"Pauvre Georges !" : canadian beauty

ECRANS | De Claire Devers (Fr-Bel-Can, 1h53) avec Grégory Gadebois, Mylène MacKay, Monia Chokri…

Vincent Raymond | Mardi 2 juillet 2019

Photo : ©Jour2Fête


Enseignant français exilé au Québec, Georges le taciturne vit avec son épouse à la campagne. Un jour, il surprend Zack, un gamin déscolarisé, fouillant leur maison. Georges va jeter son dévolu sur cet ado un brin pervers et tenter de lui faire raccrocher le lycée, au grand dam de ses proches…

Avec son ambiance de banlieue tranquille peuplée de gens aisés en apparence comme il faut (mais révélant à la première occasion de violentes névroses quand ils n'affichent pas leur ridicule de parvenus) et son protagoniste las d'absorber sans regimber la médiocrité ambiante et saisi par la crise de milieu de vie, cette adaptation-transposition d'un roman de Paula Fox ne peut qu'évoquer American Beauty (1999) de Sam Mendes : Georges va faire voler en éclats les conventions qui l'oppressent, dût-il en payer le prix. À la différence du héros de Mendes, c'est davantage au profit des autres que du sien que se déclenche cette petite révolution dont Zack est le catalyseur.

Trop rare au cinéma, la réalisatrice Claire Devers fait preuve ici d'une délicieuse – et bienvenue – causticité vis-à-vis des ectoplasmes contemporains, en réhabilitant ceux qui passent pour des misanthropes (incarnés par les excellents Stéphane de Groodt et Grégory Gadebois) : leur apparente intransigeance offre quelques repères à la jeunesse désorientée de la génération Y et à leurs géniteurs confondant altruisme et nombrilisme.

Beau et maîtrisé dans sa forme, ce Pauvre Georges ! révélateur d'une société malade est un film punk par son incorrection libératoire. Le genre de petite bombe que tout idéaliste aurait envie de projeter lors d'une fête des voisins ou à Noël en famille, histoire de mettre un peu d'ambiance…


Pauvre Georges !

De Claire Devers (2019, Fr) avec Grégory Gadebois, Mylène MacKay...

De Claire Devers (2019, Fr) avec Grégory Gadebois, Mylène MacKay...

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Georges a quitté la France pour le Québec et s'est installé à la campagne avec sa femme, Emma. Un soir, en rentrant du collège où il enseigne le Français à Montréal, il surprend Zack, un adolescent déscolarisé, en train de fouiller leur maison.


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"Présidents" : vieilles choses publiques

ECRANS | Enchaînant films et sujets opposés, Anne Fontaine s’attaque après Police à l’étage supérieur : le pouvoir suprême et ceux qui l’ont exercé… lorsqu’ils en sont dépossédés. Entre fable et farce, une relecture des institutions et de l’actualité politique bien plus intéressant que ce que les teasers-sketches laissaient supposer…

Vincent Raymond | Mardi 29 juin 2021

Reconverti en homme d’intérieur dépressif, l’ex-président Nicolas S. prend pour prétexte la popularité grandissante de la candidate d’extrême-droite pour partir en Corrèze afin de convaincre son ancien adversaire et successeur François H. de monter un nouveau parti avec lui. La cohabitation sera d’autant plus rude qu’ils sont opposés en tout, et que leurs compagnes s’invitent dans la campagne… Une évidence en préambule : sur les arcanes de la Ve République (et ses bruits de cabinet, diront les mauvaises langues), il sera difficile de parvenir un jour à se montrer plus complet que le magistral L’Exercice de l’État de Pierre Schoeller. Rien n’empêche toutefois d’attaquer le sujet par la bande, en se focalisant sur des espèces s’ébattant dans cet écosystème. Tels les présidents du film homonyme d’Anne Fontaine construit comme une fable dont les protagonistes ne seraient pas de grands fauves, mais deux ex éconduits par leur bien-aimée, trompant ensemble leur déni dans l’illusoire espoir d’une reconquête. Sauf que la belle, de plus en plus versatile et capricieuse, ne veut plus d’eux.

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"La Femme de mon frère" : entre elle et lui

ECRANS | De Monia Chokri (Can, 1h57) avec Anne-Elisabeth Bossé, Patrick Hivon, Sasson Gabai…

Vincent Raymond | Lundi 24 juin 2019

Sophia vient de soutenir sa thèse et devant elle s’ouvre : le vide. Sans emploi ni relation sentimentale (mais enceinte d’un amant passé), elle squatte chez son frère Karim. Quand elle se résout à l’IVG, Karim flashe sur la gynéco. Les sentiments sont partagés. Sauf par Sophia… On parle souvent des "films du milieu" pour désigner des productions économiquement intermédiaires. Mais il faudrait reconsidérer la formule pour qualifier le jeune cinéma de la comédienne Monia Chokri (vue notamment chez Xavier Dolan), dont cette première réalisation de long-métrage laisse espérer de grandes choses. La Femme de mon frère est sans doute un film intermédiaire par son budget ; totalement par son sujet puisque Sophia se retrouve à tenir la chandelle entre sa gynéco et son frère. Il l’est surtout par son style à mi-chemin entre une inspiration résolument Nouvelle Vague (avec jump cut godardiens, effets de surimpression, errances nocturnes commentées en voix-off, citations littéraires) et sa tonalité de comédie américaine sentimentale des années 1980, ses décors pastel ou son ambiance familiale orientale explosive – un joyeux mélange entre

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"Marvin ou la belle éducation" : et Anne Fontaine sombra dans la caricature

ECRANS | de Anne Fontaine (Fr., 1h53) avec Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Depuis toujours, Marvin Bijou se sent "à part". Traité de "pédé" et harcelé au collège, il étouffe aussi dans sa famille à peine quart-monde. Grâce à un atelier théâtre et à sa rencontre avec un metteur en scène, il va découvrir qu’une issue existe et qu’il peut s’affirmer dans son identité… Anne Fontaine a une manière de filmer la misère sociale qui rappelle, sans vouloir faire offense ni à l’une ni à l’autre, le Ettore Scola de Affreux, sales et méchants. Sauf que le cinéaste italien tournait au second degré. Pas la réalisatrice française, qui pense nécessaire de représenter dans leur caricature la plus élimée des pauvres qu’elle ne doit guère connaître. Non qu’il faille adoucir ni faire de l’angélisme, mais cette représentation tient davantage du vieux stéréotype que du réalisme – curieusement, sa vision des sphères bourgeoises est plus réaliste. De fait, elle pousse vers une outrance aussi aberrante qu’inutile ses comédiens, au premier chef desquels

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"Compte tes blessures" : le fils et l’amer père

ECRANS | de Morgan Simon (Fr., 1h20), avec Kévin Azaïs, Monia Chokri, Nathan Willcocks…

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Hervé a élevé seul son fils Vincent avec lequel il ne sait comment communiquer. Jeune adulte réservé, celui-ci s’épanouit en chantant dans un groupe de hard. Leur équilibre instable chavire quand Hervé entame une relation avec Julia, de dix ans sa cadette… et de dix l’aînée de Vincent. Revendiquant jusque dans son beau titre les stigmates de son âpreté, ce film s’ouvre par une scène symbolisant admirablement la relation paradoxale unissant le fils à son père : Vincent se fait tatouer sur le cou le portrait de son géniteur, qui le rabroue pour cet hommage. Comme s’il ne supportait pas que son fils veuille l’avoir dans/sur la peau, au vu et au su de tout le monde : une telle affirmation d’affection aussi muette que criante paraît démesurée pour deux taiseux contraints de vivre ensemble depuis toujours, n’ayant d’autre possibilité que de se déchirer pour exprimer leurs sentiments mutuels. Souvent confronté à des rôles initiatiques montrant son endurcissement progressif, Kevin Azaïs incarne ici un personnage plus nuancé que d’habitude : ayant atteint sa forme adulte, mais recelant des fractures d’enfance. L’enjeu est différent, et par conséquent le jeu plus compl

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Le Dernier coup de marteau

ECRANS | D’Alix Delaporte (Fr, 1h23) avec Clotilde Hesme, Grégory Gadebois, Romain Paul…

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2015

Le Dernier coup de marteau

Avec Angèle et Tony, Alix Delaporte s’aventurait dans la fable sociale, en quête de justesse et de finesse dans la peinture de ses personnages ébréchés par la vie. Pour son deuxième film, elle reconduit la formule, qui plus est avec les deux mêmes comédiens (Clotilde Hesme et un extraordinaire Grégory Gadebois, qui bouffe l’écran à chacune de ses apparitions), en en modifiant à peine l’équation : la grise Normandie est remplacée par un Montpellier solaire, et l’enfant, au second plan précédemment, devient ici le pivot de la narration. Tandis que sa mère souffre d’un cancer, son père, chef d’orchestre perfectionniste qu’il n’a jamais connu, vient diriger à l’opéra la sixième symphonie de Mahler. Commence alors un jeu d’approche feutrée, fidèle au goût de la demi-teinte de la réalisatrice, mais qui s’apparente à un programme déjà vu ailleurs, en mieux : chez les frères Dardenne, évidemment, dont Delaporte ne possède ni le sens de la mise en scène physique, ni la hauteur de vue morale. Aussi noble soit-il dans ses intentions, Le Dernier coup de marteau

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Gare du Nord

ECRANS | Claire Simon tente une radiographie à la fois sociologique et romanesque de la gare du nord avec ce film choral qui mélange documentaire et fiction. Hélas, ni le dialogue trop écrit, ni les récits inventés ne sont à la hauteur de la parole réelle et des vies rencontrées… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 28 août 2013

Gare du Nord

Pensant probablement le naturalisme en bout de course pour raconter le monde contemporain, deux réalisatrices tentent en cette rentrée de faire se croiser réalité documentaire et fiction intime. Si Justine Triet avec sa Bataille de Solférino (en salles le 18 septembre) s’en tire grâce à l’élan vital débraillé qui irrigue sa fiction, le dispositif de Gare du Nord échoue à hisser le romanesque à la hauteur de la réalité. Il y a d’abord un prétexte très artificiel véhiculé par le personnage de Reda Kateb, étudiant en sociologie faisant une thèse sur la gare du Nord comme «place du village global», justification scénaristique facile pour le montrer abordant commerçants et usagers. Ensuite, la structure chorale du film, avec ses trois histoires entremêlées – une femme malade tombe amoureuse d’un homme plus jeune qu’elle, un père cherche sa fille fugueuse, une agent immobilière ne supporte pas d’être séparée de son mari et de ses enfants – paraît là aussi dictée par une intention trop appuyée, celle de faire se croiser dans un microcosme à la fois unique et globalisé des destins singuliers. Que Claire Simon ait recours à un procédé devenu éculé pour

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