"Made In Bangladesh" : in Fabric

ECRANS | De Rubaiyat Hossain (Ben.-Fr.-Dan.-Port.) avec Rikita Shimu, Novera Rahman, Parvin Paru…

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Photo : ©Pyramide Films


Ouvrière dans une usine textile de Dacca, au Bangladesh, Shimu travaille comme une forcenée dans des conditions déplorables pour un patron esclavagiste. Lorsqu'elle se résout à monter une section syndicale avec quelques collègues, ses chefs et son mari lui rendent la vie impossible…

Hasard ou coïncidence ? La veille d'une grève générale en France motivée par des revendications sociales – le rejet du projet de réforme des retraites – sort sur nos écrans un film rappelant à quel point les droits se conquièrent toujours de haute lutte. Certes, le contexte bangladais n'est (heureusement) pas comparable à celui en vigueur dans l'Hexagone, mais la propension à niveler par le bas les filets de protection sociale des classes laborieuses semble une aspiration commune à tous les gouvernements d'inspiration libérale, d'où qu'ils soient.

Déjà autrice d'un film se déroulant à Dacca – l'excellent Les Lauriers-roses rouges (2017), son deuxième long métrage –, Rubaiyat Hossain complète sa galerie de portraits de femmes brisant les carcans patriarcaux bangladais avec ce récit n'occultant rien de la corruption politico-administrative. Bien sûr, le côté "conte de fée" sanctionnant par une victoire (obtenue à l'arrachée) l'âpre lutte des ouvrières, comme la mesquinerie rapace de leurs employeurs (forcément repoussants), ont des airs de cliché. Cela ne doit pas masquer l'essentiel : dans ces usines de misère, des êtres humains sont exploités pour que l'Occident achète des nippes jetables et satisfasse son consumérisme et sa vanité. À méditer devant sa penderie ou au moment de la prochaine campagne de soldes, quand vous regarderez où sont fabriquées les fringues que vous convoitez…


Made in Bangladesh

De Rubaiyat Hossain (Bengli-Fr-Danemark-Portugal, 1h35) avec Rikita Shimu, Novera Rahman, Deepanita Martin...

De Rubaiyat Hossain (Bengli-Fr-Danemark-Portugal, 1h35) avec Rikita Shimu, Novera Rahman, Deepanita Martin...

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Shimu, 23 ans, travaille dans une usine textile à Dacca, au Bangladesh. Face à des conditions de travail de plus en plus dures, elle décide avec ses collègues de monter un syndicat, malgré les menaces de la direction et le désaccord de son mari. Ensemble, elles iront jusqu’au bout.


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Bienvenue cher Grenoble Indian Film Festival !

Festival | Zoom sur la prometteuse première édition de ce rendez-vous cinématographique proposé du vendredi 16 au mardi 20 juin dans trois cinémas grenoblois.

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Bienvenue cher Grenoble Indian Film Festival !

Toute première édition d'un festival se devant d’être saluée, souhaitons donc la bienvenue au Grenoble Indian Film Festival par un cordial "Namasté !". Initié par l’association Indian Cinema Events, ce nouveau rendez-vous tire parti de l’immensité des cultures indiennes et de la variété de leur expression cinématographique, dépassant la caricature sucrée-épicée des films masala – personnages semblant avoir pioché dans la penderie de Liberace, intermèdes musicaux plus sucrés que des loukoums, longueur démesurée… Qu’on se rassure : le GIFF ne délaisse pas les productions Bollywood pour autant. Il programme notamment les opus 1 & 2 du Baahubali de SS. Rajamouli, ainsi qu’un incontournable Shah Rukh Khan (LA méga star du genre) : Fan, de Maneesh Sharma. Il a aussi la bonne idée de consacrer une large section à l’art et essai (terme assez flou, car englobant ce qui n’est pas bollywoodien). L’ouverture se fera sur l’excellent

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"Les Lauriers-roses rouges" : à la scène comme à la vie

ECRANS | de Rubaiyat Hossain (Bang., 1h28) avec Shahana Goswami, Rikita Shimu, Mita Rahman…

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

Dacca, Bangladesh. Roya, qui triomphe depuis douze ans dans une mise en scène conformiste du classique de Tagore Les Lauriers-roses rouges, doit s’effacer au profit d’une plus jeune actrice. Son mari, un homme d’affaires, lui fait alors part de son désir d’enfant, mais Raya se voit proposer une offre artistique exaltante… Nul n’est jamais exempt de contradictions. Prenez Roya : capable d’affirmer son indépendance en restant tête nue face à la pression islamiste ou de signer des analyses érudites du compositeur, écrivain et philosophe indien Tagore, elle accepte par ailleurs le confort prodigué par l’aisance financière d’un époux conservateur et de se fossiliser dans une lecture théâtrale archaïsante. Il faut que son apparence d’équilibre personnel vacille pour qu’elle prenne en compte la fausseté de son existence, sa non-congruence interne. Dessillée par sa soudaine fragilité, décentrée, elle peut enfin considérer le monde qui l’entoure et agir en conséquence : faire de son art œuvre utile, y compris en s’accomplissant elle-même. Révélateur des paradoxes d’une société aspirant à l’ultra-modernité en s’arcboutant sur des traductions rétrogrades (nota

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