Robert Guédiguian : « Les idées des dominants sont devenues dominantes »

Cinema | Une famille déchirée par l’argent, fléau social gangrenant âmes, cœurs et corps… Dans Gloria Mundi, Robert Guédiguian tend un miroir sans complaisance à sa génération, épuisée d’avoir combattu, et à la suivante, aveuglée par les mirages. Mais ne s’avoue pas vaincu. Entretien exclusif.

Vincent Raymond | Mercredi 27 novembre 2019

Photo : © Stephan Vanfleteren


Dans la mesure où vous travaillez en troupe, mais aussi où un lien très privilégié vous unit à Ariane Ascaride, comment avez vous reçu la Coupe Volpi qui lui a été remise à la Mostra de Venise ?

Robert Guediguian : Je crois que tous les gens qui travaillent ensemble depuis toujours, dont moi, ont pris ce prix pour eux, disons-le. Et l'on trouve juste et justifié ce rapport qui a été fait entre Ariane (qui est d'origine italienne), ses rôles dans le cinéma que je fais et les grandes références comme Anna Magnani. Un prix à Venise oblige à penser à tout le cinéma italien des années 1970 qu'on aime beaucoup et qui nous a grandement frappés : dans notre adolescence, c'était le plus fort du monde. On a plus de références avec le cinéma italien qu'avec le cinéma français ou américain. C'est un peu une transmission, un passage de témoin magnifique.

Gloria Mundi est un film sur les valeurs. Mais ce mot a des acceptions différentes selon les générations : pour les aînés, il s'agit de valeurs humaines, alors que les enfants les considèrent sur le plan économique…

Je crois, oui. C'est ce qu'on appelle le consumérisme : les rapports marchands, l'argent comptant, l'égoïsme, comme le disait déjà Marx en 1848. Certes, cela existait depuis les années 1970 et les Trente glorieuses, mais je crois que c'est devenu un tsunami qui a submergé toutes les anciennes valeurs et les liens de convivialité, de fraternité, de solidarité, de classe, jusqu'à atteindre aujourd'hui les rapports familiaux, amoureux les plus intimes : sexuels. Tout est relié d'une manière ou d'une autre à l'argent. Jamais une société n'a atteint un tel niveau de marchandisation. C'est ce que le film voulait dénoncer. Même si la génération précédente, la mienne, est à la fois très résignée parce que les luttes ont échoué et que les combats n'ont pas marché, elle a tendance à dire : « Essayons de sauver ce qui reste, la dernière chose qui fasse société, le dernier rempart : la famille. ». Mais même la famille est atteinte ! De ce point de vue, le film est très noir.

Par ailleurs, vous montrez des personnages qui ne croient plus au combat syndical. Pour le spectateur, un tel discours dans un film de Robert Guédiguian est pour le moins déstabilisant…

On le savait bien en le tournant (rire). C'est un film très noir, mais il ne l'a pas été dans sa fabrication : ça nous faisait rire ou sourire de nous moquer d'Ariane qui, pour la première fois, jouait une briseuse de grève !

En même temps, je crois que je suis toujours allé au bout des constats qu'il fallait faire : autant j'ai voulu dans certains films encourager en montrant de très belles actions, des possibilités de vivre ensemble dans une courette — pour prendre l'exemple le plus illustre qu'est Marius et Jeanette, autant j'ai voulu ferrailler dans La Ville est tranquille ou Lady Jane. Il ne faut pas avoir peur du constat dur. Nous, spectateurs, avons besoin quand nous allons au cinéma, d'être parfois encouragés. Mais aussi, parfois, réveillés. Il faut qu'on nous montre le réel autrement. C'est un peu le sens de Gérard, à la fin du film, quand il regarde le spectateur en disant : « Mais vous pensez quoi de cette affaire ? »

La solution aux maux du film est en chacun de nous : il faut que l'on prenne notre destin en main, que l'on se réorganise, qu'on descende dans la rue, qu'on refasse de la politique, du syndicalisme, du rapport de force pour essayer de respirer un peu.

Ce constat, vous l'aviez déjà opéré un peu dans La Villa, avec des parents qui préféraient mourir plutôt que de vivre avec l'argent de leur fils.

Oui, c'est il y a seulement deux ans. Dans La Villa, qui était très différent, il y avait cette surprise de tous ces enfants qui allaient réveiller tous les vieux, pour aller vite (sourire). Dans Gloria Mundi, un personnage va rompre le cercle de la fatalité. Il y a un très beau geste à la fin, que je ne peux pas raconter.

Un geste libérateur pour le spectateur, et un message au gouvernement ?

Bien sûr.

Un autre personnage, campé par Grégoire Leprince-Ringuet, est très emblématique d'une mentalité actuelle. Il pourrait être une incarnation de la "macronie triomphante"…

Il prend pour argent comptant les idées les plus répandues aujourd'hui : «Devenez tous patrons et pas salariés ; propriétaires et pas locataires ! » Comme si cela pouvait résoudre les choses, si tout le monde pouvait monter son entreprise, acheter une maison, un bateau partir en voyage dans les Caraïbes ! Cette illusion de la liberté, que c'est possible pour tous… Cette vie-là, qui n'a pas d'intérêt particulier, n'est possible que pour quelques-uns à condition qu'ils acceptent d'exploiter les autres, de les écraser et de les pousser du pied et de l'épaule. C'est ça que le film critique de la manière la plus virulente : cet égoïsme absolu.

Et le fait que l'on fasse croire à un prolétariat surexploité qu'il pouvait accéder au patronat…

La chose la plus tragique, c'est que les idées des dominants sont clairement devenues dominantes, c'est-à-dire partagées par les dominés. Les gens les plus humbles croient à ce qu'on leur dit. On peut aujourd'hui rencontrer un smicard qui comprend qu'on n'augmente pas le smic parce que on lui a dit que sinon la société dans laquelle il travaille serait défaillante par rapport à la concurrence venue de Pologne ou de Chine, où les salaires sont plus bas. Ce discours là, même le smicard le tient. Il a adopté le discours de l'adversaire. Il n'a plus de conscience de classe, ni qu'il est exploité, il croit que son patron le sert le mieux possible, ce qui est un leurre total. Les idées du capitalisme son triomphantes, alors que dans la réalité, il est en crise au niveau international.

Avez-vous encore un espoir que l'on sorte de ce cauchemar par les voies légales que sont les urnes ?

Les urnes, je ne sais pas… Je n'ai jamais pensé que les urnes suffisaient : pour moi, l'espace démocratique, c'est aussi la rue. Donc, par les deux oui, mais il faut absolument qu'il y ait le lien entre les urnes et la rue. Pour l'instant, j'ai envie de dire que dans la rue, dans la société, le social il se passe des choses, mais ça n'a pas de traduction politique.

Je suis ému par ce qui se passe à l'hôpital aujourd'hui : je trouve la résistance magnifique ; elle est unanime. Les grands "patrons" en médecine comme l'on dit, sont dans la rue, ils n'ont jamais manifesté de leur vie. J'en ai vu sur des marchés qui distribuent des tracts, c'est très beau. Et à côté il y a des aides-soignantes, des femmes de ménage de l'hôpital qui sont là, ils partagent le même combat, la même idée du service public. Il faut que ça trouve une traduction politique.

On vit un moment, transitoire, j'espère, où la politique a tellement déçu et surtout le parti socialiste qui, depuis 30 ans aurait dû être de gauche, ne l'est pas. Les gens ne croient pas qu'il puisse y avoir une politique qui puisse aller dans leur sens d'une manière viable, qui respecte la parole donnée aux électeurs. Je pense qu'ils ont tort. Il faut croire à nouveau à la politique. La démocratie est le moins mauvais des systèmes qu'on connaisse, il faut bien qu'on vote pour quelqu'un qui assure la fabrication des lois, un exécutif qui aille dans le bon sens. Donc il faut que la rue manifeste et que tout ça aille dans le bon sens.

Depuis que je suis né, je n'ai jamais cessé d'appeler à l'union. Dès 1971, j'ai vécu le programme commun, j'ai pensé qu'il fallait unir les forces de gauche. Une force de gauche seule n'arrivera jamais et n'est jamais arrivée à rien dans ce pays, jamais I Si on est un peu historien, on le sait. Donc il faut une réunion des forces de gauche, émancipatrices. Il y en a. Mais pas qu'elles s'amusent les unes les autres et chacune leur tour à jouer « Je suis le leader ». A bon entendeur, salut (rires) !

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Lucas Belvaux : « Il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

ECRANS | Adapté du roman de Laurent Mauvignier, "Des hommes" (en salle le 2 juin) rend justice à toutes ces victimes de la Guerre d’Algérie payant les intérêts de décisions "supérieures" prises au nom des États. Et s’inscrit avec cohérence dans la filmographie du (toujours engagé) cinéaste Lucas Belvaux. Interview et critique.

Vincent Raymond | Jeudi 20 mai 2021

Lucas Belvaux : « Il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

Il y a un lien manifeste entre votre précédent film Chez nous (2017), sur un parti populiste d’extrême-droite, et celui-ci qui en constitue presque une préquelle… Lucas Belvaux : Des hommes est un peu né du précédent, oui. J’avais lu le livre de Laurent Mauvigner à sa sortie en 2009, et à l’époque j’avais voulu prendre les droits et l’adapter. Mais Patrice Chéreau les avait déjà. Il est ensuite tombé malade et n’a pas eu le temps de le faire. J’avais laissé tombé et puis, avec le temps, ne voyant pas le film se faire, je m’y suis intéressé à nouveau. Surtout après Chez nous : il y avait une suite logique. J’ai relu le livre, je l’ai trouvé toujours aussi bon et mon envie de l’adapter était intacte – ce qui est bon signe après 10 ans. Outre "l’actualité" de votre désir, il y a celle du sujet : on a l’impression qu’on ne fait que commencer avec le traitement de "liq

Continuer à lire

"Gloria Mundi" : un monde immonde

Cinema | Portrait par Robert Guédiguian d’une famille de la classe moyenne soumise au déclassement moyen dans la France contemporaine, où certains n’hésitent pas à se faire charognards pour ramasser les miettes du festin. Un drame noir et lucide. Coupe Volpi à Venise pour Ariane Ascaride.

Vincent Raymond | Mercredi 27 novembre 2019

Autour de Mathilda, qui vient d’accoucher d’une petite Gloria, le cercle de famille s’agrandit mais ne se réjouit pas trop : les jeunes parents peinent à joindre les deux bouts, le père de Mathilda (qu’elle connaît à peine) sort de prison ; quant à sa mère et son nouvel homme, ils ne roulent pas sur l’or. Seuls sa sœur et son compagnon s’en sortent grâce à une boutique de charognards… Est-ce ainsi que les Hommes vivent ? Citer Aragon, l’aède communiste par excellence, a quelque chose d’ironique accentuant la désespérance profonde dont ce film est imprégné. Gloria Mundi s’ouvre certes par une naissance, mais ne se reçoit-il pas comme un faire-part de décès dans l’ambiance mortifère d’un deuil, celui des illusions collectives et de la foi en l’avenir ? Triste est l’époque que Robert Guédiguian nous montre en miroir, où sa génération (celle des actifs usés, sur le point de partir à la retraite, incarnés par l’épatant trio Meylan/Ascaride/Darroussin) ne peut plus transmettre le flambeau de la lutte ni des solidarités généreuses à sa progéniture. Cette dernière, hypnotisée par les chimères libérales, s’est muée en soldate

Continuer à lire

"Les Éblouis" : il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir

Cinema | De Sarah Suco (Fr., 1h39) avec Camille Cottin, Jean-Pierre Darroussin, Eric Caravaca…

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Depuis que sa famille a rejoint la communauté chrétienne de Luc-Marie, Camille a vu sa mère sortir de son apathie dépressive. Mais les règles et les rites qui lui sont imposés, ainsi qu’à ses frères, l’étouffent. Camille sent bien l’anormalité de cette aliénation souriante, au nom de la foi… Dans une semaine faste en films d’épouvante, Les Éblouis ne dépare pas. S’inspirant de ses souvenirs personnels, la comédienne Sarah Suco signe un premier long-métrage d’autant plus effrayant qu’il se passe d’effets en décrivant au jour le jour et à travers les yeux d’une adolescente, les conséquences du mécanisme d’embrigadement sectaire. Comment un loup aux allures débonnaires se déguise en berger pour attirer à lui les proies qu’il a flairées fragiles, en l’occurence, la mère de Camille, dépressive et flétrie dans son existence. Et parvient à tout obtenir d’elles grâce à un conditionnement culpabilisateur. Se revendiquant du christianisme et pratiquant une lecture très personnelle des Écritures, la communauté déviante de Luc-Marie est l’un de ces trop nombreux cercles de fêlés prétendant détenir la vérité en droite l

Continuer à lire

"Martin Eden" : London, Italie

ECRANS | De Pietro Marcello (It.-Fr., 2h08) avec Luca Marinelli, Jessica Cressy, Carlo Cecchi…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

L’Italie, dans une vague première moitié du XXe siècle. Pour avoir défendu un bourgeois dans une bagarre, le jeune marin Martin Eden est introduit dans sa famille. Fasciné par la fille de la maison, il cherche à se cultiver pour s’élever. Mais peut-on impunément quitter sa classe d’origine ? Le réalisateur Pietro Marcello effectue ici une transposition libre et engagée du roman de Jack London, où les interférences avec l’histoire politique transalpine trouvent un écho dans la forme même du film. L’époque composite dans laquelle les faits se déroulent évoque autant le début du XXe, voyant la coagulation du mouvement prolétaire autour de la doctrine marxiste, l’entre-deux-guerre (voyant l’avénement du fascisme), les années soixante dans les bas quartiers napolitains que (de manière fugace) le temps contemporain, où des réfugiés échouent sur les plages italiennes. Ce flou volontaire fait de Martin Eden un personnage somme et atemporel, une figure symbolique, éternelle voix du peuple arrachée à sa condition par l’éducation et la culture, dont l’élite ne pardonne ni n’oublie la modeste extraction et que son son milieu d’origi

Continuer à lire

"Bravo Virtuose" : le roi du pipeau

ECRANS | de Levon Minasian (Arm.-Fr.-Bel., 1h30) avec Samuel Tadevosian, Maria Akhmetzyanova…

Vincent Raymond | Lundi 12 février 2018

À la suite d’un quiproquo, Alik, un jeune clarinettiste, récupère le portable, les contrats et l’argent d’un tueur à gages. La manne tombe à pic, car il cherche à financer l’orchestre de son grand-père lâché par son mécène. Seul hic : Alik doit exécuter les cibles désignées par le commanditaire… À quoi reconnaît-on un polar arménien ? Aux plans sur le mont Ararat, équivalant à ceux sur la Tour Eiffel dans une production française ? Au fait que l’un des méchants (en l’occurrence un bureaucrate corrompu) vante la qualité des loukoums stambouliotes dont il se gave à longueur de journée ? Plutôt à l’évocation des anciens combattants du Haut-Karabagh, où sont morts les parents du héros, et dont certains sont devenus des mafieux. Hors cela, ce premier-long métrage promenant une élégante indécision entre comédie sentimentale, burlesque et thriller, s’aventure aussi dans le semi-expérimental, en matérialisant les images mentales et oniriques d’Alik, caverne d’Ali-Baba fantasmatique où circule la silhouette de la séduisante Lara. Le réalisateur Levon Minasian donne l’impression d’abattre toutes ses cartes stylistiques, pour prouver qu’il est capable d

Continuer à lire

"La Villa" : une calanque en hiver par Robert Guédiguian

ECRANS | Page arrachée à son journal intime collectif, le nouveau film de Robert Guédiguian capte les ultimes soubresauts de jeunesse de ses alter ego, chronique le monde tel qu’il est et croit encore à la poésie et à la fraternité, le tout du haut d’un balcon sur la Méditerranée. De l’utopie vraie.

Vincent Raymond | Mardi 28 novembre 2017

Depuis un drame intime, Angèle n’était jamais revenue voir son père ni ses frères. Après l’AVC du patriarche, elle redescend pourtant un jour d’hiver dans la calanque familiale. Histoire de régler le présent, solder le passé et peut-être se reconstruire un futur. « J’ai l’impression de faire une espèce de feuilleton depuis trente ans. Sans personnage récurrent, mais avec des acteurs récurrents. Et je joue avec cette ambiguïté. » La confidence de Robert Guédiguian prend d’autant plus de sens ici où le cinéaste convoque un extrait de son film Ki Lo Sa (1985) pour illustrer un flash-back – procédé auquel il avait déjà eu recours dans La Ville est tranquille (2001), agrémenté d’un fragment de Dernier été (1981). « Je serais tenté de le faire souvent, mais ce serait une facilité. Là, par rapport au sujet, ça se prêtait bien » confirme le cinéaste. Bercée par la musique de Bob Dylan, cette réactivation d’une archive ensoleillée du lieu et des protagonistes confère à La Villa une singulière épaisseur temporelle emplie de mélancolie. Passant l’e

Continuer à lire

Ariane Ascaride : « "La Villa" est le film le plus personnel de Robert Guédiguian »

ECRANS | Bienveillante, passionnée, Ariane Ascaride demeure l’incontournable muse et visage du cinéma de Robert Guédiguian. Dans "La Villa", elle incarne Angèle, une actrice de retour dans sa fratrie…

Vincent Raymond | Mardi 28 novembre 2017

Ariane Ascaride : «

À quoi pense-t-on quand on endosse un rôle d’actrice, comme c'est votre cas dans le nouveau film de Robert Guédiguian ? Ariane Ascaride : Je ne pense jamais à ce que je fais quand je joue : je le fais, je le suis. Je pense avant ; peut-être après. Si vous pensez, vous ne jouez pas ; c’est une drôle d’alchimie. Je suis toujours fascinée quand j’entends des acteurs dire qu’ils sont allés en usine une semaine pour travailler à la chaîne. Je ne le ferais jamais, car je ne serai jamais aussi crédible que quelqu’un qui travaille à la chaîne. Qu’est-ce que le personnage d’Angèle a de vous ? Mon corps, mes yeux, ma voix… Elle a joué La Bonne âme de Se-Tchouan de Brecht. Ça a à voir avec moi : je suis entrée au Conservatoire à Paris avec cette pièce, je l’adore. C’est l’histoire d’une fille tellement gentille qu’elle est obligée de se déguiser en garçon pour parfois ne pas être gentille. C’est une parabole extrêmement violente et juste : il est difficile d’être bon. Ce personnage m’a toujours accompagnée dans ma vie. Tous les gens qui me connaissent le savent. Robert me vole tout le temps des chose

Continuer à lire

"Le Promeneur du champ de Mars" jeudi soir au Méliès

Reprise | Aux premiers jours d’un quinquennat, retour sur la fin de règne d’un ancien président de la République avec Le Promeneur du champ de Mars, adaptation (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

Aux premiers jours d’un quinquennat, retour sur la fin de règne d’un ancien président de la République avec Le Promeneur du champ de Mars, adaptation prenante du récit-témoignage Le Dernier Mitterrand de Georges-Marc Benamou. Un film de Robert Guédiguian à mille lieues de ses ambiances et contes marseillais, dans lequel Jalil Lespert y reçoit une stupéfiante leçon d’interprétation d’un Michel Bouquet impérial dans le pauvre corps du monarque républicain. Une œuvre d’adieu(x) qui marque également la fin de la saison des cours de cinéma au Méliès. Alors rendez-vous jeudi 22 juin à 20h.

Continuer à lire

"Une vie" Brizé

ECRANS | Une ingénue sort du couvent pour se marier et mener une existence emplie de trahisons et de désenchantements. Maupassant inspire Stéphane Brizé, réalisateur de l'acclamé "La Loi du marché", pour un récit ascétique situé dans un XIXe siècle étrangement réaliste, et habité jusqu’à la moelle par Judith Chemla.

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

« Plutôt que de tourner l’'adaptation d’Une vie, Stéphane donnait l’impression de vouloir réaliser un documentaire sur les gens qui avaient inspiré Maupassant ; de faire comme si l’on avait la chance de retrouver des images d’époque, certes un peu différentes du livre : Maupassant ayant pris des libertés et un peu romancé ! » Jean-Pierre Darroussin, qui incarne le père de l'héroïne Jeanne (un hobereau quasi sosie de Schubert), a tout dit lorsqu’il évoque sa compréhension du projet artistique, voire du postulat philosophique de Stéphane Brizé. Il y a en effet dans la démarche du réalisateur une éthique de vérité surpassant le classique désir de se conformer à la véracité historique pour éviter l’anachronisme ballot. Nulle posture, mais une exigence participant du conditionnement général de son équipe : plutôt que de mettre en scène le jeu de comédiens dans l’ornière de la restitution de sentiments millimétrés, Brizé leur fait intérioriser à l’extrême le contexte. Ils éprouvent ainsi le froid ambiant sans recourir à un vêtement contemporain pour s’en prémunir, ou s’éclairent à une lumière exclusivement dispensée par des bougies… Un film "natu

Continuer à lire

Une histoire de fou

ECRANS | De Robert Guédiguian (Fr, 2h14) avec Syrus Shahidi, Simon Abkarian, Ariane Ascaride…

Vincent Raymond | Mardi 10 novembre 2015

Une histoire de fou

Tout finit bien, du moins en intention : Guédiguian dédie Une histoire de fou à ses camarades turcs de lutte. C'est-à-dire ceux qui partagent son espoir de voir un jour Ankara reconnaître le génocide des Arméniens de 1915 ; qui adhèrent également à ses idées et idéaux progressistes. Plus que cette adresse œcuménique, c’est le capharnaüm et la naïveté de son film qui surprennent. À croire que, tétanisé par le poids symbolique du sujet (comment la jeunesse issue de la diaspora arménienne a repris, dans les années 1980, le flambeau révolutionnaire et la voie armée abandonnés par ses aînés), le cinéaste a oublié qu’il savait réaliser une œuvre historique (pourtant, L’Armée du crime), un polar (pourtant, Lady Jane) et plus encore un film sur l’Arménie. Alors que Le Voyage en Arménie (2006) approchait la question avec finesse et sensibilité (donc efficacité), il tombe ici dans les pires travers du cinéma didactique – certains protagonistes semblent rejoindre la cause des victimes arméniennes plus par magie subite

Continuer à lire

Au fil d’Ariane

ECRANS | Présenté comme une « fantaisie », le nouveau film de Robert Guédiguian divague selon les bons plaisirs du cinéaste et de sa comédienne fétiche Ariane Ascaride, pour un résultat old school et foutraque, avec toutefois de vrais instants de beauté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 juin 2014

Au fil d’Ariane

Il serait facile de balayer en quelques frappes sur notre ordinateur Au fil d’Ariane : cinéma d’un autre âge justifiant son n’importe quoi scénaristique par un appel paresseux au rêve, ou encore projet récréatif pour Guédiguian entre deux films d’envergure… Tout cela est loin d'être faux, mais… Le jour de son anniversaire, Ariane (Ascaride) reste seule face à son gâteau ; plutôt que de se morfondre, elle décide de partir à l’aventure et, au gré des rencontres, va se constituer une petite famille de gens simples, avant de réaliser son fantasme : chanter sur scène. Pour l’occasion, Guédiguian a convoqué sa famille de comédiens (Meylan, Darroussin, Boudet ou Anaïs Demoustier, désormais intégrée) tous apportant leur touche de couleur au casting. À la façon de certains Blier dernière manière et conformément à son titre, Au fil d’Ariane semble écrit au gré de l’inspiration, dans une logique de premier jet où les bonnes comme les mauvaises idées se retrouveraient sur un pied d’égalité. Parfois, c’est effectivement ridicule (les images de synthèse au début, Boudet et son faux accent anglais, Ascaride qui dialogue avec une tortue) mais à force de ne mett

Continuer à lire

Le Cœur des hommes 3

ECRANS | De Marc Esposito (Fr, 1h53) avec Marc Lavoine, Jean-Pierre Darroussin, Bernard Campan, Eric Elmosnino…

Christophe Chabert | Mercredi 16 octobre 2013

Le Cœur des hommes 3

Le deuxième volet était déjà atroce, mais ce troisième épisode le surclasse encore dans l’infamie. Le cœur des hommes, ici, c’est plutôt leurs «couilles», terme généreusement employé tout au long de dialogues d’une absolue vulgarité, à l’avenant de la beaufitude satisfaite de ses quatre personnages. Qui, non contents d’accueillir chaleureusement le spectateur par une charge anti-fonctionnaires sur l’air du "on les paie à rien foutre avec nos impôts", vont ensuite s’employer à démontrer, dans un chorus de phallocrates rigolards, que les femmes ne serviraient à rien s’il n’y avait pas les hommes pour donner un sens à leur vie. La preuve : quand elles font chier, la meilleure chose à faire est de les virer – du pieu ou de leur boulot – ou de leur donner une bonne petite leçon en allant voir ailleurs. Et, bien sûr, tout cela se conclut par un éloge du mariage… Décomplexé politiquement, Le Cœur des hommes 3 l’est aussi, et c’est bien le pire, vis-à-vis de la forme télévisuelle, qu’il repique sans aucune mauvaise conscience : ouvertures de séquences avec le même panoramique sur les toits de Paris, mise en scène systématique avec des champs contrechamps en gro

Continuer à lire

Le Havre

ECRANS | D’Aki Kaurismaki (Fr, 1h33) avec André Wilms, Kati Outinen…

François Cau | Vendredi 16 décembre 2011

Le Havre

Il y a comme une supercherie derrière les derniers films d’Aki Kaurismaki : le cinéaste, sous couvert d’épure à la Ozu, dissimule sous le tapis sa paresse et son désintérêt pour la mise en scène. Le Havre en est un exemple flagrant : le dialogue sonne faux d’un bout à l’autre, visiblement traduit à la va-vite du Finlandais au Français, langue que Kaurismaki n’a tout simplement pas l’air de comprendre. Idem pour les acteurs : on pourrait dire qu’ils jouent blanc, à la Bresson ; mais non, ils jouent mal, y compris les comédiens chevronnés que sont Wilms ou Darroussin. Mais le sommet de l’arnaque reste la manière d’inscrire le film dans une France de carte postale poussiéreuse et intemporelle, tout en cherchant à parler de son actualité. Quand, dans un même film, on voit des images de Brice Hortefeux au JT et un flic en long manteau de cuir noir façon milice de Vichy, on se demande ce qui, de la démagogie ou du manque criant d’inspiration, l’emporte. CC

Continuer à lire

Les Neiges du Kilimandjaro

ECRANS | Film de crise et de lutte sur un cinéaste qui se remet en question pour mieux croire, Les neiges du Kilimandjaro n'est pas un point, mais une virgule dans le cinéma de Robert Guédiguian. Jérôme Dittmar

François Cau | Jeudi 10 novembre 2011

Les Neiges du Kilimandjaro

Que peut encore le cinéma de Guédiguian ? Aussi exténué que la gauche, il a pris un coup de vieux. Mais la lutte n'est pas finie. Elle n'a peut-être jamais été aussi nécessaire qu'aujourd'hui dans un pays où la pulsion de droite côtoie le catastrophisme économique. Avec Les Neiges du Kilimandjaro, le cinéaste opte pour la lucidité, sur son militantisme, ses convictions, sa vision du monde. Il prend du recul et observe ce que sont devenus ceux qui ont toujours cru au socialisme. Un film a priori générationnel, pour pré-retraités, syndicalistes installés, découvrant ébahis qu'ils vivent comme des petits bourgeois, leurs ennemis. La cause est-elle compatible avec la propriété ? Comment continuer à se battre et que peut-on accepter pour combattre la précarité ? Quel legs aux nouvelles générations dépolitisées ? Le monde a changé et c'est avant tout le premier constat du film. L'intrigue vaut comme un exposé : braqués par un ex-collègue licencié lors d'un dégraissage au tirage au sort, deux couples d'amis syndicalistes voient leur idéalisme se fissurer devant leur désir de justice. Ils doivent résister à l'esprit de vengeance, aveugle, d'autant plus dur quand l'arge

Continuer à lire

Les Grandes personnes

ECRANS | d’Anna Novion (Fr, 1h24) avec Jean-Pierre Darroussin, Anaïs Demoustier…

François Cau | Vendredi 7 novembre 2008

Les Grandes personnes

Albert, père célibataire un rien trop protecteur, emmène sa fille Jeanne en vacance en Suède. Une fois arrivée, la famille décomposée se rend compte qu’elle va devoir cohabiter avec la propriétaire de la maison louée pour leur séjour et son amie française, suite à un malentendu. Tandis que Jean-Pierre Darroussin s’engonce dans le registre de bougon lunaire qui lui sied si bien au teint, Anaïs Demoustier tente de se soustraire à sa férule pour vivre sa vie d’ado. Une fois son socle narratif installé, Anna Novion opte de façon dommageable pour la demi-mesure : le récit ne sortira jamais des sentiers battus et s’acheminera vers son attendue conclusion, les confrontations entre les personnages s’opèreront sur un mode ludique mais toujours fugace, et le film ne se départira jamais de son statut de chronique évanescente en mode mineur, d’où émerge trop rarement une belle mélancolie. FC

Continuer à lire