Du nouveau dans les salles

ECRANS | C’est sur une hausse bien timide de la fréquentation dans les cinémas grenoblois que 2019 s’est achevée : avec 1 865 831 spectateurs, soit +1% par rapport à 2018, on devrait même parler d’une étonnante stabilité quand l’ensemble de l’Hexagone progresse de 6%.

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

Photo : ©Plátano Films


Pourtant, les blockbusters ont été au rendez-vous pour motiver le public, et la diversité des films programmés sur les écrans commerciaux de l'agglomération (en particulier dans les sites art et essai) avait de quoi satisfaire toutes les sensibilités cinéphiles. Cette année débutante n'est pas avare de promesses.

Au rayon festivals

Les réjouissances débutent cette semaine avec le festival des Maudits films (du 16 au 26 janvier, voir l'article qui lui est consacré). Plus traditionnel, le 23e Festival Télérama (du 15 au 21 janvier) réactive 16 films parmi les plus appréciés de l'année art & essai 2019, à suivre au Club et au Méliès. La place reste à 3, 50€ sur présentation du pass.

Il faudra ensuite patienter un mois, soit les vacances scolaires : du 21 au 26 février se tiendra à La Vence Scène la 5e édition de À vous de voir, Les rencontres cinématographiques de Saint-Égrève. Au programme : du cinéma jeune public, à l'instar de son homologue du Méliès au titre voisin, Voir ensemble, sensiblement à la même date, mais pas encore positionné dans le calendrier. Équivalent saisonnier de l'automnal Mois du documentaire, le 19e Printemps documentaire (du 1er au 20 avril) fleurit dans les cinémas adhérents du réseau Les Écrans, regroupant des salles indépendantes. Celles-ci, en toute cohérence, projettent une dizaine de documentaires… indépendants.

Du 3 au 7 avril, Vues d'en face célèbrera au Club sa 20e édition. Un anniversaire forcément particulier pour le festival du film LGBT+ fragilisé dès 2016, après que la Région, puis le Département avaient diminué les subventions qu'ils lui allouaient. Le vent du boulet a contraint l'association à resserrer les boulons et faire appel aux forces vives des bénévoles afin de proposer ce qui est l'objet de son existence : un rendez-vous empli de films courts et longs, d'avant-premières et de rencontres. On guette la programmation avec impatience.

Placée sous le signe des vigognes (en tout cas, sur son affiche), la 8e édition d'Ojo Loco (du 31 mars au 12 avril) promet une soixantaine de fictions ou documentaires ibériques et latino-américains — dont une nuit blanche avec Maciste, Zorro et Django ! Mais la grande nouveauté réside dans la diversification courageuse opérée par l'association Fa Sol Latino portant le festival : elle vient en effet de créer sa propre structure de distribution, Plátano Films, visant à valoriser et mieux diffuser les productions d'auteurs hispano- et lusophones en France. En guise de prélude à Ojo Loco, Plátano sortira d'ailleurs le 12 février son premier film, Mamacita, un documentaire très personnel que le Mexicain José Pablo Estrada Torrescano a consacré à sa grand-mère, une maîtresse femme centenaire aussi insupportable qu'attachante. Si tout le line-up est à l'avenant, c'est prometteur.

Le semestre s'achèvera comme toujours avec le Festival du film court en plein air (du 30 juin au 4 juillet). La place Saint-André en est l'épicentre, mais la manifestation ne saurait faire l'impasse sur ses autres sites que sont Le Club et le cinéma Juliet-Berto.

Du côté des cycles

Ledit cinéma demeure un havre indispensable à qui souhaite couper avec la tyrannie de l'actualité des sorties. Première à investir les lieux, la Cinémathèque va nous régaler en poursuivant son cycle Contre-histoires du Cinéma, en consacrant une semaine à la thématique des séries (où l'on retrouvera le Fantômas de Feuillade, mais aussi Fassbinder ou The Killing), en nous invitant à nous rapprocher de la Planète Terre (Les Bêtes du sud sauvage, Wall-E…) ou à poursuivre nos réflexions autour des Cinés Philo (The Queen, Vincere…). Un très sain éclectisme complété au même endroit par les séances du Ciné-Club : après avoir donné le la avec deux films de "Mafias", il enquillera avec une partition "Blues, jazz et opéra" (Les Blues Brothers, Honkytonk Man, Ascenseur pour l'échafaud, Carmen Jones) et enfin un cycle "Pour Krishna" réunissant Renoir, Satyajit Ray et Naruse. Vous avez de quoi vous occuper jusqu'à juillet.

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"Mamacita" : la mamatriarche

ECRANS | Documentaire de Jose Pablo Estrada Torrescano (Mex., 1h15)

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Bientôt centenaire, la Mexicaine Mamacita n’a rien d’une grand-mère gâteau. Partie de rien, cette femme à poigne, ayant réussi à monter une chaîne de salons de beauté, avait fait promettre à son petit-fils parti étudier le cinéma en Allemagne qu’il lui consacrerait un film. Le voici… Impressionnante, irritante et attachante à la fois… Au fil de ses images, Jose Pablo Estrada Torrescano révèle sans filtre une maîtresse-femme assumant fièrement sa coquetterie et son autorité (voire, son autoritarisme), mâtinée d’une redoutable mauvaise foi chronique. Mais cet aplomb d’acier, conjugué à son tempérament baroque, apparaît comme le pilier de sa résilience, Mamacita ayant eu à dépasser les revers de fortune de ses parents. Bien que volontiers rudoyé par son aïeule, Jose Pablo Estrada Torrescano va parvenir à force de présence et de bienveillance à lui arracher des confidences très intimes sur son rapport à ses "fantômes" et lui faire fendre l’armure pour la première fois de sa tumultueuse vie. Mamacita aurait-elle livré toutes ces vérités sans l’interface artéfactuelle de la caméra et donc la certitude d’une part de postérité ? Rien n’est moins sûr. Ce qu’elle livre

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