"Au bout du monde" : Kurosawa sous le ciel de l'Ouzbékistan

ECRANS | De Kiyoshi Kurosawa (Jap.-Ouz.-Qat., 2h) avec Atsuko Maeda, Ryô Kase, Shôta Sometani…

Vincent Raymond | Mardi 22 octobre 2019

Photo : ©Eurozoom


Présentatrice d'une émission japonaise de découvertes géographiques, Yoko est en reportage en Ouzbékistan. Aux nombreuses difficultés pimentant son tournage s'ajoute une mélancolie intime qui l'occupe hors caméra. Samarcande et Tashkent sont si loin de Tokyo…

Tout comme les compatriotes de sa génération et des suivantes, tels Kore-eda ou Kawase, Kiyoshi Kurosawa manifeste une certaine porosité à l'Occident tranchant avec l'esprit d'insularité ordinairement attribué aux artistes nippons. Deux ans après son escapade parisienne pour Le Secret de la Chambre noire, il jette son dévolu sur l'Ouzbékistan, plus proche géographiquement du Japon mais porteur d'un exotisme mystérieux. Et même si ce film est sans le doute le plus étranger au genre fantastique qu'il ait jamais réalisé, Au bout du monde se trouve traversé par une impression de bizarrerie et de déphasage constants.

Ce trouble n'a rien de surnaturel : Yoko ne parlant pas l'ouzbek, éprouvant le manque de son fiancé, ambitionnant une carrière de chanteuse plutôt que de présentatrice, subissant un tournage compliqué et devant de surcroît feindre la félicité suprême devant l'objectif, a bien des raisons d'être désorientée. Le seul expédient à ce sentiment d'égarement, elle le trouve dans l'errance physique, à l'occasion de balades solitaires et souvent nocturnes, qui la recentrent. Éloge de la perte (parce qu'elle amène les retrouvailles), chasse au Snark ouzbek, mise en boîte des programmes télé standardisés et hommage inattendu à Édith Piaf, ce voyage en terre inconnue est un retour heureux à une sérénité intérieure.


Au bout du monde

De Kiyoshi Kurosawa (2019, Jap/Ouz, 2h) avec Atsuko Maeda, Ryô Kase, Shôta Sometani...

De Kiyoshi Kurosawa (2019, Jap/Ouz, 2h) avec Atsuko Maeda, Ryô Kase, Shôta Sometani...

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Reporter pour une émission populaire au Japon, Yoko tourne en Ouzbékistan sans vraiment mettre le cœur à l’ouvrage. Son rêve est en effet tout autre… En faisant l'expérience d’une culture étrangère, de rencontres en déconvenues, Yoko finira-t-elle par trouver sa voie ?


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"Le Secret de la chambre noire" : photos-souvenirs

ECRANS | De Kiyoshi Kurosawa (Fr-Bel, Jap, 2h11) avec Tahar Rahim, Constance Rousseau, Olivier Gourmet…

Julien Homère | Mardi 7 mars 2017

Jeune homme sans histoire, Jean devient l’assistant de Stéphane, photographe miné par le décès de son épouse et vivant seul dans sa propriété avec sa fille Marie. Au cours des multiples séances où elle sert de modèle, Jean réalise l’amour qu’il lui porte et la nécessité pour eux de quitter ce lieu toxique. S’entourant d’interprètes français solides comme Olivier Gourmet et Tahar Rahim, le Japonais Kiyoshi Kurosawa construit un récit non dénué de finesses psychologiques et formelles, mais qui passe après un (trop) grand héritage gothique sur le fantôme et son reflet. Le film tente de se démarquer par un point de vue plus naturaliste qui, malheureusement, s’essouffle dans le troisième acte par manque d’émotion et d’intensité. La retenue formelle empêche toute immersion et ne reste qu’en surface d’une histoire qui aurait mérité plus de passion, de rage et de désespoir.

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Real

ECRANS | Après "Shokuzai", Kiyoshi Kurosawa ose la fable d’anticipation tout en conservant son style intimiste, bavard et glacé, désormais pleinement maîtrisé. Dommage qu’il ne le tienne pas jusqu’au bout de ce "Real" souvent passionnant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 mars 2014

Real

À force de filmer des fantômes revenant hanter les vivants, il était presque fatal que Kiyoshi Kurosawa fasse un jour le chemin inverse. Avec Real, il montre ainsi comment un jeune homme, Koichi, va entrer en « contact » avec Atsumi, sa petite amie dessinatrice de mangas dans le coma depuis un an, en espérant la ramener à la conscience. La technologie qui lui permet de l’atteindre est pour le moins sommaire (une sorte de scanner et quelques électrodes) et le fantastique surgit à travers des idées souvent rudimentaires mélangeant trucages numériques, maquillages spéciaux et transparences obtenues sur le plateau. C’est bien la mise en scène de Kurosawa qui permet de brouiller les frontières entre le rêve et la réalité, et il lui suffit parfois de faire légèrement varier la lumière sur le visage d’Atsumi, de plonger les rues dans une brume opaque ou de supprimer l’ambiance sonore de la ville entourant pour introduire de l’inquiétude. En cela, jamais son style si effacé, cette image sans relief et sans aspérité, n’avait autant servi sa démarche : Real magnifie cette contagion de la réalité la plus banale (y compris dans le torrent de dialogues, inu

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