"Daniel Darc, Pieces of My Life" : je me souviens, je me rappelle

ECRANS | de Marc Dufaud et Thierry Villeneuve (Fr, 1h45) documentaire

Vincent Raymond | Lundi 22 juillet 2019

Photo : ©UFO Distribution


Entre la fin de Taxi Girl (groupe iconique et phare de la scène post-punk et new wave française) et sa renaissance via le succès de l'album Crèvecœur, Daniel Darc aura connu 15 années de désert marquées notamment par la drogue et la foi. Et richement documentées par un ami proche…

En peu de temps, nous sommes passés d'un extrême à l'autre en termes d'images d'archives : de l'absence ou de la rareté au trop-plein, l'époque actuelle débordant (pour ne pas dire dégueulant) de prises de vue le plus souvent contrôlées, fabriquées, car considérées comme faisant partie intégrante de la promotion globale. Même lorsque le sujet n'est pas une personnalité médiatique, il se met en scène pour ses réseaux sociaux. Il y a à peine vingt ans, un artiste dans le trou demeurait totalement hors des radars : qui avait intérêt à documenter la galère d'un has been ? Personne, à moins de tomber sur un fan, un ami suffisamment opiniâtre et proche pour effectuer un suivi régulier et avoir accès à l'intimité la moins glamour.

Dans une carrière (et une vie) marquées par les fractures, Daniel Darc aura au moins eu cette chance d'être suivi par Marc Dufaud qui, grâce au considérable matériau accumulé pendant sa période de vie en dehors des sunlights, peut montrer les facettes méconnues du chanteur. Et même l'immontrable, puisqu'on voit Darc en train de se shooter. Des témoignages directs, face caméra, sans filtre ni politiquement correct, où se dessinent les fêlures de l'âme, mais qui ne parviennent pas à percer le mystère de l'homme – sans parler de celui de l'artiste.

S'il signe un admiratif et douloureux portrait de son ami, le réalisateur use enfin de sa caméra comme d'un miroir : ces morceaux de la vie de Daniel Darc sont aussi les siens.


Daniel Darc, pieces of my life

De Marc Dufaud, Thierry Villeneuve (2019, Fr, 1h45)

De Marc Dufaud, Thierry Villeneuve (2019, Fr, 1h45)

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Chanteur de Taxi-girl, groupe culte des années 1980 à l’aura sombre et romantique, Daniel Darc allait rapidement susciter toutes sortes de légendes urbaines. Les années 1990 passent et sa trace se perd… Il faudra attendre 2004 et le miraculeux retour avec Crèvecoeur pour qu’il retrouve le succès.


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Il aura survécu à l’époque Taxi Girl, tout en en gardant des traces. Depuis vingt ans, Daniel Darc vogue en solo, délaissant progressivement ses apparats les plus excentriques pour une chanson troublée, troublante et brûlante, se rapprochant ainsi des maîtres du genre (Gainsbourg et Bashung en tête). En témoigne C’est moi le printemps, le titre phare de son dernier album La Taille de mon âme : un morceau enjoué ne masquant pas les fêlures du personnage, qui se dévoile sur une quinzaine de chansons, dont certaines sont vertigineuses. Un artiste atypique et sincère, que certains avaient annoncé musicalement mort de nombreuses fois, et qui revient là avec force. Il sera sur la scène de la Musique de Meylan le vendredi 16 mars. AM

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L’anecdote est connue : en 1979, en première partie des Talking Heads, Daniel Darc s’ouvre les veines avec un cutter et asperge le public façon "ceci est mon sang, versé pour vous sur la croix du rock". Le grand guignol de la déglingue, un peu comme lorsqu’Iggy Pop se tailladait le torse avec des tessons ou se badigeonnait de… beurre de cacahuètes. C’est ainsi : Pete Doherty en est aujourd’hui la preuve absurde, le rocker est voué à offrir son corps en offrande aux fantasmes destroy de ses sujets. Sauf que dans le cas de Darc, le geste, ridiculement christique, en dit plus long : on a cru avec Crève-cœur (2004) que Darc avait eu une révélation divine. Il poussait même jusqu’à adapter le célèbre Psaume 23 : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. » Il faut dire que Darc sait de quoi il parle, pendant ses longues années de fondamentalisme toxico, il a expérimenté intensément la sensation de manque. En réalite, Dieu le taraude depuis bien plus longtemps. Premier album solo, fin des années 80 : Sous influence divine. « Je travaille pour le seigneur, plus rien ne peut me faire peur » chante-t-il sur la chanson titre, ritournelle béate co

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