"La Femme de mon frère" : entre elle et lui

ECRANS | De Monia Chokri (Can, 1h57) avec Anne-Elisabeth Bossé, Patrick Hivon, Sasson Gabai…

Vincent Raymond | Lundi 24 juin 2019

Photo : ©Memento Distribution


Sophia vient de soutenir sa thèse et devant elle s'ouvre : le vide. Sans emploi ni relation sentimentale (mais enceinte d'un amant passé), elle squatte chez son frère Karim. Quand elle se résout à l'IVG, Karim flashe sur la gynéco. Les sentiments sont partagés. Sauf par Sophia…

On parle souvent des "films du milieu" pour désigner des productions économiquement intermédiaires. Mais il faudrait reconsidérer la formule pour qualifier le jeune cinéma de la comédienne Monia Chokri (vue notamment chez Xavier Dolan), dont cette première réalisation de long-métrage laisse espérer de grandes choses. La Femme de mon frère est sans doute un film intermédiaire par son budget ; totalement par son sujet puisque Sophia se retrouve à tenir la chandelle entre sa gynéco et son frère. Il l'est surtout par son style à mi-chemin entre une inspiration résolument Nouvelle Vague (avec jump cut godardiens, effets de surimpression, errances nocturnes commentées en voix-off, citations littéraires) et sa tonalité de comédie américaine sentimentale des années 1980, ses décors pastel ou son ambiance familiale orientale explosive – un joyeux mélange entre Quand Harry rencontre Sally de Rob Reiner, Recherche Susan désespérément de Susan Seidelman et Le Complot d'Œdipe de Woody Allen.

Débordant de rebondissements, cette petite saga portée par une anti-héroïne jalouse, agaçante, attachante et fragile à la fois, s'avère beaucoup moins nombriliste que l'on pourrait le croire, en brossant le portrait-charge non pas d'une trentenaire en déroute, mais d'une société confite dans son égoïsme : les gérontes font leur loi à l'université, les baby-boomers se comportent en sales gosses, les bourgeois autosatisfaits s'avachissent dans leur luxe. Demeure une lueur : celle des fêlés comme Sophia ou Jamin (le fantasque sage-homme qu'on lui met dans les pattes) voire la lumière des réfugiés auxquels Sophia va prodiguer des cours pour, en définitive, s'éclairer sur le sens de sa vie…


La femme de mon frère

De Monia Chokri (2019, Ca, 1h57) avec Anne-Elisabeth Bossé, Patrick Hivon...

De Monia Chokri (2019, Ca, 1h57) avec Anne-Elisabeth Bossé, Patrick Hivon...

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Montréal. Sophia, jeune et brillante diplômée sans emploi, vit chez son frère Karim. Leur relation fusionnelle est mise à l’épreuve lorsque Karim, séducteur invétéré, tombe éperdument amoureux d’Eloïse, la gynécologue de Sophia…


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"Pauvre Georges !" : canadian beauty

ECRANS | De Claire Devers (Fr-Bel-Can, 1h53) avec Grégory Gadebois, Mylène MacKay, Monia Chokri…

Vincent Raymond | Mardi 2 juillet 2019

Enseignant français exilé au Québec, Georges le taciturne vit avec son épouse à la campagne. Un jour, il surprend Zack, un gamin déscolarisé, fouillant leur maison. Georges va jeter son dévolu sur cet ado un brin pervers et tenter de lui faire raccrocher le lycée, au grand dam de ses proches… Avec son ambiance de banlieue tranquille peuplée de gens aisés en apparence comme il faut (mais révélant à la première occasion de violentes névroses quand ils n’affichent pas leur ridicule de parvenus) et son protagoniste las d’absorber sans regimber la médiocrité ambiante et saisi par la crise de milieu de vie, cette adaptation-transposition d'un roman de Paula Fox ne peut qu’évoquer American Beauty (1999) de Sam Mendes : Georges va faire voler en éclats les conventions qui l’oppressent, dût-il en payer le prix. À la différence du héros de Mendes, c’est davantage au profit des autres que du sien que se déclenche cette petite révolution dont Zack est le catalyseur. Trop rare au cinéma, la réalisatrice Claire Devers fait preuve ici d’une délicieuse – et bienvenue – causticité vis-à-vis des ectoplasmes contemporains, en réhabilitant ceux qui pass

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"Compte tes blessures" : le fils et l’amer père

ECRANS | de Morgan Simon (Fr., 1h20), avec Kévin Azaïs, Monia Chokri, Nathan Willcocks…

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Hervé a élevé seul son fils Vincent avec lequel il ne sait comment communiquer. Jeune adulte réservé, celui-ci s’épanouit en chantant dans un groupe de hard. Leur équilibre instable chavire quand Hervé entame une relation avec Julia, de dix ans sa cadette… et de dix l’aînée de Vincent. Revendiquant jusque dans son beau titre les stigmates de son âpreté, ce film s’ouvre par une scène symbolisant admirablement la relation paradoxale unissant le fils à son père : Vincent se fait tatouer sur le cou le portrait de son géniteur, qui le rabroue pour cet hommage. Comme s’il ne supportait pas que son fils veuille l’avoir dans/sur la peau, au vu et au su de tout le monde : une telle affirmation d’affection aussi muette que criante paraît démesurée pour deux taiseux contraints de vivre ensemble depuis toujours, n’ayant d’autre possibilité que de se déchirer pour exprimer leurs sentiments mutuels. Souvent confronté à des rôles initiatiques montrant son endurcissement progressif, Kevin Azaïs incarne ici un personnage plus nuancé que d’habitude : ayant atteint sa forme adulte, mais recelant des fractures d’enfance. L’enjeu est différent, et par conséquent le jeu plus compl

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Gare du Nord

ECRANS | Claire Simon tente une radiographie à la fois sociologique et romanesque de la gare du nord avec ce film choral qui mélange documentaire et fiction. Hélas, ni le dialogue trop écrit, ni les récits inventés ne sont à la hauteur de la parole réelle et des vies rencontrées… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 28 août 2013

Gare du Nord

Pensant probablement le naturalisme en bout de course pour raconter le monde contemporain, deux réalisatrices tentent en cette rentrée de faire se croiser réalité documentaire et fiction intime. Si Justine Triet avec sa Bataille de Solférino (en salles le 18 septembre) s’en tire grâce à l’élan vital débraillé qui irrigue sa fiction, le dispositif de Gare du Nord échoue à hisser le romanesque à la hauteur de la réalité. Il y a d’abord un prétexte très artificiel véhiculé par le personnage de Reda Kateb, étudiant en sociologie faisant une thèse sur la gare du Nord comme «place du village global», justification scénaristique facile pour le montrer abordant commerçants et usagers. Ensuite, la structure chorale du film, avec ses trois histoires entremêlées – une femme malade tombe amoureuse d’un homme plus jeune qu’elle, un père cherche sa fille fugueuse, une agent immobilière ne supporte pas d’être séparée de son mari et de ses enfants – paraît là aussi dictée par une intention trop appuyée, celle de faire se croiser dans un microcosme à la fois unique et globalisé des destins singuliers. Que Claire Simon ait recours à un procédé devenu éculé pour

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