"Yves" : robot après tous

ECRANS | Un rappeur en échec se retrouve propulsé au sommet grâce à l’aide de son réfrigérateur intelligent, qui va peu à peu exciter sa jalousie… Une fable contemporaine de Benoît Forgeard sur les périls imminents de l'intelligence artificielle, ou quand l’électroménager rompt le contrat de confiance. Grinçant.

Vincent Raymond | Lundi 24 juin 2019

Photo : ©Ecce Films


En galère personnelle et artistique, Jérem (William Lebghil) s'est installé chez sa feue grand-mère pour composer son album. Mentant sur sa situation, il s'inscrit pour devenir testeur d'un réfrigérateur tellement intelligent baptisé Yves qu'il va devenir son valet, son confident, son inspirateur et finalement son rival…

Mieux vaut rire, sans doute, de la menace que constituent les progrès de l'intelligence artificielle et le déploiement – l'invasion – des objets connectés dans l'espace intime. D'un rire couleur beurre rance, quand chaque jour apporte son lot "d'innovations" dans le secteur du numérique et des assistants personnels ou de l'agilité des robots androïdes. Sans virer dans le catastrophisme ni prophétiser pour demain le soulèvement des machines décrit par la saga Terminator, mais en envisageant un après-demain qui déchante lié à l'omniprésence de ces technologies ou à notre tendance à tout leur déléguer inconditionnellement.

Mister Freezer

Yves n'est certes pas le premier conte contemporain à fustiger par l'absurde le recours aux dérivatifs mécaniques et autres objets transitionnels pour adultes dépressifs en manque affectif. Seulement, si dans le porte-clé de I Love you de Marco Ferreri (1986) ou la poupée en silicone de Monique : toujours contente de Valérie Guignabodet (2002), les héros étaient captifs d'êtres inanimés n'offrant que le degré zéro de l'interaction, Yves se rapproche davantage du Hal de 2001 : L'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick (1968) par sa capacité au "deeplearning" prouvant qu'il serait capable de passer le Test de Turing haut les processeurs. Mais aussi ses interrogations métaphysiques susceptibles de le faire contrevenir aux Lois d'Asimov – le "code moral" implémenté aux robots et leur imposant de ne pas nuire à l'Humanité.

Visiblement intéressé par les sociétés partant en quenouille (voir son précédent opus, le bancal Gaz de France sorti en 2016), le réalisateur Benoît Forgeard touche ici juste en exploitant les failles du citoyen lambda et sa propension à la paresse. Son réfrigérateur devançant les désirs consuméristes, lampe d'Aladdin moderne ou cervelle d'or du conte de Daudet, appauvrit donc plus Jérem qu'il ne l'enrichit en lui volant ce qui constitue le sens de sa vie : l'aptitude à faire de la musique (et à rencontrer du succès) ainsi que l'amour de So, la statisticienne chargée de suivre le test à son domicile. Toujours aussi délibérément kitsch et arty et bien fréquenté, le cinéma de Forgeard souffre un défaut majeur : il s'offre des fins trop optimistes. Hélas…

Yves
De Benoît Forgeard (Fr., 1h47) avec William Lebghil, Doria Tillier, Philippe Katerine…


Yves

De Benoit Forgeard (2019, Fr, 1h47) avec William Lebghil, Doria Tillier...

De Benoit Forgeard (2019, Fr, 1h47) avec William Lebghil, Doria Tillier...

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Jérem s'installe dans la maison de sa mémé pour y composer son premier disque. Il y fait la rencontre de So, mystérieuse enquêtrice pour le compte de la start-up Digital Cool. Elle le persuade de prendre à l'essai Yves, un réfrigérateur intelligent, censé lui simplifier la vie…


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"Présidents" : vieilles choses publiques

ECRANS | Enchaînant films et sujets opposés, Anne Fontaine s’attaque après Police à l’étage supérieur : le pouvoir suprême et ceux qui l’ont exercé… lorsqu’ils en sont dépossédés. Entre fable et farce, une relecture des institutions et de l’actualité politique bien plus intéressant que ce que les teasers-sketches laissaient supposer…

Vincent Raymond | Mardi 29 juin 2021

Reconverti en homme d’intérieur dépressif, l’ex-président Nicolas S. prend pour prétexte la popularité grandissante de la candidate d’extrême-droite pour partir en Corrèze afin de convaincre son ancien adversaire et successeur François H. de monter un nouveau parti avec lui. La cohabitation sera d’autant plus rude qu’ils sont opposés en tout, et que leurs compagnes s’invitent dans la campagne… Une évidence en préambule : sur les arcanes de la Ve République (et ses bruits de cabinet, diront les mauvaises langues), il sera difficile de parvenir un jour à se montrer plus complet que le magistral L’Exercice de l’État de Pierre Schoeller. Rien n’empêche toutefois d’attaquer le sujet par la bande, en se focalisant sur des espèces s’ébattant dans cet écosystème. Tels les présidents du film homonyme d’Anne Fontaine construit comme une fable dont les protagonistes ne seraient pas de grands fauves, mais deux ex éconduits par leur bien-aimée, trompant ensemble leur déni dans l’illusoire espoir d’une reconquête. Sauf que la belle, de plus en plus versatile et capricieuse, ne veut plus d’eux.

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"Le Lion" : l’espion qui venait de l’asile

ECRANS | De Ludovic Colbeau-Justin (Fr., 1h35) avec Dany Boon, Philippe Katerine, Anne Serra…

Vincent Raymond | Mardi 28 janvier 2020

Médecin en hôpital psychiatrique, Romain s’est vu confier le cas de Léo Milan, "le Lion", un malade surexcité se disant agent secret. Quand la compagne de Romain disparaît, le Lion y voit un coup des services ennemis et accepte d’aider son toubib, à condition qu’il le fasse évader… Inépuisable mais loin d’être simple à réussir, le buddy movie est un genre payant lorsque sa mécanique, bien huilée, est respectée : il suffit en général d’allier deux caractères dissemblables, et plus spécifiquement d’adjoindre à un costaud sûr de lui un velléitaire ayant le tracassin (clown banc & auguste), et de les plonger dans une quête : compte à rebours, poursuite, fuite etc. Force est de constater que les scénaristes du duo Matt Alexander ont respecté les codes à la lettre. Et que l’association fonctionne entre Dany Boon – de plus en plus attiré par les emplois physiques – et Philippe Katerine — qui ne surexploite pas ici, à raison, son aura de Pierrot lunaire. Cavale burlesque autant que film d’action dans la lignée des Bébel-Lautner (la B.O. très blaxploitation en rajoute une jolie couche vintage années 1970), la réalisation de Ludovic Colbeau-Justin est à la

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Katerine à confesse

Pop | Retour en forme olympique d'un très grand Katerine, livrant avec Confessions sa complexité évangélique comme on s'offre entièrement. La Belle Électrique est promise à la renverse.

Stéphane Duchêne | Mardi 28 janvier 2020

Katerine à confesse

Allez donc le choper, le Katerine : réalisateur what the fuck (Peau de cochon) ; clown chez Gilles Lellouche et Éric Judor ou dans Le Lion aux côtés de Dany Boon, panouillant chez Claire Denis ou Jonathan Demme ; ancien roi confidentiel de l'easy-listening intronisé mangeur de banane ; chevauchant de concert avec Arielle Dombasle et Alkpote, The Herbaliser et Pink Martini ; reprenant M

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"La Belle époque" : tout est affaire de décors

Cinema | De Nicolas Bedos (Fr., 1h55) avec Daniel Auteuil, Guillaume Canet, Doria Tillier…

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

La soixantaine dépressive, méprisé par sa femme, Victor se voit proposer par un ami de son fils de vivre une expérience immersive dans des décors reconstituant l’époque de son choix. Victor choisit de replonger dans sa jeunesse, pile la semaine où il rencontra sa future épouse… Nicolas Bedos est-il un jeune vieux ? Si Monsieur & Madame Adelman avait dans son projet l’ambition encyclopédique d’embrasser une (double) vie, La Belle Époque (et bientôt OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire, semble-t-il) accrédite(nt) la thèse d’une nostalgie un peu paradoxale pour des années 1970 qu’il n’a pas connues. Se livrerait-on à la psychanalyse de comptoir (avec le personnage de Fanny Ardant, psy reconvertie dans le numérique, on se sent presque autorisé), qu’on y verrait comme un fantasme de résurrection de cette époque où son père, dont il est le clone, régnait au music-hall. Mais laissons cette hypothèse. À peine un « grand film malade » (pour reprendre le mot de Truffaut), plutôt un Leo McCarey mort-né, La Belle Époque agace parce qu’il tape à côté en gâchant une jolie

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"Debout sur la montagne" : là-haut, y a pas débat

ECRANS | De Sébastien Betbeder (Fr., 1h45) avec William Lebghil, Izïa Higelin, Bastien Bouillon…

Vincent Raymond | Mardi 29 octobre 2019

Quinze ans après leur enfance montagnarde, trois amis se retrouvent dans leur village d’origine à l’occasion des funérailles du grand frère de l’un d’entre eux. Leurs rêves de jeunesse disloqués, ils constatent que la vie d’adulte donne plus souvent des raisons de pleurer que de rire… Sébastien Betbeder a de la constance, il faut le lui reconnaître. N’aimant rien tant que les histoires de copains en quête d’une forme de retrouvailles dans un milieu plutôt hostile, le prolifique cinéaste décline son thème chéri dans tous les environnements et avec toutes les configurations possibles. Après l’île de Marie et les Naufragés, le grand Nord enneigé du Voyage au Groenland, la bourgade d’altitude constitue ici une suite logique pour le sympathique trio. Quant à la réunion entre potes, si elle est entravée par le poids d’un passé commun traumatique alourdi par les blessures intimes de chacun, son issue offre une délivrance générale façon absolution. Jonglant avec les peurs d

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Philippe Katerine sera à la Belle électrique en février

Annonce | Ce n’est pas parce que notre panorama musique et spectacle vivant vient d'être publié que les annonces des salles s’arrêtent. La preuve : la Belle (...)

La rédaction | Jeudi 19 septembre 2019

Philippe Katerine sera à la Belle électrique en février

Ce n’est pas parce que notre panorama musique et spectacle vivant vient d'être publié que les annonces des salles s’arrêtent. La preuve : la Belle électrique nous a récemment informés qu’elle recevrait l’immense et bien barré Philippe Katerine samedi 1er février pour défendre Confessions, son dixième album à paraître en novembre (avec pas mal d'invités comme il l'explique dans la petite vidéo ci-dessous). Degré d’excitation extrême de notre côté. Du vôtre, ça vous laisse un peu de temps pour relire (et écouter) notre article « Philippe Katerine, génial après tout : la preuve en dix chansons » toujours disponible ici.

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Le dancefloor au scalpel à la Belle électrique

Semaine thématique | On déroule le sommaire de la "semaine du dancefloor" qu'organise la salle grenobloise du mardi 18 au vendredi 21 juin

Damien Grimbert | Mardi 11 juin 2019

Le dancefloor au scalpel à la Belle électrique

Après, entre autres, le punk et les musiques populaires jamaïcaines, c’est cette fois au dancefloor de faire l’objet d’une semaine thématique à la Belle électrique. Au programme, on retrouvera ainsi mardi 18 une projection du documentaire "historique" (il fut diffusé pour la première fois sur Arte en 1996) Universal Techno de Dominique Deluze, qui retrace la genèse du genre à Détroit en compagnie de ses trois pères fondateurs : Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson. Un gros morceau, au même titre que la conférence du lendemain (mercredi 19 donc), qui réunira Michel Amato alias The Hacker et Jean-Yves Leloup, l’un des meilleurs critiques et journalistes français dans le domaine des musiques électroniques (on vous recommande chaudement ses passionnants ouvrages parus chez l’éditeur Le Mot et Le Reste), et accessoirement curateur de la récente exposition-événement Électro, de Kraftwerk à Daft Punk en place à la Philharmonie de Paris. Jeudi 19, place à une soirée dansante au bar de la Belle électrique chorégraphiée et mise en scène par Yannick Siméon

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"Les Vaches de Monsieur Yoshizawa" : vachement irradiées

Exposition | La fameuse exposition du plasticien Yves Monnier, consacrée aux vaches d'un éleveur de la région de Fukushima, s'installe à Seyssins jusqu'au lundi 11 mars. Une réussite.

Benjamin Bardinet | Mardi 5 mars 2019

En mars 2011, frappés par une double catastrophe naturelle et nucléaire, les éleveurs de la région de Fukushima sont sommés par les autorités japonaises d’abandonner leurs exploitations et tous les animaux qu’ils possèdent. L’un d’entre eux, Masami Yoshizawa, refuse d’obtempérer et s’engage à rester dans la zone irradiée auprès de ses 355 vaches. Voilà une histoire atypique qui aurait pu être circonscrite aux pages de journaux. Sauf que, concerné par les questions écologiques, le plasticien Yves Monnier en a fait la matière première d'un travail artistique. L'homme peint ainsi depuis 2014 des portraits de chacune des vaches de l'agriculteur en s’appuyant sur les images réalisées à sa demande par Sayuri Arima, photographe qui documente par ailleurs régulièrement la vie dans cette ferme de la "zone interdite". C’est autour de ces trois projets liés à la catastrophe que s’articule l'exposition présentée au centre culturel Montrigaud. En introduction, le visiteur découvre le photoreportage poignant de Sayuri Arima qui témoigne de la vie de la ferme, des vaches

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"Celebration" : fin de règne pour Yves Saint Laurent

ECRANS | de Olivier Meyrou (Fr, 1h14) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

1998. À l’occasion de la Coupe du monde de football, le Stade de France accueille sur sa pelouse un défilé de plusieurs centaines de créations de Yves Saint Laurent. C’est le temps des hommages et des souvenirs pour le couturier affaibli, qui achève l’une de ses ultimes collections… En apparence centré sur un homme, ce documentaire s’intéresse à la ruche vrombissante dont Yves Saint Laurent était le cœur battant, épaulé par son associé et compagnon, l’incontournable Pierre Bergé – un gardien du temple protecteur, montrant volontiers les crocs quand il n’aboie pas. Dévoilant les coulisses de la maison, la maladie invalidante de l’artiste et la tendre complicité unissant les deux patrons, retournant également sur les traces des débuts parisiens en compagnie des "cousettes" historiques, ce film aussi proche que respectueux fut étonnamment interdit pendant dix ans, malgré sa présentation à la Berlinale. Nullement voyeuriste, il ne montre rien de choquant ; seulement de l’élégance et de la mélancolie. En cela, il peut se considérer comme l’équivalent d’une vanité.

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La librairie La Dérive ouvre son quarantième chapitre

ACTUS | À Grenoble, les fidèles du quartier Notre-Dame connaissent bien La Dérive, plus ancienne librairie indépendante et généraliste de la ville. À l'occasion de ses quarante ans, qui seront fêtés les 5 et 6 octobre, son patron Yves Baruffaldi nous a conté un bout de son histoire.

Alice Colmart | Mardi 2 octobre 2018

La librairie La Dérive ouvre son quarantième chapitre

« Je suis très attaché au centre-ville. Il fallait absolument que les festivités se déroulent dans le quartier » nous explique Yves Baruffaldi avant de fêter l'anniversaire de La Dérive, librairie qu'il a fondée au 10 place Sainte-Claire il y a 40 ans. Ainsi, vendredi 5 octobre, le Petit Théâtre voisin accueillera le spectacle de musique Ecco ! inspiré par le livre Les Ritals de François Cavanna. Le lendemain, le Petit Angle lui aussi voisin proposera des rencontres avec les auteurs Alice Ferney, Guy Boley, Marie-Hélène Lafon, Yves Bichet et Rachel Kahn, tandis que dans la librairie se déroulera un "marathon de lecture". « Tous les quarts d’heure, des comédiens ou des lecteurs liront un passage d'un des quarante livres emblématiques, classiques et contemporains, que j’ai choisis. » L’autre belle histoire qu’Yves Baruffaldi nous a racontée, c’est celle du lieu, créé donc en 1978 à la suite d’une rencontre. « Créer une librairie à l’époque ? On m’a pris pour un fou

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Un Orchestre universitaire de Grenoble pour « donner aux jeunes l’occasion de reprendre confiance en la musique »

ACTUS | Alors que l'Orchestre universitaire de Grenoble continue de recruter de nouveaux musiciens amateurs pour 2018-2019, on a rencontré Patrick Souillot, son directeur musical. La saison s’annonce chargée, alors en avant maestro !

Alice Colmart | Mardi 2 octobre 2018

Un Orchestre universitaire de Grenoble pour « donner aux jeunes l’occasion de reprendre confiance en la musique »

Tous les mardis à 20h30, de doux airs musicaux s’échappent du 1 rue du Vieux-Temple à Grenoble, et plus précisément de la Salle Morillot où l'Orchestre universitaire de Grenoble répète. Créé en 1977 par des professeurs d’université et des chercheurs du CNRS, cet ensemble à l’origine destiné au personnel universitaire du campus a très vite conquis les étudiants. Car ici, ni le niveau, ni l’âge ne compte : chacun est libre de venir avec son instrument, et il n’y a pas de sélection à l’entrée. « L’idée principale était de donner aux jeunes l’occasion de reprendre confiance en la musique. Beaucoup ont abandonné pendant deux ans, lors de leur classe prépa par exemple. Travailler dans un collectif aide à reprendre plus facilement » explique Patrick Souillot, son chef d'orchestre également à la tête de la Fabrique Opéra (qui, chaque printemps au Summum, cherche à démocratiser l’opéra). Amateur, ouvert à tous mais pas laxiste, l’orchestre ne lésine pas sur l’exigence nous assure son patron. « C’est un orchestre avec une politique d’encadrement, des chefs professi

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"Première année" : toubib or not toubib ?

ECRANS | de Thomas Lilti (Fr, 1h32) avec Vincent Lacoste, William Lebghil, Alexandre Blazy…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Par conformisme familial, Benjamin entre en première année de médecine où il est vite pris sous l’aile d’Antoine, un sympathique triplant acharné à réussir. Quand, à l’issue du premier semestre, le nonchalant bleu se trouve mieux classé que son besogneux aîné, leurs rapports changent… Poursuivant son examen du monde médical après Hippocrate et Médecin de campagne, le réalisateur Thomas Lilti s’attaque concomitamment dans cette comédie acide à plusieurs gros dossiers. D’abord, ce fameux couperet du concours sanctionnant la première année commune aux études de santé, mais aussi l’incontournable question de l’inégalité profonde face aux études supérieures. La fracture sociale ne se réduit pas en médecine, bien au contraire : construite sur la sélectivité et l’excellence, cette filière est un vase clos favorisant la reproduction des élites – et de celles et ceux en maîtrisant les codes. Enfant du sérail ayant déjà pas mal étudié la question, Lilti juge avec clairvoyance cette période plus dévastatrice qu’épanouissante pour les futurs carabins : est-il raisonnable de faire perdre la raison à des aspirants médecins ? Coupable, l’i

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"Jean-Yves, Patrick et Corinne" : aérobic pop par le collectif ÈS

Danse | Rendez-vous jeudi 15 mars à la Rampe d'Échirolles pour une pièce à l'énergie folle.

Aurélien Martinez | Lundi 12 mars 2018

Il y a des jeunes compagnies qui arrivent, grâce à une certaine inventivité, à susciter un intérêt fort de la part des "professionnels de la profession", ce qui leur offre d’emblée une belle visibilité. Comme le collectif ÈS, formé en 2011 par trois élèves (Sidonie Duret, Jérémy Martinez et Émilie Szikora) du conservatoire de danse de Lyon qui, cet automne à Villefontaine (Nord-Isère) lors de la première représentation de sa dernière création Jean-Yves, Patrick et Corinne, a réussi à compter dans sa salle une foule de programmateurs et programmatrices, dont une bonne partie du staff de la prestigieuse Maison de la danse de Lyon. De quoi fortement susciter la curiosité du critique en recherche de chair, et surtout d’expression artistique fraîches. Si tout cela était encore fortement bancal à l’époque (que voulaient dire les chorégraphes en convoquant autant de références pop sur le plateau, et en évoquant dans leur note d’intention la question du plagiat ?), il s’en dégageait une énergie folle qui reste longtemps en mémoire. Il faut ainsi voir comment les cinq danseurs (les trois membres du collectif, rejoints par deux interprè

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"Ami-ami" : viens pas chez moi, j’habite avec une copine

ECRANS | de Victor Saint Macary (Fr., 1h26) avec William Lebghil, Margot Bancilhon, Camille Razat…

Vincent Raymond | Lundi 15 janvier 2018

Vaste famille ayant donné naissance au meilleur (L’Auberge espagnole) comme au pire (Five), la comédie-de-colocation-entre-potes s’enrichit d’un nouveau rejeton tentant le vaudeville contemporain sans pour autant recourir à la grivoiserie. Louable effort compensant les maladresses d’usage d’un premier film alternant potacherie classique et audaces scénaristiques. Le cœur brise par son ex, le "héros" de ce badinage s’installe avec sa meilleure copine, en tout bien tout honneur. Une nouvelle histoire d’amour lui cause un double embarras : il n’ose avouer à sa conquête qu’il "vit" avec une amie, laquelle se montre plus que jalouse : possessive. Si le côté Guerre des Rose (film de Danny DeVito sorti en 1990) avec saccage majuscule de l’appartement sent le réchauffé, reconnaissons que le réalisateur Victor Saint Macary surprend en renversant une situation très convenue : ici, ce n’est plus le mec qui rompt un pacte d’amitié homme-femme et en détruit l’harmonie mais bien l’amie éconduite – ce qui sort le film du schéma du m

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"Un beau soleil intérieur" : rayonnante Juliette Binoche pour éteinte Claire Denis

ECRANS | de Claire Denis (Fr., 1h34) avec Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Philippe Katerine…

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

Isabelle, parisienne à la quarantaine flamboyante, traverse une mauvaise passe sentimentalement parlant. Les hommes ne manquent pourtant pas dans sa vie : un amant balourd, son ex mesquin, un jeune comédien qui boit trop, un voisin fantasque. Mais aucun ne ranime sa petite flamme… Tout musicien qui se respecte éprouve, en présence d’un stradivarius, la nécessité de le faire vibrer entre ses doigts. Juliette Binoche est de ce bois dont les instruments d’exception sont faits : une source d’inspiration, de vie et de naturel à même de sauver bien des scripts défaillants ; un sauf-conduit pour film sans centre de gravité. Un beau soleil intérieur ne tient que sur (et grâce à) elle : Claire Denis se contente de la filmer dans tous ses états (une aubaine), chopant forcément des instants magiques de vérité au milieu d’un océan de pas grand-chose. C’est moins ouvragé que lorsque Sautet façonnait du sur-mesure pour Romy Schneider. Le pompon du "what the fuck" revient au face-à-face final avec Depardieu jouant les médiums, balafré par le générique. Aucun plan ne montre les deux comédiens ensemble – m

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"Cherchez la femme" : cachez ce film qu’on ne saurait voir

ECRANS | de Sou Abadi (Fr., 1h28) avec Félix Moati, Camélia Jordana, William Lebghil…

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

Anne Alvaro est, décidément, une immense comédienne que son talent préserve de l’adversité – c’est-à-dire des pires des naufrages cinématographiques. Sa confondante interprétation d’une militante iranienne (accent inclus) réfugiée dans le XVIe arrondissement lui vaut ainsi de sortir sans dommage de cette épouvantable comédie sentimentale. Elle est bien la seule. La réalisatrice Sou Abadi, par exemple, manque son coche dans ce mariage entre romance et critique sociale humoristique. Pas du fait d’une hybridation hasardeuse, ni du thème puisque l’on peut rire de tout, si c’est fait avec intelligence et talent. Car hélas, le choix d’un sujet brûlant n’exonère pas un auteur de maladresse ni de naïveté. Sou Abadi raconte ici le stratagème trouvé par un étudiant désirant continuer à voir sa copine enfermée chez elle par son grand frère revenu radicalisé d’un camp : il se couvre d’une burqa et se fait passer pour une femme. Quiproquos à l’ancienne, situations balourdes, personnage de fondamentalistes d’une bêtise profonde… Défendre des idées justes ne dispense pas de travailler en profondeur la construction dramatique et devrait empêcher de réduire

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Philippe Katerine, génial après tout : la preuve en dix chansons

Playlist | Depuis 25 ans, Philippe Katerine se promène dans le vaste monde de la chanson française, naviguant à sa marge tel un dadaïste pop tout en produisant par moments, et presque sans le faire exprès, de véritables tubes. Pour bien comprendre tout le génie qui se cache derrière le personnage fantasque, on remonte le fil de l’histoire en dix titres emblématiques de son parcours.

Aurélien Martinez | Lundi 13 mars 2017

Philippe Katerine, génial après tout : la preuve en dix chansons

1996 : Parlez-vous anglais Mr Katerine ? Après Les Mariages chinois, premier album qu’il enregistre tout seul dans son coin, et L'Éducation anglaise, deuxième tentative sur laquelle il ne chante carrément pas (c’est sa sœur et sa compagne de l’époque qui s’y collèrent), Phillipe Katerine publie en 1996 Mes mauvaises fréquentations, bijou qui lancera véritablement sa carrière. On perçoit déjà un côté gentiment décalé, à l’image de ce Parlez-vous anglais Mr Katerine ? très bossa-nova, même si le plus grand des voyants aurait bien eu du mal à prédire la voie (ou plutôt les voies) suivie(s) ensuite par Katerine. 1999 : Je vous emmerde Présent sur Les Créatures, album ambitieux enregistré avec la formation jazz et musique improvisée The Recyclers, ce morceau emmène Katerine sur un terrain qu’il va de plus en plus affectionner au fil des ans : celui de la chanson théâtrale, où la forme compte autant que le fond. Ici, c’est un Katerin

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"Monsieur & Madame Adelman" : ego trip signé Nicolas Bedos

ECRANS | De Nicolas Bedos (Fr, 2h) avec Nicolas Bedos, Doria Tillier, Pierre Arditi…

Julien Homère | Mardi 7 mars 2017

Monsieur & Madame Adelman de (et avec) Nicolas Bedos a une ambition qui va au-delà des a priori existants sur l’ex-miss météo Doria Tillier et l’ex-chroniqueur tête à claques. S’inspirant ouvertement de Citizen Kane, le film est un flashback fleuve, retraçant l’histoire d’amour entre Sarah Adelman et son mari décédé. Relecture des années 1970, ce long souvenir narré formule le seul atout de l’œuvre où les performances d’acteurs sont crédibles et le romantisme s’assume à travers une dramaturgie maîtrisée. Mais les défauts sur les scènes au temps présent trahissent cette note d’intention originelle. Au rayon des maladresses grossières, citons Jack Lang dans son propre rôle, lien ridicule malgré lui avec le réel, et le twist final déplacé, sapant toute émotion post-générique. Se rêvant grands dés leur premier essai, Bedos et Tillier visent à côté, pris au piège par leurs citations écrasantes.

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Grenoble : les vingt concerts à ne pas louper entre janvier et mai

Panorama rentrée 2017 | Les prochains mois, il y aura du bon, voire du très bon, à écouter dans les salles grenobloises et de l'agglo. On vous détaille nos coups de cœur.

La rédaction | Mardi 3 janvier 2017

Grenoble : les vingt concerts à ne pas louper entre janvier et mai

Yael Naim et le Quatuor Debussy À la faveur d'un concert exceptionnel à Lyon en 2015, Yael Naïm et le Quatuor Debussy (on ne présente plus ni l'un, ni l'autre) sont tombés en amour. D'où l'idée de prolonger cette expérience de manière plus durable et plus travaillée. La chanteuse et le quatuor baroque ont donc lancé une tournée qui revisite avec douceur – et les arrangements du Debussy – le répertoire passé et présent de la franco-israélienne. Grâce lumineuse et cordes sensibles garanties. À la Rampe (Échirolles) Jeu 12/01 et ven 13/01 _______ Camera Les années 1970 inspirent plus que jamais les artistes d'aujourd'hui et ce ne sont pas les Berlinois de Camera qui diront le contraire. Figure de proue de la renaissance du krautrock, ce genre tombé aux oubliettes pendant de longues années, le trio guitare-clavier-batterie n'a rien de conventionnel. Il épr

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Metal en fusion à la Belle électrique

ACTUS | Ce jeudi, la Belle électrique accueille la première édition du Metallian Fest, consacré donc à la musique metal. On a passé un coup de fil aux organisateurs, qui nous ont parlé programmation mais aussi succès entre la salle grenobloise et cette esthétique musicale.

Aurélien Martinez | Lundi 19 septembre 2016

Metal en fusion à la Belle électrique

Première édition pour le Metallian Fest donc. Enfin, festival, c’est un bien grand mot comme nous le précise Yves Campion, président de Metallian Productions, structure grenobloise à l’origine du projet. « On a appelé ça festival vu qu’on a eu la chance d’avoir deux gros plateaux en même temps, sur le même jour – ce sont deux tournées qui se rejoignent. Mais ce n’est pas vraiment comme un festival type avec des stands de merchandising et tout ce que l’on peut voir sur tous les festivals. » Six groupes en tout, qui étaient tous en "day off" ce jour-là (d’où le fait que le festival tombe en plein milieu de semaine), dont de grosses têtes d’affiche (Arch Enemy, Destruction…) pour un événement qui commencera à 17h pour se finir à minuit. Et un événement qui se tiendra dans une grande Belle électrique de 1000 places qui a clairement comblé un manque. La belle métalleuse « Avant l’arrivée de la salle, il n’y avait pas de scène intermédiaire pour ce genre de proposition, entre un Ampérage petit et un Summum trop gros. C’est vraiment la Belle électrique qui a créé cette énergie nouvelle

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"Hibou" : petit premier film pour Ramzy Bedia

ECRANS | de & avec Ramzy Bedia (Fr., 1h23) avec également Élodie Bouchez, Étienne Chicot, Philippe Katerine…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Si vous avez vu Frank (2015) de Lenny Abrahamson, portrait du leader d’un groupe de rock recouvrant sa tête d’une sphère pour parvenir à affronter le monde extérieur ; si vous avez lu/vu La Moustache (2005) d’Emmanuel Carrère, l’histoire d’un malheureux qui, après avoir rasé son attribut pileux, constate avec effroi que personne ne remarque la différence et finit par s’interroger sur sa propre existence ; alors vous pouvez faire l’impasse sur Hibou racontant comment un type ignoré par tous soigne sa self-estime en enfilant un costume de grand-duc – l’oiseau, pas l’artisto. Le style de Quentin Dupieux, dont Ramzy Bedia est un fidèle, se devine à chaque recoin, mais dans des dilutions homéopathiques. Car il ne suffit pas de convoquer des personnages aux mœurs saugrenues dans une ville d’Amérique du Nord ni se revendiquer Gondry pour signer un film d’avant-garde. Ici, les ruptures ne sont pas des ellipses, mais des trous dans un scénario bâclé ou mal bouclé, et la candeur trop appuyée pour être honnête. Son argument de départ tenant de l’anecdote

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Art contemporain : le Magasin se cherche un nouveau directeur

ACTUS | Yves Aupetitallot, qui dirigeait le centre depuis 1996, n'est plus directeur depuis octobre 2015 nous apprend le mail du Magasin officialisant le recrutement. Une fin à la crise rendue publique cet automne ?

Aurélien Martinez | Vendredi 8 janvier 2016

Art contemporain : le Magasin se cherche un nouveau directeur

La situation au Magasin semblait bloquée depuis quelques mois suite à la grève lancée par les salariés en septembre 2015 pour réclamer le départ du directeur Yves Aupetitallot – on a tout résumé ici il y a moins d'un mois avec notre bilan de 2015. Mais voilà qu'un mail vient de nous arriver ce vendredi 8 janvier informant que le centre d'art contemporain recherche un nouveau directeur / une nouvelle directrice, Yves Aupetitallot ne l'étant plus depuis octobre selon ce même mail. Si ça vous dit de postuler, l'annonce est à découvrir ici. En espérant que tout cela redonne une nouvelle impulsion à ce lieu important sur le plan local comme national pour l'art contemporain. Sinon, on le rappelle, l'expo en cours de Didier Faustino est prolongée jusqu'à la fin mars.

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Gaz de France

ECRANS | De et avec Benoît Forgeard (Fr., 1h26) avec Olivier Rabourdin, Philippe Katerine, Alka Balbir…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Gaz de France

À l’image de son auteur-interprète Benoît Forgeard ou de son comédien principal Philippe Katerine (qui vont jusqu’à l’incarner à la ville dans leur esthétique vestimentaire et leur art de vivre kitsch-vintage), Gaz de France cultive un ton décalé épris de non-sense. Une sorte de burlesque froid et languide, dont les effets comiques naissent d’une improbable combinaison entre l’absurde, le contemplatif et le bavard musical. Pas tout à fait ratée, ni vraiment réussie, cette farce auteuriste et bariolée empruntant à la politique-(science-)fiction use de diverses stratégies pour compenser un budget qu’on suppose étriqué. Les décors, d’abord, sans doute voulus comme arty, design et épurés ; hélas, ils trahissent plutôt le carton-pâte fauché. Reste la distribution, solide, rehaussée par la présence magnétique d’Alka Balbir. Voilà en l’occurrence un procédé aussi déloyal que pervers, puisqu’il vise à obtenir notre libidineuse et concupiscente indulgence. Nous ne sommes pas dupes… *soupir*

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PB d'or 2015 : bonus

ACTUS | Cette année à Grenoble, on a notamment eu droit à de la politique culturelle difficile à suivre et de l'art contemporain dans la tourmente.

Aurélien Martinez | Mardi 22 décembre 2015

PB d'or 2015 : bonus

Le PB d’or du truc qu’on regarde d’un œil depuis longtemps sans toujours vraiment comprendre ce que c’est : la politique culturelle de la Ville de Grenoble Bon, on ne va pas encore tirer sur l’ambulance, mais quand même… On a pourtant essayé de comprendre, on est allés à tous les "chantiers de la culture" organisés par la mairie, on a disséqué toutes les paroles publiques du maire Éric Piolle et, surtout, de son adjointe aux cultures Corinne Bernard… Pourtant, rien n’y fait, on ne comprend toujours pas où ils veulent aller quand ils parlent de culture – la chasse aux gros ? le local à tout prix ? la culture jugée élitiste à la poubelle ? (oui, on se pose les mêmes questions que l’an passé). Et on n’est visiblement pas les seuls, le milieu culturel grenoblois, qui avait énormément soutenu Éric Piolle pendant la campagne des municipales de 2014, semblant lui aussi de plus en plus remonté après diverses décisions municipales abruptes – comme

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Grève au Magasin, centre national d'art contemporain de Grenoble

ACTUS | Le lieu est fermé jusqu'à nouvel ordre. Le personnel demande « le départ imminent du directeur Monsieur Yves Aupetitallot, dont la gestion humaine et financière continue de constituer un grave danger pour la santé des salariés et pour la pérennité de la structure ».

Aurélien Martinez | Vendredi 18 septembre 2015

Grève au Magasin, centre national d'art contemporain de Grenoble

On savait depuis longtemps que la situation était difficile au Magasin, son directeur Yves Aupetitallot ayant été en arrêt maladie l'an passé (voir en bas de cet article). Il n'assurait plus le commissariat des nouvelles expositions, rôle du coup donné à des intervenants extérieurs. Mais ce n'étaient que des bruits rapportés : malgré nos relances, personne en interne ne voulait nous les confirmer officiellement. Et impossible de parler directement au directeur. La situation a pris un tournant plus franc ce jeudi 17 septembre avec la grève lancée par « la majorité » des salariés du Magasin. « Les difficultés humaines et budgétaires existent au Magasin depuis plusieurs années et la situation n'a eu de cesse de se détériorer ces derniers mois pour aboutir aujourd'hui à une impasse » explique le communiqué de presse envoyé ce vendredi. « Pas forcément envie d'en arriver là » Nous avons rencontré les grévistes (onze des quinze sal

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Steak (R)évolution

ECRANS | De Franck Ribière (Fr, 2h10) documentaire

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Steak (R)évolution

Le projet peut paraître gonzo, mais il est plus malin qu’il n’y paraît : Franck Ribière, qui a grandi dans une famille d’éleveurs, en a gardé une passion pour la viande de bœuf, et décide de partir caméra au poing à la recherche du meilleur steak du monde. Un itinéraire qui l’emmène de l’Amérique au Japon, de l’Argentine au Brésil, de l’Italie à l’Espagne, soit autant de rencontres avec des éleveurs, des bouchers et des chefs pour qui la viande est une affaire sérieuse qui nécessite du temps, de l’amour et une véritable philosophie. Avec le boucher Yves-Marie Le Bourdonnec comme guide éclairé, Ribière accouche d’un film dont la plus grande qualité est d’être autant pédagogique que joyeux, instructif que festif. Pas question de s’apitoyer sur quoi que ce soit, ni de dénoncer ceux qui font mal leur boulot – même si on voit apparaître en transparence le spectre d’un fiasco de l’agriculture industrielle. Ici, il s’agit d’affirmer le plaisir d’une viande de qualité, produite selon des méthodes respectueuses des écosystèmes et des paysages. Et surtout d’y goûter : les instants de dégustation vont faire saliver même le plus ardent des végétariens sans pour autant lui donner mau

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Boucherie fine

ACTUS | Yves-Marie Le Bourdonnec, surnommé le « boucher star », devient vedette de cinéma dans "Steak (R)évolution", documentaire de Franck Ribière qui fait le tour de la planète à la recherche du « meilleur steak du monde ». Ou comment le plaisir de la viande se conjugue avec une démarche éco-responsable… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Boucherie fine

Il squatte plateaux télé et émissions de radio ; on voit régulièrement sa tronche dans les magazines ; on s’est même inspiré de lui pour un roman (Comme une bête, signé Joy Sorman). Cette semaine, Yves-Marie Le Bourdonnec va franchir une étape supplémentaire dans sa starisation : il est le héros d’un film appelé Steak (R)évolution (voir page 4), réalisé par Frank Ribière, que l’on connaissait jusque-là pour ses activités de producteur et distributeur des films d’Alex De La Iglesia, ainsi que d’une malheureuse tentative pour faire renaître une tradition du cinéma de genre en France. Le Bourdonnec, pourtant, n’est ni acteur, ni chanteur, ni vedette de la télé-réalité ; il est boucher. Pas n’importe quel boucher : un boucher révolutionnaire, décidé à redonner ses lettres de noblesse à son art et, surtout, à transformer en profondeur l’approche française de la viande, de sa production à sa consommation. Ce qui lui a valu sa réputation ? La maturation. Mais ce n’est que l’aboutissement d’une démarche globale mêlant plaisir du goût et responsabilité écologique et économique. Son credo : « L’histoire de la viande, c’est l’histoir

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Tom à la ferme

ECRANS | Même s’il affirme une sobriété inédite dans sa mise en scène, Xavier Dolan échoue dans ce quatrième film à dépasser le stade de la dénonciation grossière d’une homophobie rurale dont il se fait la victime un peu trop consentante. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

Tom à la ferme

Un discours d’adieu écrit à la peinture bleue sur du papier cul, une reprise des Moulins de mon cœur de Michel Legrand, une crise d’hystérie en bord de route : Tom à la ferme démarre en caricature du cinéma de Xavier Dolan, mélange d’immaturité et de pose qui nous l’a d’abord rendu insupportable, avant qu’il ne réussisse à en extraire d’authentiques fragments de sidération dans son beau, quoi qu’inégal, Laurence anyways. Surprise ensuite : le film adopte une sobriété inattendue pour raconter l’arrivée de Tom (Dolan lui-même) dans la ferme familiale de son ancien compagnon décédé. La musique de Gabriel Yared, le climat lourd de menaces et quelques clins d’œil appuyés lorgnent vers le thriller à la Hitchcock, mais la peinture de cette famille hypocrite et sadique rappelle plutôt le cinéma de Chabrol, Que la bête meure en premier lieu. Dolan brouille ainsi les motifs qui conduisent Tom à s’éterniser sur les lieux du "crime" (désir de vengeance ? Volonté de témoignage ? Attirance-répulsion envers ses hôtes, et notamment le frère

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Polars des deux côtés des Alpes

ECRANS | Initiative à la fois originale et pertinente de la Cinémathèque de Grenoble : tenter un audacieux jumelage entre les polars français et italiens des années 70, à (...)

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

Polars des deux côtés des Alpes

Initiative à la fois originale et pertinente de la Cinémathèque de Grenoble : tenter un audacieux jumelage entre les polars français et italiens des années 70, à travers quatre soirées en double programme – la France d’abord, l’Italie ensuite. Qu’est-ce qui rapproche et qu’est-ce qui oppose ses deux traditions de cinéma populaire ? Niveau points communs : le polar de l’époque tente une radioscopie de la société et de ses errements politiques, dont Yves Boisset ici et Francesco Rosi là-bas sont les emblèmes. Ce sera d’ailleurs le thème de la première soirée (le vendredi 7 février), qui réunira Le Juge Fayard dit le Shériff et Cadavres exquis, thème décliné une semaine plus tard avec la mise en miroir d’I comme Icare de Verneuil (un peu daté sur la forme, comme tous les Verneuil de l’époque, mais pas du tout sur le fond) et La Ville accuse de Sergio Martino, qui passe le cinéma engagé de Rosi à la moulinette de la série B. Ce qui permet de tels rapprochements, ce sont aussi les transports d’acteurs d’un pays à l’autre, grâce notamment au bilinguisme d’un Ventura ou d’un Marcel Bozuffi. Pour les deux autres soirées, seront mis en

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Yves Saint Laurent

ECRANS | De Jalil Lespert (Fr, 1h40) avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte Le Bon…

Christophe Chabert | Lundi 6 janvier 2014

Yves Saint Laurent

Énième bio filmée d’une figure patrimoniale et contemporaine de l’Hexagone, ce Yves Saint Laurent en accumule les défauts jusqu’au désastre intégral. Dès le premier plan sur Pierre Niney en YSL, avec faux nez et diction maniérée, le carnaval façon Patrick Sébastien commence ; le comédien imite mais n’interprète jamais son modèle, dans une quête de réalisme vaine car elle ne fait qu’en souligner les artifices. Idem pour le pénible défilé qui consiste à présenter chaque personnalité célèbre par son nom et son prénom dès son entrée en scène  – seul un faux Andy Warhol perruqué et gesticulant en prenant des photos n’aura droit qu’à un cameo muet et anonyme –, convention de mauvais scénariste raccord avec un dialogue qui accumule les grandes sentences et nie toute quotidienneté aux personnages. Le film baigne ainsi dans une imagerie de reconstitution paresseuse, clichés visuels d’un côté (l’Algérie coloniale, les clubs de jazz), anachronismes ridicules de l’autre (le défilé de 1971 sur de l’électro-pop) ! Même la narration est bâclée, notamment l’intro qui hésite entre chronologie et flashback méditatif avec voix off, sans parler d’une fin qui accélère les événements

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Awards 2013 expo

ARTS | L’award de l’expo la plus pop : Ultracore au Magasin Si le Magasin – Centre national d’art contemporain nous perd parfois avec des expositions trop (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 19 décembre 2013

Awards 2013 expo

L’award de l’expo la plus pop : Ultracore au Magasin Si le Magasin – Centre national d’art contemporain nous perd parfois avec des expositions trop conceptuelles, celle consacrée au printemps dernier à l’artiste allemand Anselm Reyle était une réussite éclatante. À la fois puissant, ludique et accessible, le travail coloré de Reyle se trouvait magnifié par l’habile scénographie jouant avec l’obscurité et tranchant ainsi avec le kitsch assumé des œuvres présentées. Un très bon choix d’Yves Aupetitallot, le directeur des lieux, qui a permis aux Grenoblois de découvrir cet artiste dont la cote est proprement hallucinante – en 2007, il a par exemple vendu 192 000 dollars une toile estimée 25 000.

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Pendant mai

ECRANS | De Chris Marker et Pierre Lhomme (1962, fr, 2h18) documentaire

Christophe Chabert | Jeudi 6 juin 2013

Pendant mai

C’était un mois de mai froid et pluvieux, ce qui a visiblement affecté le moral des Français plus que les soubresauts politiques. Non, ce n’est pas de mai 2013 dont on parle, mais de mai 1962 ; les accords d’Evian viennent d’être signés, mais l’OAS continue de poser des bombes dans Paris. C’est la trame de fond du Joli mai, documentaire de 1963 tourné par Chris Marker et le chef opérateur Pierre Lhomme, celle que raconte en voix-off Yves Montand en ouverture de la deuxième partie. Il faut prendre ce mot "trame" au sens strict : les Parisiens interviewés par Marker et Lhomme n’évoquent jamais directement ce contexte, et ce n’est pas le but des entretiens. L’idée, c’est plutôt de faire le point sur l’aspiration au bonheur de ces gens choisis dans toutes les strates sociales et dans tous les quartiers de la capitale. Des cités en construction entourées de terrains vagues à la rue Mouffetard et son esprit popu en voie d’extinction, des intellectuels dont Marker moque la posture en les entrecoupant de plans de chats – on peut le créditer d’avoir inventé sans le vouloir le concept de lolcats ! – jusqu’

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Œdipe roi

ARTS | Livre / Critique et poète français ô combien respecté et respectable, Yves Bonnefoy est l’auteur d’une monographie de Giacometti fortement recommandée et (...)

Laetitia Giry | Lundi 11 mars 2013

Œdipe roi

Livre / Critique et poète français ô combien respecté et respectable, Yves Bonnefoy est l’auteur d’une monographie de Giacometti fortement recommandée et recommandable. Entre la biographie et la critique d’art, à la croisée de la sphère intime et de l’œuvre rendue publique, l’écrivain fouille les beautés et la genèse de l’acte de créer. Jamais voyeur, mais toujours juste et conscient de l’importance de la vie menée par l’Homme pour expliquer l’artiste, il offre au lecteur une déambulation enchanteresse à travers l’enfance d’Alberto, à travers ses rêves écrits et commentés, ses tortures, ses interrogations et ses doutes. Tout au plus pourrait-on lui reprocher une lecture tellement évidemment psychanalytique qu’elle en devient presque suspecte. Suspecte dans le sens où la relation à la mère semble tenir autant de l’interprétation de l’auteur (dans la position du psychanalyste) que des faits. Rééditée cette année sous une forme financièrement plus abordable, cette monographie de 500 pages peut effrayer. Pourtant, sa lecture est fluide et passionnante, ponctuée de reproductions d’œuvres bienvenues, divisée en chapitres dont les thématiques épousent la chronologie : de l’enfance en I

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Des visages, des figures

ARTS | Giacometti au Musée de Grenoble constitue un événement en soi. Accessible et pointue, l’exposition convainc à la fois par la grandeur des œuvres présentées et le parcours autour d’elles, invitation à une déambulation magique à travers l’esprit d’un génie. What else ? Laetitia Giry

Laetitia Giry | Lundi 11 mars 2013

Des visages, des figures

Il y a de cela soixante-deux ans, Jean Leymarie, alors directeur du Musée de Grenoble, s’enthousiasma pour l’artiste italien Alberto Giacometti. Ses recherches plastiques extraordinaires lui semblèrent réunies dans une œuvre : La Cage. Bien décidé à l’intégrer aux collections du musée, il parvint à faire céder la municipalité et conclut l’achat en 1952. Bien au chaud dans les collections depuis, La Cage est aujourd’hui le fil rouge, prétexte et argument de l’exposition Espace, tête, figure. Restaurée à l’occasion par la Fondation Alberto et Annette Giacometti (qui prête la plupart des pièces montrées), cette Cage concentre en effet nombre des préoccupations de l’artiste. « Enfermer sa sculpture dans une cage fut un procédé récurrent chez Giacometti, il exprime si naturellement l’obsession sans issue, l’inquiétude sur l’avenir. […] Proximité, promiscuité même, intenables, et pourtant séparation, infinie, sont signifiées simultanément, dialectiquement, dans l’espace brisé, abstrait, gén

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Figures absentes

ARTS | John Berger est scénariste, critique d’art, dessinateur, et il a un fils qui peint : Yves Berger. A l’occasion du Printemps du livre, père et fils (...)

Laetitia Giry | Vendredi 30 mars 2012

Figures absentes

John Berger est scénariste, critique d’art, dessinateur, et il a un fils qui peint : Yves Berger. A l’occasion du Printemps du livre, père et fils exposent ensemble le fruit de leurs productions respectives. Deux lieux que l’on n’associerait pas forcément – en termes de programmation – montrent chacun de leur côté un panel des dessins épurés du paternel mis face aux étranges peintures de son rejeton. Indistinctement réparties entre la galerie Alter-art (dans le quartier Saint-Laurent à Grenoble) et l’Espace Vallès (centre d’art municipal de la ville de Saint-Martin-d’Hères), les œuvres Berger ont ce quelque chose de légèrement fantomatique qui fait la marque de la première galerie citée. Des peintures exposées se détachent essentiellement des visages, en surimpression d’un fond vraisemblablement voué à les aspirer, mais aussi régulièrement des pieds et des mains – tendus vers la surface de la toile, pointés vers l’extérieur de l’image. Une image qui ressemble un peu à un bocal que l'on observerait du dessus, plein d’eaux voguant entre le vert et le bleu, et dans lequel

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Tout un poème

CONNAITRE | Yves Bonnefoy, l’un des plus flamboyants poètes français, explique qu’il y a « malentendu profond entre le lecteur et la poésie », le premier ayant « le désir (...)

François Cau | Lundi 23 janvier 2012

Tout un poème

Yves Bonnefoy, l’un des plus flamboyants poètes français, explique qu’il y a « malentendu profond entre le lecteur et la poésie », le premier ayant « le désir de trouver la signification du texte », et concluant souvent que « la poésie, c’est parler pour ne rien dire ». Il fait là l’évident constat du désarroi général face à l’absence d’un sens immédiat, facile à appréhender. Or, c’est bien l’essence de la poésie que de justement contourner l’évidence, jouer avec le langage, le libérer des chaînes de la raison pure et de l’exigence de sens du « discours conceptuel ordinaire ». Le poète incarne ce noble combat, mené par les mots, orienté par la fantaisie, et tendu vers le dévoilement de ces « forces qui à la fois nous composent et nous déchirent ». Cette contradiction fondamentale qui, inlassablement, se détermine comme centre de gravité, engageant le lecteur à se projeter personnellement dans l’expérience poétique. En bon critique, essayiste et homme dévoué non seulement à l’art qu’il pratique en virtuose mais aussi à sa réception – en d’autres termes, son devenir dans l’interprétation du lecteur -, Yves Bonnefoy compte parmi ceux qui nous rappellent le bonheur de l’introspectio

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L’Oiseau

ECRANS | D’Yves Caumon (Fr, 1h33) avec Sandrine Kiberlain, Clément Sibony, Bruno Todeschini…

François Cau | Jeudi 19 janvier 2012

L’Oiseau

Alors que partout ailleurs, le cinéma d’auteur semble prendre conscience que la radicalité formelle ne vaut rien si elle ne sert pas à intensifier les émotions (des personnages et des spectateurs), la France continue à délivrer des films «poissons-mort», beaux mais froids et l’œil vide. Oiseau-mort dans ce cas précis, puisque Yves Caumon fait de la brève existence du volatile, incrusté dans l’appartement d’une Sandrine Kiberlain qui, pour une fois, ne se retrouve pas à jouer les seconds rôles indignes de sa valeur d’actrice, la durée nécessaire de son retour à la vie. Le début, intrigant, ressemble à certains Polanski première période : le film observe une névrose depuis les craquements des murs, les ombres du dehors, les manies inexpliquées de l’héroïne… Quand il s’aventure hors de l’appartement, le film perd peu à peu toute étrangeté, mais surtout, Yves Caumon révèle trop tôt le pourquoi de ce comportement, ramenant le tout à un banal psychodrame. Ne reste plus alors que l’arrogance de longs plans méticuleusement composés et éclairés, un cinéma qui se regarde filmer et qui ne véhicule ni émotions, ni idées, juste des intentions. CC

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Les maux des mots

SCENES | Écrire sur le langage ? C’est s’attaquer à une « sacrée question » comme le résume très bien le comédien Pierre Meunier dans une vidéo faisant office de présentation (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 22 décembre 2011

Les maux des mots

Écrire sur le langage ? C’est s’attaquer à une « sacrée question » comme le résume très bien le comédien Pierre Meunier dans une vidéo faisant office de présentation de sa proposition Du fond des gorges – du mardi 10 au vendredi 13 janvier à l’Hexagone. Entouré de Pierre-Yves Chapalain et François Chattot, il décide de redonner un sens et une âme à des mots (ensemble, démocratie, …) qui, malheureusement, « ne font plus soulever un poil à personne quand ils sont dits ». Incarner le langage : les trois (très bons) comédiens avaient toutes les cartes en main pour casser la baraque, la note d’intention cernant avec justesse la problématique. Pourtant, en s’écartant de tout schéma narratif, et en s’égarant entre burlesque, non sens, et autres abstractions, les trois « clowns sérieux » perdent en chemin leur spectacle, ou du moins peinent à en communiquer la finalité. Alors peut-être sommes-nous passés à côté d’une grande aventure de théâtre (certaines scènes s’en approchent, notamment lorsque François Chattot s’essaie au discours dans cette scénographie hallucinante faite de simili chambres à air), mais ce Du fond des gorges nous a bel et bien laissés de marbre. AM

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Quand le plomb devient or

MUSIQUES | On connaissait Philippe Katerine version années 90 début 2000, auteur compositeur français au talent certain qui livra plusieurs albums émaillés de petits (...)

François Cau | Jeudi 29 septembre 2011

Quand le plomb devient or

On connaissait Philippe Katerine version années 90 début 2000, auteur compositeur français au talent certain qui livra plusieurs albums émaillés de petits chefs-d’œuvre (Je vous emmerde, Mort à la poésie...). On rencontra ensuite le Philippe Katerine période collants roses et sa kyrielle de tubes pop à l’efficacité redoutable (Louxor j’adore, 100% VIP...) – notre homme poussant à l’extrême sa recherche de la ritournelle parfaite dans un dernier album-concept renfermant des morceaux courts, souvent répétitifs et entêtants (ce qui en agaça plus d’un). Et voilà maintenant que nous arrive un Philippe Katerine porte-drapeau de la variété française, façon La Chance aux chansons 2.0. Pendant un an, sur un site web spécifique, on a pu découvrir au fil des semaines cinquante-deux reprises de standards français (Capri c’est fini, Comme un avion sans ailes, L’idole des jeunes…) avec Katerine à la voix, et le groupe Francis et ses peintres à l’orchestration. Des reprises qui, souvent, emmènent l’original ailleurs : la fine équipe a ainsi déniaisé le Ne partons pas fâchés de Raphaël avec des chœurs enfa

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Suivez le guide

CONNAITRE | Samedi soir, c’est la Nuit des musées. Une manifestation couplée en Isère avec Musées en fête, qui se déroulera sur tout le week-end. L’occasion rêvée pour se pencher sur les multiples lieux d’exposition que nous offre le bassin grenoblois, et leurs missions parfois méconnues du grand public. AM

François Cau | Vendredi 6 mai 2011

Suivez le guide

Forcément, quand on parle d’exposition dans l’agglo, on pense tout de suite au Musée de Grenoble, véritable star locale au rayonnement national – voire international. « On a une collection présentée en permanence, l’une des plus riches au niveau européen en ce qui concerne l’art moderne » explique Guy Tosatto, son directeur. « Avec aussi, une superbe collection d’art ancien, très importante. » Véronèse, Rubens, Matisse, Warhol, … : à côté de ce réservoir artistique impressionnant, le musée propose différentes expositions temporaires, en souhaitant « rester au plus près de son identité » (notamment avec les grandes expositions d’artistes incontournables de l’histoire de l’art – Chagall en ce moment), tout en essayant « de mieux faire connaître certains artistes, notamment dans le domaine de l’art contemporain » – ce fut le cas dernièrement avec l’Allemand Stephan Balkenhol, dont c’était la première grande exposition dans un musée français. L’art d’aujourd’hui Mais le Musée de Grenoble n’est tout seul, loin de là. Car si le bassin grenoblois a de quoi se plaindre dans certains domaines artistiques, niveau lieux

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