moïse des bassins chlorés, est susceptible de faciliter l'existence dans les salles de ces Crevettes pailletées. Tant mieux pour elles, même s'il n'y a pas de quoi plonger du tremplin des 10m : cette gentille fable célébrant la tolérance à coups de déhanchés suggestifs, de moues mutines et d'exubérance à la Liberace (vous avez dit "cliché" ?) semble bien terne comparée à Priscilla folle du désert, douche australienne maniant le show et froid de la dérision sans pour autant donner l'impression d'illustrer une version aquatique de Comme ils disent.

Le public indulgent notera l'échantillonnage de l'équipe qui, comme dans Le Grand Bain, rassemble des profils volontiers disparates (ou représentatifs de la diversité sociétale, si l'on veut) ; il fera abstraction des nœuds dramatiques aussi prévisibles et déprimants qu'un sparadrap usagé dans un pédiluve. Après, si ce film, coqueluche de tous les festivals où il est programmé et lave les consciences, parvient à faire baisser les actes homophobes en-dessous de la ligne de flottaison, ce sera déjà ça de gagné…


Les Crevettes Pailletées

De Cédric Le Gallo, Maxime Govare (Fr, 1h40) avec Nicolas Gob, Alban Lenoir... Après avoir tenu des propos homophobes, Mathias Le Goff, vice-champion du monde de natation, est condamné à entraîner "Les Crevettes Pailletées", une équipe de water-polo gay, davantage motivée par la fête que par la compétition. Cet explosif attelage va alors se rendre en Croatie pour participer aux Gay Games, le plus grand rassemblement sportif homosexuel du monde. Le chemin parcouru sera l’occasion pour Mathias de découvrir un univers décalé qui va bousculer tous ses repères et lui permettre de revoir ses priorités dans la vie
UGC Part-Dieu CC Part-Dieu niveaux 2 & 4 Lyon 3e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"La Forêt de mon père" : aux racines de la folie

ECRANS | De Vero Cratzborn (Bel.-Fr.-Sui., 1h31) avec Léonie Souchaud, Ludivine Sagnier, Alban Lenoir…

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Élagueur, Jimmy vient de se faire licencier parce qu’il agissait bizarrement. À la maison, son comportement lunatique devient difficile à supporter pour sa femme et ses trois enfants. Jusqu’à une crise qui lui vaut d’être interné. Mais Gina, son aînée de 15 ans, ne parvient pas à l’accepter… Censée être vécue à travers les yeux de la grande ado, comme en atteste le possessif au singulier du titre, l’histoire se diffracte un peu pour être vue également à travers les yeux de ses cadets et de sa mère. On perd en pure subjectivité, mais on gagne quelques contrepoints utiles pour composer, avec du recul, un tableau familial plus précis et assembler les pièces du tableau clinique de la maladie psychique de Jimmy. Bien sûr, l’élément végétal est abondant, fondateur, aussi enveloppant qu’inquiétant dans La Forêt de mon père, puisque c’est le territoire dans lequel cet “homme des bois“ évolue, au premier degré. Cette forêt est également mentale, un dédale à l’intérieur duquel il s’égare sans trouver de sortie, où il tente même d’aspirer les siens. Il faut mettre

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"Gueule d’ange" : gueule de bois

ECRANS | de Vanessa Filho (Fr, 1h48) avec Marion Cotillard, Ayline Aksoy-Etaix, Alban Lenoir...

Vincent Raymond | Vendredi 18 mai 2018

Quelque part, dans le sud. Mère célibataire d’Elli, qu’elle appelle "Gueule d’ange", Marlène tient pour prioritaires sa vie de jeune femme et ses sorties. Un soir, elle prolonge la fête avec un type et laisse sa gamine de 8 ans seule, pour une durée indéterminée. Elli dissimule son absence. Et boit. Gueule d’ange est l’exemple parfait du film avec lequel on peut jouer au bingo : sur la foi de l’affiche et du synopsis, le public peut préparer un carton et cocher les clichés dès qu’ils traversent le champ. Rôle social "de composition" avec mèches blondes et tenue de cagole taillé pour un festival/une nomination au César : bingo, Marion Cotillard. Référent masculin revêche au premier abord cachant sa tendresse sous une (et même plusieurs) blessure intime et vivant dans une caravane : gagné, Alban Lenoir. Gamine-à-z’yeux-bleus-pleine-de-bravitude-grave-dévastée-à-l’intérieur-alors-elle-picole : meilleur espoir pour Ayline Aksoy-Etaix. Décor de station balnéaire avec fête foraine intégrée (pour le côté "ces adultes qui n’ont jamais grandi") : carton plein ! En suresthétisant la misère soc

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"Daddy Cool" : tout est fini entre nounou

ECRANS | de Maxime Govare (Fr., 1h37) avec Vincent Elbaz, Laurence Arné, Jean-François Cayrey…

Vincent Raymond | Lundi 30 octobre 2017

Immature professionnel, Adrien (Vincent Elbaz) a réussi, à force d’enfantillages, à lasser la femme de sa vie (Laurence Arné). Pour la reconquérir, et aussi pourrir la vie de son "successeur", il décide d’ouvrir une crèche à domicile dans l’appartement commun (dont il possède quelques misérables %). Est-ce bien raisonnable ? Oh, une comédie de divorce reposant sur l’occupation du domicile conjugal par un ex à la puérilité aussi vaste que son machisme ! On n’en avait pas vu depuis avril dernier et Sous le même toit, le film de Dominique Farrugia. Maxime Govare ne descend pas aussi bas dans la beaufitude que son aîné (en même temps, on touchait à l’acmé de l’étalon du parangon) ; il se défend bien question clichés et gags de seconde main. Une idée vers la fin soulève même l’intérêt : Adrien relève autour de lui quantité de signes qui, à la manière d’un jeu de pistes, vont le mener vers sa dulcinée. Dommage que la réalisation ne suive pas dans un grand et beau mouvement ce qui r

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Un Français

ECRANS | De Diastème (Fr, 1h38) avec Alban Lenoir, Samuel Jouy, Patrick Pineau…

Christophe Chabert | Mardi 9 juin 2015

Un Français

Un peu à la manière de La Loi du marché, Diastème s’est emparé d’un sujet hautement abrasif et d’actualité (la mouvance skinhead, des années 80 à aujourd’hui) qu’il approche avec une sècheresse narrative payante : l’itinéraire de Marco (Alban Lenoir, enfin dans un rôle à sa mesure au cinéma) est raconté caméra à l’épaule, sans musique, sans affèterie mais sans masquer non plus la violence de ses actes, puis découpé en blocs séparés par d’énormes ellipses. Le procédé permet au personnage de rester jusqu’au bout une énigme : qu’est-ce qui le fait peu à peu revenir dans le droit chemin ? Une étincelle de conscience ? Son dégoût vis-à-vis des méthodes de ses camarades ? Son envie de devenir un bon père et un bon mari ? Ou sa rencontre avec un pharmacien qui refuse de le juger ? Peut-être rien de tout cela en définitive, et si Marco traverse ainsi 28 années où l’extrême droite est passée de la violence clandestine à une façade de respectabilité, il le fait comme un fantôme en équilibre précaire, mal armé pour affronter les enjeux politiques de son temps, porté par un beso

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