Benjamin Parent : « J'avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Cinema | Pour son premier long métrage, "Un vrai bonhomme", Benjamin Parent s’aventure dans un registre peu coutumier en France : le "coming at age movie", une sorte de film d’apprentissage adolescent. Une jolie réussite dont il dévoile quelques secrets. Attention, un mini spoiler s’y dissimule…

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Photo : Antoine de Bary


Un thème commun se dégage de votre film Un vrai bonhomme et de Mon inconnue que vous avez co-écrit avec Hugo Gélin : l'uchronie, ou l'idée de permettre à des personnage d'accomplir des destinées alternatives. Est-ce délibéré ?

Benjamin Parent : Pas du tout. Dans Mon Inconnu, l'idée d'uchronie vient d'Hugo ; je l'ai développée et essayé de développer la dramaturgie sur l'uchronie "la plus intéressante". Je trouve que l'uchronie permet de raconter l'histoire d'une manière extrêmement drastique, avec ce truc d'inversion absolue des choses : et si on pouvait rencontrer ses parents et qu'on se rendait compte que son père était un blaireau et que sa mère voulait nous choper, qu'est-ce qu'on ferait ? L'uchronie, finalement, c'est un pitch radical, qui permet plein de possibilités et un déploiement de l'imaginaire.

Un vrai bonhomme, où le personnage de Léo est une extension de celui de Tom, permet également le déploiement de l'imaginaire. Donc du vôtre à travers eux…

Effectivement. Mais plus qu'une uchronie, cela joue sur le principe de ce que l'on montre, avec un personnage qui n'est pas supposé être là et qui va donner un peu de sel à l'ensemble. Cela me plaît justement de provoquer l'imaginaire avec quelque chose qui n'existe pas. Il est vrai que mes deux films ont en commun d'évoquer ce qui n'existe pas, sauf que Un vrai bonhomme pourrait être tourné sans la présence de Léo, avec Tom qui parle tout seul et s'énerve…

Mais ça ne serait pas cinématographique…

Ce serait littéral, sur un ado en colère, comme La Tête Haute avec une approche un peu plus naturaliste. J'avais envie d'avoir un côté cinéma comme les films que je regardais plus jeune, plus dans le divertissement et de plus photographiques. Ou d'avoir des personnages qui courent sur des voies ferrées : ça n'arrive pas beaucoup dans le quotidien, mais c'est extraordinaire !

Cette référence à Stand by me n'est pas anodine, puisque Rob Reiner l'a adapté d'une nouvelle de Stephen King. Or Un vrai bonhomme touche au fantastique…

Dans Stand by me, il y a un méchant, un couteau, un cadavre, des histoires horribles ; le quotidien devient fantastique, le fantastique devient quotidien. Je ne sais pas si King raconte son enfance à lui, mais en tout cas, ça raconte l'enfance. J'avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien, et de challenger le personnages avec des scènes un peu fortes, avec un peu d'action et un peu d'aventure. Modestement, bien sûr, c'est tout petit, mais j'en avais envie.

Dans le cosmos du cinéma français, ce genre de film n'existe pas. Il n'y a pas beaucoup non plus de films évoquant la construction adolescente, outre La Tête haute que vous évoquiez, mais dans un autre périmètre…

Même si mes influences sont américaines, elles sont aussi françaises. mais il est vrai que je trouve pas de modèle. Évidemment, j'ai vu The Spectacular Now, avec Miles Teller qui joue dans Whiplash, un de ces “Coming At Age” qu'on ne fait pas tellement en France. En France, justement, j'avais adoré Génial, mes parents divorcent !, qui était une sorte de Goonies français, avec à la place d'une aventure, la mission de saboter le mariage de plein de parents.

Le producteur en était Christophe Lambert, de culture américaine, ce qui explique les choses…

Exactement ! J'avais aussi adoré Scout Toujours ! : à la fin, ce n'est pas de la comédie, c'est de l'aventure. Dans ce film, les méchants sont tous un peu beaux gosses, comme les sportifs des films américains. Même Respire, c'est quand même un drame psychologique, donc effectivement il y a pas tellement de référents.

Le problème aujourd'hui, c'est qu'on se dit que les ados ne vont plus au cinéma. Ils vont voir principalement les gros films américains. Les grosses comédies françaises les intéressent moyen : dans les teen movies à la française, on les prend pour des imbéciles. Entre le drame et la comédie débile, il y a justement le Coming At Age anglo-saxon que j'ai essayé de faire.

À quel moment avez-vous décidé qu'il fallait révéler la mort du personnage de Léo au spectateur ?

Très vite, on s'est dit qu'on on ne faisait pas Sixième Sens ni Fight club : le film ne repose pas sur cette surprise-là. Je ne voulais pas la faire à l'envers au spectateur ou en tout cas jouer avec lui et le choper, mais c'est ce qui se passe, et j'en suis assez content. Pour le coup, il y a deux camps : les gens qui ne voient rien arriver, et qui se prennent la scène dans la gueule, et c'est une des premières émotions fortes qu'ils ont, parce que là ils disent : « oh la vache ! ». Les autres, ayant compris le truc, sont soulagés de voir le film ne repose pas dessus.

Quand le scénario faisait 120 pages, ça arrivait à la 30-35e page, à la fin de l'acte 1. Et puis après, forcément, on a réduit le tout pour des raisons budgétaires, et ça arrive maintenant à la 18e minute. En tout cas, ça a toujours été clair et net pour moi que le film ne peut pas commencer sans qu'on sache clairement qu'il est mort. Donc il faut aller vite.

J'ai appris avec l'écriture à ne pas répondre aux questions que les gens ne se posent pas. En l'occurrence, je ne me suis pas obligé à mettre plein d'indices pour dire que Léo est vivant. Et finalement, on ne le voit que deux fois avant qu'on apprenne qu'il est mort.

Un vrai bonhomme aborde la question de la masculinité et de son affirmation, différente suivant les personnages. Comment avez-vous "tricoté" ce thème dans l'écriture ? Le choix des comédiens a-t-il eu une incidence sur le sujet ?

Ce qui est marrant, c'est que je voulais faire un film là-dessus : le sujet était en moi depuis le court-métrage, sans être forcément très identifié. C'est en travaillant sur moi que j'ai compris mes frustrations d'adolescent, que finalement j'ai compris que j'avais toujours eu l'impression de ne pas être un homme, "un bonhomme" parce que je ne me battais pas, je n'étais pas comme ci, ni comme ça.

Ensuite, la condition sine qua non pour faire le film, c'était qu'il s'agisse de l'histoire d'un mec petit s'appelant Tom comme Tom Pouce. Je cherchais donc un acteur petit. Thomas Guy n'est pas très grand, mais alors que le scénario était en train d'être écrit, je me suis dit que ce n'était pas une histoire de taille. Ce que je ressentais quand j'étais ado, ce n'était pas d'être petit (j'aurais pu être petit, trapu et hyper viril), mais j'avais l'impression de ne pas avoir les attributs faisant de moi un homme comme dans les BD, les romans, à la télé, sur les affiches… La taille est alors devenue moins importante, à mesure que le film s'est développé et le film a eu pour ainsi dire sa vie propre, même si j'ai été beaucoup influencé par un livre, Le Mythe de la virilité de Olivia Gazalé, qui traite de cette question.

Vous utilisez beaucoup les éléments symboliques…

Le père, par exemple, lorsqu'il parle de ses éoliennes, il parle de la hauteur du mât, de la puissance des turbines… Tout ça est très phallique ; il est obsédé par ça. Évidemment quand il parle d'une puissance de 2 gigawatts, je n'ai pas pris le 2 pour rien : c'est les testicules ! (rires). J'ai aussi essayé de faire en sorte que les personnages aient des codes vestimentaires liés aux super-héros. Le prune du blouson de Léo avec le T-shirt vert, c'est les codes de Hulk ; quant au méchant, il a les couleurs de Captain America, et s'appelle Steve comme lui, d'ailleurs.

Je n‘ai pas eu la main assez lourde, j'aurais aimé être plus évocateur. Par exemple, pour montrer la pression que les garçons peuvent subir, je voulais en plus mettre des affiches de héros de guerre. Le nom du lycée est celui d'un héros de la 1ere Guerre mondiale. Être entouré d'images d'hommes forts, ça a un impact, un conditionnement. Le père avait une gravure de Napoléon ou un buste. En fait, je ne voulais pas que les personnages parlent de masculinité, mais je voulais que qu'elle soit là

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Le Cœur régulier

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Paris-Willouby

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Paris-Willouby

Collectionner des talents sur une affiche n’a jamais été gage de réussite artistique : si grandes soient leurs qualités, ils ne parviennent jamais à masquer ni compenser les défauts d’un film, et surtout pas ceux d’un scénario cacochyme. Constat à nouveau opéré avec ce poussif décalque de Little Miss Sunshine, qui oublie cependant de s’inspirer du rythme et de la transgression du modèle. Au lieu de singer des comédies “indépendantes” étasuniennes formatées, les jeunes auteurs français devraient lorgner du côté du vétéran Rappeneau et son Belles Familles : ils gagneraient en causticité, finesse et profondeur…

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Marie Heurtin

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Marie Heurtin

Il y a deux manières de regarder Marie Heurtin : la première, c’est de se dire que l’on n’est pas dans une salle de cinéma, mais dans la douce torpeur de l’après-midi, sur son canapé, devant sa télé, à regarder les belles images d’une jolie histoire que l’on peut sans problème suivre malgré l’irrépressible envie d’une petite sieste digestive. On verra alors cette édifiante leçon de vie où une gentille nonne phtisique décide, parce qu’elle lui a caressé la main, de venir en aide à une enfant sauvage, sourde, muette et aveugle, pour lui apprendre à communiquer avec le monde, comme une œuvre à l’anachronisme rassurant et à l’académisme reposant. En revanche, si on décide de garder les yeux grands ouverts, le nouveau film de Jean-Pierre Améris (dont on garde en mémoire le précédent fiasco, L’Homme qui rit, massacre en règle du chef-d’œuvre de Hugo) sonne le retour en grande pompe de ce cinéma de qualité française tant détesté par les futurs cinéastes de la Nouvelle Vague. On ne voit là que performances outrées et angélisme dégoulinant, réal

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Du goudron et des plumes

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Christophe Chabert | Mardi 8 juillet 2014

Du goudron et des plumes

Il aura fallu trois films pour que l’auteur de BD Pascal Rabaté réussisse sa mue de cinéaste, c’est-à-dire qu’il sorte d’un cinéma de la vignette pour développer une réelle dynamique de mise en scène où l’invention graphique se met au service de son récit et de ses personnages. Ce qui, dans Les Petits ruisseaux et Ni à vendre, ni à louer, semblait figé et ricanant, devient dans Du goudron et des plumes vivant et empathique. Christian, commercial divorcé aux combines peu reluisantes, perd son boulot et l’estime de sa fille, mais gagne le cœur d’une jeune femme, elle aussi mère célibataire. Ne reste plus qu’à accomplir l’exploit qui va le faire sortir de son rôle de gentil poissard : ce sera le Triathlon de l’été, sorte de mini-Intervilles local télédiffusé, compétition dans laquelle il va s’investir corps et âme. Rabaté en fait une sorte d’anti-héros français d'aujourd'hui, métissé et râleur, qui se fond dans le décor intemporel d’un Montauban fait de pavillons anonymes, de ronds-points, de boîtes de nuit triste

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Cheba Louisa

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Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Cheba Louisa

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Du vent dans mes mollets

ECRANS | De Carine Tardieu (Fr, 1h29) avec Agnès Jaoui, Denis Podalydès, Isabelle Carré…

Aurélien Martinez | Mardi 17 juillet 2012

Du vent dans mes mollets

Depuis ses courts-métrages, Carine Tardieu s’applique à regarder le monde avec les yeux des enfants, en général confrontés à des drames qui bouleversent leur naïveté. Avec Du vent dans mes mollets, l’affaire vire au procédé, et on ne voit plus que les gimmicks et les formules à l’écran. Le ripolinage général, la brocante vintage 80 qui sert de direction artistique ou le jeu sur les différents régimes d’image, tout cela distrait sans cesse de l’histoire racontée, il est vrai pas palpitante en soi. Non seulement le film est surproduit, mais il est aussi surécrit, de la voix-off singe savant de sa jeune héroïne au jeu lassant sur les dialogues en franglais entre les parents Jaoui et Podalydès, ou encore une galerie de seconds rôles stéréotypés à souhait. Même quand le film aborde des rivages plus troubles, notamment sexuels, il s’avère d’un grand puritanisme, sur la forme comme sur le fond. Et en devient, du coup, assez irritant. Christophe Chabert

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Les Émotifs anonymes

ECRANS | De Jean-Pierre Améris (Fr, 1h20) avec Isabelle Carré, Benoît Poelvoorde…

François Cau | Vendredi 17 décembre 2010

Les Émotifs anonymes

Au jeu de la comédie française sous influence Lubitsch, Jean-Pierre Améris s’en sort mieux que Pierre Salvadori avec ses Vrais mensonges. Pas de quoi grimper au rideau, mais Les Émotifs anonymes est sauvé par le côté élève appliqué de son cinéaste, compensant une écriture parfois pataude par une mise en scène rigoureuse et une direction artistique correcte (sauf la musique, insupportable). On n’est pourtant pas sûr de bien comprendre pourquoi Améris a placé cette rencontre amoureuse entre deux timides maladifs dans un environnement volontairement rétro et désuet, comme si un Jean-Pierre Jeunet se piquait de réalisme et abandonnait ses focales et ses pots de ripolin numériques. Pour souligner qu’il fait une comédie à l’ancienne ? Par peur de la modernité (il faut dire que quand une webcam débarque dans le cadre, c’est rencontre du troisième type) ? Il y a pourtant quelque chose de furieusement moderne dans le film : le jeu éblouissant de Benoît Poelvoorde. Jamais l’acteur n’avait à ce point osé faire rire de ses failles, de ses névroses et de ses angoisses, tout en conservant son incroyable instinct comique, ce timing parfait et cette gestion mag

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"Tellement proches !" : et soudain, Vincent Elbaz

ECRANS | D’Olivier Nakache et Eric Toledano (Fr, 1h42) avec Vincent Elbaz, Audrey Dana, Isabelle Carré…

Christophe Chabert | Vendredi 12 juin 2009

Le cinéma français semble s’être trouvé un nouveau pré carré : non plus le couple, mais la famille, prétexte à des modes de récits choraux et à des observations sociétales à vertu identificatoire. Ça peut donner des choses bien (Le Premier jour du reste de ta vie), mais aussi des désastres (Le Code a changé). Tellement proches ! part d’ailleurs très mal, dans la lignée du navet de Danielle Thompson : un dîner réunissant des stéréotypes humains assez médiocres, dont on prend spontanément la bêtise en grippe. Pas très bien écrite, plutôt mal filmée, cette longue première partie fait penser, et ce n’est pas un compliment, aux chansons de Benabar… Il faudra donc attendre que la folie prenne vraiment le dessus et qu’à force d’outrance, les personnages fassent vaciller leurs propres caricatures, pour que le film trouve la bonne distance. On s’aperçoit alors que les acteurs sont formidables, à commencer par ceux auxquels on ne croyait pas tellement : François-Xavier Demaison et Omar Sy. Mais c’est surtout Vincent Elbaz, dans son meilleur rôle depuis longtemps, qui s’avère le plus touchant. Pas de qu

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