"Proxima" : Maman est au ciel

ECRANS | De Alice Winocour (Fr.-All., 1h47) avec Eva Green, Matt Dillon, Sandra Hüller…

Vincent Raymond | Mercredi 27 novembre 2019

Photo : ©Pathé


Sélectionnée pour une mission d'un an à bord de l'ISS, la spationaute Sarah Loreau s'entraîne intensivement. Mais elle doit composer avec un paramètre de plus par rapport à ses collègues masculins : le fait d'être mère. Et anticiper la séparation d'avec sa fille Stella s'avère compliquée…

À la toute fin de son film, Alice Winocour fait défiler les portraits des femmes astro-cosmo-spationautes posant avec leurs enfants. Si le doute subsistait encore, son intention était bien avec Proxima d'inscrire la situation particulière de la mère (et donc de la femme) dans la conquête spatiale particulièrement, et dans le milieu professionnel en général. Signant un film hautement documenté sur la marche d'une mission – on n'a d'ailleurs rarement vu les protocoles aussi bien détaillés, et sans la poudre aux yeux hollywoodienne –, la cinéaste fait pourtant de ce barnum un sujet satellite. En effet, c'est autant à la symbolique "ombilicale" de l'arrachement – le terme revient d'ailleurs dans le vocabulaire astronautique – avec toutes ses dérivées (naissance, fin de l'enfance, deuil…) qu'aux rapports entre les genres que Proxima renvoie. Surtout pour Stella dont la mère vise Mars et le père travaille sur… Vénus.

En plus de sa distribution internationale, pour une fois logique du fait du sujet et du contexte, Alice Winocour élargit les horizons en confiant la bande originale à Ryūichi Sakamoto, dont les nappes synthétiques traduisent parfaitement l'indicible inquiétude de l'héroïne contrariant ses ambitions de planer. Un bémol toutefois sur une légère incohérence scénaristique finale consentie pour favoriser un rebond dramatique et sentimental : ce genre de petit arrangement avec la vraisemblance rend souvent caducs les milliers d'efforts entrepris auparavant pour asseoir une fiction dans la réalité.

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"The House that Jack built" : la mort va si bien à Lars von Trier

ECRANS | Le cinéaste danois s'insinue dans la tête d’un serial killer aux ambitions (prétentions ?) esthétiques démesurées pour en retirer une symphonie en cinq mouvements criminels. Une variation sur la mégalomanie et le perfectionnisme artistiques forcément un brin provoc’ mais adroitement exécutée.

Vincent Raymond | Lundi 15 octobre 2018

Jack (Matt Dillon) aurait tellement voulu être architecte… Un destin contraire l’a fait ingénieur et affligé de TOC lui empoisonnant la vie, surtout lorsqu’il vient de commettre un meurtre. Car si l’on y réfléchit bien, le principal tracas de Jack, c’est de devoir obéir à ses pulsions de serial killer… Peu importe si son esthétique ou ses dogmes évoluent au fil de sa prolifique filmographie (et lui confèrent au passage l’apparence d’un splendide magma), Lars von Trier parvient à assurer à celle-ci une indiscutable cohérence par son goût maladif du défi stylistique et de la provocation morale, que celle-ci transparaisse dans la diégèse ou dans le discours d’accompagnement. Épouser, comme ici, le point de vue d’un détraqué jouissant dans l’esthétisation de la mise à mort de ses victimes participe évidemment de cette démarche : la mécanique humaine et celle, perverse, du suspense conduisent inconsciemment le spectateur de The House tha

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"Miss Peregrine et les enfants particuliers" : abracadabra, Tim Burton est ressuscité !

ECRANS | Semblable à une histoire de X-men (où le Pr. Xavier serait chevelue et campée par Eva Green), ce conte fantastique permet à Tim Burton d’animer des mutants et des squelettes, de manipuler à sa guise son vieil ennemi le temps et, surtout, de signer enfin un bon film.

Vincent Raymond | Lundi 3 octobre 2016

Dépositaire des histoires de son grand-père qui vient d’être assassiné et énucléé par un monstre, un ado part à la recherche d’une boucle temporelle où vit depuis le 3 septembre 1943 Miss Peregrine et son orphelinat pour enfants doués de pouvoirs surnaturels. Son but ? Vraisemblablement les protéger, venger son aïeul et plus si affinités… Comme un enfant pour grandir doit se résoudre à abandonner ses antiques doudous chéris, fallait-il que Tim Burton se défasse de tous ses collaborateurs de longue date pour arrêter de tourner en rond – ou en vain ? Au rebut, Johnny "mono-expression figée" Depp, Helena "harpie transformiste" Bonham-Carter, Danny "boîte à musique" Elfman, pareils à des objets transitionnels le raccrochant à ses vieux pots éventés desquels il ne sortait plus que de vilaines soupes depuis des années. Il lui a sans doute fallu se faire violence pour aller chercher des talents compatibles avec son univers – certains, comme Eva Green, Terence Stamp ou Bruno Delbonnel, avaient déjà fait un round d’observation chez lui. Mais le résultat vaut le "sacrifice" : Miss Peregrine… est empli d’une vigueur nouvelle, tout en demeurant

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"Le Chagrin" : quand le théâtre fait du vent

SCENES | Jusqu'à samedi à la MC2, la compagnie Les Hommes Approximatifs présente "Le Chagrin", mis en scène par Caroline Guiela Nguyen. Sous couvert d’une fable touchante sur le deuil, on se retrouve face à une caricature de tout ce que peut recouvrir l'expression théâtre contemporain.

Aurélien Martinez | Jeudi 3 décembre 2015

C'est l'histoire d'un mort que personne n'arrive à enterrer. Surtout ses deux enfants, qui réagissent chacun à leur manière. Voilà pour le postulat, à la portée forte et universelle, du Chagrin, spectacle de la compagnie Les Hommes Approximatifs précédé d’une bonne réputation – dont une nomination aux Molières 2015, catégorie "metteur en scène d'un spectacle de théâtre public". Dans un astucieux décor bleu (une sorte de chambre d'enfant assez effrayante, à moins que ce ne soit un temple pour les morts) chargé en divers accessoires estampillés "jeune compagnie de théâtre dans le vent" (des paillettes, de la terre, des perruques colorées...), quatre personnages jouent la difficulté du deuil alors que la vie, banale, doit continuer. Tout est sur le non-dit, le chagrin du titre étant littéralement enfoui. Ah, l’écriture au plateau ! Ce Chagrin avait tout pour déchirer le cœur (et pour nous plaire, nous qui défendons sans cesse le théâtre qui cherche à se renouveler, à inventer de nouvelles formes – bref, le théâtre dit contemporain). Sauf qu'aucune

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White bird

ECRANS | Gregg Araki continue son exploration des tourments adolescents avec ce conte vaporeux et mélancolique, entre bluette teen et mélodrame à la Douglas Sirk, où la nouvelle star Shailene Woodley confirme qu’elle est plus qu’un phénomène éphémère… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

White bird

Après avoir atteint une forme d’accomplissement créatif avec le sublime Mysterious skin, Gregg Araki souffle depuis le chaud et le froid sur son œuvre. La pochade défoncée Smiley face, la joyeuse apocalypse de Kaboom et aujourd’hui la douceur ouatée de White bird résument pourtant autant d’états d’une adolescence tiraillée entre ses désirs et la réalité, entre le spleen et l’insouciance, entre la jeunesse qui s’éloigne et la vie d’adulte qui approche à grands pas. C’est exactement ce que traverse Kat, l’héroïne de White bird : sa mère disparaît mystérieusement et la voilà seule avec un père bloqué entre douleur sourde et apathie inquiétante. Que faire ? Chercher la vérité ? Se laisser aller avec le beau voisin d’en face ? Traîner à la cave avec ses potes ? Préparer son départ pour l’université ? Ou rester dans la maison familiale hantée par ce fantôme encombrant ? Si Araki adapte ici un roman de Laura Kasischke, c’est surtout pour

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Augustine

ECRANS | d'Alice Winocour (Fr, 1h41) avec Vincent Lindon, Soko, Chiara Mastroianni…

Jerôme Dittmar | Jeudi 1 novembre 2012

Augustine

Si les images de Charcot n'ont cessé d'irriguer le cinéma (de Furie à A.I en passant par Carrie), rarement l'histoire du docteur et sa patiente star, Augustine, n'a fait l'objet d'un film. À Alice Winocour de compenser cette absence avec un premier long aussi ambitieux que petit à l'arrivée. La faute à une approche trop polie, presque scolaire, qui ouvre autant de pistes théoriques qu'elle enferme la mise en scène dans un carcan appliqué et limité. Tout est finalement si réfléchi, dans cette histoire sur les mystères de la sexualité féminine, qu'aucune ambiguïté n'émerge. Là où devraient exister des personnages ébranlés par leurs désirs, fascinés par une attirance réciproque dans un monde aux portes de la psychanalyse et du spectacle permanent, surnagent deux acteurs filmés par une caméra proche de l'académisme télévisuel. Pas facile aussi d'être bouleversé par la semi-lourdeur de Soko dans le rôle d'Augustine. L'actrice, jamais troublante, plombant limite le film à elle seule. Jérôme Dittmar

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Perfect sense

ECRANS | De David MacKenzie (Ang, 1h32) avec Ewan McGregor, Eva Green…

François Cau | Vendredi 23 mars 2012

Perfect sense

Version métaphorico-poétique du récent Contagion, Perfect sense imagine la fin du monde par la disparition des sens. D’abord l’odorat, puis le goût, puis l’ouïe… Ne cherchant pas d’explication rationnelle à cette étrange épidémie, David MacKenzie les fait précéder par des accès de mélancolie, d’euphorie ou de colère qu’il illustre à travers des clips façon Benetton montrant la dimension mondiale des événements. C’est la part la plus ratée du film, qui heureusement se recentre à chaque étape de son programme sur le couple formé par une médecin et un cuisinier, cherchant avec leurs armes à endiguer la fatalité. Là encore, Perfect sense est plombé par la lourdeur de ses symboles, mais il se rattrape avec la grâce de ses deux acteurs : Eva Green, dont on ne comprend pas la carrière pour le moins erratique, et Ewan MacGregor, qui débordent de vie et d’amour, même quand le film leur invente des traumas bien gratinés. S’ils ne sauvent pas complètement ce drôle de projet, ils lui offrent en tout cas des moments simples et touchants.Christophe Chabert

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